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(fr) Socialisme Libertaire - Kropotkine: La décomposition des états
Date
Wed, 4 Feb 2026 18:42:50 +0000
«Si la situation économique de l'Europe se résume par ces mots: chaos
industriel et commercial et faillite de la production capitaliste, - la
situation politique se caractérise par ceux-ci: décomposition galopante
et faillite prochaine des États. ---- Parcourez-les tous, depuis
l'autocratie gendarmeresque de la Russie jusqu'à l'oligarchie bourgeoise
de la Suisse, vous n'en trouverez pas un seul (à l'exclusion, peut-être,
de la Suède et de la Norvège) qui ne marche pas à course accélérée vers
la décomposition, et par suite, vers la révolution. ---- Vieillards
impuissants, la peau ridée et les pieds chancelants, rongés de maladies
constitutionnelles, incapables de s'assimiler les flots d'idées
nouvelles, ils gaspillent le peu de forces qui leur restent, ils vivent
aux dépens de leurs années déjà comptées, et ils accélèrent encore leur
chute en s'entre-déchirant comme de vieilles grogneuses.
Une maladie incurable les ronge tous: c'est la maladie de la vieillesse,
du déclin. L'État, cette organisation dans laquelle on laisse entre les
mains de quelques-uns la gestion en bloc de toutes les affaires de tous,
cette forme de l'organisation humaine a fait son temps. L'humanité
élabore déjà de nouveaux modes de groupement.
Après avoir atteint leur point culminant au dix-huitième siècle, les
vieux États de l'Europe sont entrés aujourd'hui dans leur phase
descendante; ils tombent en décrépitude. Les peuples, - surtout ceux de
race latine, - aspirent déjà à la démolition de ce pouvoir qui ne fait
qu'empêcher leur libre développement. Ils veulent l'autonomie des
provinces, des communes, des groupements ouvriers liés entre eux, non
plus par un pouvoir qui s'impose, mais par les liens des engagements
mutuels, librement consentis.
C'est la phase historique dans laquelle nous entrons; rien ne saurait en
empêcher la réalisation.
Si les classes dirigeantes pouvaient avoir le sentiment de la position,
certes, elles s'empresseraient de marcher au-devant de ces aspirations.
Mais, vieillies dans les traditions, sans autre culte que celui de la
grosse bourse, elles s'opposent de toutes leurs forces à ce nouveau
courant d'idées. Et, fatalement, elles nous mènent vers une commotion
violente. Les aspirations de l'humanité se feront jour, - mais au
grondement du canon, à la crépitation de la mitrailleuse, à la lueur des
incendies.
Lorsque, après la chute des institutions du Moyen Âge, les États
naissants faisaient leur apparition en Europe et s'affermissaient,
s'agrandissaient par la conquête, par la ruse, par l'assassinat, - ils
ne s'ingéraient encore que dans un petit cercle des affaires humaines.
Aujourd'hui (1885), l'État est parvenu à s'immiscer dans toutes les
manifestations de notre vie. Du berceau à la tombe, il nous étrangle
dans ses bras. Tantôt comme État central, tantôt comme État-province ou
canton, tantôt comme État-commune, il nous poursuit à chaque pas, il
apparaît à chaque coin de rue, il nous impose, nous tient, nous harcèle.
Il légifère sur toutes nos actions. Il accumule des montagnes de lois et
d'ordonnances dans lesquelles l'avocat le plus malin ne sait plus se
retrouver. Il crée chaque jour de nouveaux rouages qu'il adapte
gauchement à la vieille patraque rhabillée, et il en arrive à créer une
machine si compliquée, si bâtarde, si obstructive, qu'elle révolte
ceux-là mêmes qui se chargent de la faire marcher.
Il crée une armée d'employés, d'araignées aux doigts crochus, qui ne
connaissent l'univers qu'à travers les sales vitres de leurs bureaux, ou
par leurs paperasses au grimoire absurde; - une bande noire qui n'a
qu'une religion, - celle de l'écu, qu'un souci, celui de se raccrocher à
un parti quelconque, noir, violet ou blanc, afin qu'il garantisse un
maximum d'appointements pour un minimum de travail.
Les résultats, - nous ne les connaissons que trop. Y a-t-il une seule
branche de l'activité de l'État qui ne révolte ceux qui,
malheureusement, ont à faire avec elle? Une seule branche, dans laquelle
l'État, après des siècles d'existence et de replâtrages, n'ait pas fait
preuve de complète incapacité?
Les sommes immenses et toujours croissantes que les États prélèvent sur
les peuples ne leur suffisent jamais. L'État existe toujours aux dépens
des générations futures; il s'endette et partout il marche vers la ruine.
Les dettes publiques des États de l'Europe ont déjà atteint le chiffre
immense, incroyable, de plus de cent milliards, cent mille millions de
francs! Si toutes les recettes des États étaient employées, jusqu'au
dernier sou, pour couvrir ces dettes, elles ne suffiraient pas à les
couvrir d'ici à quinze ans. Mais, loin de diminuer, ces dettes
augmentent tous les jours. C'est dans la force des choses que les
besoins des États dépassent toujours leurs moyens. L'État, forcément,
cherche à étendre ses attributions; chaque parti au pouvoir est obligé
de créer de nouveaux emplois pour ses clients: c'est fatal.
Donc, les déficits et les dettes publiques vont et iront encore en
croissant, même en temps de paix. Mais qu'il arrive une guerre
quelconque, et immédiatement les dettes des États augmentent dans une
proportion immense. C'est à n'en pas finir; impossible de sortir de ce
dédale.
Les États marchent à toute vapeur vers la ruine, la banqueroute; et le
jour n'est pas loin où les peuples, las de payer annuellement quatre
milliards d'intérêts aux banquiers, prononceront la faillite des États
et enverront ces banquiers bêcher la terre s'ils ont faim.
Qui dit «État» nécessairement dit «guerre». L'État cherche et doit
chercher à être fort, plus fort que ses voisins; sinon, il sera un jouet
dans leurs mains. Il cherche forcément à affaiblir, à appauvrir d'autres
États pour leur imposer sa loi, sa politique, ses traités de commerce,
pour s'enrichir à leurs dépens. La lutte pour la prépondérance, qui est
la base de l'organisation économique bourgeoise, est aussi la base de
l'organisation politique. C'est pourquoi la guerre est devenue
aujourd'hui la condition normale de l'Europe. Guerres prusso-danoise,
prusso-autrichienne, franco-prussienne, guerre d'Orient, guerre en
Afghanistan se succèdent sans interruption. De nouvelles guerres se
préparent; la Russie, l'Angleterre, la Prusse, le Danemark, sont prêts à
déchaîner leurs armées et, sous peu, elles vont en venir aux mains. On a
déjà des causes de guerre pour trente ans.
Or, la guerre, - c'est le chômage, la crise, les impôts croissants, les
dettes accumulées. Plus que ça. Chaque guerre est un échec moral pour
les États. Après chaque guerre, les peuples s'aperçoivent que l'État
fait preuve d'incapacité, même dans son attribution principale; à peine
sait-il organiser la défense du territoire; même victorieux, il subit un
échec. Voyez seulement la fermentation des idées qui est née de la
guerre de 1871, aussi bien en Allemagne qu'en France; voyez le
mécontentement soulevé en Russie par la guerre d'Orient.
Les guerres et les armements tuent les États; ils accélèrent leur
faillite morale et économique. Encore une ou deux grandes guerres, ils
donneront le coup de grâce à ces machines détraquées.
À côté de la guerre extérieure, - la guerre intérieure.
Accepté par les peuples à la condition d'être le défenseur de tous et
surtout des faibles contre les forts, l'État aujourd'hui est devenu la
forteresse des riches contre les exploités, du propriétaire contre le
prolétaire.
À quoi sert-elle, cette immense machine que nous nommons État? - Est-ce
à empêcher l'exploitation de l'ouvrier par le capitaliste, du paysan par
le rentier? Est-ce à nous assurer le travail? à nous défendre de
l'usurier? à nous fournir la nourriture lorsque la femme n'a que de
l'eau pour apaiser l'enfant qui pleure à son sein tari?
Non, mille fois non! L'État, - c'est la protection de l'exploitation, de
la spéculation, de la propriété privée, - produit de la spoliation. Le
prolétaire, qui n'a que ses bras pour fortune, n'a rien à attendre de
l'État; il n'y trouvera qu'une organisation faite pour empêcher à tout
prix son émancipation.
Tout pour le propriétaire fainéant, tout contre le prolétaire
travailleur: l'instruction bourgeoise qui dès le bas âge corrompt
l'enfant, en lui inculquant les préjugés anti-égalitaires; l'Église qui
trouble le cerveau de la femme; la loi qui empêche l'échange des idées
de solidarité et d'égalité; l'argent, au besoin, pour corrompre celui
qui se fait un apôtre de la solidarité des travailleurs; la prison et la
mitraille à discrétion pour fermer la bouche à ceux qui ne se laissent
pas corrompre. Voilà l'État.
Cela durera-t-il? Cela peut-il durer? Évidemment non. Une classe entière
de l'humanité, celle qui produit tout, ne peut pas toujours soutenir une
organisation établie spécialement contre elle. Partout, - sous la
brutalité russe comme sous l'hypocrisie gambettiste, - le peuple
mécontent se révolte. L'histoire de nos jours, c'est l'histoire de la
lutte des gouvernants privilégiés contre les aspirations égalitaires des
peuples. Cette lutte fait la principale préoccupation des gouvernants;
elle dicte leurs actes. Ce ne sont pas des principes, des considérations
de bien public qui déterminent aujourd'hui l'apparition de telle loi ou
de tel acte gouvernemental; ce ne sont que des considérations de la
lutte contre le peuple, pour la conservation du privilège.
Seule, cette lutte suffirait pour ébranler la plus forte organisation
politique. Mais, lorsqu'elle s'opère dans des États qui marchent déjà,
par suite de la fatalité historique, vers le déclin; lorsque ces États
roulent à toute vapeur vers la ruine et se déchirent, par-dessus le
marché, les uns les autres; lorsque, enfin, l'État tout-puissant se rend
odieux à ceux même qu'il protège, - lorsque tant de causes concourent
vers un but unique, alors l'issue de la lutte ne peut être mise en
doute. Le peuple, qui est la force, aura raison de ses oppresseurs; la
chute des États ne devient plus qu'une question de peu de temps, et le
philosophe le plus tranquille entrevoit les lueurs d'une grande
révolution qui s'annonce.»
Piotr Alexeïevitch Kropotkine, in "Paroles d'un révolté" (1885)
https://www.socialisme-libertaire.fr/2025/11/kropotkine-la-decomposition-des-etats.html
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