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(fr) Suisse : Pour une école démocratique [de]

Date Sun, 7 Nov 2010 10:43:24 +0100


En Suisse et dans le reste de l'Europe, l'éducation et le système scolaire est au
centre d'un débat qui mobilise les milieux économiques et politiques institutionnels
car les enjeux sont importants pour tous. Il s'agit de réadapter les systèmes
éducatifs aux changements intervenus dans l'économie. Quelle que soit le système
scolaire adopté par les pouvoirs régionaux ou nationaux, la philosophie des libéraux
et des sociaux-démocrates est de donner une formation de base généraliste large mais
d'un niveau relativement bas en limitant par une importante sélection l'accès aux
savoirs complexes. Ceci pour ouvrir le grand marché de l'éducation supérieur. En
gros, l'éducation publique garantit le minimum, le reste se paye. La fonction de
socle culturel, de développement collectif des capacités et des intérêts individuels
ou d'intégration (ou d'assimiliation) des étrangers que représentait l'école jusqu'à
présent n'intéresse plus. Pour ça il y a la télévision. Ainsi, dénudé de sa fonction
républicaine ou fédéraliste, l'Ecole n'intéresse plus l'Etat et devient un coût
qu'il faut limiter. Dans ce cadre restrictif, la fonction de l'école que prône tant
les milieux économiques que la sociale démocratie est uniquement utilitariste. La
plus grande partie de ce qu'on y enseigne doit être fonctionnel à l'entrée dans le
marché de la formation, qui portera à l'entrée dans le marché du travail.


Quels intérêts représente l'Ecole?

Suite à la dérégulation du marché du travail et au développement du précariat, les
pédagogues patronaux ont inventé le concept de "formation permanente". Ce qui
revient à dire que pour s'adapter aux multiples conditions de vie et de travail
qu'une personne va devoir affronter durant sa vie, il va falloir chaque fois passer
à la caisse pour se former. En Suisse, les différentes Eglises commencent aussi à
entrer sur le terrain de la formation sous le regard bienveillant des socialistes
qui comme partout ailleurs en Europe sont ouverts à l'égalité scolaire, c'est à dire
au financement publique d'écoles privées.


Un alibi politique

Entre les conservateurs qui ne parlent que de rigueur et de discipline et qui
voudraient que l'école ressemble à un élevage ou les sociaux démocrates qui aimerait
un peu plus (mais pas trop) de justice dans l'école pour se sentir encore un instant
un peu de gauche, le débat scolaire est pauvre et sert surtout aux partis pour
donner l'impression qu'ils affrontent les problèmes sociaux à la racine. La plupart
du temps, le silence des étudiantEs, des profEs, des parents et des élèves sert de
tapis rouge à ces ambitions institutionnelles et médiatiques.


Une gigantesque centrale de tri

Les enfants ne sont pas égaux devant l'Ecole. Par son fonctionnement, ses
structures, ses méthodes, ses contenus, l'enseignement reproduit les inégalités
d'origine sociale. Il les transforme en inégalités de résultats et en inégalités
d'orientation scolaire. L'Ecole actuelle ne forme pas des jeunes "complets". Déjà au
sortir de l'Ecole primaire, beaucoup n'ont pas acquis les compétences de base et les
connaissances générales indispensables. Quelque soit le système, la sélection
sociale s'opère, tôt ou tard.


De nouvelles luttes

A gauche, l'illusion fondamentale est de croire qu'en changeant de système scolaire,
on aura une école plus juste et par conséquence une société qui le sera aussi. C'est
au nom de cette ambition que la sociale démocratie a liquidé toutes les autres
positions critiques sur l'école. Le résultat est une sociale démocratie dans toute
l'Europe qui est sur des positions selectivistes et qui, au nom d'un prétendu
réalisme illuminé veut une école avant tout utilitariste, tout comme la droite. Les
syndicats d'enseignantEs qui au vu des attaques contre la fonction publique se sont
concentrés sur une lutte pour des moyens et sur les salaires n'ont pas pu occuper ce
terrain et s'y trouvent paradoxalement en difficulté car souvent en porte à faux par
rapport à leur base plus conservatrice. Ce sont les contenus de l'école, les savoirs
qui structurent notre société, les système scolaires ont moins d'importance car que
ce soit dans un système sélectiviste comme dans le canton de Vaud ou dans un système
"égalitaire" comme au Tessin, la culture des classes dominantes est toujours le
mètre pour juger.

Plus de justice, plus de démocratie, plus de luttes!
Pour avancer sur le terrain de l'éducation, il faut tout d'abord cesser de penser à
la lutte dans l'école comme une lutte séparée du reste de la société et faire des
ponts avec les autres luttes (migrantEs, droits, écologie...). Il faut affronter les
discussions sur les systèmes scolaires et lutter pour améliorer ce qui est
améliorable. Mais il faut aller au delà et créer des courants d'opinion et des
structures de lutte faites de profEs, d'étudiantEs et de parents qui aillent au
coeur du problème, au niveau de la structuration des contenus, de leur adéquation au
système économique, et de la sélection sociale qu'ils opèrent, Et de là nous
pourrons construire les alternatives aux systèmes actuels.

Apprendre seul c'est accumuler, apprendre collectivement c'est multiplier.

Dans les salles des maîtres, les préaux et entre parents, il faut nous battre pour
une éducation démocratique et laïque basée sur l'échange et la coopération, d'abord
car un système basé sur la concurrence et la privatisation des connaissances fait
trop de victimes parmi les élèves et les étudiantEs des familles modestes mais aussi
car le partage des savoirs est plus efficace en terme de qualité, de quantité et
d'opérabilité. Et il faut nous battre pour que l'école entre dans les luttes
sociales et soit un moteur de changement et non plus un appareil de conservation.


Rebellion numéro 45 - journal d'agitation de l'Organisation Socialiste Libertaire

http://www.rebellion.ch
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