|
A - I n f o s
|
|
Une agence d'actualités par pour et au sujet des anars
**
.
Informations dans toutes les langues
Les 30 derniers messages (accueil)
Messages des deux
dernières semaines
Nos archives des anciens messages
Les 100 derniers
messages selon la langue
Greek_
䏿–‡ Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Francais_
Italiano_
Portugues_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
_The.Supplement
Premières lignes des dix derniers messages
Greek_
Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Francais_
Italiano_
Polski_
Portugues_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe
Premières lignes des dix derniers messages
Premières lignes des messages des dernières 24 heures
Premières lignes des messages des dernière
last 30 days |
of 2002 |
of 2003 |
of 2004 |
of 2005 |
of 2006 |
of 2007 |
of 2008 |
of 2009 |
of 2010 |
of 2011 |
of 2012 |
of 2013 |
of 2014 |
of 2015 |
of 2016 |
of 2017 |
of 2018 |
of 2019 |
of 2020 |
of 2021 |
of 2022 |
of 2023 |
of 2024 |
of 2025 |
of 2026
(fr) Courant Alternative #356 (OCL) - La démocratie c'est la peste, vive la zone
Date
Wed, 28 Jan 2026 18:32:56 +0000
Notes de lecture du livre de Quinn Slobodian, «le capitalisme de
l'apocalypse» (2023, traduction Seuil 2025). ---- Sans cesse embêtées
par les réglementations de l'État et la démocratie bourgeoise à la mode
occidentale, les affaires pourraient bien s'en passer. Les milliardaires
aussi veulent de débarrasser de l'État. Leur solution consiste à créer
des ‘zones de libre entreprise' dans lesquelles l'argent est roi, la
propriété privée un bien sacré, les syndicats un mal à interdire et les
services publics de l'argent gâché. On y offre des facilités financières
et fiscales énormes aux investisseurs. Bien qu'affiliées aux États dans
lesquels elles s'implantent, la législation y est à chaque fois spéciale
et les salaires très bas. Elles poussent comme des champignons. Il y en
avait environ 5 400 sur la planète en 2023. Pour les libertariens ce
morcellement est une source d'inspiration pour une réorganisation
politique de la société dans son ensemble.
Les îles
Depuis longtemps le modèle d'enrichissement sans l'État est Hong Kong.
Depuis la fin des années 50, Londres autorise Hong Kong à définir sa
propre politique commerciale et fiscale. Aucun impôt sur les revenus,
pas d'élections, liberté totale de licenciements. S'il faut voter,
«plutôt qu'une personne-une voix il vaut mieux un dollar-une voix». La
Chine communiste s'accommode bien de l'idée «Un pays, deux systèmes»
(Deng Xiaoping), d'abord pour Taiwan puis pour Hong Kong. Elle va
d'ailleurs plus tard parsemer ses côtes de ‘petits Hong Kong'. La
‘fièvre des zones', parfois ouvertes par des hongkongais, a vite gagné
la Chine devenue capitaliste. Bien sur les aspirations à la démocratie
gagne le peuple de Hong Kong. Mais donner le droit de vote aux pauvres
serait au détriment des politiques favorables à la liberté des entreprises.
L'exemple de Hong Kong séduit les capitalistes anglais. Plutôt que de
lointaines îles offshores on peut utiliser des quartiers délabrés de la
ville de Londres. Différents projets voient le jour, le projet Racket
sur l'île aux chiens. Le quartier de Canary Wharf se couvre de tours
immenses et comme à Hong Kong les décisions sont prises par des
officiels désignés par les grandes entreprises sans que les résidents
ordinaires aient leur mot à dire. La zone a été progressivement achetée
par les fonds souverains les plus riches du monde, chinois en
particulier. Cette zone néolibérale est aujourd'hui désertée.
La solution de Singapour est bien différente puisque ici le rôle de
l'État y est considérable. Le gouvernement construit des zones
industrielles et finance de gros travaux. Les plus grandes entreprises
sont propriété de l'État. La main-d'oeuvre étrangère, qui représente une
des clés de la réussite, représente 40% de la population, mais ces
non-citoyens n'ont pas les mêmes droits que les citoyens: pas de compte
épargne pour leur retraite ou les soins de santé (obligatoire pour les
citoyens), pas de soins de santé ni le droit de construire; ils sont
plus facilement licenciables ou même expulsables si les entreprises le
souhaitent. La démocratie est très réduite, peu d'élections et loin
d'être libres, le même parti est au pouvoir depuis que l'État existe,
pas le droit de manifester, personnalités politiques emprisonnées,
presse réduite, étroitement surveillée et empêchée de s'opposer au
modèle sous peine de fermer. Le pays est géré comme une entreprise,
combinant ouverture économique en lien direct avec la mondialisation et
contrôle politique. La croissance doit passer avant le partage. Les
droits de douane sont très faibles et la fiscalité aussi. Les inégalités
de revenus sont les 2èmes du monde, juste après Hong Kong. Des
délégations chinoises font souvent le voyage à Singapour et copient les
méthodes pour leurs zones de libre entreprise.
Les tribus
Alors que l'agitation grandit en Afrique du sud contre l'apartheid, un
certain nombre de grandes fortunes cherchent des solutions pour, à la
fois, faire de belles affaires en se débarrassant de la démocratie
bourgeoise et résoudre le problème racial. Conseillés entre autres par
Milton Friedman qui connait bien Hong Kong, l'idée principale est de
morceler le pays. C'est le début des bantoustans, petites zones de libre
commerce sans démocratie et dirigés uniquement par des blancs. Les noirs
y perdent leur citoyenneté sud-africaine et sont déportés dans ces
mini-États dans lesquels ils n'ont jamais mis les pieds, où ils
deviennent citoyens d'une ‘nouvelle patrie'. Les premiers essais
chuteront à la fin de l'apartheid. Aujourd'hui l'Afrique du sud en est
parsemée, souvent sur une base ethnoraciale, des zones pour les blancs,
d'autres pour les noirs. Ce statut d'entité privée a eu beaucoup de
succès auprès des libertariens du monde entier qui y voient une zone de
sauvegarde de la civilisation blanche au milieu de l'Afrique. En 2019
des groupes d'extrême droite australiens viennent s'y entrainer
militairement en prévision d'une prochaine guerre raciale.
À partir des années 90 et la chute du mur de Berlin on observe la
naissance de fractionnements d'anciens grands ensembles en nouveaux
petits pays, notamment en Europe de l'Est. Cela intéresse beaucoup les
libertariens, ces pays étant parfois assez petits pour en faire des
‘zones de libre échange' et ils parlent alors d'anarcho-capitalisme. Des
zones comme Hong Kong ou Singapour montrent bien «qu'il n'est pas
indispensable de cultiver la terre pour être riche» et des petits pays
comme Andorre, Monaco ou le Luxembourg sont parmi les plus riches
d'Europe. Aux USA les idées de fragmentation des souverainetés se
développent encore avec l'exploitation du gaz de schiste sur des terres
anciennement utilisées de manière collective en pâturages. Des groupes
s'organisent pour diviser ces espaces en espaces privés. Les riches
blancs trouvent une autre manière de s'organiser de manière racialement
pure avec les ‘communautés fermées' ou gated communities. Elles sont
particulièrement nombreuses autour des villes de Los Angeles, Phoenix,
Houston, Miami, Chicago ou encore New York mais se multiplient
actuellement très vite.
Le Liechtenstein fournit aussi un bel exemple inspirant pour les
libertariens. 161 km²; la plus grande ville (Schaan a 6 000 habitants);
la capitale (Vaduz) environ 4 000, mais beaucoup plus d'entreprises
(plus de 75 000 au début du 21ème siècle). Toutes les plus grandes
entreprises du monde y ont un compte en banque. On ne peut devenir
‘citoyen du Liechtenstein' que moyennant beaucoup d'argent; beaucoup de
travailleurs suisses n'y sont pas ‘citoyens'.
Les nations franchisées
Dubaï, petit pays l'un des plus riches du monde est dirigé d'une main de
fer par un émir, c'est un capitalisme sans démocratie: pas d'élections
populaires, pas de liberté d'expression, pas de droits pour les
‘non-citoyens' qui représentent 97% de la population du pays, recours
arbitraire à la violence policière et travail forcé.
«L'idéologie est disqualifiée car elle n'est pas pertinente pour les
affaires». Le cheik est souvent qualifié de ‘PDG de Dubaï'. Un conseil
exécutif composé de dirigeants d'entreprises non élus. C'est le rêve de
la droite américaine, une oasis de libre entreprise sans impôts, sans
syndicats et sans parti d'opposition. Actuellement l'émirat, représenté
par ‘DPWord' (Dubaï Ports World), a acheté quantité de ports,
d'entreprises et même de couloirs de navigation dans le monde entier.
Des conventions de fonctionnement différentes ont été mises au point de
manière originale pour chaque quartier.
La Silicon Valley colonise aussi. A partir de 1976 le Honduras installe
des zones franches avec allègements fiscaux aux entreprises étrangères.
A la faveur d'un coup d'État, création de «villes privées» dont la
législation est confiée à un pays étranger. Ce sont ensuite des
investisseurs privés libertariens qui se groupent pour monter des
«paradis anarcho-capitalistes» dans lesquels la ville est une entreprise
et les habitants des clients. Prospera est inaugurée en 2021 sur une
zone de 23 hectares sur une île au large du Honduras. Suite aux
nombreuses révoltes populaires contre ces zones et à l'ingérence des
USA, la démocratie, de retour par les élections fin 2021, va les
supprimer; il y en avait plusieurs dizaines au Honduras, le pays n'en
étant encore pas totalement débarrassé en 2025.
C'est dans les nuages du métavers que Meta développe des jeux dans
lesquels les gens sont prêts à débourser du «vrai argent» pour acquérir
des accessoires ou des bâtiments. Les anarcho-capitalistes se mettent à
construire des États virtuels à leur façon, sans démocratie. Le concept
de propriété privée doit aussi s'appliquer dans le métavers. Le web
permet de créer des «cloud contries» avec des «citoyens du net» qui
peuvent avoir les liens forts sans se connaitre, et sont adhérents
volontaires, c'est à dire qui peuvent partir s'ils ne sont pas contents.
Le bitcoin favorise alors de vraies acquisitions.
Les zones de «capitalisme sans démocratie» prolifèrent rapidement dans
le monde entier. La Chine en compte plusieurs centaines, morcelant le
pays. Depuis quelques années, elle en installe aussi dans plusieurs
endroits du monde, achetant des morceaux de territoires ou des ports,
pas uniquement le long des «routes de la soie». Depuis 2017, l'Arabie
Saoudite développe pour 500 milliards de dollars le méga-projet NEOM,
géré par ses actionnaires avec «un gouvernement autonome dont les lois
seront approuvées par les investisseurs».
Les zones se développent dans le monde entier mais ne sont en fait pas
totalement libérées de l'État. Les ‘bons capitalistes' savent qu'il est
plus intéressant de s'emparer de l'État existant. Un problème reste en
effet: il y a des habitants à qui il peut arriver de se rebeller. Le cas
de Hong Kong, dont la population est en révolte et manifestations
permanentes réclamant le retour de la démocratie est bien instructif. La
solution du «techno-fascisme» décrit par Nastasia Hadjadji et Olivier
Tesquet dans leur livre ‘Apocalypse nerds' a peut-être aussi de l'avenir.
Gilles - Tours
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4620
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr