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(fr) Alternative Libertaire #367 (UCL) - Israël: Aux racines de l'extrême droite sioniste
Date
Fri, 30 Jan 2026 16:11:48 +0000
D'où provient cette extrême droite israélienne dont les membres
officient dans le gouvernement Netanyahou et exécutent le génocide?
Panorama sur ces mouvements, leurs histoires, leurs filiations dans les
métropoles coloniales et avec le sionisme. ---- Aux origines de la
droite sioniste il y a Vladimir Jabotinsky, juif russe qui rejoint le
mouvement sioniste en 1903. Durant la Première Guerre mondiale, il fonde
des divisions de bataillons juifs où il sera lieutenant, puis sera élu à
l'organisation sioniste mondiale en 1921. Il s'opposera au retrait de la
Transjordanie de la zone du «foyer national juif» [1] pouvant accueillir
des colons juifs, ratifié par Chaïm Weizman alors à la tête de
l'Organisation sioniste mondial (OSM). Il quitte en 1923 la direction de
l'OSM et théorise la création d'une «muraille d'acier», à savoir une
légion armée juive pour s'opposer aux arabes, convaincu que le rachat
des terres ne suffira pas pour s'imposer et que la population
palestinienne résistera. Il fonde le Parti révisionniste en 1925 au
quartier latin, qui défend la création d'un État juif sur les deux rives
du Jourdain, ainsi que le libéralisme économique et la démocratie.
Les premiers groupuscules fascisants
C'est depuis les rangs du parti révisionniste que sera créé l'Irgoun
(ancêtre du Likoud) durant la révolte palestinienne de 1936-1939. Autour
du parti vont commencer à naître des mouvements et milices à tendance
fasciste comme le groupe Brit Ha'birionim, groupe sioniste créé en 1931
dont le chef, Haba Haïmer, considère qu'il y a du «bon» chez Hitler.
Jabotinsky, malgré cela, ne rompra jamais avec lui. Entre rejet et
admiration pour Mussolini, Jabotinsky crée en 1934 avec l'aval du Duce
la Betar Naval Academy qui participe à la guerre italo-éthiopienne.
Les milices de l'Irgoun et du Lehi/groupe Stern (scission de l'Irgoun)
font la guerre aux britanniques durant la Seconde Guerre mondiale pour
combattre le Livre blanc britannique de 1939 qui limite l'immigration
vers la Palestine. Pour cela, le Lehi reprend certaines thèses du Brit
Ha'birionim et va jusqu'à rencontrer des émissaires du Reich pour
proposer une collaboration aux nazis contre les britanniques [2]. Ils
commettent moult attentats, celui de l'Hôtel King David en 1946 étant le
plus meurtrier, et assassinats comme celui du comte Bernadotte (alors
que leur leader Ytzak Shamir, futur Premier ministre et tous leurs
héritiers se proclameront ensuite champions de la lutte contre le
terrorisme). Durant la Nakba, les milices de l'Irgoun et du Lehi
participent à de nombreux massacres, notamment celui de Deir Yassine qui
participe à accélérer l'expulsion des Palestiniens et Palestiniennes.
L'Irgoun a toujours considéré le retrait de la Transjordanie de leur
appétits territoriaux comme un troc constituant déjà la création d'un
État palestinien...
Conquête progressive du pouvoir
Depuis la Guerre des SixJours et le début de la colonisation des
territoires occupés, le mouvement sioniste religieux, jusque-là
groupusculaire, n'a cessé de grandir, appuyé par les gouvernements de la
gauche sioniste pour impulser la colonisation.
Les tendances de l'extrême droite actuelle sont divisées entre tendances
laïques et religieuses. Ils ont en commun de réclamer le transfert des
Palestiniens et Palestiniennes de 1948 (qui sont citoyens et citoyennes
israéliennes), perçu·es comme une cinquième colonne, menaçante
démographiquement. Au début des années 2010, Israël Beytenou («Israël
notre maison») d'Avigdor Lieberman, parti d'extrême droite laïque,
participe à plusieurs coalitions gouvernementales avec Netanyahou, et
son chef de file devient ministre des Affaires étrangères en 2016. Il
est favorable à des transferts de territoires aux Palestiniens et
Palestiniennes pour maintenir la démographie juive. Ce n'est pas le cas
du «Foyer juif», parti des colons sionistes religieux, qui a fusionné
dans le «Parti national religieux» dont est issu Bezalel Smotrich,
actuel ministre des Finances et de la Défense, qui a derrière lui les
revanchards qui ont toujours refusé l'évacuation de Gaza décidée par
Ariel Sharon en 2005. Ce sont les partisans de toutes ces mouvances qui
mènent la guerre génocidaire à Gaza, et qui ont bloqué les convois
d'aide humanitaire. Ils se retrouvent dans l'idéal du «Grand Israël»
qui inclut l'annexion de Gaza et de la Cisjordanie, ainsi que le
transfert des Palestiniens et Palestiniennes. Le mouvement «Force juive»
né en 2012, après un score surprise en 2022, s'allie avec le Likoud, et
son dirigeant Itamar Ben-Gvir devient ministre de la sécurité nationale.
Il est issu d'un des mouvements les plus radicaux, le kahanisme (de son
fondateur Meir Kahane), courant dont est issu Baruch Goldstein,
responsable du massacre d'Hébron en 1994, qui fait 29 morts. Certains
des plus intégristes considèrent Eretz Israël comme allant du Nil à
l'Euphrate, selon la zone de peuplement biblique, horizon parfois
repris, y compris par Netanyahou...
L'extrême droite sioniste hors de l'occident
Meir Kahane fut le fondateur en 1968 au États-Unis des Ligues de défense
juive (LDJ), considérées comme terroristes et interdites en Israël et
aux USA. Celle fondée en France n'a jamais été interdite et elle a
parfois collaboré au Service de protection de la communauté juive
(service d'ordre du CRIF) [3]. Beaucoup de leurs membres participent aux
génocides en cours, vont volontairement faire leur service militaire
dans Tsahal en territoire occupé ou s'installent dans les colonies. En
France, la LDJ a tissé, dans les années 2000-2010, des liens avec les
Identitaires, Riposte laïque et le Front national...
Aux États-Unis, les sionistes chrétiens (historiquement mouvement
protestant dit «restaurationiste» qui comptera des acteurs importants du
développement du projet sioniste comme William Hechler [4] et Lord
Balfour) issus de courants évangélistes conservateurs, ont tissé des
liens depuis longtemps avec Israël dès les années1970, notamment le
télévangéliste Jerry Falwell avec Menahem Begin, ancien Premier
ministre. Elles-mêmes antisémites, ces collectivités sionistes
chrétiennes seront très présentes autour de Bush au début des années
2000, lors de son alliance avec le Premier ministre israélien Ariel
Sharon dans le cadre de la «guerre au terrorisme», reprenant la théorie
du choc des civilisations toujours utilisée par Netanyahou aujourd'hui,
et permettant les ponts entre droite et extrême droite dans le monde
entier. Les alliances de Trump avec ces courants sionistes chrétiens
s'inscrivent dans cette continuité.
Le fascisme, toujours des racines coloniales
Mais comme on l'a vu, la matrice de toutes ces tendances fascisantes
sont issues du sionisme colonial initial. Si elles sont opposées aux
tendances de gauche sur les choix économiques ou sur les méthodes, le
même fond colonial est partagé, celui d'un État où les juifs doivent
rester majoritaires, qui se pense avant-garde de la civilisation et où
les implantations coloniales ne sont pas remises en cause. Le parti
travailliste et la droite ont bien souvent collaboré aux mêmes crimes
dans l'Histoire (répression de la grève générale palestinienne de 1936
[5], Nakba...) et encore aujourd'hui (Yaïr Golan, chef du Parti
travailliste et général, participe au génocide actuel, et a déclaré le
13octobre 2023 «tant que les otages ne sont pas libérés, vous pouvez
mourir de faim, c'est tout à fait légitime»).
L'extrême droite israélienne n'est donc pas seulement le résultat
d'idéologies conservatrices mais d'un régime politique, le sionisme, qui
a les coudées franches avec les impérialistes occidentaux. Si des
français de la LDJ peuvent s'installer dans les colonies et faire leur
service dans une armée d'occupation depuis des décennies, c'est grâce à
la tolérance de l'État français. Si les religieux évangélistes peuvent
financer une colonisation à plus grande ampleur que l'État israélien
lui-même, c'est grâce au laisser-faire impérialiste.
Les fascismes doivent se combattre par une solidarité anticoloniale et
anti-impérialiste assumée. L'antisionisme relève de cet
anticolonialisme: le sionisme n'est pas un projet d'autodétermination ou
de libération comme on l'entend parfois à gauche, mais un régime
colonial, nationaliste et racial. Le problème ce n'est pas uniquement
l'extrême droite israélienne, mais le régime colonial et d'apartheid
dont elle est le produit -sa forme la plus brutale, pas une anomalie.
Nicolas Pasadena (commission Antiracisme de l'UCL)
Notes:
[1] Décrété lors de la proclamation Balfour de 1917 par le Foreign
Office britannique.
[2] « 1940-1941: La douteuse philosophie de M. Itzhak Shamir », Le Monde
diplomatique, décembre 1983.
[3] « Nous sommes la version hard, ils sont la version soft [...] des
gens comme le vice-président du CRIF, sont très proches de nous. Ils
nous aident même financièrement ». « La LDJ, une "milice" controversée
», Dernières nouvelles d'Alsace, 30juillet 2014.
[4] Chrétien restaurationiste, ami et conseillé de Théodore Herzl, ce
missionnaire polyglotte utilisera son réseau diplomatique pour lui
permettre de rencontrer divers potentats européens (Le Kaizer Guillaume
II, le Tsar de Russie, ect.) afin de leur « vendre » le projet sioniste.
[5] La Histadrout, syndicat sioniste créé par David Ben Gourion,
conjointement à l'Irgoun, tentera de casser la grève générale
palestinienne de 1936.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Israel-Aux-racines-de-l-extreme-droite-sioniste
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