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(fr) Sortie du Bulletin de Contre-Infos en Cévennes N°12

Date Tue, 26 Jun 2012 11:01:22 +0200


Un nouveau Bulletin de Contre-Infos en Cévennes vient de sortir. Comme les
précédents, ce bulletin se veut être un outil d'informations et d'analyses sur les
questions sociales, de logement, de boulot et de précarité, de contrôle et
répression tous azimuts, de nuisances technologiques, etc. ; sur les luttes d'ici et
d'ailleurs dans lesquelles se tissent parfois complicités, mise en commun des moyens
de survie et perspectives d'émancipation ; sur tout ce qui permet de connaître,
comprendre et s'opposer à ce monde qui produit du décervelage, de la résignation, de
la misère et de la mort, et qui nous est présenté comme la seule voie possible.
C'est un relais local de réflexion et d'infos sur les luttes, qui est fait pour et
par ceux et celles à qui il apparaît nécessaire de réfléchir et d'agir contre cette
société de classes nauséabonde, et de s'organiser en conséquence.

Pour consulter le numéro en ligne ou télécharger le pdf :
http://contreinfo7.internetdown.org/spip.php?rubrique20

Voici le sommaire du numéro 12:

Dossier Exploitation & Précarité
- Crachons dans la soupe, elle est dégueulasse !
- Taxe d'habitation
- Exploités Énervés - Un collectif sur Alès et les Cévennes
- Macha, Roger et Monsieur Serpent
- Des seigneurs à abattre...
- La croisade "anti-fraude" frappe encore les pauvres
- Arrête de nous remonter les bretelles
- Autodéfense des précaires !
- Refusons les équipes pluridisciplianires !!!
- Le travail c'est la crise
- Pourquoi parler de crise ?

Dossier Répression
- De la carotte au bâton
- Kaliméro sous le soleil, c'est quoi au zuste ?
- L'ADN à fond la forme !
- Solidarité face à la Justice et au fichage
- Un "barbare" agressé par le gérant d'un U Express
- Procès antiterroriste à Paris - Faits et petit compte-rendu
- Procès de Chambéry
- Labège : on en est où ?
- A la direction et à la juge d'application des peines

Dossier Développement
- Liberté de l'élevage et des pratiques agricoles
- L'agroarnaque
- Nous nous opposons au projet de Center Parcs dans les Chambarans - La
clé plutôt que la chaîne
- Oublier Fukushima - Textes et documents
- Fukushima Paradise, pour une critique radicale du nucléaire (2005-2011)

Dossier Tunisie
- Tunisie - Quelques réflexions autour des révoltes
- L'UGTT - Ambigüe partenaire du RCD et des luttes de travailleurs - Ennahdha
- La Tunisie en quelques villes

- Mauvaise blague...
- Dans le hall de l'hôpital...
- Ne votez jamais...
- Appel à participation
- Agenda


Edito (en ligne http://contreinfo7.internetdown.org/spip.php?article211)

On le sait bien : d'une élection à l'autre, les dirigeants changent, les
débats prennent différentes teintes, mais la réalité reste la même.
Suffrage universel, multiples partis et programmes, débats politiques
médiatisés, primaires... le spectacle démocratique est en place. Il doit
maintenir la croyance dans ce système, entretenir l'illusion qu'on puisse
être maîtres de notre avenir.

D'un parti à l'autre, l'essentiel est conservé. Les bases du système ne
peuvent jamais être remises en question : exploitation, propriété,
frontières, marchandise, argent, famille... De toute manière, dans
l'exercice du pouvoir, les réalités sociales et les enjeux économiques
induisent les politiques exercées. Le rôle des dirigeants est de gérer
l'existant, pas de le changer, quelles que soient leurs promesses. Aucun
candidat n'est assez stupide pour ignorer ces évidences. Ils postulent
pour bénéficier d'une parcelle, plus ou moins grande, du pouvoir que leur
confère un État moderne, et en tirer les avantages. En tant
qu'administrateurs ou gestionnaires, ils ne peuvent ni n'ont intérêt à en
changer la fonction ou les règles.

Le rôle de l'État est d'abord de préserver le système, d'en assurer la
continuité, que les gouvernements changent ou même les régimes. Le
capitalisme doit perdurer, la classe dominante doit assurer sa position :
l'État est là pour le permettre. Sa fonction est sa raison d'être, elle ne
peut être changée. Il doit soutenir l'économie en proposant un cadre
entrepreneurial compétitif. L'urbanisation du territoire, une recherche de
pointe, des politiques monétaires adaptées, des subventions aux
entreprises ou, bien sûr, la mise à disposition et la formation d'une
main-d'oeuvre rentable (rapport coût/qualification) sont des objectifs
indépassables pour un État moderne. D'un côté, dynamiser le capital
(jusqu'aux guerres pour l'accès aux ressources, à des nouveaux marchés),
de l'autre, administrer la population pour fournir, à mesure, le marché du
travail (éducation, sécurité sociale, etc.) et garantir la paix sociale
(de l'intégration citoyenne à la répression des classes dangereuses).

Les États d'Europe de l'Ouest ont pu se permettre, après la Seconde Guerre
mondiale, de déployer une politique de « redistribution ». En fait, une
politique de relance par la consommation, en vu de booster le marché
intérieur. L'objectif étant de garantir la paix sociale (la bourgeoisie
gardant le souvenir des révolutions au sortir de la Première Guerre
mondiale) tout en garantissant la croissance. Cette période des Trente
glorieuses a vu apparaître l'essentiel des « acquis sociaux ». S'ils ont
été principalement obtenus par des luttes, la classe dominante les a
octroyés pour endiguer la « menace rouge », parce qu'elle en avait les
moyens, que ça ne mettait pas en péril ses intérêts et bénéfices et que ça
s'intégrait à sa politique du New Deal [1].

Aujourd'hui, le contexte a profondément changé. Depuis les années 70, la
croissance n'est plus là. La perte d'influence, relative certes, des
puissances européennes sur leurs anciennes colonies, la hausse du prix des
matières premières, la difficulté d'ouvrir de nouveaux marchés, la
concurrence entre les capitalistes... en sont des facteurs déterminants.
Malgré les réorganisations et tentatives pour dépasser ces limites [2],
les phases de relance échouent successivement. L'importance majeure prise
par la finance n'est qu'une réponse du capital pour rétablir la
croissance. La crise, à force d'être contenue, ne fait que s'approfondir,
de faillites en krach boursier.

Face à cette situation, les gouvernements des États européens, de droite
comme de gauche, déroulent tout un panel de mesures afin d'assurer la
stabilité financière et de rétablir la compétitivité et la rentabilité
économiques. Une politique de rigueur, pour éviter la faillite, se double
d'une politique d'austérité visant à faire baisser le coût de la
main-d'?uvre : hausse des taxes et des impôts, réduction des dépenses de
l'État (suppression de postes et restrictions budgétaires dans le secteur
public), des dépenses sociales (retraites, sécu, radiations
d'allocataires) et des coûts salariaux (baisse des charges patronales,
contrats précaires, RSA, etc.).

Elles ne se mettent pas en place sans réactions. Les conditions
d'existences se dégradant, les résistances se multiplient. Des moyens ou
réseaux de débrouille qui s'étendent en dehors du salariat, aux mouvements
collectifs de révolte, le prolétariat et la classe moyenne réagissent face
au sort qui leur est fait. Des luttes émergent dans différents pays,
principalement menées par certaines catégories sociales, ciblées par des
mesures d'austérité et de rentabilité économique ou laissées pour compte
(étudiants, fonctionnaires, ouvriers, jeunesse déshéritée, etc.). Comme en
témoignent les conflits sociaux récurrents en Europe : étudiants en
Angleterre ou en Italie, salariés et fonctionnaires en Espagne, jeunesse
et précaires en Angleterre ou en France, ouvriers à travers toute
l'Union... Et lorsqu'un État est contraint par l'économie de s'attaquer à
toutes les catégories de sa population en même temps, il y a de grandes
chances que la révolte se généralise, au-delà des intérêts catégoriels,
comme c'est le cas en Grèce. Les mêmes politiques produisent les mêmes
réactions, au-delà des pays européens : comme aux États-Unis avec le
mouvement des occupations, dans lequel des franges sociales très variées
se retrouvent, au Québec avec les luttes étudiantes soutenues par la
population, en Israël où un large mouvement de protestation contre la vie
chère s'est déclaré ou comme dans le monde arabe où des révoltes et des
mouvements de protestation ont fait chuter des régimes autocratiques et en
ont poussé d'autres à des réformes...

En contrepartie, la nécessité de baisser le coût mondial de la
main-d'?uvre implique des conditions d'exploitation et de domination
telles que les prolétaires d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique latine se
révoltent régulièrement contre leurs conditions de vie (émeutes de la
faim, contre la vie chère, contre les expropriations, contre les exigences
démesurées des patrons et de l'État qui les administre, etc.).

Tous les États répriment ces mouvements de colère et tentatives de
débrouille. Dans ce processus de nivellement économique et d'harmonisation
du marché, en parallèle, les États tendent à se normaliser vers un modèle
libéral et répressif. Au nom de l'idéal démocratique et humaniste, ils se
dotent d'un arsenal législatif et policier pour parer aux éventuels
débordements, comme pour mettre au pas tous les récalcitrants (économies
parallèles, auto-suffisantes, réseaux d'entraide, etc.).

Dans un tel climat économique et social, les réflexes identitaires
(communautaristes, nationalistes, confessionnaux ou culturels) sont
largement attisés et instrumentalisés par les capitalistes et les
dirigeants politiques. L'exemple des soulèvements en Tunisie et en Égypte
illustre une double tendance que l'on retrouve partout : des soulèvements
exprimant un désir de liberté et d'égalité sociale, et un an plus tard,
les succès électoraux de formations conservatrices et nationalistes (comme
Ennahdha ou les Frères musulmans). En Grèce, coexistent un mouvement
social en confrontation forte avec l'État et l'économie, et une montée de
l'extrême-droite ; alors que l'extrême-gauche porte en elle les deux
tendances : reflet institutionnel des luttes et protectionnisme.

L'impossibilité démocratique de former un gouvernement et les injonctions
structurelles du capitalisme, comme on le voit en Grèce, montrent les
limites de la médiation étatique et du pouvoir de l'État en général.
L'exemple de la Tunisie est éloquent : après le soulèvement de l'hiver
2010-2011, les luttes continuent. Le gouvernement élu se confronte au
prolétariat tunisien, toujours insatisfait de sa condition, malgré les
passations de pouvoir et le processus démocratique.

Ce que nous enseignent ces situations, à travers la planète, c'est que
seuls les rapports de force et l'autonomie des luttes peuvent amorcer un
changement réel. Partout l'État et ses prétentions démocratiques,
anciennes ou nouvellement acquises, apparaît comme un adversaire
irréductible du prolétariat. Lequel est aujourd'hui amené à lutter, non
plus pour une quelconque amélioration de ses conditions d'existence, mais
simplement pour s'opposer à leur dégradation continuelle, situation qui
perdurera tant que le système ne sera pas remis en cause globalement.


[1] Politique économique, initiée par Roosevelt dans les années 30, pour
lutter contre la crise aux États-Unis et qui s'étend à l'Europe après la
Seconde Guerre mondiale avec le plan Marshall.

[2] Passage du « bloc de l'Est » du capitalisme d'État à l'économie de
marché ; nouvelles technologies qui ouvrent de nouveaux marchés ;
délocalisations industrielles pour bénéficier d'une main-d'oeuvre moins
coûteuse, encadrée par des législations plus répressives, afin d'accroître
les profits ; développement du crédit à la consommation, pour stimuler le
marché intérieur et politique d'investissement des États au prix d'un
profond endettement.


--
contreinfo7-at-riseup.net
http://contreinfo7.internetdown.org/
Liste d'infos du BCIC: https://lists.riseup.net/www/info/contreinfo7-news
Liste de diffusion/discussion en Cévennes:
http://listes.rezo.net/mailman/listinfo/iacam


[expediteur/expeditrice : "Bulletin de Contre-info en Cévennes" <contreinfo7 -A-
riseup.net>]

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