A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Català_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Català_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) UCL Saguenay - Le racisme, les classes sociales et la solidarité dans la défense du territoire des Six Nations[3e partie]

Date Mon, 18 Apr 2022 20:23:03 +0100


Un texte de Jeff Shantz traduit par nos soins et divisé en plusieurs parties. L’article amène des réflexions intéressantes quant aux pratiques de soutien des Blancs et Blanches durant les luttes de défense du territoire des Premiers Peuples. Il pointe la nécessité d’un véritable débat afin de permettre une complicité plus efficace au-delà des « politiques d’allié-e-s ». Au sein des communautés Blanches et non-Autochtones, les militants et militantes peuvent remettre en question les formes d’unité raciale construites (le bloc homogène) dans le groupe dominant. Elles et ils peuvent à la place soulever des points de convergence entre les luttes des classes et des groupes sociaux dominés contre les dominants. Par exemple, établir des liens entre la condition des travailleurs et travailleuses, des femmes, des personnes racisées, des personnes LGBTQ+, des écolos,… et celles des Autochtones. Shantz observe que cette forme de solidarité était moins courante au cours de la lutte de Grand River en 2006, les militants et militantes non-Autochtones préférant plus souvent des pratiques moins impliquantes en quelque sorte. À travers cela, il s’agit toujours de reconnaître la position de privilège des personnes non-Autochtones et de ne pas prendre la place des acteurs principaux et actrices principales dans les luttes. Mais, dans cette ligne de tension avec les privilèges, il ne s’agit pas non plus d’user de prétextes fallacieux pour s’effacer et se dégager (le privilège Blanc c’est aussi cela) des formes d’action militante de solidarité souhaitées par les militants et militantes Autochtones.

Dans la troisième partie présentée de ce texte, Shantz analyse les différentes pratiques de solidarité des militants Blancs et militantes Blanches en soutien à la lutte de défense du territoire des Six Nations. Il développe une perspective critique quant au manque de réflexion stratégique dans le militantisme des « allié-e-s » et présente une forme de solidarité, qui a été plus minoritaire, mais qui lui apparaît plus efficace dans le soutien aux luttes Autochtones.

La solidarité militante

Grosso modo, on peut dire qu'il y a eu quatre types d'actions de solidarité parmi celles organisées par les soutiens allochtones de la reprise du site par les Six Nations:
- maintenir une présence physique sur le site;
- organiser des tournées de conférence et de délégué-e-s;
- organiser des manifestations de solidarité;
- le militantisme anti-raciste au sein de la communauté de la ville de Caledonia.
Parmi ceux-ci, les activistes allochtones ont investi la plupart de leur temps et énergie dans les trois premiers types d'activités, et la majorité de l'énergie et des ressources dans les visites sur le site.

Le volontariat sur le site, cependant, a fait bien peu pour transformer le rapport de force qui détermine comment la lutte sur le développement de Douglas Creek Estates se déroulera. De plus, il n'apporte guère une contribution au site repris qui ne serait pas autrement faite par les gens des Six Nations qui y sont déjà.

C'est la quatrième option, le militantisme au sein de la communauté de Caledonia, qui aurait pu avoir le plus grand impact en désamorçant d'une part l'hostilité raciste dirigée envers les Six Nations et leur action et en limitant d'autre part la capacité de l'État à manœuvrer en direction d’une intervention militaire. J’analyserai plus bas un exemple d’une initiative de ce type. Malheureusement, la plupart des militants Blancs et militantes Blanches ont eu de grandes réticences à s’engager dans ce type crucial de solidarité.

Effectivement, il y a eu bien peu de discussions ouvertes au sujet des stratégies les plus efficaces au sein des groupes non-Autochtones qui se lançaient dans le militantisme de solidarité. Le genre de discussions politiques stratégiques qui auraient décidé comment mobiliser de la manière la plus optimale les ressources organisationnelles et comment livrer le soutien sur le territoire défendu par les Six Nations a généralement manqué. Il n’y a pas eu de délibérations à savoir s’il était préférable de mettre davantage d’énergie sur le site de l’action des Six Nations ou dans la communauté de Caledonia pour faire de l’action antiraciste ou autre chose. De la même manière, le soutien des organisations non-Autochtones tendait à s’opérer sur une base individuelle alors que les membres qui avaient accès à des véhicules amenaient leurs ami-e-s passer du temps sur le site de l’action. C’est ce qui est survenu en l’absence de discussions à savoir qui pourrait être délégué-e pour représenter les groupes sur la base d’habiletés spécifiques ou de la volonté à accomplir des tâches précises (comme revendiquer une position de solidarité et engager la discussion avec les gens de la communauté de Caledonia). De plus, les gens qui ont été sur le site de l’action, et représentaient des groupes solidaires, ont manifesté peu de responsabilité politique en produisant peu de compte rendus sur le militantisme qui y était fait et en se questionnant peu sur les autres tâches qui pourraient être priorisées.

Il est certain que si la participation d’allié-e-s non-Autochtones demeure en grande partie limitée à la présence sur le site défendu par les Six Nations, la bataille a plus de chances d’être perdue alors que les postures racistes en viennent à dominer l’opinion et à façonner un contexte dans lequel l’État canadien mobilisera ses forces armées. Puisque une intervention militaire nécessite le prétexte de la violence et de l’ingouvernabilité sur le terrain, les militants et militantes non-Autochtones peuvent jouer un rôle important pour éviter que le scénario ne se déroule pas ainsi. Faire cela signifie d’organiser une alternative au narratif opposant les Autochtones aux non-Autochtones.

Une autre Caledonia trouve sa voix

Les gens des Six Nations et de la ville de Caledonia se retrouvent dans de mêmes milieux de travail, institutions scolaires, réseaux d’amitié et de famille. En raison de la relation de proximité qui s’est tressée entre les Six Nations et Caledonia depuis des générations, plusieurs sont sensibles au fait qu’il ne faut pas laisser la colère et la violence fomentées par un groupe des personnes au sein de la communauté de Caledonia créer des blessures qui ne guériront peut-être jamais. Il est évident qu’il y a une autre Caledonia, plus silencieuse, dont la posture s’éloigne nettement de la clameur agressive de la Caledonia Citizens Alliance. Cela a été un vrai défi de trouver un moyen par lequel cette part silencieuse, ou plutôt réduite au silence, de la communauté de Caledonia a pu trouver sa voix.

L’importance du travail de militants Blancs et militantes Blanches montrant leur ouverture à discuter avec les Caledoniens et Caledoniennes non-Autochtones de l’autre côté des barricades a été puissamment démontrée avec l’émergence du groupe d’allié-e-s « Community Friends for Peace and Understanding », formé pour soutenir le site défendu par les Six Nations et pour militer contre le racisme au sein de la ville de Caledonia. Ce groupe a été créé à la suite d’une confrontation entre des militants Blancs et militantes Blanches et une foule en colère qui protestait contre l’action des Six Nations. En parlant aux gens de façon non-confrontationnelle, les militants et militantes ont trouvé que certaines personnes de Caledonia étaient en fait consterné-e-s de voir la colère et le racisme de leurs concitoyens et concitoyennes. À travers ces échanges, il était évident que l’image d’une opposition dichotomique Autochtones versus non-Autochtones, qui était devenue hégémonique dans presque toutes les représentations médiatiques, ne racontait pas la réalité et la complexité du récit de ce qu’éprouvaient les gens de Caledonia face aux luttes Autochtones en cours. Ces échanges ont également donné tort à la vision de plusieurs activistes Blancs et Blanches qui voyaient Caledonia comme une ville de racistes arriéré-e-s, une vision qui permettait aux activistes de se conforter dans leur manque de réflexion stratégique, mais qui écartait de grandes opportunités d’organisation.

À la suite de premières rencontres aux barricades, un noyau de personnes s’est rassemblé à Caledonia pour entamer une réflexion stratégique quant aux meilleurs moyens pour briser l’hégémonie raciste de la Caledonia Citizens Alliance tout en apportant du soutien à la lutte des Six Nations. Le groupe qui a émergé de cette initiative, se nommant Community Friends for Peace and Understanding, a depuis sa création en mai 2006, entrepris diverses tâches de solidarité avec les Six Nations. Durant une période relativement courte de temps, il s’est agrandi pour inclure des membres de plusieurs syndicats, dont certains et certaines de la Canadian Auto Workers (CAW), de la Canadian Union of Public Employees (CUPE) et des Steelworkers, ainsi que des membres de l’Université McMaster qui ont rencontré des membres des Six Nations impliqué-e-s dans la lutte. La perspective des Community Friends est basée sur l’idée que la négociation et la résolution pacifique du conflit ne peuvent être accomplies qu’à travers une reconnaissance honnête des droits territoriaux des Six Nations.

En contraste avec la vision qui voulait que le soutien local non-Autochtone pour la lutte des Six Nations soit marginal, plus de 120 personnes ont participé aux rassemblements des Community Friends et ont tenté de se réseauter avec d’autres au-delà des réunions. En dépit des menaces de violence, elles et ils ont de manière non violente entamé le dialogue et discuté des enjeux avec leurs voisins et voisines qui avaient protesté contre la lutte en cours. Les membres ont été aux réunions de la Citizens Alliance pour soulever une perspective alternative sur la lutte des Six Nations et pour aborder les préoccupations des gens de Caledonia. Elles et ils ont mis sur pied une ligne téléphonique et une boîte vocale pour permettre aux membres préoccupés de la communauté d’obtenir de l’information au sujet des activités à Caledonia. Les membres des Community Friends se sont montré-e-s disponibles à des rencontres d’un à un avec les gens de Caledonia pour discuter du soutien offert à la lutte des Six Nations. Elles et ils ont aussi aidé à organiser des discussions de groupe en face à face entre des citoyens et citoyennes de Caledonia et des membres des Six Nations afin de promouvoir le dialogue, la compréhension et la réconciliation. Les membres ont, une fois de plus en dépit de menaces pour leur sécurité, fait du porte-à-porte dans les secteurs de Caledonia les plus proches du site défendu par les Six Nations et ont parlé directement avec les résidents et résidentes dans le but d’écouter leurs préoccupations et de discuter des enjeux. Les membres du groupe ont aussi effectué des livraisons de nourriture, de vêtements et de dons monétaires aux Autochtones participant à la lutte.

Des représentants et représentantes des Six Nations ont été impliqué-e-s à chacune des rencontres et les orientations venaient d’eux et d’elles, en termes de publications, d’événements, de déclarations publiques et plus encore. Ils et elles ont été particulièrement claires que ce travail était d’une importance cruciale et d’une certaine façon urgent. Elles et ils ont mis de l’emphase sur la nécessité de l’éducation populaire et de la diffusion d’information par les militants et militantes pour accroître la compréhension, besoins pour lesquels, pour des raisons évidentes, elles et ils ne pouvaient lutter seul-e-s.


Autres parties du texte:
- Introduction sur la lutte et son ancrage dans les rapports de domination systémiques et historiques
- La violence raciste: Les contre-mobilisations citoyennes allochtones et leur rôle dans la répression coloniale de la défense du territoire par les Autochtones
- La solidarité militante

[La suite du texte est à venir dans les prochaines parties]

Jeff Shantz

Traduction du blogue du Collectif anarchiste Emma Goldman

http://ucl-saguenay.blogspot.com/2022/04/le-racisme-les-classes-sociales-et-la.html
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center