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(fr) CGA Un Autre Future - Le syndicalisme au service du politique: Mélenchon veut marquer le point

Date Thu, 12 Apr 2018 23:29:00 +0100


À lire sur Rapports de force: ---- Jean-Luc Mélenchon réunit syndicalistes et associations autour de
lui à Marseille pour une manifestation «anti-Macron» le 14 avril, en attendant de reproduire
nationalement l'initiative. En reprenant la main, il se positionne comme l'alternative politique de
remplacement à un gouvernement jugé fragile, quitte à donner pour fonction au syndicalisme de se
mettre au service de son dessein politique. Déjà, lors des mobilisations contre les ordonnances de
la loi travail, il vilipendait le dogme de l'indépendance syndicale en s'attaquant à la Charte
d'Amiens, dépassée selon lui. ---- À l'automne dernier, Jean-Luc Mélenchon, en déplacement à
Athènes, a violemment tempêté contre les organisations syndicales dans le cadre des lois dites
Macron. Au coeur du problème, comme il l'a expliqué ensuite sur son blog, «le dogme du mouvement
social indépendant de la politique», qui aurait selon ses mots «montré sa limite». Pour le tribun
désormais marseillais, à cause de cette division, Emmanuel Macron aurait tout simplement remporté la
bataille. Il affirme depuis lors l'impérieuse nécessité d'une «jonction» entre les partis
politiques, les syndicats et les associations, dans le but d'opposer la force la plus unitaire
possible face aux offensives néolibérales.

Cette sortie médiatique de Jean-Luc Mélenchon a fait resurgir un débat historique sur le lien
unissant partis et syndicats. Pour les uns, les syndicats ne doivent être que des courroies de
transmission pour le parti, seul à même d'assurer politiquement la représentation du peuple et des
travailleurs. Pour d'autres, l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs
eux-mêmes, se référant à la devise de la première internationale ouvrière dont le syndicalisme tire
ses origines. Une vision laissant peu de place au rôle de représentation politique des partis. En
France, le syndicalisme, en particulier révolutionnaire apparaît comme un mouvement autonome porteur
d'un projet spécifique de transformation sociale. L'historien David Rappe en résume les principales
caractéristiques: «Anticapitalisme, antiétatisme, projet social révolutionnaire, grève générale et
autonomie par rapport à toutes formes de représentation politique comme moyen d'y parvenir».

Chartes d'Amiens: un texte de compromis

Cette question de l'indépendance des syndicats vis-à-vis des partis a été mise à l'ordre du jour du
neuvième congrès de la CGT à Amiens en 1906. Elle a été tranchée par un vote très majoritaire des
délégués en faveur de la motion portée par les anarchistes et ralliée par diverses tendances
socialistes. Depuis lors, au moins théoriquement, le syndicalisme n'entretient aucun rapport avec
les partis politiques. Il faut bien entendu relativiser l'influence de cette stricte
séparation. Dans les faits, au cours des décennies suivantes, la CGT a longtemps été inféodée au PCF
et la CFDT entretient encore aujourd'hui des liens troubles avec le PS. Par ailleurs, les réponses
faites à Jean-Luc Mélenchon par toutes les grandes centrales syndicales visaient, en quelque sorte,
à empêcher l'élu des Bouches-du-Rhône de braconner sur leurs terres. Une forme de division de
travail: aux partis politiques la politique, aux syndicats la défense des revendications des
travailleurs.

Comme le constatait David Rappe en 2006: «le poids du PCF sur le mouvement ouvrier en général et sur
la CGT en particulier, était aussi le reflet de l'abandon tout au cours du siècle du principe
d'autonomie ouvrière et la mise en place d'une division des rôles entre syndicats et partis.»
Pourtant, à observer de près la Charte d'Amiens, dont se réclament encore la plupart des
organisations syndicales, la CGT d'alors souhaitait opérer sur deux fronts en même temps. Celui des
revendications immédiates, mais aussi celui, plus profond, de la transformation de la société. Un
objectif depuis perdu de vue, excepté dans les textes de la CNT ou de Solidaires.

Jean-Luc Mélenchon, un socialiste moins jauressien que guesdiste

Dans ce débat renouvelé, Jean-Luc Mélenchon partage un certain nombre de points communs avec un de
ses grands prédécesseurs: Jules Guesde. Ce nom est désormais peu familier du peuple de gauche, mais
Guesde a été une figure majeure du premier socialisme français. Comme Mélenchon, Guesde était un
grand orateur, un polémiste virulent, un habile propagandiste plutôt qu'un théoricien. «Il y a une
volonté d'efficacité chez Jules Guesde et ce qui marche à l'époque c'est le modèle allemand»,
précise l'historien Jean-Numa Ducange, auteur d'une biographie sur le créateur du premier parti
socialiste français. Autrement dit, un parti fort et influent qui entend fédérer, sous sa bannière,
toutes les forces opposées au système capitaliste. De là, pour Guesde, «la question syndicale en
tant que telle devient secondaire», ce qui prime étant l'hégémonie à gauche.

De ce fait, guesdistes et syndicalistes se sont souvent opposés. «Dans le Nord, fief historique de
J. Guesde, il s'affronte aux dirigeants de la CGT. Cela peut être violent», rappelle Jean-Numa
Ducange. Un degré d'hostilité qu'on peut mesurer en feuilletant un ouvrage d'Émile Pouget intitulé
Variations guesdistes. Il y recense les évolutions doctrinales des socialistes qu'il qualifie
d'autoritaires. Pour celui qui fut l'un des principaux rédacteurs de la Charte d'Amiens, Guesde
«avant de devenir le Saint-Paul du marxisme[...]a coqueté avec les anarchistes». Depuis, selon
l'auteur du Père Peinard, il serait devenu un simple «opportunard» obsédé par les joutes
parlementaires et les résultats électoraux: «La folie de gouverner les tourneboule et leur horizon
se limite aux quatre murs de la chambre des députés».

Jean-Luc Mélenchon revendique souvent son appartenance au socialisme. Cependant, il s'inscrit
davantage, comme tous les socialistes, dans la droite ligne de Jean Jaurès. À tel point d'ailleurs
qu'il a longtemps cherché à s'asseoir dans le même siège que le député tarnais à l'Assemblée
nationale. Néanmoins, à aucun moment, il n'associe son image à celle de Jules Guesde pourtant
cofondateur du même parti socialiste. Les points de convergence sont pourtant nombreux: une certaine
fermeté doctrinale, des idées simples d'une grande efficacité, la présence de propagandistes doués
(François Ruffin, Alexis Corbière), la volonté d'unifier toutes les tendances dans un parti
structuré dont il assurerait la direction.

La raison en est simple. «Jules Guesde est désormais perçu comme une figure négative de l'histoire
de la gauche.», énonce l'historien. Son positionnement dans l'affaire Dreyfus et son ralliement à
l'Union Sacrée en 1914 ont achevé de le placer dans le camp du dogmatisme forcené voire du complet
retournage de veste. Des épithètes qu'il est aujourd'hui difficile de faire siennes. Reste que
pendant longtemps, comme le souligne Jean-Numa Ducange, «Guesde pense que son courant va
triompher». Sans doute encore un point commun entre Jean-Luc Mélenchon et lui.

originalement sur Rapports de Force:
https://rapportsdeforce.fr/politique/le-syndicalisme-au-service-du-politique-melenchon-veut-marquer-le-point-04081759

http://unautrefutur.org/le-syndicalisme-au-service-du-politique-melenchon-veut-marquer-le-point/
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