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{Info on A-Infos}
(fr) France RÉPRESSION ET SOUTIEN : lhistoire de Marie-Athée
From
lulurev@club-internet.fr
Date
Thu, 1 Jun 2000 01:52:17 -0400
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A - I N F O S N E W S S E R V I C E
http://www.ainfos.ca/
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Plusieurs appels ont été faits sur cette liste
concernant le soutien à Marie-Athée, une militante de
la Fédération Anarchiste et du Collectif
Anti-Expulsions. Voici les propos de la principale
intéressée, recueillis dans Cette Semaine n°80
(mai-juin 2000).
RÉPRESSION ET SOUTIEN :
l’histoire de Marie-Athée
- B. : Peux-tu rappeler à la suite de quelle action tu
es passée en procès ?
- Marie-Athée : C’était une action organisée par le
Collectif anti-expulsion (CAE) de Paris le 6 juin 1999
contre le groupe Accor dont des hôtels Ibis servent de
centres de rétention et qui réserve, par sa filiale
Carlson-Wagon-lits, les billets pour les sans-papiers
en instance d’expulsion, donc qui bosse directement
pour l’Etat. Je veux juste rappeler que pour chaque
Malien déporté, cette société empoche plus de 300
balles par expulsion. L’idée était d’aller voir les
gens d’une agence pour les sensibiliser (diff’ de
tracts) et parler avec eux puisqu’il y en a encore qui
ne sont pas au courant de tout ça. Evidemment, il y en
a qui sont sincères et d’autres pas. En tous cas, on
essaie de leur dire qu’ils devraient demander une
sorte de "clause de conscience" leur permettant de
pouvoir refuser de faire un certain nombre d’actes
sans qu’ils ne se fassent virer ou qu’ils ne subissent
de pression.
- Comment ont réagi les gens dans cette agence ?
- Plutôt mal, en particulier le gérant de l’agence :
"Oui, moi j’ai galéré pour monter la boutique, vous
allez pas me faire chier...". Du coup, il y a eu un
peu de grabuge, des meubles ont volé...Au début
j’étais pas dans l’action, mais comme j’ai vu que
c’était pour les sans-papiers, j’y suis allée
directement. J’ai foutu un présentoir par terre. Tout
ça s’est passé très vite. J’ai couru, mais pas assez
vite. Le mec de l’agence, un petit, est sorti fou
furieux en criant "je vais me faire les meufs !". Il a
commencé à frapper une fille qui était là, je me suis
arrêtée et il m’a attrapée et m’a frappée, avant que
deux CRS ne débarquent pour lui dire d’arrêter !
- Tu as été la seule arrêtée et ensuite, tu as été
relâchée ?
- Oui, la seule. J’ai quand même fait 19 heures de
garde à vue dans deux commissariats différents. Ils
m’ont fait chier pour avoir les médicaments dont j’ai
besoin et n’ont pas voulu me filer à manger alors que
j’avais le fric pour. Ils m’ont libérée avant la 20e
heure vu qu’après je peux appeler un avocat. Je n’ai
rien signé, pas de convocation. Des amis m’ont dit que
ce serait sans suite... tu parles ! Le lendemain, j’ai
été confrontée au mec de l’agence qui m’a
"formellement" reconnue ( c’est pas dur, j’ai les
cheveux rouges !) et a déposé une plainte contre moi.
Les autres leur avaient échappé, donc j’étais la seule
qu’ils tenaient. Mais ils en ont profité pour
m’accuser de dégradation "en réunion", ce qui aggrave
mon cas. J’ai reçu la convocation au tribunal courant
octobre. Après plusieurs reports, l’histoire est
passée au tribunal le 8 mars dernier, la journée des
femmes... Il y avait une quarantaine de personnes en
soutien, c’était pas mal, même si, comme d’habitude,
ils font ça dans une petite salle pour éviter que les
soutiens ne puissent tous pénétrer...
- Qu’est-ce que tu as plaidé ?
- Mon avocate m’a conseillée de dire que je
participais à l’action car trois personnes m’ont
formellement reconnue : les deux larbins de l’agence,
plus un "agent de sécurité" qui traînait par là.
L’agence réclamait 15 000 F de préjudices matériels,
40 000 F de préjudices financiers, parce que pendant 2
jours, ils ont fermé l’agence... comme par hasard ! En
plus, ils avaient déjà été remboursés par leur
assurance pour la perte de bénéfices. Par contre, j’ai
eu dans la pomme 3 000 F d’amende au pénal et encore 3
000 F pour les frais de justice. Finalement, en tout,
je suis sommée de payer 31 000 F en sachant qu’ils
demandaient beaucoup plus.
- Comment s’est enclenché le soutien, en particulier
des autres membres du CAE ?
- Comme j’avais soutenu que je ne les connaissais pas,
ils m’ont dit que c’était peut-être mieux
officiellement de faire appel à la Fédération
Anarchiste (F.A.), ce qui n’était pas vraiment une
bonne idée.
- Pourquoi ?
- Parce que la F.A. n’aime pas trop ce genre
d’actions. Pour eux a priori, ce n’était pas un acte
militant et j’avais qu’à me débrouiller toute seule...
Alors une personne du CAE a proposé de constituer un
comité de soutien assez large (CAE, F.A., C.N.T.,
O.C.L., Scalp-Reflex, AC!, CGT Salpétrière, ...). Au
procès, il y avait même Gaillot qui disait être envoyé
par Droits Devant ! alors que je ne le savais pas, je
me sentais un peu mal... Et je suis retournée aux
réunions du CAE, même si des gens de la F.A. m’ont dit
que j’allais trop loin après cette histoire. Les
bibliothèques, les livres, les journaux, c’est bien,
mais faut l’appliquer dans la réalité des fois, non ?
Les rendez-vous à Roissy 1, c’est pas le bout du
monde, mais si on peut éviter des expulsions, même que
3 ou 4 par jour, c’est important et il faut continuer
à y être. Et ça commence à être efficace puisque la
Police de l’Air et des Frontières (PAF) nous a dit
qu’elle en avait marre et qu’on ferait bien d’aller
voir à Orly si elle y était... donc, on continue.
- Qu’est-ce qui gêne certains militants de la F.A.
là-dedans ?
- Pas les luttes contre les expulsions mais les
actions qu’ils jugent trop violentes et illégales !!
Mais on peut pas faire des actions "gentilles". Alors
certains m’ont dit que les anarchistes étaient non
violents, ça m’a surprise mais bon... On a qu’à tous
devenir écolos pacifistes, alors !
- Comment s’organise le soutien pour t’aider à payer
l’amende ?
- Je crois que l’info circule déjà pas mal sur
internet. L’idée est d’appeler à des "dons" (on ne
peut pas dire que c’est pour payer une amende) à
déposer sur le compte du Claaaaaash, le groupe de la
F.A. du 11e arrondissement de Paris. Je crois aussi
que le Scalp a proposé de faire un concert de soutien
en septembre ou octobre prochain pour récolter un peu
d’argent. C’est bien tout ça, parce que je suis aux
Assedics quand même !
- Qu’est-ce que tu tires de toute cette histoire ?
- C’est intéressant de voir les réactions de soutien
de ci, de là, voir comment les gens et les
organisations réagissent. Ca me fait réfléchir aussi
personnellement sur les gens avec qui j’ai envie de
faire des trucs...C’est aussi intéressant de voir que
des luttes sont moins à la mode que d’autres à
certains moments... En ce moment, les sans-papiers,
c’est pas le top !
- Justement, qu’est-ce que tu penses du mouvement (si
on peut parler de mouvement...) des sans-papiers
aujourd’hui ?
- Je pense que les formes de luttes sont limitées. Je
ne vois pas ce qu’on peut faire de plus pour le moment
que d’aller emmerder les collabos de l’Etat et tenter
d’empêcher des expulsions. Je crois que le mouvement
se médiatise au fur et à mesure (Libé 2, France 2,
plusieurs émissions sur France Culture...).
- Tu crois que cela sert la lutte ?
- Je crois que oui, un peu, sinon, tout passe
inaperçu. Et puis, il y a pas mal de procès, les gens
commencent à s’essouffler. Je sais qu’il y a des gens
qui ne veulent pas des médias, mais ils ne proposent
rien à la place. Pas d’actions "violentes", pas de
médias..., mais on fait quoi alors ? On peut pas
rester toujours sans bouger, non ?
- Mais à ton avis, qu’est-ce qui les intéresse les
médias pour qu’ils se ramènent à un moment comme ça ?
- C’est parce que le CAE fait quelques vagues, que des
gens se font repérer par la PAF. Nous on lutte à la
fois pour la liberté de circulation, l’ouverture des
frontières et contre le capitalisme. Le fait que des
sans-papiers soient obligés de travailler au noir pour
ne pas crever de faim, que des groupes privés fassent
du blé sur leur dos et avec leur expulsion, tout ça
fait marcher le capitalisme. Et c’est la précarité
imposée à plein de gens qui fait aussi qu’ils ferment
leur gueule. L’exemple de la construction du grand
stade, c’est 500 sans-papiers qui ont été embauchés et
régularisés pour 6 mois, et ensuite, hop on les
"relâche", à dégager. Pour revenir sur les médias, on
est très méfiants par rapport à la télé, ils sont
vraiment pourris. France Culture (radio d’Etat,
NDLR...), c’est quand même pas tout à fait la même
chose.
- Ca me rappelle l’action sur le toit de l’hôtel Ibis.
On était que des gens "avec papiers". Quand les
journaleux de la télé (France 3 je crois) sont
arrivés, il y avait quelque chose qui n’allait pas.
Des copains qui étaient restés en bas se sont
renseignés : on leur a dit que ce n’était pas
"télégéniques" parce qu’il n’y avait pas de blacks sur
le toit et que les gens n’allaient pas comprendre ces
images sensées montrer une action pour les
sans-papiers... ça donne une idée du niveau de
connerie.
- Oui, et puis je crois qu’il y a aussi un effet de
surenchère. Si tel ou tel média est intervenu, alors
les autres vont se sentir en décalage et vont venir
faire leur petit reportage...
- En plus, je pense que la présence des médias n’est
pas une
"assurance" pour éviter une répression trop dure. La
preuve, c’est que depuis quelques mois, il y a plus de
médias sur le coup, mais en parallèle, la répression
n’a jamais été aussi forte (cf Lille, la fac de St
Denis,...) et les expulsions aussi nombreuses...
- Oui, c’est vrai. Je voulais dire aussi qu’il y a eu
une action mercredi au siège des Aéroports de Paris,
boulevard Raspail. On était quand même une
cinquantaine. Dans ces bureaux, ce sont des cadres de
haut niveau. Et on a eu droit au discours habituel :
"Mais nous on ne peut rien faire... blablabla", ça
nous a fait rire. L’idée était encore une fois de
demander l’établissement d’une clause de conscience
pour tous les salariés qui s’opposeraient aux
expulsions 3. Quand on est à Roissy, on voit bien
qu’il y a des agents qui se foutent des expulsions et
d’autres qui sont prêts à nous aider concrètement ou
en nous filant des infos. Il y a des personnels de
nettoyage qui nous parlent aussi. Il est arrivé qu’une
femme travaillant à Roissy commence à nous parler dans
le RER de l’horreur qu’elle vit quand elle voit les
sans-papiers traînés par terre pour être expulsés et
qu’elle ne peut rien faire. Cette femme n’aurait
jamais osé nous parler directement à Roissy même,
c’est dire la pression permanente exercée sur les
gens.
Propos recueillis par Borbala, le 30 mars 2000
NOTES :
1 Depuis 1998, les membres du CAE et d’autres
interviennent régulièrement sur les aéroports, dont
Roissy, pour "s’opposer" aux expulsions. Ils informent
les passagers et le personnel qu’un expulsé se trouve
dans l’avion qu’ils prennent. Ces derniers peuvent
alors s’opposer à sa présence à bord, ce qui conduit à
sa non-expulsion.
2 Voir par exemple Libération du 28/2/00, p16. A
l’inverse de Marie-Athée, nous pensons que les
journalistes sont toujours les malvenus sur quelque
action que ce soit et qu’il faut les en virer. Dans
cet article de Libé, d’ailleurs, il n’était nullement
question des objectifs du CAE (carte de 10 ans pour
tous, fermeture des centres de rétention,...) mais
uniquement de bonnes âmes pas résignées ! Quel intérêt
? (NDLR)
3 Cette clause s’applique-t-elle aussi au PDG d’Air
France ? Le 16 février, les militants du CAE ont en
effet diffusé devant le domicile de ce dernier un
tract précisant "nous sommes venus interpeller
Monsieur Spinetta aujourd’hui, désireux de lui faire
prendre conscience de ses responsabilités, lorsqu’il
choisit de collaborer avec le Ministère de
l’Intérieur...". Et le même tract de préciser ensuite
à propos des violences liées aux expulsions : "La peur
a remplacé la conscience citoyenne" et "nous sommes
pourtant dans un état de droit". Récemment, le CAE a
signé un tract avec le PC, les Verts et le SNJ
(syndicat national des journalistes)...
Pour le soutien à Marie-Athée...
Claaaaaash c/o Publico, 145 rue Amelot 75 011 Paris
Numéro de compte pour les dépôts en liquide : RIP n°
8999 45 G PARIS.
Pour les chèques : les adresser au nom du "
Claaaaaash" en précisant "soutien Marie-Athée".
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