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(fr) Monde Libertaire - José Torres. Hommage à quelqu'un de lumineux

Date Tue, 7 Sep 2021 17:51:58 +0100


José Torres, sculpteur et militant anarchiste né en Catalogne en 1926, nous a quittés le mois dernier. Il vivait à Darnétal, près de Rouen, depuis les années 80, avec sa compagne Marie-Cath. Son enterrement a été un moment important et l'occasion de me remémorer les conditions dans lesquelles je l'avais rencontré. Les témoignages de ses proches ont permis de connaître un peu mieux son histoire singulière, marquée par la guerre d'Espagne, le combat antifranquiste, son métier dans l'orfèvrerie, la sculpture, mais également par l'enlèvement de l'un de ses fils photographe-reporter en Syrie en 2013. ---- José Torres est entré un jour de 2006 dans la librairie l'Insoumise que nous avions ouverte à Rouen. Il avait répondu à notre invitation pour une présentation et un débat sur la Révolution espagnole (nous refusions de l'intituler guerre d'Espagne) en compagnie de trois autres espagnols (Lucio Urtubia, Antonio Sanchez et mon père, Francisco Benito Saez). ---- Chacun son tour a raconté une partie de son vécu, livré son analyse. José, lui, avait surtout milité dans les groupes antifranquistes d'après la guerre. Son récit enthousiaste fourmillait d'anecdotes qu'il ne voulait pas présenter comme des exploits, plutôt des «coups ratés». Pourtant, on pouvait imaginer que derrière sa modestie, il y avait des actions importantes comme la fois où il avait transporté des armes de la France vers l'Espagne.

D'emblée, José nous est apparu comme quelqu'un d'érudit et passionné, connaissant bien le mouvement anarchiste, et même s'il était affilié au groupe de Fontenys et pas à la FA de Joyeux, il n'était jamais dédaigneux ou méprisant envers nous. De même, pour nos actions bien «inoffensives» à côté de ce qu'il avait vécu, il n'était jamais dans l'arrogance. Par la suite, fidèle, il est revenu souvent à la librairie (pour des débats, des expositions ou la foire à tout annuelle).

Je l'ai revu à l'occasion d'expos de ses sculptures ou de réunions du SEL (Système d'Echange Local) auquel lui et sa compagne étaient adhérents. Souriant, chaleureux, aimant la discussion. Notre dernière conversation portait sur l'inspiration dans l'art. Il disait que parfois, c'était la sculpture qui décidait pour lui et guidait ses doigts.

«... Ce témoignage d'une personne profondément humaine et d'une blessure jamais refermée...»

Un récit m'a frappée le jour de son enterrement: un récit de sa voix enregistrée et qui, mal-gré la mauvaise qualité du son, nous le rendait bien présent, là, dans le petit cimetière de Roncherolles sur le Vivier, où une foule se pressait autour du cercueil.

Voilà retranscrit ce que j'ai entendu et précisé avec l'aide Marie-Cath:

«Le père de José était brillant, un jeune instituteur qui, obligé de travailler dans une école catholique, a un jour été renvoyé pour avoir refusé de faire défiler les enfants pour Les Pâques. Après avoir rencontré le milieu anarchiste dans un théâtre à Barcelone, il crée sa propre école «libre et laïque» avec sa compagne Guadalupe. Le couple a très peu d'argent. Ils ont un fils José. Cette année-là, celui-ci reçoit de son père, qui avait vendu ses livres à cet effet, un pauvre cadeau pour le nouvel an, un pauvre cadeau qui n'était pas à la hauteur des attentes du petit. José a du manifester son désappointement d'une façon ou d'une autre car il a vu son père défait, convaincu qu'il resterait toujours pauvre. En repensant à cet événement, José témoigne que c'est à ce moment qu'il a compris ce qu'était la lutte des classes.

Par la suite, le père s'engage dans l'armée française et est déporté à Mathausen puis fina-lement assassiné dans le château de Hartheim. José ne l'a jamais revu. De nombreuses an-nées plus tard, il dira: «Mon plus grand regret est de ne jamais lui avoir dit que j'étais de son côté. Il était mort trop tôt.»

Voilà José, ce témoignage d'une personne profondément humaine et d'une blessure jamais refermée, celle d'une Espagne pas complètement débarrassée du Franquisme, d'une révolu-tion ratée, et d'une guerre qui lui a volé son père.

Une personne lumineuse qui, après tous ses combats, était devenu, avec son épouse Marie-Cath, un compagnon de route pour ceux et celles des lieux collectifs de l'agglomération rouennaise comme la Ferme des 400 gouts, le Diable au corps et la librairie l'Insoumise.

Salut l'ami!

Virginie, Groupe de Rouen de la FA

https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=5930
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