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(fr) Alternative Libertaire #318 (UCL) - Dossier Révolution haïtienne: À Paris, les parlementaires courent derrière les événements

Date Sat, 11 Sep 2021 17:52:17 +0100


Il fallait de quatre à six mois pour que les nouvelles traversent l'Atlantique. Et que l'évolution des rapports de force à Saint-Domingue se répercutent sur les débats à l'Assemblée. L'inverse était moins vrai... ---- En mai 1789, les États généraux ouvrirent, en France, l'ère des arènes parlementaires. Le puissant lobby colonial y était contesté par une minorité anti-esclavagiste... Jusqu'à ce que l'insurrection des esclaves tranche le débat. ---- Le lobby pro-esclavagiste. En son sein, deux sensibilités, séparées par un différend commercial: d'une part les premiers députés de Saint-Domingue, colons blancs réclamant plus de pouvoir dans la définition des règles douanières; d'autre part le club de l'hôtel Massiac, représentant les armateurs, négociants portuaires et propriétaires résidant en France, s'opposant, eux, à cet «autonomisme». Le club Massiac, plus puissant, plus avisé, pouvait compter sur des députés influents comme Barnave et Lameth, et sur un idéologue très au fait des réalités domingoises: Moreau de Saint-Méry. Après l'abolition de l'esclavage, en 1794, le club sera interdit et ses membres poursuivis.

Antiracistes et abolitionnistes. Quelques députés étaient membres de la Société des amis des Noirs, fondée en 1788: Brissot, Mirabeau, l'abbé Grégoire, Lafayette, Condorcet... Ils s'appuyaient sur la Déclaration des droits de l'homme de 1789 pour réclamer les droits civiques des Noirs et Mulâtres libres. Ils plaidaient aussi pour l'interdiction de la traite qui, pensaient-ils, entraînerait l'extinction progressive de l'esclavage. Cette dernière idée, qui passait pour avancée en 1789-1790, devait être complètement dépassée dès lors que la révolte des esclaves posa la question de la «liberté générale» immédiate.

Tergiversations. Jusqu'au tournant de 1792, la majorité des députés écoutaient les uns et les autres, sans opinion définitive, alternant avancées et reculs. Ainsi, en mai 1791 ils votèrent l'égalité civique pour les Mulâtres libres de la deuxième génération; en septembre, ils révoquèrent le décret. L'insurrection des esclaves changea tout. Il fallait resserrer les rangs des libres, en accordant l'égalité civique aux libres de couleur: ce fut la loi du 4 avril 1792.

Abolition. Au mois d'aout 1793, acculées, les autorités républicaines à Saint-Domingue proclamèrent la «liberté générale», dans l'espoir de rallier la masse des Africaines et Africains esclavisés. Six mois plus tard, à Paris, la Convention, médusée, écouta les trois nouveaux députés de Saint-Domingue - un Blanc (Dufay), un Mulâtre (Mills) et un Noir (Belley) -, fraîchement débarqués, raconter le cours qu'avaient pris les événements dans la colonie. Les députés votèrent alors, à l'unanimité et sous les acclamations, l'abolition de l'esclavage dans l'ensemble des colonies françaises. C'était le 4 février 1794, dans un de ces moments d'euphorie dont la Convention avait le secret, mêlant noblesse des idéaux et intérêts bien compris: «C'est aujourd'hui que l'Anglais est mort», se félicita Danton.

Suites. À la faveur d'une résurgence royaliste, le lobby colonial se reconstitua dans les assemblées parlementaires du Directoire (1795-1799) autour de Villaret-Joyeuse et de Vaublanc qui, en mai 1797, prononça une diatribe violemment raciste et pro-esclavagiste. Face à eux se dressait principalement le groupe multicolore des députés des colonies, comptant entre autres Belley, le général Laveaux, Sonthonax et Mentor, futur aide de camp de Dessalines.

Réaction. Le coup d'État de Bonaparte, fin 1799, mit fin au parlementarisme. Le Corps législatif, dont les députés étaient sélectionnés par le pouvoir, ne fut qu'une chambre d'enregistrement. Malgré cela, le 20mai 1802, il se trouva encore 63députés sur 274 pour voter contre le rétablissement de l'esclavage.

Guillaume Davranche (UCL Montreuil)

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