A - I n f o s

Une agence d'actualités par pour et au sujet des anars ** .
Informations dans toutes les langues
Les 30 derniers messages (accueil) Messages des deux dernières semaines Nos archives des anciens messages

Les 100 derniers messages selon la langue
Castellano_ Català_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ _The.Supplement

Premières lignes des dix derniers messages
Greek_ Chinese_ Castellano_ Català_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe
Premières lignes des dix derniers messages
Premières lignes des messages des dernières 24 heures

Premières lignes des messages des dernière last 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018

(fr) UCL-Saguenay - la méritocratie, élément idéologique du capitalisme

Date Wed, 11 Apr 2018 17:12:56 +0100


Nous republions le texte suivant publié par un collectif anticapitaliste de France (Servir le Peuple
- Gironde) pour sa critique de l'idéologie du mérite. Il n'y a pas que Lucien Bouchard pour nous
traiter de bande de paresseux, l'idéologie du mérite se fait écrasante pour la majorité
exploitée. "S'il est riche, ça doit bien être parce qu'il a travaillé pour" ou bien "tu dois bien
n'être qu'un jaloux pour critiquer ses privilèges". Dans ce texte, des militants et militantes
dénoncent cette aliénation de manière argumentée. ---- Lu sur Paris-luttes.info: Depuis le passage
du féodalisme au capitalisme dans la plupart des pays impérialistes à partir de la fin du 18e
siècle, le capitalisme n'a eu de cesse d'être critiqué. À ces critiques, les défenseurs du système
capitaliste ont répondu par la production d'une idéologie: la méritocratie. ---- Ce texte se veut
une brève analyse de ce qu'est la méritocratie et des raisons pour lesquelles il s'agit d'une
escroquerie intellectuelle visant à légitimer les inégalités découlant du capitalisme.

Le capitalisme est un modèle économique, un mode d'organisation de la société, basé sur la propriété
privée des moyens de production et la recherche du profit.

C'est ce modèle économique qui est actuellement en vigueur en France mais aussi dans l'immense
majorité des pays du Monde. En ce sens, le capitalisme n'est pas une simple théorie économique mais
bien une réalité matérielle.

Depuis son développement, partout à travers le Monde, à partir de la chute des régimes féodaux en
Europe au 18e siècle, le capitalisme n'a eu de cesse d'être critiqué, contesté et combattu par un
ensemble de mouvements plus ou moins révolutionnaires.

Face à ces critiques, portant pour la plupart sur les rapports de production et sur l'appropriation
par la bourgeoisie de la plus-value produite par les travailleurs, la classe capitaliste a du
trouver des arguments afin de légitimer et pérenniser le système capitaliste. Par la production
d'une idéologie du mérite défendant le capitalisme, la bourgeoisie a permis au système capitaliste
de ne plus seulement être un état de fait, mais également d'apparaître aux yeux de beaucoup comme un
système juste et légitime. Ainsi, la production de l'idéologie du mérite, basée sur la réalité
matérielle du système capitaliste et ayant pour objectif de pérenniser cette réalité matérielle
constitue un saut qualitatif, faisant passer le capitalisme d'un simple système économique à un
système économique se fondant sur une idéologie et pouvant apparaître de fait comme juste.

Pourtant, il s'agit là d'une escroquerie intellectuelle car ce n'est pas le capitalisme qui est
fondé sur l'idéologie du mérite, mais bien l'idéologie du mérite qui est fondée sur le capitalisme.

La méritocratie consiste en le fait de considérer que le pouvoir et la richesse s'acquièrent par le
mérite et qu'il est juste que les personnes les plus méritantes soient celles qui aient le plus de
pouvoir. Dans une société basée sur la méritocratie, les critères permettant de déterminer qui est
méritant et qui ne l'est pas sont subjectifs. Néanmoins, les critères qui reviennent le plus souvent
sont la quantité de travail et d'efforts fournis pour arriver à un but, l'intelligence ou encore la
prise de risques.

En ce sens, l'idéologie du mérite ne se base en aucun cas sur une analyse de l'organisation de la
production ni sur des réalités matérielles mais uniquement sur des données subjectives. Cependant,
pour produire ses effets, l'idéologie du mérite a besoin d'une situation pré-existante, à savoir
l'existence du système capitaliste.

La méritocratie a pour corollaire les principes de liberté individuelle et de responsabilité
individuelle. Ces deux principes, lorsqu'ils sont couplés au concept de méritocratie reviennent à
considérer qu'une société est composée d'un ensemble d'individus libres et égaux, ayant les mêmes
chances de réussir et d'échouer. Ainsi, dès lors qu'on considère tous les individus comme libres et
égaux, avec les mêmes chances de réussir et d'échouer, dès lors qu'on considère la réussite, la
richesse et le pouvoir comme des éléments résultant du mérite, il devient facile de trouver des
justifications à tout ce qui paraît injuste aux personnes n'ayant ni pouvoir ni richesse. L'intérêt
de cette idéologie n'est donc pas que les personnes riches et ayant du pouvoir croient en son
bienfondé, mais bien que les personnes pauvres et en situation de soumission face à un pouvoir
soient persuadées que cette situation est légitime et donc ne se révoltent pas pour changer leur
condition. En un mot, l'idéologie du mérite est profondément contre-révolutionnaire.

Cependant, affirmer le caractère contre-révolutionnaire de l'idéologie du mérite ne constitue pas
une critique suffisante. En effet, afin de démontrer pourquoi l'idéologie du mérite est un leurre,
une arnaque intellectuelle, il faut analyser les mécanismes par lesquels l'idéologie du mérite
transforme les oeuvres collectives en oeuvres individuelles.

Prenons l'exemple d'une entreprise produisant des vêtements en coton. En terme d'effectifs, celle-ci
sera constituée d'une part d'un patron, détenteur du capital et des moyens de production et d'autre
part de salariés, vendant leur force de travail et utilisant les moyens de production appartenant au
patron dans le but final de créer des marchandises, censées rapporter de la plus value.

Si cette entreprise se porte bien, si les méthodes d'organisation de la production lui permettent
effectivement de créer une sur-valeur sur la base du travail des salariés, mais que ces derniers
estiment injuste que la sur-valeur soit captée par le patron, détenteur du capital, c'est alors
qu'interviendra l'idéologie du mérite, consistant à affirmer dans la situation présente que c'est le
patron qui mérite de capter la sur-valeur. Pour étayer cette thèse, les partisans de l'idéologie du
mérite invoqueront alors tout un tas de données purement subjectives et dogmatiques comme le fait
que le patron a «beaucoup travaillé» pour créer son entreprise ou encore qu'il a «pris des risques»
et que ça a payé.

Pourtant, le processus ayant conduit à la production d'une sur-valeur captée par le patron est un
processus collectif et non individuel, il a fallu que des paysans produisent et récoltent le coton,
que des transformateurs le transforment en coton à filer, que des transporteurs l'acheminent à
l'usine, que des manutentionnaires le déchargent, chacune de ces activités nécessitant un savoir
faire particulier que le patron n'a pas et qui découle d'un ensemble d'éléments historiques ayant
conduit au développement de celui-ci. De même, le patron a du se procurer des machines et une usine,
toutes deux construites par des personnes qualifiées et imaginées par d'autres personnes
qualifiées. Enfin, le travail de tissage et d'assemblage amenant concrètement à la production de
vêtements a été effectué par les ouvriers, salariés du patron. Le patron lui, a tout au plus
effectué un travail d'encadrement de la production, si tant est qu'il n'ait pas délégué celui-ci à
un salarié.  La méritocratie, ou l'individualisation de l'oeuvre collective Ainsi, la captation
individuelle par le patron de la sur-valeur produite par les travailleurs, fruit d'un travail
collectif et d'un contexte particulier, lui même fruit d'un ensemble d'oeuvres collectives, consiste
en une individualisation de l'oeuvre collective. Cette individualisation de l'oeuvre collective
découle de la méritocratie, élément idéologique du capitalisme.

L'inégalité entre le patron et les travailleurs ne découle donc pas d'une prétendue inégalité de
mérite mais bien d'un rôle différent dans la production déterminé principalement par la détention
d'un capital. Privé de son élément idéologique qu'est la méritocratie, le capitalisme n'a donc plus
de raison légitime d'exister, il peut ainsi apparaître au grand jour comme un système injuste devant
être combattu.

Quant aux arguments relatifs à la quantité de travail fournie ou encore à la prise de risque, ils ne
prennent en compte que le travail et les risques fournis par le patron, car si la sur-valeur découle
en partie du travail du patron, elle découle surtout du travail de l'ensemble des maillons de la
chaine de production. Pour ce qui est de la prise de risque, cet argument est nul et non avenu tant
les risques pris par le patron sont infimes si on les compare à ceux pris par les
travailleurs. Certes, le patron peut, par une mauvaise gestion de son entreprise, perdre de l'argent
et se retrouver précaire, l'obligeant ainsi à vendre sa force de travail pour vivre, comme ses
anciens salariés le faisaient, mais les salariés, eux, en plus du risque de perdre leur emploi,
prennent celui d'avoir un accident du travail, qui font plus de 2 millions de morts et des centaines
de millions de blessés chaque année à travers le Monde.

Servir le Peuple - Gironde (France)
Publié par Collectif Emma Goldman

http://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/04/la-meritocratie-element-ideologique-du.html
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe http://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr