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(fr) FDCA, Il Cantiere #43 [ITA] - Le plaisir du militantisme anarchiste: histoire, signification et pertinence d'une idée politique - Alessandro Granata (it) [Traduction automatique]
Date
Fri, 17 Apr 2026 14:13:50 +0100
Dans le langage des mouvements radicaux italiens, une expression résume
parfaitement l'esprit de toute une époque politique: le plaisir du
militantisme anarchiste . Il ne s'agit pas d'un slogan créé par un seul
auteur, ni d'une formule théorique codifiée dans un texte précis. C'est
plutôt une sensibilité largement partagée qui a imprégné les collectifs,
les journaux militants et les espaces autogérés entre la fin des années
1960 et les années 1980. Ces mots résument une idée précise:
l'engagement politique ne doit pas se limiter au sacrifice, à la
discipline ou à un dévouement austère à une cause, mais peut aussi être
une expérience de liberté, de créativité et de communauté. Dans cette
perspective, la milice devient un lieu où les citoyens expérimentent dès
maintenant les formes de vie et d'organisation sociale qu'ils souhaitent
voir s'établir dans la société future.
Une nouvelle culture du militantisme
Cette expression a vu le jour dans le contexte du mouvement italien de
1968 et des mouvements sociaux qui ont suivi. Dès la fin des années
1960, des milliers de jeunes ont rejoint les cercles de la politique
radicale, des organisations de la Nouvelle Gauche aux collectifs
libertaires, redéfinissant profondément le sens même de la participation
politique.
Dans le monde anarchiste, mais aussi dans les cercles proches de
l'autonomie ouvrière, le militantisme était de moins en moins perçu
comme un simple outil de prise de pouvoir ou d'influence sur les
institutions. Il devenait plutôt un espace d'expérimentation sociale: un
laboratoire collectif où tester de nouvelles formes de relations, de
coopération et d'organisation politique.
Cette conception se distinguait nettement de la culture militante des
grands partis de la gauche traditionnelle. Au sein du Parti communiste
italien, par exemple, le militantisme était souvent présenté comme une
question de discipline, de sacrifice personnel et de loyauté envers
l'organisation. Dans les groupes anarchistes et libertaires, en
revanche, une vision différente s'est développée: la politique devait
aussi être une expérience capable de susciter enthousiasme, satisfaction
personnelle et sentiment d'appartenance.
La signification du «plaisir»
Parler du «plaisir de l'activisme» ne signifiait pas banaliser
l'engagement politique ni le réduire à un simple divertissement. Au
contraire, cela soulignait un principe fondamental de la culture
libertarienne: la transformation sociale doit aussi impacter la vie
quotidienne.
Pour de nombreux militants anarchistes, la politique ne pouvait se
limiter à l'horizon d'une révolution future ou à la conquête d'un nouvel
ordre institutionnel. Elle devait se manifester dès maintenant à travers
des relations sociales fondées sur l'égalité, la coopération et
l'autonomie individuelle.
Le plaisir du militantisme naissait donc de plusieurs éléments concrets:
la capacité de s'organiser sans hiérarchies rigides ni leadership
autoritaire;
le sentiment de solidarité entre camarades;
la construction d'espaces sociaux indépendants et autogérés;
l'expérience des communautés alternatives au sein de la société existante.
Pour beaucoup de jeunes dans les années 1970, rejoindre un collectif
anarchiste signifiait aussi trouver un réseau d'amis, une dimension
sociale partagée et une autre façon de vivre la ville et son temps libre.
Les racines théoriques de la pensée libertarienne
Cette sensibilité puisait ses racines dans la tradition historique de
l'anarchisme. Des penseurs comme Mikhaïl Bakounine et Pierre Kropotkine
avaient imaginé une société fondée sur l'autogestion, la coopération
volontaire et l'abolition des hiérarchies politiques et économiques.
Kropotkine avait notamment élaboré la théorie de l'entraide, selon
laquelle la coopération entre les êtres humains constitue une force
évolutive fondamentale au même titre que la compétition. Cette idée a
contribué à renforcer la conviction, largement répandue dans les
mouvements libertaires, qu'une société fondée sur la solidarité et
l'autonomie était non seulement souhaitable, mais aussi réaliste.
Dans les années 1960 et 1970, ces idées se sont mêlées à de nouvelles
influences culturelles. Le philosophe Herbert Marcuse a analysé de
manière critique la société industrielle avancée, arguant que le
capitalisme moderne tend à intégrer la dissidence par la consommation et
le conformisme social. Parallèlement, le théoricien situationniste Guy
Debord a décrit la transformation de la vie sociale en une «société du
spectacle», où l'expérience directe est progressivement remplacée par la
représentation médiatique.
Ces réflexions ont contribué à diffuser l'idée que la révolution ne
devait pas se limiter aux structures économiques ou institutionnelles,
mais devait concerner l'ensemble de l'expérience quotidienne: le
travail, la culture, les relations sociales et la manière d'appréhender
l'espace urbain.
Les pratiques du militantisme libertaire
Dans la vie concrète des mouvements, le plaisir du militantisme
s'exprimait à travers une grande variété de pratiques qui entremêlaient
politique, culture et sociabilité.
De nombreux collectifs anarchistes promouvaient l'édition indépendante,
les journaux autogérés, les bibliothèques militantes et les initiatives
culturelles. Les assemblées horizontales constituaient le principal
outil de prise de décision, tandis que la solidarité et les réseaux
d'entraide formaient une forme concrète d'organisation sociale.
Dans de nombreuses villes italiennes, des espaces autogérés ont vu le
jour, accueillant concerts, débats, expositions, activités sociales et
rassemblements. Dans ces lieux, la politique s'entremêlait à la vie
quotidienne: on y discutait de théories, on y organisait des campagnes
sociales, mais aussi, se tissaient des liens, des amitiés et des
communautés.
Le militantisme est ainsi devenu une véritable forme de vie, capable de
remettre en question non seulement les structures du pouvoir, mais aussi
les habitudes quotidiennes, les modèles culturels et les rapports
sociaux dominants.
Pourquoi ce militantisme reste d'actualité
Des décennies plus tard, l'idée des plaisirs de l'activisme reste d'une
grande actualité. Le monde contemporain est marqué par de profondes
inégalités économiques, la précarité de l'emploi, des crises
environnementales et une méfiance croissante envers les institutions
politiques traditionnelles.
Dans ce contexte, de nombreux mouvements sociaux remettent en question
les formes d'organisation fondées sur la coopération, l'autogestion et
la solidarité. L'engagement anarchiste est souvent interprété comme une
tentative de construire une société communiste libertaire: une société
sans pouvoir étatique autoritaire ni exploitation économique, basée sur
la gestion collective des ressources et la participation directe des
citoyens aux décisions qui les concernent.
L'activisme libertarien peut donc apparaître non seulement comme un
devoir moral ou une nécessité politique, mais aussi comme une expérience
positive et libératrice. Participer à des pratiques de mutualisme, de
solidarité et d'autogestion nous permet de construire dès aujourd'hui
des relations sociales qui préfigurent la société que nous souhaitons.
La contribution contemporaine de David Graeber
Ces dernières années, l'anthropologue David Graeber, souvent qualifié de
penseur communiste anarchiste, a apporté une contribution importante à
la réflexion contemporaine sur l'anarchisme.
À travers ses études anthropologiques et historiques, Graeber a démontré
comment la coopération, l'entraide et la prise de décision collective
ont caractérisé de nombreuses sociétés humaines à travers l'histoire.
Selon lui, l'anarchisme ne doit pas être perçu comme un modèle rigide de
société future, mais plutôt comme une méthode politique: une manière
d'organiser les relations sociales fondée sur l'idée que les individus
sont capables de coopérer et de se gouverner eux-mêmes sans structures
oppressives.
Cette perspective redonne à l'activisme une dimension créative et
expérimentale. L'engagement politique ne consiste pas seulement à
dénoncer les injustices, mais aussi à construire concrètement des
alternatives: pratiques de solidarité, économies mutualistes, assemblées
horizontales, espaces sociaux autogérés.
Un héritage vivant
L'idée du plaisir du militantisme anarchiste perdure ainsi dans les
expériences contemporaines de mutualisme, de mouvements sociaux, de
centres sociaux et de réseaux de solidarité qui cherchent à résoudre les
problèmes de la société par des outils collectifs et horizontaux.
Dans cette perspective, l'activisme n'est pas seulement un moyen
d'atteindre un objectif politique lointain. C'est aussi une manière de
vivre la politique au présent, de transformer les relations quotidiennes
et de construire des espaces de liberté au sein de la société existante.
Et c'est précisément dans cette dimension - entre politique, communauté
et désir d'émancipation - que cette expression née dans les mouvements
italiens de la seconde moitié du XXe siècle continue de trouver un sens:
le plaisir du militantisme anarchiste.
Le risque de guerre mondiale et l'urgence d'une alternative libertarienne
Le contexte géopolitique actuel rend la réflexion sur la nécessité de
l'engagement, de l'activisme et du militantisme, ainsi que sur la
transformation de la société selon une voie communiste libertaire, plus
que jamais d'actualité. Ces dernières années, le système international a
été de nouveau marqué par des conflits ouverts, des tensions entre
grandes puissances et une course aux armements croissante et
exponentielle. Guerres régionales, néocolonialisme, impérialisme,
rivalités stratégiques et expansion des dépenses militaires ramènent le
monde vers une logique de blocs opposés, que de nombreux observateurs
interprètent comme un prélude potentiel à une nouvelle guerre mondiale.
Dans ce contexte, l'idée anarchique d'une société fondée sur la
coopération entre les peuples, la réduction du pouvoir étatique et la
gestion collective des ressources revêt une dimension d'urgence à la
fois politique et éthique. Pour de nombreux penseurs et militants
libertariens, la construction de structures sociales fondées sur
l'autogestion, le mutualisme et la solidarité internationale représente
non seulement un projet d'émancipation sociale, mais aussi une réponse à
la spirale militariste qui a historiquement accompagné les États-nations
et les économies basées sur la compétition géopolitique. Dans cette
perspective, oeuvrer à l'édification d'une société communiste anarchiste
implique également d'imaginer et de mettre en pratique des formes de
coexistence capables de réduire progressivement l'emprise de la logique
de la guerre, du réarmement et de la domination par la force.
Organiser les anarchistes: la leçon de la Plateforme
Parallèlement à la dimension spontanée et communautaire du militantisme
anarchiste, une part importante de la tradition libertaire a toujours
insisté sur la nécessité de l'organisation. Dès les années 1920,
certains militants anarchistes engagés dans l'expérience révolutionnaire
russe ont porté un regard critique sur les limites du mouvement
libertaire et sa difficulté à influencer les moments décisifs de l'histoire.
Parmi eux figuraient Nestor Makhno, Piotr Archinov et Ida Mett, figures
de proue de la révolution ukrainienne et de la résistance paysanne
contre l'Armée blanche et les forces contre-révolutionnaires durant la
révolution russe. Après la défaite du mouvement makhnoviste et leur exil
en Europe, ils participèrent à la rédaction d'un document qui allait
susciter un vif débat au sein du mouvement anarchiste international: la
Plateforme organisationnelle de l'Union générale des anarchistes ,
publiée en 1926.
Le texte s'ouvrait sur un constat simple mais radical: l'anarchisme,
malgré la richesse de ses idées et de ses méthodes de lutte, était
souvent affaibli par la fragmentation de son organisation, le manque de
coordination et la difficulté d'élaborer des stratégies communes. Selon
les auteurs de la Plateforme , pour véritablement influencer les
processus révolutionnaires, les anarchistes devaient adopter des formes
d'organisation plus cohérentes et stables.
La proposition avancée par Makhno et Arshinov reposait sur quelques
principes fondamentaux:
unité théorique, c'est-à-dire une base commune pour l'analyse et les
objectifs politiques;
unité tactique, pour éviter la dispersion et les contradictions dans
l'action;
responsabilité collective dans les décisions et les activités;
Le fédéralisme, en tant que méthode d'organisation capable de concilier
autonomie locale et coordination générale.
Ces idées ont suscité de vifs débats au sein du mouvement anarchiste
international. Certains militants craignaient qu'une structure
organisationnelle plus poussée ne rapproche l'anarchisme des modèles de
partis centralisés. D'autres, en revanche, considéraient la Plateforme
comme une tentative nécessaire pour surmonter les faiblesses historiques
du mouvement libertaire.
Aujourd'hui encore, un siècle plus tard, ce débat continue d'influencer
la pensée des anarchistes contemporains. Dans un monde marqué par de
profondes crises sociales, des inégalités croissantes et le risque de
conflit mondial, de nombreux militants estiment que la construction
d'organisations anarchistes fortes, ancrées dans les communautés locales
et capables de se coordonner à plus grande échelle, est une condition
fondamentale à la mise en oeuvre effective du projet communiste
libertaire de transformation sociale.
Dans cette perspective, l'organisation n'est pas perçue comme une
limitation de la liberté individuelle, mais comme un outil collectif
pour la réaliser et la défendre. Le militantisme anarchiste continue
ainsi d'osciller entre deux besoins complémentaires: d'une part, la
spontanéité créatrice des pratiques sociales libertaires, et d'autre
part, la construction consciente de structures organisationnelles
capables de pérenniser le projet d'émancipation.
Aujourd'hui plus que jamais, s'organiser: une nécessité historique
Face aux transformations du monde contemporain, la question de
l'organisation anarchiste revêt une importance nouvelle. Les crises
économiques récurrentes, les inégalités sociales croissantes, la crise
écologique mondiale et la résurgence des tensions militaires entre
grandes puissances témoignent de l'instabilité et des profondes
contradictions de l'ordre social actuel.
Dans ce contexte, se limiter à un témoignage individuel ou à une simple
critique du système apparaît de plus en plus insuffisant. Si l'objectif
est de construire une société communiste libertaire fondée sur
l'autogestion, la solidarité et la coopération entre les êtres humains,
il devient nécessaire de développer des outils collectifs capables
d'influer véritablement sur les processus sociaux.
C'est précisément dans cette perspective que la réflexion initiée par
Nestor Makhno et Piotr Arshinov dans la Plateforme organisationnelle de
l'Union générale des anarchistes prend toute sa pertinence . Leur
proposition n'était pas de construire un parti autoritaire ou
centralisé, mais de développer une organisation libertaire capable
d'unir théorie et pratique, initiative locale et coordination générale,
autonomie individuelle et responsabilité collective.
Aujourd'hui plus que jamais, à une époque marquée par la fragmentation
sociale et l'affaiblissement des formes traditionnelles de participation
politique, la construction d'une organisation anarchiste enracinée dans
les communautés locales et capable de fédérer les expériences de lutte
diverses constitue un enjeu fondamental. Il ne s'agit pas seulement de
renforcer le mouvement anarchiste en tant que tel, mais de contribuer à
l'émergence d'une force sociale capable de promouvoir des pratiques de
mutualisme, d'autogestion et de solidarité à une échelle toujours plus
large.
En ce sens, la construction d'une organisation anarchiste ne représente
pas un renoncement à l'esprit libertaire, mais bien son expression la
plus aboutie. C'est par l'engagement collectif, la responsabilité
partagée et la coopération entre militants que les idées de liberté,
d'égalité et de communisme libertaire peuvent passer du statut
d'aspirations théoriques à celui de réalité concrète.
C'est pourquoi, aujourd'hui, la construction d'une organisation
anarchiste solide, cohérente et enracinée apparaît non seulement
souhaitable, mais de plus en plus nécessaire. Dans un monde en proie à
des crises systémiques et au risque de nouvelles catastrophes sociales
et militaires, s'organiser, c'est assurer la continuité et la force du
projet d'émancipation libertaire. C'est transformer le plaisir de
l'activisme en une pratique collective capable d'influencer
véritablement l'histoire et d'ouvrir la voie à une société fondée sur la
liberté et la coopération entre tous les êtres humains.
https://alternativalibertaria.fdca.it/wpAL/ ============================
======================= Italy, FDCA, Cantiere #43 - Anarchistes
iraniens: «Nous continuons à nous organiser et à résister» - Entretien
de Gabriel Fonten avec le Front anarchiste (ca, de, en, it, pt,
tr)[Traduction automatique]
Lors de votre dernier entretien avec Freedom, les
manifestations en Iran se propageaient et s'intensifiaient rapidement,
tandis que la répression s'intensifiait également. Pouvez-vous nous
expliquer ce qui s'est passé depuis et ce que votre collectif a fait?
---- Depuis notre dernier entretien, la situation en Iran a évolué de
manière violente et sans précédent. Les manifestations d'envergure dans
de nombreuses villes ont été réprimées avec une extrême violence. Les
forces de sécurité ont attaqué les manifestants à balles réelles; des
milliers de personnes ont été tuées ou blessées, et des dizaines de
milliers arrêtées. Un climat de tension sécuritaire règne dans tout le pays.
Des rapports et des preuves documentées indiquent également que, dans le
contexte actuel de quasi-guerre, certains détenus sont incarcérés dans
des lieux exposés aux frappes aériennes et sont de fait utilisés comme
boucliers humains.
Dans ce contexte, avant même que le mouvement n'ait eu le temps de se
réorganiser, un autre événement s'est produit: le 28 février 2026, les
États-Unis et Israël ont lancé des frappes militaires de grande ampleur
contre l'Iran, touchant des centaines de cibles à travers le pays.
Plusieurs hauts commandants et personnalités politiques de la République
islamique ont été tués lors de ces attaques, et le pays est désormais en
état de guerre.
La structure du pouvoir de la République islamique est confrontée à une
crise grave, mais l'avenir politique du pays demeure incertain et sujet
à controverses.
Les forces américaines et israéliennes ont ciblé de nombreux sites en
Iran, et ces attaques ont fait des victimes, tant militaires que
civiles. Parallèlement, la République islamique a utilisé ses capacités
balistiques pour frapper des cibles dans la région.
Ces affrontements mettent en danger la vie de millions de personnes dans
toute la région, et des centaines de civils ont déjà perdu la vie.
L'histoire de la région montre également que l'intervention étrangère a
rarement conduit à une véritable liberté et a souvent engendré de
nouvelles formes de domination, d'instabilité et de rivalités géopolitiques.
Dans ce contexte, nos activités anarchistes se sont poursuivies. Nous
nous efforçons d'empêcher que ces voix ne soient réduites au silence par
la répression et la guerre en documentant les événements, en publiant
des déclarations, en entretenant des réseaux de solidarité
internationale et en diffusant les témoignages des travailleurs, des
femmes et de divers secteurs de la société. Dans le même temps, nous
avons particulièrement insisté sur l'élargissement des débats concernant
l'auto-organisation et l'organisation horizontale dans les quartiers,
les lieux de travail et les universités, ainsi que sur la mise en
relation de ces noyaux avec des réseaux de solidarité sociale plus vastes.
Nous pensons que sans de telles bases sociales, chaque vague de
protestation restera vulnérable à la répression d'État.
Les populations ont-elles réussi à se défendre contre la répression
qu'elles ont subie?
Dans de nombreux cas, elles ont cherché à se défendre de diverses
manières: en créant des réseaux de solidarité pour soigner les blessés
et aider les familles des détenus, et en prenant diverses formes de
résistance dans la rue. Cependant, il faut être réaliste: l'appareil
répressif de la République islamique est extrêmement vaste et très
organisé, ce qui rend la défense collective difficile.
Dans ces conditions, les populations ont développé des méthodes telles
que la dispersion rapide dans les rues, l'organisation anonyme et
l'entraide au sein des quartiers. Dans certaines régions, comme le
Kurdistan et le Baloutchistan, où la résistance sociale est une
tradition plus ancienne, les communautés locales ont parfois été mieux à
même de se protéger. Dans les grandes villes, en revanche, la répression
a été extrêmement brutale. Le groupe le plus vulnérable demeure celui
des prisonniers politiques, notamment ceux arrêtés lors des récentes
manifestations, détenus dans des conditions extrêmement dangereuses et
toujours menacés de lourdes peines, voire de la peine de mort.
L'expérience de cette période montre que les réseaux locaux de
solidarité sociale peuvent jouer un rôle important dans la défense
collective et le soutien à la résistance.
Lors de notre dernier entretien avec le Front anarchiste, le
gouvernement iranien venait de bloquer totalement l'accès à Internet.
Avez-vous constaté depuis lors des changements significatifs dans votre
capacité à communiquer et à accéder à Internet? Des personnes sont-elles
parvenues à contourner ces restrictions?
Le gouvernement iranien continue d'utiliser le blocage ou la restriction
d'Internet comme l'un de ses principaux outils de répression. Ces
dernières années, chaque coupure d'Internet d'envergure a presque
systématiquement coïncidé avec une répression violente et l'usage direct
d'armes à feu contre les manifestants.
Avec le déclenchement de la guerre, des coupures d'Internet ont de
nouveau été mises en place à grande échelle, privant des millions de
personnes de communication en ligne. Même avant la guerre, lors des
récentes manifestations, les restrictions d'Internet étaient devenues
plus sévères et prolongées qu'auparavant, interrompant la communication
entre les militants pendant des semaines.
Cependant, la population a acquis une expérience et des compétences
considérables pour contourner ces restrictions. Des outils tels que les
protocoles V2Ray et des applications comme Psiphon et Lantern sont
largement utilisés, et lorsque la connexion est disponible, Telegram
demeure l'une des plateformes de communication les plus importantes.
L'Internet par satellite est également devenu important pour certains
militants, bien que son accès reste limité.
Parallèlement, l'expérience de ces dernières années a démontré qu'aucun
mouvement social ne peut reposer uniquement sur Internet. Le véritable
fondement de tout mouvement social repose sur les relations directes, la
confiance mutuelle et les liens authentiques entre les personnes. Vous
aviez mis en garde contre le risque que les monarchistes (qui
représentaient une petite minorité lors des manifestations)
instrumentalisent le mouvement pour servir leurs propres ambitions
politiques. Dans quelle mesure pensez-vous qu'ils y soient parvenus?
Les factions royalistes ont tenté de se présenter comme la seule
alternative politique, en utilisant les médias qu'elles contrôlaient et
avec le soutien de certains gouvernements étrangers. Reza Pahlavi et ses
partisans se sont activement efforcés de se présenter comme un
gouvernement de transition et ont reçu l'appui de certains médias
persanophones et de certains gouvernements occidentaux.
Cependant, la base sociale réelle de ce mouvement en Iran est bien plus
limitée que ne le laisse supposer sa présence médiatique. Nombreux sont
ceux qui ont participé aux manifestations et qui sont descendus dans la
rue contre toute forme d'autoritarisme, ne considérant pas le retour de
la monarchie comme une solution.
En réalité, une large partie de la société iranienne comprend
parfaitement que remplacer une forme d'autoritarisme par une autre n'est
pas une solution. C'est pourquoi nous continuons d'insister sur le fait
que l'avenir de la liberté en Iran ne réside ni dans la restauration de
la monarchie ni dans le maintien d'autres structures autoritaires, mais
dans l'autonomie sociale et les formes démocratiques d'organisation de
la société. De notre point de vue, la libération du peuple iranien ne
saurait être le fruit de projets imposés par des puissances étrangères.
La liberté ne peut naître que de la lutte et de la volonté du peuple
lui-même, et instrumentaliser les mouvements sociaux dans le cadre de
rivalités interétatiques ne peut que nuire à la société.
Y a-t-il autre chose que nos lecteurs devraient savoir sur la situation
en Iran? Comment peuvent-ils apporter leur soutien?
Il est essentiel de comprendre que le peuple iranien n'est pas une
victime passive de cette guerre. Au sein de la société iranienne, de
nombreux mouvements sociaux existent: ouvriers, femmes, étudiants,
communautés ethniques et militants anarchistes qui continuent de
résister et de s'organiser dans des conditions extrêmement difficiles.
La société iranienne est complexe, multiethnique et dynamique, et la
lutte pour la liberté se poursuit sous de multiples formes. Ce qui
importe le plus, c'est la solidarité internationale entre les mouvements
populaires, et non le soutien aux projets étatiques ou aux solutions
imposées d'en haut.
Les lecteurs hors d'Iran peuvent jouer un rôle important en amplifiant
et en traduisant les voix indépendantes, en organisant des initiatives
de solidarité et en contribuant à accroître la visibilité des luttes
sociales en Iran. Plus ces voix se feront entendre, plus il sera
difficile de les faire taire.
Nous sommes là. Nous continuons à nous organiser et à résister.
Ni les mollahs ni le Shah!
Femme! - Vie! - Liberté!
Cet article a été publié sur le site web Freedom le 10 mars 2026
(https://freedomnews.org.uk/2026/03/10/iranian-anarchists-we-continue-to-organise-and-resist/).
https://alternativalibertaria.fdca.it/wpAL/
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