A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Trk�
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) [Anarchosyndicalisme ! numéro 115] La planète où tout a un prix ... sauf la vie humaine , en constante dévaluation

Date Fri, 12 Feb 2010 17:40:44 +0100



Élémentaire, mon cher Watson me direz-vous, voilà belle lurette que nous savions
déjà, non seulement que tout était à vendre et à acheter en ce monde marchand où
nous voilà contraints de vivre, mais encore que la vie humaine (surtout celle des
pauvres) y était fort mal cotée, voire totalement dévaluée. Pour autant, ami
lecteur, même si la dénonciation de l'état de putréfaction avancée de notre société
ne constitue pas, loin s'en faut, un scoop en soi, on peut parfois être surpris par
les révélations « croustillantes » que nous réserve ce qu'il est convenu d'appeler
l'actualité. Noyés sous une avalanche d'informations de peu d'intérêt, ces faits
tragico-anecdotiques méritent que l'on s'y attarde : ils dévoilent souvent la
distance phénoménale qui sépare les discours médiatiques et moralisateurs de nos
dirigeants, de leurs basses pratiques réelles.

Ainsi, la presse britannique (un numéro du Times du mois d'octobre) nous apprend
que, selon des sources fiables, les 10 soldats français tués en Afghanistan en juin
2008 dans une embuscade (dont on a beaucoup parlé) seraient morts parce que leurs
chefs n'auraient pas jugé bon (souci d'économie ou pur désir de gloire ?) de payer
la somme nécessaire au seigneur de guerre local pour avoir le droit de sortir un peu
de leurs bases-forteresses.

LA COMBINAZIONE

Les Italiens, qui avaient en charge ce secteur avant leur remplacement par les
Français, auraient, quant à eux, versé des contributions au chef taliban, ce qui
leur permettait de vaquer à leurs occupations dans une relative quiétude. La «
consigne-combine » a-t-elle été transmise aux nouveaux arrivants ? Les Français ont
ils voulu s'y soustraire ? Bien sûr les gouvernements et états-majors italiens et
français ont démenti ces informations « sans fondement » lancées par la perfide
presse britannique.

Ces assertions ont toutefois de fortes chances d'être vraies et contribuent à
éclairer d'une lumière assez crue la piètre situation politico-militaire de nos «
croisés occidentaux ». L'aviation bombarde la population civile en perpétrant de
véritables massacres, pendant que l'infanterie, pratiquement assiégée dans ses
forteresses, ne peut effectuer de paisibles sorties que si elle s'est acquittée du
droit de passage. Dans ces conditions, la « glorieuse mission civilisatrice »
confiée à la croisade, on le pressent déjà fortement, ne pourra être remplie : les
promesses de « démocratie », de « modernité » ou « d'éradication du terrorisme et du
féodalisme » se dégonflent les unes après les autres comme autant de baudruches.
Quand les soldats sont contraints de monnayer leur survie, c'est que la défaite
n'est plus loin.

Mais, comme dans toutes les guerres, alors que l'issue ne fait plus de doute et que
l'on sait pertinemment qui a perdu, on joue les prolongations. Tandis qu'on prépare
en catimini des plans de désengagement, que l'on astique en douce les trompettes qui
sonneront bientôt la retraite, la boucherie continue de plus belle. Les dirigeants
occidentaux persistent à proclamer haut et fort que que cette guerre est nécessaire
et justifiée, alors qu'ils savent fort bien que la partie est d'ores et déjà perdue.
Pendant que discrètement au frais et à l'ombre, d'importantes négociations
s'apprêtent après d'âpres pourparlers, à payer le prix de la paix en valeurs sûres,
des gens « sans importance » meurent dans de grandes souffrances et en plein soleil
: ils payent le prix de la guerre avec leur seule richesse, leur sang.

Ces négociations de « sortie de guerre », ces tractations en vue d'une paix possible
peuvent parfois durer longtemps, d'autant plus longtemps que pour ceux qui ne sont
pas sous les bombes rien ne presse et qu'il convient de songer déjà aux futurs
conflits, aux prochains marchés, aux prochaines opportunités qu'il ne faudrait pas
manquer. L'industrie d'armement a naturellement horreur du vide, ne supporte pas les
pauses si préjudiciables aux énormes bénéfices qu'elle engrange. Pour elle, la paix,
c'est mortel.

Le commerce n'est jamais équitable ni moral, mais c'est avec le trafic d'armes
international (au niveau inter-étatique entre autres) que l'on atteint les sommets
de l'ignominie et que bien souvent, au détour de péripéties scabreuses liées à ces
deals d'un genre spécial, nos aimables dirigeants laissent tomber le masque et
révèlent leur vrai visage : ceux de gangsters de la pire espèce.

L'ATTENTAT DE KARACHI

Nous avions entendu parler de l'affaire des ventes de frégates à Taïwan, de
l'Angolagate (rappelons que la guerre civile en Angola a fait plus de deux millions
de victimes et a rapporté des millions de dollars à d'honorables industriels et
politiciens connus). Mais la presse française (Libération du 18 oct) s'est faite
l'écho d'une enquête commencée il y a des années sur l'attentat de Karachi
(Pakistan) qui avait coûté la vie à 11 techniciens et ingénieurs de la DCN
(Direction de la construction navale) en mai 2002.

On apprend à la lecture de ces articles que le commerce des armes entre États obéit
à des lois tacites qu'il est extrêmement hasardeux d'enfreindre : ainsi, le vendeur
(en l'occurrence la France qui vendait trois sous-marins à la marine pakistanaise)
se doit de payer une commission rondelette aux acheteurs (décideurs politiques et
militaires pakistanais de haut rang) pour les remercier en quelque sorte d'avoir
préféré la qualité « made in France » à la concurrence. Mais l'octroi de ces
commissions versées aux acheteurs s'accompagne d'une clause de rétro-commission :
l'acheteur à son tour doit reverser une partie de la somme touchée au vendeur.
Chorégraphie commerciale des plus délicates quand les sommes en jeu atteignent cette
importance et que les partenaires ne sont pas tous de bonne foi : en ce genre de
négoce (comme ailleurs) les tentations sont fortes de duper l'autre partie. Dans
l'affaire de Karachi, le faux-pas, l'entourloupe viendra du côté français. Le
contrat de vente est signé en 1994, l'échéancier court jusqu'en 2008. Or, en 1995 la
campagne électorale bat son plein et une lutte fratricide oppose chiraquiens et
balladuriens (ces derniers manquent cruellement de fonds pour financer la campagne
de ce « cher Édouard »).

COMMISSIONS ET RETROCOMMISSIONS

Au début du contrat, les commissions sont régulièrement versées aux généraux
pakistanais, puis brutalement, la « french connection » s'arrête de fonctionner. Les
versements sont bloqués. Sont-ils bloqués sur ordre du ministre farouchement
balladurien à l'époque du budget (un certain Sarkozy) ? Ces fonds occultes
servent-ils à financer la campagne d'Édouard Balladur ? En l'état actuel de
l'enquête, on ne peut rien affirmer, mais, ce qui est sûr, c'est que les effluves
des arrières-cuisines de la démocratie n'y gagnent pas en fraîcheur. Il est
également certain que ceux qui ont pris cette décision savaient qu'elle était
dangereuse ; mais la conquête du pouvoir justifie tout.

Lassées d'attendre les sommes promises qui n'arrivent pas, les généraux pakistanais
décident de frapper les intérêts français, en l'occurrence un bus transportant des
employés de la DCN. La police arrête rapidement deux soi-disant terroristes, qui
avouent sous la torture être les auteurs de l'attentat. Après quelques années de
prison, la justice pakistanaise démontre que ces hommes ne sont absolument pas
coupables, les libère et commence à montrer du doigt les généraux et leurs services.

Les représailles pakistanaises auraient entraîné (toujours selon Libération) des
contre-représailles françaises : des militaires pakistanais de haut rang,
commanditaires de l'attentat, auraient été touchés par des tirs d'agents de la DGSE
(Direction générale de la sécurité extérieure).

Un refus de payer se traduit par un rappel à l'ordre sous forme de représailles
sanglantes qui entraînent elles-même des contre-représailles. Rien ne permet de
distinguer ce genre de règlement de comptes inter-étatiques de ceux des clans
mafieux. La résolution est parfaitement identique : en cas de non paiement des
dettes, il faut payer le prix du sang et le sang versé appelle la vengeance.

Il est vrai qu'en bien des pays on se demande où finit l'État et ou commence la
mafia. Les États sont en fait des mafias qui ont réussi au-delà de toute espérance,
et leurs chefs des criminels qui sont directement responsables des centaines de
milliers de mort que coûtent leurs guerres destructrices mais si profitables pour
leurs amis.

Les jeux sanglants du capitalisme international nous prouvent encore une fois qui si
dans ce monde tout se vend et tout s'achète, l'article qui a le moins de valeur pour
tous ceux qui commandent, légifèrent, exploitent, de quelque pays qu'ils soient,
c'est bien la vie humaine.

Encore convient-il de nuancer cette affirmation : en ce monde, la mort des uns pèse
beaucoup plus lourd que la mort des autres. Ainsi, le gouvernement américain (appuyé
par ses alliés) n'a pas hésité, pour « venger » la disparition de 3 000 de ses
concitoyens, à massacrer des centaines de milliers de personnes en Irak et en
Afghanistan...

UN GENDARME = 20 ENFANTS

Et en dehors de tout contexte guerrier, dans notre douce France, pays de l'Égalité
de tous devant la loi, la mort des flics continue à peser beaucoup plus lourd dans
la balance de la justice que la mort des jeunes. Dans un village des Ardennes, le
1er janvier 2007, un jeune sous l'emprise de l'alcool avait écrasé un gendarme : il
vient d'écoper de 30 ans de prison dont 20 incompressibles. En juillet 2007, des
policiers avaient écrasé un enfant de Marseille qui traversait la rue sur un passage
protégé. Verdict, 18 mois avec sursis [1].


Gargamel

Notes

[1] L'enquête de l'inspection de la police a démontré que le véhicule des flics
était en grave excès de vitesse, sans aucune raison de service. A ce tarif, la vie
d'un gendarme vaut 20 fois plus que celle d'un enfant. Sans même tenir compte du
sursis, bien sûr.

============

Tiré de Anarchosyndicalisme ! numéro 115

Anarchosyndicalisme !
CNT AIT
7, rue St Rémésy, 31000 Toulouse


Anarchosyndicalisme ! est adressé gratuitement sur demande aux prisonniers

Il est également disponible dans les kiosques de la région Midi Pyrénées


On peut aussi s'abonner (un an, 10 euros, 20 euros et plus en soutien). Libellez les
chèques à : CDES (CCP 3 087 21 H Toulouse )



Pour diffuser Anarchosyndicalisme ! autour de vous, vous pouvez recevoir plusieurs
exemplaires pour les diffuser. Prenez contact avec le journal pour les modalités
pratiques.


=========================

Les articles et des infos en lignes sur les sites :
http://cnt-ait-toulouse.fr
http://cnt-ait.info (CNT-AIT de Paris-Nord)
http://cnt.ait.caen.free.fr (CNT AIT de Caen avec forum Rouge et noir :
http://cnt.ait.caen.free.fr/forum)
et http://anarsonore.free.fr (enregistrement audios d'articles et archives sonores
anarchistes)


[ expediteur/expeditrice : "CNT AIT Paris" <contact -A- cnt-ait.info> ]

_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr


A-Infos Information Center