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(fr) France, Alternative Libertaire AL #273 - entretien, Violaine Girard (sociologue): «Dans le périurbain, des élus veulent préserver un entre-soi des ménages populaires blancs» (en, it, pt)

Date Tue, 20 Jun 2017 06:40:36 +0300


Violaine Girard, sociologue qui enseigne à Rouen, est l'auteure de Le Vote FN au village. À partir d'une enquête menée dans le périurbain, elle décrit les trajectoires de salarié.es d'un parc industriel et cherche à comprendre les rapports à la politique. ---- Alternative libertaire: Le périurbain est devenu un objet médiatique à part entière. Peut-on en donner une définition? ---- Violaine Girard: Le périurbain est d'abord une catégorie de l'Insee qui vise à mesurer l'extension des zones urbanisées autour des agglomérations, à partir du nombre d'actifs et actives qui vivent dans le périurbain tout en allant travailler dans les villes voisines. Ce qui m'a intéressée, en tant que sociologue, c'est que le périurbain, après avoir longtemps été associé aux classes moyennes installées en maison individuelle, est devenu durant les années 2000 l'incarnation des ménages populaires blancs qui fuiraient les cités, qui seraient relégués à distance des villes et qui seraient acquis au FN.

De quel ordre est l'écart entre cette image et ce que montre une analyse qualitative?

Violaine Girard: Cette représentation correspond à une part seulement de la réalité sociale, puisqu'il est vrai que, lorsqu'ils parviennent à devenir propriétaires de pavillons, les ménages des classes populaires sont souvent contraints de s'installer à la périphérie des agglomérations, là où le foncier est peu cher, et non dans les centres-villes. Mais ce type de représentation demeure partiel.

Il faut en effet aller contre l'idée reçue selon laquelle le développement du périurbain répondrait à la seule volonté des ménages qui fuient les banlieues. Leurs «choix» résidentiels ou aspirations sont en effet plus souvent postulés que connus, puisqu'on présente comme une évidence leur souhait de quitter les banlieues et leurs «problèmes». Or, si l'on revient un peu en arrière, dans les années 1970, on s'aperçoit que ces trajectoires résidentielles sont encadrées par toute une série de décisions politiques, qui ont fortement pesé sur le développement du périurbain.

L'enquête de terrain montre aussi que la plupart des ménages qui s'installent dans le périurbain ont avant tout cherché une plus grande stabilité en devenant propriétaire ou bien ont souhaité vivre dans des logements plus confortables. Bien sur, leurs parcours résidentiels sont soumis à de fortes contraintes financières, mais ils sont nombreux à bénéficier des aides d'état à l'accession à la propriété.

On ne peut donc pas dire qu'ils seraient complètement délaissés par les pouvoirs publics. Par ailleurs, le périurbain constitue aujourd'hui un type d'espace qui accueille des emplois industriels ou de service: c'est le cas dans les zones d'activité qui bordent les autoroutes à la périphérie des grandes villes. Même si ce mouvement ne touche pas toutes les couronnes périurbaines, des entreprises s'implantent depuis les années 1990 dans le périurbain. Ces emplois d'ouvriers, d'ouvrières et d'employé.es attirent alors des ménages populaires qui viennent vivre à proximité de leurs lieux de travail.

Avez-vous analysé la stratégie du FN vis-à-vis de ces populations? Pourquoi l'extrême gauche peine-t-elle à y trouver de l'audience?

Violaine Girard: J'ai enquêté dans un territoire au sein duquel il n'y a pas, à ma connaissance, d'activité revendiquée publiquement par un groupe affilié au FN. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'adhérents ou d'adhérentes, mais en tous les cas, il n'y a pas de structure liée à ce parti qui soit visible localement.

Malgré cela, de nombreux électeurs et électrices se tournent vers le FN lors de différents scrutins. Comment l'expliquer, sachant par ailleurs que ce territoire connaît une dynamique d'emploi positive depuis les années 1980? Je suis repartie des archives pour étudier le rôle des élus locaux dans cette vallée.

Dans les années 1970, un élu proche de Giscard d'Estaing a lancé l'aménagement d'une nouvelle zone d'activité industrielle en promettant aux chefs d'entreprise un «excellent climat social», selon les termes employés à l'époque. Cette zone compte aujourd'hui 4 000 emplois environ, dans la logistique, l'agroalimentaire, la chimie principalement, avec un fort éclatement de l'emploi entre une centaine d'employeurs différents.

Avec le développement de cette zone, il s'agissait de contourner les établissements industriels plus anciens où il existait des structures syndicales, comme l'ont montré deux chercheurs pour le cas d'une autre zone[1], et de façonner l'image de salarié.es non revendicatifs car accédant à la propriété.

L'existence de ces stratégies, portées par les élus locaux en soutien aux milieux patronaux, est peu souvent évoquée dans les explications du vote. Et pourtant, même si cela n'a pas d'effets mécaniques, l'affaiblissement des structures syndicales et ­l'éclatement des collectifs de travail joue un rôle dans le rapport à la politique des salarié.es. Cela nourrit un désintérêt par ailleurs croissant envers la politique institutionnelle et entretient ­l'idée qu'il n'est pas possible de faire changer les choses.

Un grand nombre des salarié.es populaires que j'ai rencontré.es sont sceptiques quant aux effets concrets des mesures économiques. La défiance à l'égard des principaux responsables politiques est une attitude très largement partagée parmi eux et elles. Cela se traduit ensuite de diverses façons lors des scrutins: une bonne part des salarié.es des classes populaire s'abstient plus ou moins fréquemment, une part vote de façon plus ou moins constante pour les candidats des partis de gauche ou de droite classiques, enfin une part vote Front national.

D'après les chiffres disponibles, si l'on prend en compte la non-inscription et l'abstention, c'est aujourd'hui environ un ouvrier ou une ouvrière sur sept qui vote FN en France[2]. Et bien sur, d'autres catégories sociales, comme les indépendants ou les cadres, alimentent elles aussi les résultats du FN.

Vous parlez de stratégies de contrôle du peuplement de la part des collectivités locales, de quoi s'agit-il?

Violaine Girard: Depuis les années 1970, les choix faits en matière de politique du logement au niveau national ont contribué à creuser les écarts entre ceux des ménages qui peuvent accéder à l'emploi stable et devenir propriétaires, et ceux qui sont à l'inverse soumis à la précarité ou qui vivent dans le parc de logements sociaux.

Depuis les années 1990, les collectivités territoriales jouent un rôle accru dans la mise en oeuvre concrète, au niveau local, de la politique du logement. Les élus locaux doivent certes suivre certaines directives nationales, mais ce sont eux qui élaborent les programmes à l'échelle locale.

Or il n'existe pas de dispositif venant contraindre les élus des petites communes à construire des logements sociaux. Ceci explique que les espaces périurbains correspondent à la catégorie d'espace où les logements sociaux sont le moins présents: ils n'y concernent que 6,5 % des ménages, contre 20,3 % dans les pôles urbains et 14,6 % en moyenne française.

Dans la commune où j'ai enquêté, les élus tirent parti de cette absence de contraintes juridiques pour réaffirmer leur volonté de tenir à distance les locataires du parc HLM. Dans leurs discours, ils rejettent deux figures sociales, celles des plus précaires, puis celles des ménages racisés, c'est-à-dire assignés à une origine ethnique ou à une appartenance culturelle supposées. Et ces mêmes élus tentent également, de façon plus informelle, de préserver un certain entre-soi des ménages populaires blancs. Pour cela, ils s'attachent à contrôler les informations sur les terrains disponibles à la vente ou sur les logements mis en location, ce qui est possible dans une commune de petite taille où ces informations circulent beaucoup par le bouche à oreille.

Il existe donc, certes pas dans toutes les communes périurbaines mais sans doute dans un certain nombre d'entre elles, des tentatives de contrôle du peuplement de la part d'élus qui peuvent par ailleurs être sans étiquette politique. Cela montre que le vote FN n'est pas la seule manifestation politique de rejet des minorités racisées.

Au-delà des cas de maires FN élus en 2014, un certain nombre d'élus de petites communes peuvent contribuer à la banalisation de ce choix électoral, lorsqu'ils mettent en oeuvre, dans le cadre de leur mandat municipal, des logiques d'exclusion des minorités. Cela contribue sans doute à expliquer que les résultats du FN soient relativement élevés dans certains espaces périurbains alors que le parti n'a pas forcément de structures militantes implantées localement.

Propos recueillis par Fanny (AL Paris-Nord-Est)

[1]Baudouin T., Collin M., Le contournement des forteresses ouvrières: précarité et syndicalisme, Paris, Librairie des Méridiens, 1983.

[2]Lehingue P., «"L'électorat" du Front National. Retour sur deux ou trois "idées reçues"», in Pelletier W. et Mauger G., in Les classes populaires et le FN. Explications de votes, éditions du Croquant, 2017.
http://www.alternativelibertaire.org/?Entretien-avec-Violaine-Girard-Dans-le-periurbain-des-elus-veulent-preserver-un
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France, Alternative Libertaire AL #273 - interview, Violaine Girard (sociologist): "In the peri-urban area, elected officials want to preserve a" entre-soi "of white people's households" (fr, it, pt) [machine translation]


Approved: 1Havalen
Violaine Girard, a sociologist who teaches in Rouen, is the author of Le Vote FN in the village. Based on a periurban survey, it describes the trajectories of employees in an industrial park and seeks to understand relations with politics. ---- Alternative libertarian: The periurban has become a media object in its own right. Can a definition be given ? ---- Violaine Girard: The periurban is first of all a category of INSEE which aims to measure the extent of the urbanized areas around the agglomerations, starting from the number of active and active who live in the periurban while going to work in the cities neighbors. What interested me, as a sociologist, is that the periurban, after having long been associated with the middle classes installed as a single house, became during the 2000s the incarnation of white households fleeing the cities, Which would be relegated away from the cities and acquired by the FN.

What is the difference between this image and what a qualitative analysis shows ?

Violaine Girard: This representation corresponds to only part of the social reality, since it is true that when they manage to become owners of pavilions, households of the popular classes are often forced to settle on the periphery of agglomerations, Where land is cheap, not in the city centers. But this type of representation remains partial.

It is necessary to go against the accepted idea that the development of the periurban would respond only to the will of households fleeing the suburbs. Their residential " choices " or aspirations are in fact more often postulated than they are known, since it is evident that they wish to leave the suburbs and their " problems ". If we go back a little, in the 1970s, we realize that these residential trajectories are framed by a whole series of political decisions, which have heavily weighed on the development of the periurban.

The field survey also shows that most households that settle in the outskirts have, above all, sought greater stability by becoming owners or have wished to live in more comfortable housing. Of course, their residential paths are subject to severe financial constraints, but many of them benefit from State aid to home ownership.

So we can not say that they are completely abandoned by the public authorities. Moreover, the peri-urban area is today a type of space that welcomes industrial or service jobs: this is the case in the zones of activity that border highways on the outskirts of major cities. Although this movement does not affect all peri-urban crowns, companies have been established in the peri-urban areas since the 1990s. These jobs of workers, workers and employees attracted popular households who came to live close to their workplaces.

Have you analyzed the strategy of the FN vis-à-vis these populations ? Why does the extreme left find it difficult to find audience ?

Violaine Girard: I investigated a territory in which there is not, to my knowledge, any activity claimed publicly by a group affiliated to the FN. This does not mean that there are no members, but in any case, there is no structure linked to this party that is visible locally.

Despite this, many voters turn to the FN in different polls. How can we explain this, knowing moreover that this territory has been experiencing positive employment dynamics since the 1980s ? I left the archives to study the role of local elected representatives in this valley.

In the 1970s, an elected official close to Giscard d'Estaing launched the development of a new zone of industrial activity, promising business leaders an " excellent social climate ", as he used it at the time. This area now has about 4,000 jobs, in logistics, agri-food and chemicals mainly, with a strong burst of employment between a hundred different employers.

With the development of this zone, it was a question of circumventing the older industrial establishments where there were trade union structures, as two researchers have shown in the case of another zone [1], and to shape the image Of salaried.es not demanding because acceding to the property.

The existence of these strategies, borne by the local elected representatives in support of the employers' organizations, is not often mentioned in the explanations of the vote. And yet, even if this does not have mechanical effects, the weakening of union structures and the collapse of work collectives plays a role in the relation to the policy of the wage-earners. This fuels a growing lack of interest in institutional politics and maintains that it is not possible to make a difference.

Many of the popular employees I have met are skeptical about the practical effects of economic measures. Mistrust of the main political leaders is a very widely shared attitude among them. This is reflected in a number of ways during the elections: a large proportion of the working classes of the popular classes abstain more or less frequently, one vote more or less constantly for the candidates of the left-wing or right-wing parties, Finally a vote National Front vote.

According to available figures, if one takes into account the non-inclusion and abstention, today is about a worker or a working week that FN vote in France [2]. And of course, other social categories, such as the self-employed or management, also feed the results of the FN.

You are talking about strategies for controlling settlement on the part of local communities, what is it ?

Violaine Girard: Since the 1970s, the choices made in terms of housing policy at the national level have contributed to widening the gaps between those households who can access stable employment and become owners, and those who are the opposite Vulnerable or living in the social housing stock.

Since the 1990s, local and regional authorities have played an increasingly important role in the concrete implementation at local level of housing policy. Local elected officials must follow certain national guidelines, but they are the ones who develop the programs at the local level.

However, there is no mechanism to compel the elected representatives of small municipalities to build social housing. This explains why peri-urban spaces correspond to the category of space where social housing is the least present: only 6.5 % of households , compared with 20.3 % in urban centers and 14.6 % in urban areas . French average.

In the commune where I investigated, elected officials take advantage of this lack of legal constraints to reaffirm their desire to keep the tenants of the HLM park at bay. In their speeches, they reject two social figures, those of the most precarious, then those of racialized households, that is to say, assigned to a supposed ethnic origin or cultural affiliation. And these same politicians are also trying, more informally, to preserve some of the white people's households. To do this, they try to control information on land available for sale or on rented housing, which is possible in a small municipality where this information circulates a lot through word of mouth.

There are, therefore, certainly not all the periurban municipalities, but probably in a certain number of them, attempts to control the settlement of elected representatives, which may otherwise be without political etiquette. This shows that the FN vote is not the only political manifestation of rejection of racialized minorities.

Beyond the cases of FN mayors elected in 2014, a number of elected representatives of small municipalities can contribute to the trivialization of this electoral choice, when they implement, as part of their municipal mandate, Excluding minorities. This may contribute to explaining that the results of the FN are relatively high in some peri-urban areas, whereas the party does not necessarily have locally-based militant structures.

Interview by Fanny (AL Paris-Nord-Est)

[1] Baudouin T., Collin M., The circumvention of workers' fortresses: precariousness and syndicalism, Paris, Librairie des Méridiens, 1983.

[2] Lehingue P., "The Electorate" of the National Front. A return to two or three "received ideas" , in Pelletier W. and Mauger G., in The popular classes and the FN. Explanations of votes, Croquant editions, 2017.

http://www.alternativelibertaire.org/?Entretien-avec-Violaine-Girard-Dans-le-periurbain-des-elus-veulent-preserver-un
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