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(fr) FA Rennes - Projection du film documentaire "Hommage à la Catalogne" suivi d'un débat avec le réalisateur Frédéric Goldbronn Samedi 21/02 18h au cinéma Arvor
Date
Wed, 4 Feb 2026 18:42:47 +0000
Le samedi 21 Février à 18h, les organisations Fédération Anarchiste - FA
groupe La sociale; Union Communiste Libertaire UCL et Confédération
Nationale du Travail CNT 35 organisent au cinéma "L'Arvor" 11 rue de
Châtillon à Rennes (M° Gare) ---- La projection du film documentaire
"Hommage à la Catalogne" de Frédéric Goldbronn sorti début 2025 suivie
d'un débat avec le réalisateur ---- Ce film de 69 minutes fait revivre,
par la voix de Bruno Podalydès, le texte éponyme de George Orwell avec
des images d'archives de la révolution espagnole. ---- Dans Hommage à la
Catalogne George Orwell fait le récit de son engagement dans la
révolution et la guerre d'Espagne. C'est un livre hanté par des images,
que l'on retrouve dans les reportages des opérateurs anarchistes de la
CNT. Le film se propose de faire partager son expérience en Espagne à
travers une expérience nouvelle de cinéma.
La projection sera suivie d'un débat avec le réalisateur Frédéric
Goldbronn jusqu'à 20h15, puis d'un temps convivial propice aux
discussions informelles.
Sur le livre "Hommage à la Catalogne" de George Orwell:
"Les milices espagnoles furent le microcosme d'une société sans classes.
Dans cette communauté où personne n'agissait par intérêt, où nul ne
regrettait les privilèges et les léchages de bottes, s'esquissait
peut-être ce que pourraient être les premières étapes du socialisme."
Fin 1936, Orwell est à Barcelone, il veut combattre le fascisme; il
s'engage dans une milice du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM);
les six mois qui suivent vont bouleverser sa vie. Sur la guerre
d'Espagne, la lutte contre les totalitarismes et la confrontation des
idéaux à la réalité, Orwell a écrit un "livre ouvertement politique".
Publié au printemps 1938, porté par un formidable talent narratif,
"Hommage à la Catalogne" est unanimement considéré comme sa meilleure
oeuvre de non- fiction.
La guerre d'Espagne à laquelle Orwell participa en 1937 marque un point
décisif de la trajectoire du grand écrivain anglais. Le futur auteur de
1984 connaît la Catalogne au moment où le souffle révolutionnaire abolit
toutes les barrières de classe. La mise hors la loi du POUM par les
communistes lui fait prendre en horreur le «jeu politique» des méthodes
staliniennes qui exigeait le sacrifice de l'honneur au souci de
l'efficacité. Son témoignage au travers de pages parfois lyriques et
toujours bouleversantes a l'accent même de la vérité. À la fois
reportage et réflexion, ce livre reste, aujourd'hui comme hier, un
véritable bréviaire de liberté.
Ci-dessous l'article de Jean-Michel Frodon paru dans le n°116/117
(octobre 2025) de la revue Images documentaires.
https://www.imagesdocumentaires.fr et un article du Monde Libertaire de
Septembre 2025 sur le film.
++++
Hommage à la Catalogne
France
Réalisation: Frédéric Goldbronn
Production et distribution: Les Films d'Ici, 2025
69 min
«Quelque chose de singulier et de précieux» écrira George Orwell pour
tenter de qualifier ce qu'il a rencontré à Barcelone lorsqu'il y arrive
en décembre 1936. Dits par la voix de Bruno Podalydès, ce sont les mots
de l'écrivain anglais dans Hommage à la Catalogne, le livre de 1938 qui
raconte ses six mois dans l'Espagne en guerre, comme milicien du POUM,
le mouvement communiste antistalinien dont Orwell était déjà proche et
dont il rejoindra ensuite la branche britannique, l'Independent Labour
Party.
Dans le film qui porte le même titre que le livre, des fragments de
celui-ci racontent les principaux épisodes de cette phase de la guerre
d'Espagne à laquelle Orwell a été mêlé, tels qu'il les a vécus, mais
aussi le quotidien, les idées auxquelles il songe, des réflexions
politiques et morales. A l'image, un montage très riche d'archives
d'époque - films et photos - participent de la proposition singulière de
Frédéric Goldbronn, avec le double mérite de rendre lisible et surtout
sensible un moment historique marquant, et de proposer une forme
cinématographique plus singulière qu'il n'y paraît, dans sa manière
d'agencer paroles et images.
Sans effets de manche stylistiques, le film construit en effet une
subtile mise en perspectives, perspectives multiples qui répondent au
plus juste au texte et à l'état d'esprit d'Orwell. Celuici, dans son
livre, se situe en effet constamment sur différents niveaux. Ecrit à la
première personne du singulier, il tisse ensemble considérations intimes
et notations sur l'état de son propre corps, réflexions sur les
comportements concrets des individus qu'il rencontre, tentative
revendiquée d'une relation sensorielle des situations auxquelles il a
affaire - à Barcelone dans l'enthousiasme du soulèvement libertaire du
deuxième semestre 1936, sur les différentes affectations de son
détachement sur le front d'Aragon au premier trimestre 37, lors de
l'écrasement des anarchistes par les troupes de la République sous
influence soviétique en mai, lors de son bref retour au front jusqu'à sa
grave blessure au cou, puis sur le chemin de l'Angleterre qu'il
retrouve, aveugle et sourde à ce qui se joue en Espagne.
Mais l'écriture d'Orwell rendant compte de ce semestre dont il dit qu'il
l'a changé pour le reste de ses jours, sait à la fois détailler les
changements de comportement quotidien dans le sens d'une plus grande
égalité durant les quelques mois où la Catalogne vit selon les idéaux
libertaires, et analyser le double horizon sur lequel s'inscrit la
guerre contre les Franquistes, contre la montée des fascismes qui mènent
l'Europe et le monde à la guerre, et comme hypothèse de rapports humains
non définis par l'argent et le capitalisme. Et elle sait évoquer toutes
ces dimensions sans se départir d'un regard critique, y compris envers
ceux dont il est proche et aux côtés de qui il s'engage, et d'une
constante ironie dont il est lui-même la première cible.
C'est le génie propre de Hommage à la Catalogne, le livre, d'être une si
fidèle relation des lumières, immenses, et des ombres, nombreuses, qui
ont marqué le combat auquel il a participé, sans transiger jamais quant
à l'exigence absolue du combat contre le fascisme, contre toutes les
formes d'oppression et contre le totalitarisme, mais sans verser dans le
lyrisme romantique et volontiers myope sur les travers et les impasses
de son propre camp. Les fragments prélevés par Goldbronn dans le texte
traduisent ces multiples registres, tout en rendant justice à la
multiplicité des enjeux réfléchis, parfois comme en passant, par Orwell,
qu'il s'agisse de la situation des femmes (et du comportement des
hommes, tout révolutionnaires libertaires soientils, envers les femmes),
de la singularité de la question paysanne, du rapport à la religion où
il analyse finement le passage de la foi chrétienne à la «foi»
anarchiste face une hiérarchie catholique depuis si longtemps
entièrement du côté des oppresseurs.
A cette richesse des approches et des registres fait écho l'assemblage
des images. Sauf de rares exceptions, par exemple une photo de miliciens
du POUM faisant l'exercice dans la cour de la caserne Lénine à Barcelone
parmi lesquels on reconnaît le visage et la longue silhouette d'Orwell,
ces riches archives visuelles n'illustrent pas littéralement le texte On
perçoit bien qu'elles n'ont pas nécessairement été enregistrées sur le
lieu évoqué, ou au même moment.
C'est comme s'il circulait de l'air entre les phrases de l'écrivain et
les très nombreuses scènes récupérées grâce à l'usage important des
caméras et des appareils photos par les Républicains espagnols,
notamment de la CNT-FAI, et grâce au travail de conservation de
l'association REDHIC (Recherche & Documentation d'Histoire
contemporaine) consacrée notamment à la mémoire visuelle du mouvement
révolutionnaire espagnol.
Ces espaces devinés entre textes et images (rien ne vient énoncer la
littéralité de l'association entre l'image d'une gare et la description
du départ pour le front, entre les images d'une église en ruine et la
description par Orwell de celle où il dut se cacher pour échapper aux
sbires du gouvernement républicain après l'écrasement du mouvement
libertaire catalan, l'interdiction du POUM et l'exécution de ses
dirigeants) font écho aux multiples niveaux d'énonciations, de
descriptions, de réflexions du texte. L'assemblage des séquences, dont
nombre de documents rarement ou jamais vus, insiste sur deux des
dimensions qui importaient tant à Orwell. D'une part les visages, la
présence humaine singulière de ces dizaines de milliers d'hommes et de
femmes impliqué(e)s corps et âme dans un combat inédit, et peut-être
sans exemple dans l'histoire. Et d'autre part la relation sensorielle
aux réalités du soulèvement révolutionnaire, passées les journées
insurrectionnelles (auxquelles Orwell n'a pas assisté). Plus encore que
les tournants de la grande histoire, les documents montrent le quotidien
où il s'agit de manger, de produire, de rire et de discuter, évoquent le
froid et la boue sur le front, soulignent les questions du paraître, qui
sont parfois questions de vie ou de mort associées aux apparences, aux
vêtements, au vocabulaire utilisé.
Le parcours de cinéaste de Frédéric Goldbronn s'est en grande partie
construit autour de questionnements sur les effets des images pour
percevoir les événements historiques et leurs effets dans le présent. En
écho à son film de 2001 Diego, entretien avec un des derniers témoins de
l'expérience libertaire catalane, Diego Camacho (aussi connu, comme
écrivain et notamment biographe de Durutti, sous le nom d'Abel Paz), en
faisant commenter à celui-ci des photos d'époque, son Hommage à la
Catalogne apparaît comme un aboutissement de cette recherche, qui porte
sur les hommes et sur les faits, mais aussi sur le temps.
Riche en informations et en rappels de ce moment exceptionnel que fut la
révolution libertaire catalane, le film est animé par une complexité du
rapport au temps qui était déjà présente chez Orwell, mais démultipliée
par les choix visuels et le montage. Il y a dans le livre, écrit
quelques mois après le retour d'Espagne, une étrange et féconde
circulation entre les points de vue temporels, du vécu sur le vif, de
l'anticipation, de la conscience rétrospective d'illusion, une forme de
mélancolie pour ce qui aurait pu être, a failli, n'a été qu'une
apparence transitoire, ou s'est retourné sous l'effet de dynamiques
historiques et du cynisme de la realpolitik. Elle mène jusqu'à la
prémonition, formulée par Orwell en 1938, du Blitz écrasant sous les
bombes allemandes Londres qui n'a pas voulu s'intéresser au sort du
gouvernement légal de l'Espagne en 1936.
Cette circulation entre les temporalités se retrouve, étendue et
actualisée, chez Goldbronn. Elle est redéployée par les choix du
cinéaste dans le texte d'Orwell, qui est bien plus touffu, pour
souligner à la fois le sentiment d'un irréductible «ça a été» dont il
importe de ne pas laisser effacer la mémoire, la lucidité sur combien a
été transitoire l'état de grâce libertaire, même imparfait, dont
l'écrivain a éprouvé les manifestations, et l'affirmation du rôle de
modèle pour un avenir à construire que ce moment incarne. Dans le film,
cette mise en écho des temporalités est intensifiée en finesse par la
remarquable composition musicale et le design sonore associant fragments
de chants révolutionnaires, bouffées de free jazz et sons réalistes.
L'histoire d'un homme, l'histoire d'un combat, l'histoire d'une idée, et
leurs légendes, non au sens d'affabulation mais d'extension à d'autres
dimensions, s'y déploient en rendant vivante cette phrase magnifique de
George Orwell de retour d'Espagne, à la fin du livre. Tout en
s'autodénigrant comme il aime à le faire, il constate que toute
l'affaire espagnole tourne au désastre, un désastre qui ne s'arrête pas
aux frontières du pays. Il affirme pourtant ne rien regretter de son
engagement et l'absolue nécessité de ne pas se soumettre, mais proclame
combien l'expérience lui aura transmis «une foi accrue dans la dignité
des êtres humains».
Jean-Michel Frodon
Article paru dans le n°116/117 (octobre 2025) de la revue Images
documentaires.
https://www.imagesdocumentaires.fr
https://www.falasociale.org/2026/02/projection-du-film-documentaire-hommage.html
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