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(fr) FA Besançon - Au bon vouloir de leurs seigneurs

Date Fri, 28 May 2021 19:18:49 +0100


Depuis des années, la question des réfugiés politiques à l'étranger est une épine dans le pied - mais aussi en partie une ressource - pour le système politique et judiciaire. Tous les gouvernements qui se sont succédé depuis les années 90 ont fait de leur mieux pour obtenir leur extradition des différents pays où ils étaient exilés, se heurtant ainsi au jugement du pouvoir judiciaire local qui voyait des violations substantielles du concept de droit dans les procédures d'urgence adoptées et dans les condamnations par contumace. Déjà les procès de Sofri, Bompressi et Pietrostefani pour l'assassinat de Calabresi, le cas de Rita Algranati expulsée en 2004 d'Algérie vers l'Egypte et de là emmenée de force par l'antiterrorisme italien, celui de Paolo Persichetti arrêté et expulsé en quelques heures de France en aout 2002 au mépris des procédures légales grâce à l'accord initial entre le président gaulliste Chirac et le ministre de la "Justice" Castelli de la Ligue (après suspendu), puis encore les batailles médiatiques récurrentes répétées à intervalles - en 2002, 2004, 2007, aujourd'hui - ont mis en évidence la volonté persécutrice de l'appareil dans la poursuite des crimes liés à l'apparition de la lutte armée - et pas seulement - des années 70 et 80. Or, le cas des ex-militants de Paris confirme et renforce une ligne de conduite dont on ne voit pas la fin, dans la mesure où elle est fonctionnelle au blocage de l'intolérance sociale croissante et au message que l'on veut donner: on ne peut pas échapper à la justice de l'Etat.

Pour un pays qui a mis vingt-quatre ans pour arriver à la conclusion que l'Armée de l'air, dans sa haute direction, a en fait couvert le massacre d'Ustica effectué par quelque allié "loyal" sans indiquer qui (les juges dans le jugement de première instance ont noté, entre autres, "une forte détermination à orienter dans la direction voulue par l'Etat-major de l'Armée de l'air les enquêtes à tout niveau effectuées sur Ustica"); dans un pays qui, après trente-cinq ans, n'a pu identifier que en manière générique les fascistes di «Ordine Nuovo» responsables du massacre de la Piazza Fontana du 12 décembre 1969; dans un pays qui n'a jamais voulu aller au fond d'événements définis comme obscurs (mais très clairs pour ceux qui ont des yeux pour voir) comme ceux de Salvatore Giuliano, Roberto Calvi ou Carlo Alberto Dalla Chiesa; pour un pays de ce genre, terre de conquête des mafias, des puissances internationales fortes, des services secrets, affirmer que " ne peut pas échapper à la justice de l'État " signifie seulement menacer "ceux d'en bas" de ne pas oser lever la tête, de réclamer la justice sociale et la liberté. On comprend donc très bien comment les événements de ces années-là restent une mine précieuse dans laquelle puiser pour répandre du poison, menacer de représailles, intimider les opposants.

Même les moments où ce battage médiatique reprend de la vigueur devraient nous renseigner. Si pour l'arrivée de Battisti de Bolivie, à l'époque du gouvernement jaune-vert, il y avait le défilé à l'aéroport de Salvini et Buonafede en compétition l'un avec l'autre pour prouver qui était le plus dur (je ne recours pas à l'expression machiste de Bossi), aujourd'hui il y a Macron qui pour préparer l'affrontement, dans un an pour les présidentielles, avec Marine Le Pen, après avoir soutenu les nouvelles lois liberticides sur la "sécurité", il présente au parlement une loi antiterroriste, s'appuyant sur l'accord avec Draghi pour l'extradition des anciens militants-tes de la lutte armée  et liquidant une fois pour toutes l'engagement pris par Mitterrand de respecter la tradition française d'accueil des exilés pour raisons politiques. Un engagement substantiellement respecté par tous les présidents qui se sont succédé jusqu'à Macron, des gaullistes Chirac et Sarkozy au socialiste Hollande, à quelques exceptions près.

En Italie, cette opération, dont on ne sait ni comment ni quand elle sera réalisée compte tenu des procédures judiciaires auxquelles elle devra se soumettre, outre l'affirmation redondante qu'on ne peut échapper à la justice d'État, a été accompagnée d'autres demandes redondantes de vérité, comme si la vérité imposée dans les tribunaux n'était pas déjà une vérité d'État sur la base de laquelle les exilés ont été condamnés à des peines assez sévères.

La ministre Marta Cartabia s'est distinguée en déclarant "notre volonté de reproposer la demande d'extradition ne répond pas de la manière la plus absolue à une soif de vengeance, qui m'est étrangère, mais à un besoin urgent de clarté, fondement de toute possibilité réelle de rééducation, de réconciliation et de réparation, finalité ultime et inéluctable de la punition". Un besoin de clarté: les décisions de justice n'ont donc pas contribué à la clarté, pour démontrer que l'on est rééduqué et réconcilié, il faut clarifier - ce qui n'est pas compris. Au contraire, c'est bien compris, l'important est de clore une époque, définitivement, et de la clore sur un plan exclusivement pénal avec une expiation sous quelque forme que ce soit.

Centrer la "culpabilité" des mouvements sociaux de l'époque sur les exilés, c'est donner une image substantiellement criminelle de ces mouvements, souillée uniquement par la violence et le sang. C'est pourquoi le sujet de l'amnistie est si indigeste. Mais qu'est-ce qui différencie l'Italie d'aujourd'hui de celle de l'immédiat après-guerre? Pourquoi le ministre de la Justice de l'époque, le communiste Togliatti, s'est-il permis une amnistie générale pour les criminels fascistes, alors qu'aujourd'hui, plus de quarante ans plus tard, la page des soi-disant années de plomb est relancée en grande pompe?

Penser à une amnistie impliquerait d'admettre que dans l'Italie de ces années-là, il y a eu un vaste mouvement visant au renversement révolutionnaire des structures du pouvoir, contre lequel l'État, dans toutes ses composantes, a adopté des lois d'exception qui ont frappé les fondements constitutionnels et la soi-disant civilisation juridique. Une législation soutenue avec enthousiasme par le PCI de Berlinguer et du Compromis Historique, appliquée par ces "toges rouges" qui ont institué les grands procès contre le soi-disant terrorisme, au sens duquel étaient également inclus de nombreux représentants des mouvements sociaux de ces années-là (voir le théorème de Calogero et la rafle du 7 avril 1979 des principaux représentants de l'Autonomie).

Ceux qui ont écrit et approuvé ces lois infâmes, en tant qu'État policier, n'ont jamais trouvé le courage de faire une lecture historique de cette phase, ainsi que leurs dignes héritiers et, si à gauche, il n'y a pas ce courage, comment penser qu'il puisse y avoir un peu d'honnêteté intellectuelle dans une droite, quelle que soit sa couleur (jaune? verte? bleue?) qui continue à brandir l'étendard rouge de la lutte contre le terrorisme, toujours et dans tous les cas, comme une arme de dissuasion et de répression contre tout mouvement possible de protestation et de lutte.

Si la lutte (même armée) de ces années n'a été que l'expression de la criminalité, il ne peut y avoir de métabolisation politique, mais seulement une vengeance et une justice sommaire, à exalter avec des images vidéo, des déclarations truculentes, en attendant de secouer les noeuds coulants comme ils savaient le faire les leghisti à la grande époque de Tangentopoli et bien avant leur " capitaine " Salvini.

Il est important de rappeler une fois de plus quels ont été les facteurs de radicalisation des mouvements au début des années 70: les massacres fascistes, la tentative de coup d'État, la violence policière qui s'est clairement manifestée avec les meurtres de Pinelli et de Serantini, la répression des luttes des travailleurs et des étudiants. Les mouvements ont réagi à tout cela, principalement dans les rues, certains prenant les armes. Il faut en discuter.Mais s'ils ressentent le besoin de rappeler des histoires d'il y a quarante ans, comme si c'était hier, et menacent de nous submerger avec d'autres histoires similaires poursuivant dans le monde entier ceux qui ont décidé d'échapper aux représailles des lois d'exception qui condamnaient à des dizaines d'années de prison non pas tant les responsables d'assassinats qui s'en sont tirés à bon compte - il suffisait seulement de dénoncer le plus possible de compagnon, comme a fait Barbone - mais les simples partisans (avec le fameux " concours de moralité "), un doute nous envahit. N'est-ce pas que nous sommes confrontés à une nouvelle opération de distraction massive? Ne tentent-ils pas d'exorciser la peur d'être confrontés à un mouvement de protestation qui en a assez des mensonges et des promesses grandiloquentes?

Ce qui est certain, c'est que le contrôle policier se renforce et se dote d'armes de plus en plus efficaces, tant pour le contrôle des résidents que des migrants: en revanche, dans une Europe qui devient une forteresse vers l'extérieur et un condominium querelleur vers l'intérieur, dans un contexte de guerre, tant extérieure qu'intérieure, il n'est pas étonnant que ce soit l'élément répressif qui prenne la centralité. C'est aux classes subalternes, aux mouvements sociaux, la capacité de ne pas se laisser submerger par l'hystérie sécuritaire, de dissoudre en substance les fantômes du passé.

Massimo Varengo (UMANITA NOVA 15 /MAI 2021)

http://groupe.proudhon-fa.over-blog.com/2021/05/au-bon-vouloir-de-leurs-seigneurs.html
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