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(fr) Humaniser le Capital: l'impossible pari de la sociale-démocratie

From "mathieu houle" <mathieuhc@hotmail.com>
Date Fri, 6 Apr 2001 12:12:52 -0400 (EDT)


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      A - I N F O S  N E W S  S E R V I C E
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Humaniser le Capital: l'impossible pari de la
sociale-démocratie
 
Au fur et à mesure que se rapproche l'échéance du
Sommet des Amériques, la gauche institutionnelle abat
ses dernières cartes. Le jeu auquel se livrent les
directions des centrales syndicales et certaines
grosses ONG relève plus d'une stratégie de relations
publiques que d'une réelle opposition politique à la
ZLEA. Le résultat est mitigé: pendant que ces groupes
trouvent des appuis inattendus du côté de
l'intelligentsia politicienne et mass-médiatique, ils
se coupent de leur base militante et se dissocient de
plus en plus ouvertement des "casseurs" et des
"anarchistes" qui entendent bien jeter un peu de
désarroi dans le show hyper planifié prévu à Québec au
mois d'avril.

La position du Réseau québécois sur l'intégration
continentale (RQIC) à propos de la Zone de
libre-échange des Amériques (ZLEA) est pour le moins
ambiguë. Elle tient en trois grandes revendications:
nous ne sommes pas contre la mondialisation des
marchés, mais bien contre la ZLEA dans sa version
actuelle; nous souhaitons que cet accord de
libre-échange puisse inclure des clauses sociales
protégeant l'environnement, les conditions de travail
et l'exercice de nos droits démocratiques; nous
voulons être consulté au même titre que les hommes
d'affaires de l'Americas Business Forum (ABF). Ce
programme réformiste a l'avantage de ne pas être trop
difficile à défendre face à "l'opinion publique",
c'est-à-dire devant les médias de masse. En
choisissant de mettre l'emphase sur l'absence de
"transparence" du processus et la nécessaire
"participation de la société civile" aux négociations,
leur campagne sur la ZLEA ne remet pas
fondamentalement en question les idées reçues
concernant le libre-échange. Plus transparente et
accueillante aux suggestions des groupes de pression,
la ZLEA serait-elle acceptable pour autant?

La principale "qualité" de ces positions demeure leur
pragmatisme: elles peuvent raisonnablement s'inscrire
dans le cadre du Sommet des Amériques en restant
acceptables aux yeux de certains libéraux modérés.
Ainsi, les éditorialistes du "Globe and Mail"
(Toronto), du "Soleil" (Québec) et du "Devoir"
(Montréal) donnent globalement leur appui aux
revendications du RQIC et au prochain "Sommet des
Peuples": il faut démocratiser la mondialisation des
marchés le plus rapidement possible pour la rendre
légitime aux yeux de la population. Il s'agit d'un
retournement par rapport à la situation qui prévalait
au moment des événements de Seattle. Depuis le mois de
novembre 1999, les mass médias ont retransmis des
images venant des quatre coins du monde montrant
qu'une opposition populaire, adoptant un discours et
une pratique venant rompre avec l'habituel ronron de
la politique officielle, prenait la rue pour dénoncer
le nouveau visage du capitalisme: la mondialisation
des marchés. Ce mouvement diversifié et pluraliste,
débordant largement l'influence des groupes établis,
manifeste bruyamment chaque fois que la caravane de
l'économie de marché s'arrête en ville. Cette
autonomie radicale commence à inquiéter de nombreux
observateurs éclairés: quel soulagement de voir des
groupes plus "responsables" prendre le relais en
cherchant à récupérer une partie de ce mouvement en
éveil, comme c'est notamment le cas du Nouveau Parti
Démocratique (NPD) au Canada. Pur opportunisme? C'est
plutôt une question de survie pour la gauche du
Capital.

Cette crise de la sociale démocratie est liée de près
avec celle de l'État providence, durement mis à
l'épreuve depuis la signature des premières ententes
de libre-échange à la fin des années '80. A l'époque,
des membres du RQIC (la CSN, la FTQ et la CEQ - les
trois plus importantes centrales syndicales
québécoises) s'étaient opposés à l'accord de
libre-échange canado-américain (ALE) avec beaucoup de
véhémence au nom de la protection des acquis sociaux.
Mais sans véritable projet mobilisateur, les syndicats
et les autres groupes engagés dans cette lutte
restèrent sur la défensive. Leur rejet du
libre-échange était fondé sur le statut quo, alors que
les milieux d'affaires offraient la croissance
économique et la création d'emplois comme rêve en
pâture pour l'opinion publique. Nous connaissons
l'issue du combat: une fois adopté, ce premier accord
de libre-échange a permis de restructurer l'économie
et la société canadienne en fonction des intérêts de
l'entreprise privée, mais au détriment de nos
conditions de travail, de l'environnement et des
programmes sociaux.

Au début des années '90, lors des négociations sur
l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA), les
mouvements sociaux se lancèrent une fois de plus dans
la bataille contre cette nouvelle offensive patronale,
mais avec plus de "nuances" que par le passé. Exit le
rejet pur et simple du programme néolibéral: bienvenue
aux "clauses sociales" protégeant les emplois et
l'environnement. C'est en considérant les conséquences
néfastes du premier accord que ces groupes proposèrent
d'inclure dans le texte de l'ALENA des dispositions
faisant prévaloir le respect des normes du travail sur
la liberté du commerce. En bout de ligne, ils
n'obtinrent que de maigres accords parallèles sur ces
enjeux, sans véritable portée ni pouvoir particulier
pour faire respecter leurs dispositions. Pendant ce
temps, les investisseurs obtenaient avec les chapitres
10 et 11 de l'ALENA une protection inégalée qui allait
faire l'envie des patrons du monde entier.

Ces deux défaites expliquent en partie les positions
actuelles du RQIC et de Common Frontiers (son
homologue canadien), caractérisées par un louvoiement
constant face au pouvoir. Leur critique du
libre-échange est constamment réajustée en fonction de
leurs chances d'obtenir enfin quelque chose du
gouvernement. Idéalement, plusieurs groupes souhaitent
accéder aux tables de négociations comme
interlocuteurs officiels de la population auprès des
Chefs d'États impliqués dans le processus de la ZLEA,
au même titre que les hommes d'affaires membres de
l'ABF. Cette stratégie a des chances d'aboutir à un
résultat tangible: le gouvernement canadien commence à
sentir la soupe chaude et cherche une façon commode de
redonner à ses projets libre-échangistes leur semblant
de légitimité aux yeux de "l'opinion publique".
Démocratiser la mondialisation, l'enjeu est de taille
pour un gouvernement centralisateur et autoritaire qui
a du mal à convaincre la population de sa bonne foi.
Peut-être jugera-t-il politiquement rentable de se
trouver de nouveaux alliés parmi les membres de Common
Frontiers ou du RQIC afin de donner aux nouveaux
habits du capitalisme ce qu'il faut d'ouverture aux
"propositions constructives" de la "société civile"
pour faire taire les critiques.

Ce processus de récupération politique a d'ores et
déjà commencé. Des représentants du RQIC négocient en
privé avec Pierre Pettigrew (Ministre des affaires
étrangères), John Manley (Ministre du commerce
international) et Marc Lortie (diplomate de carrière
chargé de la planification du Sommet des Amériques)
les modalités d'une entente commune. Cette déclaration
permettra-t-elle au gouvernement fédéral de faire
bonne figure en matière de démocratie? Une chose est
sûre: la "société civile" obtient des centaines de
milliers de dollars pour son Sommet des Peuples et
entrevoit la possibilité de gagner un statut à la
hauteur de ses ambitions. Ce marchandage entre
interlocuteurs "responsables et démocratiques" n'est
pas sans soulever beaucoup de questions, notamment à
l'intérieur de certains groupes membres du RQIC où une
opposition commence à prendre ses distances par
rapport à cette stratégie de collaboration avec le
pouvoir.

Humaniser le Capital? Démocratiser ses initiatives?
C'est le vieux fond de commerce de l'État-providence
qu'on utilise une fois de plus pour canaliser
l'opposition à la mondialisation des marchés vers des
voies sans issues. Plutôt que de renouveler leur
discours et d'adopter une pratique plus militante, les
membres du RQIC et de Common Frontiers s'enfoncent
dans le lobbying tous azimuts. Se souciant avant tout
d'être "réalistes" aux yeux de "l'opinion publique",
ces coalitions se limitent à proposer des ajustements
aux accords de libre-échange au lieu de questionner
les fondements de la logique d'accumulation du
Capital. De plus en plus de personnes ne sont plus
dupes face à l'hypocrisie et au conformisme de ce jeu
de politiciens. Quoi qu'en pensent certains, la ZLEA
est tout à fait "transparente": elle est un maillon de
nos chaînes qu'il faut apprendre à déconstruire pour
commencer à parler collectivement de liberté.
Attendrons-nous d'avoir le texte de cet accord pour
manifester clairement notre opposition aux principes
mêmes du libre-marché? A force d'utiliser un langage
compatible avec celui du pouvoir, on fini par oublier
la nature du système qui a mis au monde de pareils
mécanismes de destruction sociale.

Mathieu Houle-Courcelles
membre du collectif de recherche autonome et critique
(CRAC)


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