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(fr) Alternative Libertaire #368 (UCL) - Venezuela: Le pétrole dans le viseur de l'impérialisme
Date
Tue, 3 Feb 2026 18:21:00 +0000
Le 3janvier, Washington a attaqué le Venezuela, sans même l'aval de son
Congrès et en dépit du droit international, qui commence à devenir un
mythe, frappant des bases militaires mais également des infrastructures
civiles pour capturer le président Maduro. L'impérialisme états-unien
menace comme toujours la sécurité des populations dont il convoite les
ressources. ---- Depuis la deuxième élection de Trump, les rivalités
économiques sino-américaines préexistantes deviennent l'axe principal
de la géopolitique des États-Unis, que ce soit par l'armement par
l'Occident des pays voisins de la Chine, mais aussi par une guerre
économique. ---- L'énergie est au coeur de cette guerre économique,
alors que la Chine se rend de plus en plus compétitive dans le secteur
des énergies «durables». Trump entend jouer sur un avantage comparatif
face à son concurrent chinois: le pétrole. En effet les États-Unis
restent dans les 10plus grandes puissances pétrolières du monde. Il lui
faut donc veiller à maintenir sa position: en s'accaparant les
principales ressources, en trahissant les importations chinoises, et en
multipliant les obstructions à la transition écologique, ce qu'il a par
exemple fait très tôt en sortant des accords de Paris.
Pétrocolonialisme
À cela s'ajoute donc évidemment la compétition pour l'accès aux
ressources dans un contexte de crise environnementale majeure. Trump
tente donc de plus en plus de renforcer sa domination politique,
militaire et économique sur la «chasse gardée» qu'est pour lui
l'Amérique latine.
Car c'est en effet une réactivation de la doctrine Monroe qui est en
jeu. Les documents stratégiques de Washington disent clairement vouloir
«restaurer la proéminence américaine dans l'hémisphère occidental et
protéger le territoire national et l'accès à des zones géographiques
clés». À l'origine dirigée contre l'Europe, c'est donc maintenant
contre la Chine que s'oriente cette doctrine.
En envahissant le Venezuela, c'est bien du pétrole dont parle Trump. En
plus d'importantes ressources minières et gazières, le Venezuela
dispose en effet des plus grandes réserves de pétrole au monde: un
cinquième des réserves mondiales. Mais depuis les années 2010, des
sanctions économiques américaines s'accumulent. À plus forte raison
depuis 2019, le peuple vénézuélien est violemment touché par un embargo
états-unien sur le pétrole.
Son économie fragilisée, le Venezuela vend alors son pétrole de manière
détournée à bas prix, notamment à la Chine, via une «flotte fantôme».
L'opération de Trump aura des conséquences sur ce marché, que ce soit
pour la Chine ou pour la Russie dont l'exportation de pétrole finance la
guerre en Ukraine mais aussi pour Cuba où le pouvoir castriste dépend en
partie du pétrole vénézuélien.
Mais c'est évidemment les classes populaires qui sont le plus touchées
par ces manoeuvres de guerre économique. Comme le constataient juste
avant l'agression les organisations communistes libertaires américaines:
«Il est essentiel de souligner que l'agression impérialiste ne punit pas
les élites au pouvoir, mais touche directement les secteurs populaires.
Les blocus, les sanctions, l'intimidation militaire et l'étranglement
financier ne sont pas des outils "chirurgicaux": ce sont des mécanismes
de guerre économique qui visent à briser la résistance de tout un
peuple, à le discipliner et à le forcer à accepter un ordre de
subordination.» [1]
Une histoire de démocratie?
Le concept de «narcoterrorisme», fusion des rhétoriques bien connues de
la «guerre à la drogue» et de la «guerre au terrorisme», est censé
justifier cette opération. Mais dans un contexte de montée en puissance
de conflits inter-impérialistes, le gouvernement Trump ne cherche même
plus à tromper les instances supra-étatiques: il revendique clairement
ses intentions impérialistes, avec le soutien de Macron et de la
neutralité de l'Union européenne.
Sur les réseaux sociaux, sur les plateaux de télévision, dans les
déclarations des dirigeants politiques et des personnalités d'extrême
droite états-uniennes, les cris de joies de membres de la diaspora
vénézuélienne inondent l'espace médiatique à la suite de l'attaque.
Certaines images de propagande générées par intelligence artificielle
(IA) ont été démontées, mais plus largement, ce phénomène a pu
questionner certaines personnes sur la position à tenir.
Face à cela, la gauche est encore et toujours prise au piège entre un
campisme niant l'aspect autoritaire du régime vénézuélien en refusant de
questionner la bonne tenue des dernières élections, et une position
ambiguë incapable de mettre en perspective l'évolution du régime. Car en
effet, si le régime de Maduro était autoritaire et n'avait plus rien de
socialiste -comme en témoigne la répression des militant·es syndicaux et
révolutionnaires- il est aussi indispensable de rappeler que l'embargo
états-unien a été le catalyseur de cette évolution. Récemment,
l'attribution du prix Nobel de la paix à Maria Corina Machado, tête de
file de l'extrême droite vénézuélienne qui a toujours revendiqué
l'intervention militaire et salué les sanctions économiques, marque un
alignement globale de la «communauté internationale». Cette dernière
établie ainsi un double standard et présente comme pacifiste et
pro-démocratie les garants de l'ordre et des intérêts impérialistes.
Nous devons refuser que les critiques de ce régime servent à maquiller
une ingérence impérialiste. Le Venezuela commençait à sortir du système
du pétrodollar qui a permis pendant près de 50ans aux États-Unis de
disposer d'une manne financière importante et d'assurer leur hégémonie.
C'est également cette menace pour l'économie états-unienne que Trump
semble vouloir écarter par la violence et l'action militaire.
Des visées plus globales
Il est difficile de deviner comment la situation évoluera dans les
prochaines semaines. Le gouvernement vénézuélien semble s'accorder avec
Trump mais des milices et des sections de l'armée dont les commandants
semblent toujours fidèles à Maduro conservent une place importante dans
le pays.
Les infrastructures pétrolières sont en lambeaux du fait des sanctions
états-uniennes et de la corruption, ce qui fait que les entreprises
pétrolières états-uniennes semblent timides devant l'opportunité de
pillage du Venezuela. Il est donc difficile de savoir si les ambitions
pétrocoloniales de Trump réussiront, ce qui montre encore une fois la
relative autonomie des intérêts de l'État dans toute manoeuvre impérialiste.
Car Trump a montré ses véritables intentions: affirmer le contrôle des
États-Unis sur le continent américain. Une seule certitude: ce sont les
masses populaires qui paieront le cout des ambitions impérialistes, que
ce soit par les crises économiques ou par de nouvelles interventions
militaires, comme Trump en menace le Groenland mais aussi le Mexique ou
la Colombie.
Pour nous, libertaires, si la situation vénézuélienne montre quelque
chose, c'est bien l'insuffisance stratégique de la révolution
bolivarienne, se contenant de prendre et de gérer l'appareil d'État,
sans construire par le bas un pouvoir populaire. Elle n'a pas su mettre
en place les conditions de son autonomie productive dans la construction
du socialisme à la base, en jouant jusqu'au bout la carte du pétrole,
même après l'embargo et la crise économique. Il nous faut condamner
fermement cette attaque et toute ingérence états-unienne au Venezuela
comme partout dans le monde. Participons à tous les rassemblements de
soutien au peuple vénézuélien et aux autres peuples victimes de
l'impérialisme!
Judi (commission Relations internationales de l'UCL)
Notes:
[1] Lire le communiqué commun «Nous dénonçons l'offensive impérialiste
sur le Vénézuela» [https://www.blackrosefed.org/cala-statement-12-25/],
Blackrosefed.org, 30 décembre 2025.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Venezuela-Le-petrole-dans-le-viseur-de-l-imperialisme-10960
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