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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Courant Alternatif #241 - Algérie : le début du commencement de la fin ?

Date Sun, 07 Sep 2014 13:04:32 +0300


Vue de l'étranger, la situation de l'Algérie peut apparaître comme surréaliste et incompréhensible. La formalité de l'élection présidentielle a été vite expédiée, le 17 avril, avec la réélection dans un fauteuil... roulant d'Abdelazziz Bouteflika (75ans), pour un quatrième mandat, après déjà quinze ans de pouvoir, ressemblant à un cirque de mauvais goût. Les pathétiques apparitions de «Boutef la momie» (1) et la cérémonie d'investiture, au cours de laquelle le président n'a même pas pu terminer sa prestation de serment, donnaient le frisson. Mais si le résultat des élections semble démontrer la capacité du système à assurer sa pérennité, il en expose surtout les limites. ---- Un climat politique délétère ---- Cette élection présidentielle fera date. Le système s'est mis à nu. Ce n'est pas «Boutef» qui dirige l'Algérie. Personne ne peut croire le
contraire mais les «décideurs»,
sans solution alternative pour le
moment, ont pris le risque de pro-
longer ce mort-vivant à la prési-
dence ; il est en effet un candidat
de compromis, démontrant l'inca-
pacité de la gérontocratie à la tête
de l'Etat algérien et révélant un
système à bout de souffle et en
crise. Si l'attention des commenta-
teurs s'est focalisée sur l'élection
présidentielle, celle-ci n'est que
l'aboutissement de la dégradation
du climat entre les clans qui met-
tent le pays en coupe réglée. Ainsi
comment interpréter la très éton-
nante sortie du secrétaire général
du FLN, Amar Saâdani, lui-même
largement contesté au sein de son
parti (l'ancien parti unique), contre
Mohamed Médiène (74 ans), alias
«Tewfik» l'inamovible (depuis sep-
tembre 1990) et tout-puissant chef
du DRS (Département du rensei-
gnement et de la sécurité), la police
politique au coeur du régime ?
Comment comprendre la rumeur
savamment entretenue pendant
quelques semaines selon laquelle
Bouteflika aurait démis de ses
fonctions Médiène, ainsi qu'une
centaine d'officiers de l'armée, de
la gendarmerie et du DRS ? Com-
ment interpréter l'arrestation,
début février, de l'ancien adjoint de
Tewfik, le général Hacène, sous le
prétexte d'«activités séditieuses». Il
n'est pas aisé de saisir les tenants
et aboutissants du pouvoir algérien
tant celui-ci cultive le secret
comme un art de gouvernement,
intoxiquant la presse et la société
tout entière. Ce qui est sûr c'est
que, dans le règlement du régime
algérien depuis les années 1980,
une des règles veut que, quand le
nom d'un responsable du groupe
qui le dirige effectivement com-
mence à être cité dans la presse,
celui-ci a plus ou moins perdu la
confiance et la protection du «sys-
tème». Saadani, vieux routier de ce
système, dont il connaît parfaite-
ment le fonctionnement, n'a pu
jouer le rôle d'accusateur public,
sans au moins l'assentiment et les
garanties d'un centre de pouvoir
décisif, vu la violence des accusa-
tions portées contre Tewfik désigné
comme responsable de tous les
maux affligeant l'Algérie, de la sale
guerre des années 1990 à l'insécu-
rité saharienne des années 2000. Il
est clair que le vrai conflit pour le
pouvoir est celui opposant les chefs
du DRS à l'Etat-major de l'Armée
algérienne (Armée Nationale Popu-
laire, ANP), qui souhaite récupérer
l'intégralité de ses prérogatives.
Aux yeux de ce dernier, le DRS doit
retrouver sa vocation stratégique,
essentielle, de défense de la sécu-
rité nationale, abandonnée depuis
l'éviction du gouvernement réfor-
mateur et le coup d'Etat de janvier
1992. Depuis cette date, derrière
des paravents civils, le DRS a
constitué la réalité du pouvoir po-
litique, maître d'oeuvre de la ré-
pression et de la manipulation et
gestionnaire de la vie économique
et sociale de la société tout entière.
Tant que les privilèges et les cir-
cuits d'accaparement de la rente
pétrolière et gazière étaient main-
tenus, tout allait bien. Mais depuis
le début des années 2000, des ten-
sions sont apparues entre ces deux
pôles du pouvoir réel, notamment
avec l'affaire Brown & Root Condor
en 2006, mais surtout avec la ges-
tion des événements de Tiguentou-
rine (2). L'assaut terroriste sur la
base gazière en janvier 2013 et la
gestion désastreuse par le DRS de
la prise d'otages subséquente ont
mis en exergue l'incompétence de
l'équipe dirigeante de ce départe-
ment. Les militaires ont été ainsi
écartés sans ménagement du règle-
ment de la situation et c'est le gé-
néral Athmane Tartag, dit «Bachir»,
chef d'alors de la DSI (Direction de
la sécurité intérieure du DRS, le
contre-espionnage) qui a décidé,
contre l'avis des généraux de l'ar-
mée présents sur le site, d'éliminer
les terroristes à coup de missiles
tirés par les hélicoptères du DRS,
tuant en même temps leurs otages
occidentaux.

L'Algérie dans l'oeil du cyclone...

Beaucoup dans l'armée, et dans sa
périphérie, reprochent au DRS
d'avoir contribué à pourrir la si-
tuation au Nord-Mali et de jouer
dans le Sahara algérien des jeux
dangereux en manipulant divers
groupes terroristes islamistes. Et
donc d'avoir favorisé le retour, vi-
siblement préparé de longue date
par l'armée française, dans la ré-
gion d'une présence militaire néo-
coloniale, avec la base militaire
avancée dans le nord du Mali, à
Tessalit, non loin de la frontière
algérienne . Pire, l'insécurité dans
le Sahara a provoqué le mécon-
tentement des sociétés pétrolières
étrangères actives en Algérie. Les
compagnies pétrolières, notam-
ment British Petroleum et Statoil
(compagnie norvégienne) ont na-
turellement réagi en exigeant
d'assurer elles-mêmes la sécurité
des sites, condition pour le retour
sur place des expatriés étrangers.
Et les gouvernements occiden-
taux, comme celui du Royaume-
Uni, ont proposé une assistance
sécuritaire directe de leurs ser-
vices secrets. Une position inac-
ceptable pour Alger, qui voit dans
ces critiques une menace sur l'ex-
ploitation de sa manne pétrolière
et gazière ; en effet, si l'Etat algé-
rien ne parvenait pas à démontrer
sa capacité à protéger ses intérêts
vitaux et d'une importance fonda-
mentale pour l'Occident, il pour-
rait s'exposer à des pertes de
souveraineté, de fait à des pertes
de rentrées d'argent mais surtout
à des pertes d'influences territo-
riales. D'autant plus qu'avec les
troubles en cours au Mali et en
Centrafrique, l'Algérie a démontré
son importance géostratégique
dans la gestion de la région sahé-
lienne. Il est remarquable que,
lors de sa visite à Alger en avril
dernier, le secrétaire d'état John
Kerry a donné sa bénédiction à
l'élection de Bouteflika. Si l'on
ajoute l'invitation officielle
d'Obama pour participer au Som-
met des dirigeants des Etats-Unis
et d'Afrique qui se déroulera à
Washington au mois d'août, on
comprend que les grandes puis-
sances regardent d'un oeil très at-
tentif cette partie de l'Afrique.

Le compte à rebours est-il commencé ?

S'il est clair pour tous les obser-
vateurs que nul ne souhaite une
déstabilisation algérienne généra-
lisée, tant les risques de contami-
nation sont grands, il est tout
aussi clair pour nombre d'acteurs
régionaux et internationaux
qu'une Algérie durablement affai-
blie est un avantage certain pour
le développement de leurs straté-
gies régionales. C'est dans ce
contexte que se situe la visite de
John Kerry ; les Américains n'ont
aucune confiance dans les diri-
geants algériens et les déclara-
tions d'amitié sont de pure forme.
Mais les appuis extérieurs, aussi
importants soient-ils, particuliè-
rement lorsque le soutien popu-
laire fait à ce point défaut,
n'empêchent pas que le compte à
rebours soit bel et bien enclenché.
Si la sagesse et la raison ne l'em-
portent pas, l'Algérie pourrait en-
trer dans une zone de turbulences
particulièrement périlleuse. L'Al-
gérie sous la férule d'une dicta-
ture incroyablement médiocre et
totalement corrompue est bel et
bien dans l'oeil d'un cyclone de
désespoir exaspéré. Si un trans-
fert du pouvoir n'est pas assuré à
l'intérieur de l'armée vers les
nouvelles générations d'officiers
et si un nouveau compromis n'est
pas trouvé entre toutes les forces
politiques, y compris l'armée elle-
même, l'avenir du pays est direc-
tement menacé. Car dans l'état
actuel d'émiettement du front po-
litique, les ruptures brutales ne
sont pas de pures hypothèses
d'école ; de même qu'une sortie
de crise sans implication de l'ar-
mée et d'une partie du système
est illusoire. Si le consensus dé-
mocratique n'est pas atteint, la
porte est ouverte au pire. Tous les
ingrédients d'une crise multidi-
mensionnelle aux implications in-
calculables sont réunis, depuis les
tentations régionalistes, ultime
stratégie de division d'une poi-
gnée de patriarches dévoyés et
d'authentiques voyous, jusqu'aux
insatiables appétits des très puis-
sants oligarques de la rente, en
passant par les très cyniques jeux
de puissances. On le voit, l'élec-
tion de Bouteflika est donc le
signe d'un immobilisme terminal
qui n'est pas sans rappeler la sé-
nescence systémique soviétique.
Mais derrière les jeux de miroirs
se profile effectivement l'extrême
violence d'une situation où la po-
pulation est mise hors-jeu. Aban-
donnée à elle-même, elle ne subit
pas seulement une violence de
l'État et de ses hommes (avec ou
sans barbes), elle subit également
une violence symbolique en étant
exclue de la gestion de son destin
par un groupe opaque de déci-
deurs - souvent en osmose avec
des centres extérieurs soucieux
comme eux de préserver durable-
ment leurs situations de rente
respectives. D'où l'importance,
tout aussi grande, de soutenir
toutes celles et ceux qui résistent,
malgré tout. Et d'abord malgré le
quadrillage serré de toute la so-
ciété que perpétuent depuis des
décennies les dizaines de milliers
d'agents du Département de ren-
seignement et de sécurité (DRS,
ex-Sécurité militaire). Car face à
la répression et à la désinforma-
tion de tous les instants, des Algé-
riennes et de Algériens résistent
obstinément. Mais aussi les syndi-
cats autonomes de la fonction pu-
blique (éducation, santé, poste,
transports...) et, depuis peu, du
secteur privé, qui se mobilisent de
plus en plus face à la dégradation
de la situation sociale.

Ce n'est qu'à cette condition que
l'espoir pourra renaître.

J-M, le 23 mai

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1. Les rues arabes et
plus particulièrement
la rue algérienne ont
toujours développé
blagues, calembours
et jeux de mots, l'hu-
mour étant perçu
comme une pratique
à la fois de subver-
sion et de résistance ;
autant dire qu'avec
la mascarade prési-
dentielle les Algé-
riens s'en sont
donnés à coeur joie...

2. Le 16 janvier 2013,
le site gazier de Tour-
mentin à In Amenas
dans la wilaya d'Illizi
(Sahara) faisait l'ob-
jet d'une attaque sur
la base où se trou-
vaient 800 tra-
vailleurs. Une
attaque démarrée au
petit jour sur le com-
plexe gazier avec
l'arrivée des terro-
ristes dans une di-
zaine de 4X4. Durant
trois jours, les as-
saillants, issus du
groupe de Mokhtar
Belmokhtar, allaient
prendre en otage près
d'une centaine d'ex-
patriés étrangers. Au
troisième jour, l'ar-
mée algérienne finis-
sait de prendre
d'assaut le complexe
gazier. Au total, ce
sont 37 employés de
dix nationalités et 29
assaillants du groupe
dissident d'Aqmi qui
trouveront la mort
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