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(fr) UCL-Saguenay - Anarchisme et patrimoine: Pour le développement de l'esprit critique par rapport à "l'histoire"

Date Fri, 26 Oct 2018 21:57:19 +0100


Les anarchistes ne sont pas muets et muettes dans les contestations souhaitant le retrait des monuments glorifiant des personnages colonialistes et racistes dans plusieurs pays dans le monde et ici même au Canada. Ces contestations font bien sur débat et pour en faire des hommes de paille, certaines prises de position libertaires sont parfois dépeintes sans leurs nuances. Le projet social et politique des anarchistes est bien souvent associé à l'idée de «faire table rase» sur le vieux monde et l'ordre établi; un cliché qui réduit la philosophie et la praxis libertaire à quelques vagues slogans. La question est plus complexe. Au sujet de la contestation sur les monuments, en commentaire d'un article republié, un membre du Collectif Emma Goldman notait récemment: «Au-delà de deux conceptions de l'histoire qui s'affrontent (l'une des "grands hommes" et l'autre populaire), il y a d'un côté 50 nuances de tentatives de réhabilitation des fondements d'un nationalisme à l'esprit étroit et de l'autre des luttes populaires bien vivantes pour changer la société et détruire les systèmes de domination. Il ne s'agit pas nécessairement d'enlever toute trace de présence de ces grandes figures du colonialisme dans l'espace public, mais minimalement d'enlever toutes ces traces qui hier les glorifiaient et si monuments il faut, en faire des symboles de ce qu'ils ont objectivement été». Une question mérite d'être creusée encore davantage: est-ce que les anarchistes sont contre le patrimoine? ---- Tout d'abord, si l'on jette un regard étymologique et historique sur le terme patrimoine, on observe que celui-ci se réfère à l'«ensemble des biens, des droits hérités du père» et pourrait être opposé selon certaines sources anciennes à une sorte de matrimoine (matremoingne en vieux français). Le terme a souvent fait référence aux biens de l'Église et est en somme très attaché au système patriarcal. Nous pouvons très bien croiser cette définition au traitement qui est souvent fait de l'histoire, avec la mise en avant de grands personnages «nationaux», masculins, blancs et souvent riches, et noter comment ces visions imagent bien les mécanismes de reproduction de systèmes de domination. L'histoire des «vainqueurs» s'oppose ici aux récits des dominé-e-s et participe ici à faire oublier ces derniers.

Si l'on en restait à ces considérations, les anarchistes seraient hors de tout doute opposé-e-s à la notion de patrimoine. Or, il ne suffit pas de longues recherches pour observer que le terme est repris dans de nombreux textes et ouvrages anarchistes. Le Collectif anarchiste Emma Goldman s'est également porté plusieurs fois à la défense (avec des projections de films, ateliers publics et divers autres événements) de bâtiments patrimoniaux dans les quartiers populaires de Chicoutimi. En fait, ce n'est pas du tout contradictoire. Contre l'histoire et le patrimoine des «vainqueurs», une contre-histoire qui tient compte des récits et de la vie des vaincus doit être racontée. Cette contre-histoire (ou histoire populaire) ne peut être réduite à une tentative de faire oublier la marque sanglante des «grands personnages nationaux» dans l'histoire. Il s'agit plutôt de construire une vision critique de ces marques et surtout de contester à travers cela des rapports de domination qui sont souvent décrits comme naturels et ahistoriques. Le terme patrimoine serait peut-être à remplacer pour des raisons étymologiques, mais lorsque les libertaires l'utilisent, il fait souvent référence à des traditions de lutte et de militantisme.

Ces jours-ci, il y a eu à Chicoutimi, un vote à l'unanimité par les élus de Saguenay pour faire démolir la Maison Bossé, une maison construite il y a plus de 150 ans et qui tire son nom du notaire Ovide Bossé. Outre la question de l'embourgeoisement du centre-ville et de la dépersonnalisation des quartiers populaires, il y a certes, d'un point de vue anarchiste, un intérêt à préserver cette maison. Préserver, non pas pour glorifier sans aucun esprit critique un personnage notable, mais pour raconter les mécanismes de domination de l'élite locale à cette époque et leur exploitation du monde ordinaire. À noter qu'un rassemblement de protestation contre la démolition est prévu ce dimanche (https://www.facebook.com/events/1173209979499350/).

Alain Gilbert
https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/10/anarchisme-et-patrimoine-pour-le.html
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