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(fr) Travailleurs contre bureaucrates (1876-1968)

Date Sun, 7 Nov 2010 10:33:24 +0100


Présentation
Conformément à l'orientation de la revue Ni patrie ni frontières depuis
huit ans, ce numéro triple (31/32/33) rassemble des textes écrits par des
militants de différentes tendances : anarchistes (Errico Malatesta, Pierre
Besnard, Sébastien Faure, Georges Yvetot, Georges Bastien et E. Armand);
trotskystes (Pierre Bois, Ernest Mandel); ex-trotskystes mais ­ hélas ! ­
léninistes (Communistes Révolutionnaires, Combat communiste); syndicalistes
révolutionnaires (Pierre Monatte); héritiers des «gauches communistes»
(Mouvement communiste, Programme communiste) ou inclassables comme
Socialisme ou barbarie...
Ce recueil d'articles écrits à des périodes très différentes (de 1926 à
2006) et par des auteurs de sensibilité parfois opposée, met l'accent sur le
rôle des syndicats (et aussi des partis «ouvriers») face aux luttes de
classes, plus particulièrement entre 1876 et 1968, même si Pierre Besnard
commence son historique du syndicalisme à la Révolution française, si ce
n'est à la Préhistoire (cf. p. 244) !

Ce livre s'arrête donc avant la crise économique mondiale de 1973 qui a
provoqué une série de réactions en chaîne à l'échelle de la planète :
licenciements, restructurations, concentrations et délocalisations qui ont
profondément changé les conditions de vie et de travail des prolétaires
ainsi que l'organisation interne des entreprises. La composition de la
classe ouvrière mondiale est désormais beaucoup plus «fragmentée», en tout
cas dans les grandes puissances capitalistes (cf. «Classe ouvrière et
travailleurs fragmentés» de João Bernardo dans le n°27/28 de Ni patrie ni
frontières).

Ce numéro s'ouvre sur les extraits d'une brochure de l'économiste trotskyste
Ernest Mandel qui étudiait (en 1978) les la question posée par l'existence
des bureaucraties «ouvrières». Ce texte abordait aussi les problèmes
théoriques posés par ce que Mandel osait appeler les «Etats ouvriers» ­
«dégénérés» ou «déformés», incohérence trotskyste oblige ! Ces régimes de
capitalisme d'Etat ayant aujourd'hui pour la plupart disparu (à l'exception
de Cuba et de la Corée du Nord), nous avons reproduit seulement les passages
concernant les rapports entre les travailleurs et «leurs» syndicats ou
partis dans les pays capitalistes occidentaux.

Cette analyse reste toujours actuelle pour la plupart des trotskystes et des
néo-trotskystes qu'ils soient au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), au
Parti ouvrier international (les «lambertistes» du POI) ou même à Lutte
ouvrière (LO). En effet, quelles que soient les nuances qui les séparent
officiellement, ces trois courants croient, comme Mandel, qu'il n'y a pas de
mouvement ouvrier possible sans permanents, sans appareils, bref sans
bureaucrates... De là à penser qu'il faut infiltrer ou infléchir les appareils
pour en prendre la tête, ou pousser les appareils «vers la gauche», il n'y a
qu'un pas, d'autant plus facile à franchir que Mandel affirme candidement
que la bureaucratie syndicale ne joue aucun rôle économique dans le système
capitaliste !

Après cette «mise en jambes» théorique, nous présentons six articles parus
dans la revue Programme communiste, éditée par le Parti communiste
international, appelé «bordiguiste» du nom d'Amadeo Bordiga, l'un des
fondateurs du Parti communiste italien, puis de la «Gauche communiste
italienne», tendance oppositionnelle née au début des années 20 dans la
Troisième Internationale.

Le lecteur découvrira, en les lisant, que les «bordiguistes» savaient, dans
les années 60 et 80, mettre leur solide culture historique au service d'une
analyse subtile des grandes tendances du mouvement ouvrier français. Ils ne
craignaient pas de rendre hommage aux qualités politiques et militantes des
anarchistes et des syndicalistes révolutionnaires, tout en ne leur faisant
aucun cadeau sur le plan théorique. Il serait donc fort dommage d'ignorer
leurs réflexions, quoique l'on pense de leurs positions.

Le lecteur pourra se plonger ensuite dans une vingtaine d'articles (ou
d'extraits d'articles) de l'Encyclopédie anarchiste. Les auteurs nous
offrent évidemment une lecture différente de l'histoire du syndicalisme et
des rapports entre les syndicats et les partis ouvriers. Principal
contributeur, Pierre Besnard décrit en détail l'évolution du syndicalisme
des années 1870 jusqu'en 1936. S'il critique le parlementarisme, prône la
grève générale et la disparition de l'Etat, et défend l'indépendance des
syndicats, il se livre aussi à un curieux plaidoyer en faveur de la
cogestion des assurances sociales ou d'un contrôle ouvrier des entreprises
capitalistes, peu cohérents avec la défense de l'action directe ou la
critique de la démocratie bourgeoise (cf. notre «compil'» n° 4 : De la
violence politique).

Ces textes sont rudement pris à partie par les rédacteurs de Programme
communiste dans les articles qui précèdent. Leur parution côte à côté dans
ce livre permet un dialogue fructueux et inédit entre les textes. Si les
lecteurs comparent les arguments avancés par les uns et les autres, ils
pourront approfondir leur réflexion sur ces questions complexes et sortir
des sentiers battus des habituelles polémiques groupusculaires fondées sur
l'ignorance mutuelle, ou de l'histoire universitaire généralement favorable
à la bureaucratie...

Après les hypothèses théoriques audacieuses des anarchosyndicalistes,
l'histoire des syndicats et des bourses du travail, et l'exposé des
principes du syndicalisme de classe, place, dans la seconde partie de ce
livre, à l'histoire des principales grèves en France entre 1936 et 1968.

Une série d'articles du mensuel Combat communiste (publiés entre 1976 et
1986) propose une analyse critique du rôle des syndicats et de leurs
bureaucraties en France, à travers quelques dates importantes de la lutte
des classes : 1936, 1944, 1947, 1948, 1953, 1955 et 1963. «Nous voudrions
montrer au travers de cette série d'articles, écrivait Combat communiste,
comment les travailleurs ont eu à affronter non seulement le patronat, le
gouvernement, les forces de répression (flics, milices patronales, armée)
mais aussi les appareils syndicaux et les partis de gauche qui ont toujours
trahi les espoirs que les travailleurs mettaient en eux.»

Ces articles n'ont pas été écrits par des historiens professionnels, ils
contiennent sans doute des erreurs et leurs statistiques n'ont pas été
actualisées. Mais ce qu'il nous importe de souligner, c'est que les leçons
de ces conflits ont été totalement oubliées par la plupart des militants de
la «gauche radicale» actuelle.

«Oubli» lié à la volonté des bureaucraties «ouvrières» de camoufler leur
fonction à travers l'histoire des luttes; à la progressive disparition de
toute formation politique au sein des organisations anarchistes ou
trotskystes; à l'enseignement de l'Histoire au collège et au lycée où
fascisme et communisme sont présentés comme des idéologies équivalentes et
les révolutions survolées très rapidement; mais aussi aux calculs
opportunistes de l'extrême gauche, toujours à l'affût d'accords «tactiques»
avec de fantomatiques «ailes gauche» des syndicats.

Aux côtés des textes de Combat communiste nous avons introduit des articles
du syndicaliste révolutionnaire Pierre Monatte sur Juin 36 et du trotskyste
Pierre Bois sur la grève Renault de 1947; un article (un peu triomphaliste)
sur les grèves de 1947 paru dans Courant alternatif, suivi d'une chronologie
utile pour comprendre les années 1944-1947; un texte de Pierre Chaulieu
(plus connu sous le nom de Cornelius Castoriadis) sur les grèves de 1956
publié dans Socialisme ou Barbarie; plusieurs tracts et articles des
Communistes Révolutionnaires/RKD sur la situation française entre 1944 et
1946, quand le PCF et la CGT faisaient retrousser leurs manches aux ouvriers
au nom de l'union nationale et du prétendu programme social du Conseil
national de la Résistance.

Ces textes sont d'autant plus utiles que les «antilibéraux» actuels, du
Monde diplomatique au Parti de Gauche, suppôts de la social-démocratie ou du
néostalinisme, nous présentent une image falsifiée des prétendus aspects
positifs du gaullisme et de cette période d'austérité pour la classe
ouvrière de France.

Ce livre se termine par un texte de Mouvement communiste sur mai 68 qui
offre une description précise de «la plus grande grève générale de
l'Histoire», et en souligne les points forts comme les points faibles. Et un
dernier article de Combat communiste sur les changements intervenus dans la
classe ouvrière dans ces années charnière.

D'autres anthologies suivront qui tenteront de retracer, à travers la
reproduction de brochures ou d'articles, les conflits qui ont marqué les
travailleurs dans leur lutte contre l'Etat, le Capital... et les bureaucraties
«ouvrières».


Ni patrie ni frontières, octobre 2010

464 pages, 12 euros (frais de port compris)

Pour toute commande écrire à
yvescoleman@wanadoo.fr

ou

Yves Coleman (sans autre mention)
10 rue Jean-Dolent 75014 Paris

Tous les textes de la revue sont sur le portail de revues mondialisme.org
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