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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Combattre l’intoxication du monde

Date Thu, 20 May 2021 17:22:39 +0100


La sensibilité environnementale s’accroît dans l’opinion publique: pollution, climat, déforestation, bétonisation… sont des thèmes récurrents de l’actualité nationale et internationale. Cependant, au-delà de la bien-pensance écologiste, de la croissance verte et durable, ou du catastrophisme comment penser et organiser une lutte globale contre le monde industriel et ses nuisances? ---- Utiliser les outils du pouvoir? ---- Dans Courant Alternatif de novembre 2020, nous faisions état du combat d’une association de quartier de Saint-Nazaire contre les pollutions industrielles, et comment avec d’autres associations de riverains de la zone industrialo-portuaire, elle était parvenue à révéler des chiffres alarmants sur la surmortalité par cancer et les surinfections respiratoires dans l’Estuaire de la Loire[1]. ---- À ce jour, ces associations[2]ont arraché aux pouvoirs publics la réalisation d’une étude de zone, à défaut d’une étude épidémiologique qu’elles réclamaient initialement. ---- Une étude de zone mesure les impacts des activités humaines sur les milieux et la santé. Son schéma est défini nationalement par l’INERIS, Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques. Placé sous la responsabilité du Ministère de l’Environnement, cet organisme est clairement au service des industriels: sa mission étant de conduire des recherches ou des études afin de prévenir les risques que les activités économiques font peser sur la santé, la sécurité des personnes, des biens ou de l’environnement. Par prévenir il faut comprendre communiquer pour rendre acceptables les menaces sanitaires et environnementales auprès des populations exposées.

Cette étude de zone prévoit de dresser l’état des milieux dans la zone et d’estimer s’il est compatible avec les usages qui en sont faits; mesurer les risques sanitaires en déterminant si les pollutions (et nuisances) observées constituent un risque préoccupant pour la santé de la population; prévenir et gérer les risques établis, envisager les actions à mettre en œuvre afin de préserver ou retrouver un état satisfaisant des milieux et ainsi diminuer l’impact potentiel sur la santé.

Pour cela un Comité d’orientation stratégique (COS) définit un programme de travail en concertation entre les représentants de 5 collèges: administration (l’État), opérateurs publics ou privés (les industriels), collectivités territoriales, associations, personnalités qualifiées. C’est dans la définition même de ce COS que se situent les premières batailles: quels seront sa composition et son fonctionnement? La seconde bataille concerne la définition même de la zone d’étude si sa superficie est limitée pour la faisabilité des études à 400 km2, les associations et les élus la revendiquent la plus large possible, alors que l’État et les industriels souhaitent la réduire à minima...

Suivront ensuite la question des financements et des éléments recherchés (types de pollutions: air, eau, sols...), du choix des laboratoires mandatés pour les études, puis de la communication des résultats et des propositions d’actions de prévention ou de réduction des risques. Le tout sur une durée d’au moins trois ans: 1 an pour déterminer le cadre d’étude et la méthodologie, 1 an pour la collecte des données et les campagnes de mesure, une troisième année pour analyser tout cela et savoir quoi en faire[3].

Pendant ce temps, les dérogations pour l’utilisation de produits dangereux, les entorses au Code de l’environnement en termes de rejets atmosphériques ou aqueux se poursuivront. À noter par exemple que l’étude de zone estime l’exposition liée aux pollutions ambiantes, mais pas celle sur les lieux de travail. La santé au travail, celle des salarié·e·s des industries et du Port qui sont pourtant les premiers exposé·e·s est donc exclue. Il est fort à craindre pour les associations que cette victoire du dévoilement d’un problème de santé publique se transforme en étouffoir des revendications d’amélioration des conditions de vie et de travail. Si la question de la surmortalité n’est plus complètement dissimulée sous le tapis de la consommation d’alcool et de tabac, elle risque de se fondre dans des querelles d’experts qui tenteront de démontrer qu’il n’y a rien de scientifiquement établi et que les corrélations entre pollution industrielle et santé publique sont trop complexes pour en tirer des conclusions sanitaires...


Dès lors, quel sens pour les associations de riverains à se retrouver dans un tel équipage? La seule issue est d’espérer trouver un peu de grain à moudre pour alimenter les questions sur l’utilité sociale des procès industriels au regard de l’intérêt réel des populations, et pas seulement du développement économique et du bassin d’emploi. Si quelques brèches sont élargies de ce côté-là ce sera encore une avancée, mais au risque toutefois de réhabiliter l’État et son cortège de normes comme agent neutre œuvrant pour le bien public dans le respect des contraintes générales, et de déposséder encore plus les populations de leurs capacités politiques pour construire des alternatives à la soumission généralisée à l’industrie mortifère. C’est l’équilibre précaire du militantisme institutionnel.

Multiplier les mobilisations?

La dernière catastrophe industrielle d’ampleur dans l’Hexagone, l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen en septembre 2019, a remis concrètement la question du risque industriel sur le devant de la scène médiatique. Le confinement du printemps 2020 a de nouveau rendu visible une « nature », habituellement reléguée par l’urbanisme, l’industrie et le salariat. La pandémie de Covid est apparue pour beaucoup comme une des conséquences de l’artificialisation du monde. Dans ce contexte, un « Appel contre la réintoxication du monde » a ainsi été lancé en mai 2020 par des réseaux autour de la ZAD de Notre Dame des Landes et à la faveur des mobilisations des jeunes pour le climat, ou des collectifs Extinction Rébellion[4]:
« (...) de manière inédite dans le Capitalocène, les gaz à effet de serre ont diminué partout ou à peu près. Des pans de mer, de terres ont commencé doucement à se désintoxiquer, tout comme l’air des villes suffoquées de pollution. Les oiseaux sont revenus chanter. Alors pour qui se soucie des formes de vie qui peuplent cette planète plutôt que d’achever de la rendre inhabitable, la pandémie dans laquelle nous sommes plongé.es, en dépit de tous les drames qu’elle charrie, pourrait aussi représenter un espoir historique. Nous avons paradoxalement vu se dessiner le tournant que l’humanité aurait dû prendre depuis bien longtemps: faire chuter drastiquement la nocivité globale de ses activités. (…)

Le gouvernement parle du mois de juin comme d’une “nouvelle marche” dans un déconfinement qui n’est pour lui qu’une remise en marche de l’économie et de la destruction du vivant. La seule « marche » sensée c’est au contraire d’agir concrètement pour l’arrêt des secteurs de productions les plus empoisonnants. Nous appelons donc à une première série de mobilisations simultanées le mercredi 17 juin.

Nous devons trouver des formes de mobilisations adéquates à la situation. Nous traversons une période où chacune d’entre elles peut avoir une portée décuplée. On peut initier beaucoup à peu, mais on doit aussi se donner les moyens d’être nombreux·ses. Nous nous appuierons sur la ténacité des zads, la fougue des gilets jaunes, l’inclusivité et l’inventivité des grèves et occupations climatiques d’une jeunesse qui n’en peut plus de grandir dans un monde condamné. Nous agirons en occupant l’espace adéquat entre chaque personne et pourquoi pas masqués·e·s quand cela s’avère nécessaire pour se protéger les un·e·s les autres, mais nous agirons! (…) »

Cette « dynamique » a impulsé « les mobilisations du 17 », celle du 17 juin 2020, puis du 17 novembre, et dernièrement celle du 17 avril 2021. Elles concernent une multitude de luttes locales très hétérogènes, visant aussi bien le développement de la 5G que les nuisances de cimenterie, en passant par l’installation d’entrepôts Amazon ou les défenses de jardins collectifs, la promotion du vélo, comme une multitude de luttes contre des grands projets inutiles et imposés (GP2I en novlangue acronymique)[5].

Cependant une addition des luttes ne fait pas un mouvement, et le « localisme » conjugué à l’hétérogénéité des thèmes, comme des formes de luttes de cette galaxie d’initiatives, conduit à l’absence de cohérence globale de cette dynamique, et malgré le volontarisme activiste, la difficulté à construire une identité commune est prégnante.

C’est peut-être pour répondre à cette difficulté qu’en janvier 2021 a été lancé l’appel aux « Soulèvements de la Terre », impulsé une fois encore depuis la ZAD de Notre Dame des Landes[6]
« La catastrophe écologique n’est pas à venir, elle est déjà là. Nous ne nous résoudrons pas à la contempler, impuissant·e·s, isolé·es et enfermé·e·s chez nous. Nous avons besoin d’air, d’eau, de terre et d’espaces libérés. Les causes et les responsables de la destruction des sols nous entourent: bétonisation, industries polluantes, et accaparement des terres vivrières par l’agro-industrie. Nous voulons cibler et bloquer ces responsables. Nous voulons aussi occuper et cultiver les terres qui nous ont été arrachées. Parce que tout porte à croire que c’est maintenant ou jamais, nous avons décidé de jeter nos forces dans la bataille. »

L’objectif est de rassembler des forces pour arriver à une masse critique, puis de monter une campagne d’actions et d’information dans la durée autour de deux axes: poser concrètement la question de l’avenir des terres agricoles - et ce qui en dépend-, mais aussi combattre les industries polluantes et destructrices. En posant la question du foncier agricole, les Soulèvements de la Terre agrègent à la fois un rapport au territoire, et une identité commune par des formes d’action paysanne: la réappropriation de terres et leur utilisation vivrière pour construire une alternative concrète au modèle agro-industriel qui sert aussi de liant imaginaire, dans une période où le retour à la terre et aux activités productrices concrètes est sublimé.

Un premier « soulèvement » à Besançon en mars pour défendre les jardins « Les Vaites » contre un projet municipal d’éco quartier, a été suivi en avril d’un week-end de mobilisation en défense de la Prévalaye, un espace agricole de 450 hectares menacé par un projet d’extension du Stade Rennais. Ces mobilisations ont été des succès s’appuyant sur des luttes locales bien implantées, mais il est difficile d’estimer si un saut qualitatif a réellement été franchi. Une série d’actions sont prévues pendant l’été, devant déboucher sur un point d’orgue à l’automne, avec une marche populaire vers le Ministère de l’Agriculture. Le projet des Soulèvements, nettement plus ambitieux que la juxtaposition des « actions des 17 », mérite d’être tenté. C’est une dynamique à suivre et à renforcer quand cela est possible.

Construire ses propres outils?

Sous les auspices de Lubrizol et du déconfinement, dans la lignée de la première vague d’actions du 17 juin 2020, une autre initiative mérite attention, celle de « Notre maison brûle », malgré la référence chiraquienne discutable[7].

En septembre 2020, à l’occasion du premier anniversaire de l’incendie de Rouen, une organisation politique et d’éducation populaire « Émancipation collective », propose de rejoindre une tribune sur les risques industriels et la nécessité de les combattre.

« (…) Ces tragiques accidents industriels[AZF 2001, Fukushima 2011- explosion du port de Beyrouth 2020]sont l’arbre qui cache la forêt. Ils sont le fruit des logiques d’accumulation et de profit des multinationales, de la course effrénée à la croissance des États occidentaux et du mépris des conditions de travail et des impacts environnementaux des forces capitalistes. L’histoire des luttes et les fortes mobilisations des opprimé·e·s de tout ordre en 2019 et en 2020 nous montrent néanmoins que nous pouvons agir. (…)
C’est pourquoi nous pensons qu’il est temps de se mobiliser concrètement pour:

* produire un savoir ouvrier et populaire sur le travail et les dangers technologiques,
* empêcher l’allègement de la réglementation qui permettrait l’implantation dans des conditions inacceptables de nouveaux sites industriels tels que les 78 annoncés par le gouvernement en juillet 2020,
* agir pour la substitution des activités industrielles dangereuses remplaçables immédiatement,
* réduire et surveiller celles dont nous ne pouvons pas nous passer dans un premier temps.
* (…) Nous appelons le samedi 26 septembre prochain, à 14 heures, un an après la catastrophe de Lubrizol, toutes les personnes et organisations déterminées à renforcer l’engagement populaire par la base et à se réunir devant les sites SEVESO et autres installations nucléaires autour de chez elles. Ainsi réunies, elles pourront constituer des groupes locaux d’enquête-action pour supprimer et remplacer les dangers inutiles que nos gouvernants nous imposent. »

La Tribune propulsée par Médiapart et Libération a été largement signée et le 26 septembre a vu se multiplier les initiatives locales. Un millier de personnes ont manifesté avec difficulté à Rouen. La spécificité de « Notre maison brûle » est non pas de proposer d’enchaîner les mobilisations, mais de « constituer une plateforme pour une autodéfense populaire face aux dangers industriels. Elle propose de rendre visibles les sites dangereux aux yeux du grand public par une cartographie contributive[8]. Pour montrer qu’il est possible de remplacer efficacement ces dangers, mais aussi que les ouvrier·e·s, les riverain·e·s et les générations futures ne sont pas condamné·e·s à travailler et à vivre dans un environnement dangereux pour toujours. Il est urgent de constituer un savoir populaire des dangers que le capitalisme nous fait subir au quotidien pour éveiller nos esprits et se réapproprier nos terres face à l’emprise que les dangers industriels et technologiques font peser sur nos vies ».

Elle propose aussi un « Observatoire des violences industrielles qui a pour objectif de permettre aux habitants et aux habitantes de tous les territoires de proposer un article sur le sujet des dangers industriels sous la forme de billet d’analyse, de témoignage ou de portfolio et de cartographier chaque accident industriel sur le territoire français et de revenir en détail sur un maximum d’accidents. »

Au-delà de cette information, « Notre maison brûle » propose également des formations et des interventions sous forme d’ateliers[9]. Il s’agit d’acquérir, le temps d’un week-end, la maîtrise d’outils pour un diagnostic des dangers et des violences industrielles dans un département. Un travail sur les sols pollués en raison d’une activité industrielle passée, l’accidentologie du département (incendie, explosion, pollution toxique…), les impacts ainsi que les risques technologiques. La restitution de ces travaux permet également un moment de mobilisation des forces locales et de sensibilisation de l’opinion. La tournée, démarrée en février en Gironde, est passée par la Loire Atlantique en mars, et devrait s’achever par une semaine de mobilisation en septembre à l’occasion des 20 ans de l’explosion de l’usine AZF de Toulouse et des 2 ans de celle de Lubrizol à Rouen.

Que faire, comme disait l’autre?

Ce tour d’horizon montre que la question des nuisances industrielles monte en intensité dans les préoccupations politiques. Au-delà des dénonciations catastrophistes, il importe en premier lieu de mettre à mal le modèle industriel et technologique qui ravage la planète, opprime et empoisonne les populations. Les initiatives exposées dans ce texte tentent cela, avec des niveaux d’investissement, de politisation, et de stratégies assez différents. Il faut bien sûr appuyer ces dynamiques locales ou les impulser quand c’est possible, en gardant en ligne de mire qu’il s’agit en premier lieu de combats anticapitalistes et non de simples luttes environnementales. Car au-delà de leurs différences, ces luttes convergent parce ce qu’elles visent une appropriation par les gens eux-mêmes de la maîtrise de leur environnement et de leurs conditions de vie. Ce n’est certes pas la révolution, mais ça peut certainement y contribuer, en tout cas ça permet de perturber les sirènes de la croissance verte et de l’économie écoresponsable par lesquelles on tente de nous acclimater.

Saint-Nazaire, 24 avril 2021

http://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article2670
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