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(fr) Suisse : Immigration , Papiers, droits, égalité, un seul combat

Date Wed, 30 May 2012 17:48:17 +0200


L'égalité comme condition
L'amélioration des conditions d'existence et de statut de l'immigration dans ce pays
passe évidemment par la régularisation de toutes les personnes qui sont sans
papiers, frappées de NEM ou qui sont acculées à une expulsion après refus de leur
demande d'asile. Ces situations constituent le "noyau dur" de la condition immigrée
même si celles et ceux qui ont des papiers sont aussi privé-e-s d'un certain nombre
de droits fondamentaux, fragilisé-e-s, discriminé-e-s et, dans certaines
circonstances, expulsables elles et eux aussi.
Mais cette revendication, "des papiers pour toutes et tous" n'est elle-même qu'un
élément d'un objectif aussi simple que radical: l'égalité pour toutes celles et ceux
qui vivent ici, quelle que soit leur origine.

Cette exigence d'égalité c'est ce qui doit à la fois animer notre mouvement et en
constituer l'aboutissement évident. Nous n'avons qu'un seul monde, nous partageons
une même condition humaine. Il n'y a ni raison ni justification d?accepter que les
êtres humains soient classés, encadrés, contrôlés, réprimés et donc traités de
manière inégalitaire.

Le changement de statut et de condition de l'immigration ne peut être porté que par
un mouvement général d'émancipation. Il peut certes y avoir dans ce mouvement des
avancées et des reculs, des sauts qualitatifs, des objectifs intermédiaires, mais
l'objectif final, celui qui anime et donne souffle à la longue période des luttes,
c'est bien celui de l'égalité entre les personnes, de l'égalité humaine et sociale.

La lutte pour les droits de l'immigration n'est pas simplement un combat contre les
racistes et les xénophobes mais contre l'ensemble d'un système qui assigne les
immigré-e-s à une condition d'êtres inférieurs et subordonnés.


Une condition humaine partagée

Il n'y a pas d'intégration sans reconnaissance mutuelle de cette condition humaine
partagée, sans exigence d'égalité. Cette exigence constitue d'ailleurs un
multiplicateur des luttes que nous menons, des revendications et des droits que nous
exigeons. Car, en effet, comment atteindre l'égalité entre toutes et tous sans que
chacun-e soit respecté-e et de voir garantis ses droits fondamentaux.

Par exemple, il est impossible de parler d'accueil, d'intégration ou d'égalité dans
l'actuelle situation faite aux salarié-e-s, dans le cadre de l'actuel droit du
travail. Accueillir et intégrer ne signifient pas simplement donner des papiers (ce
qui est immense), mais permettre aux gens de sortir de leur situation précarité dans
une concurrence de plus en plus féroce de toutes et tous contre toutes et tous pour
vendre sa force de travail, pour trouver un logement, pour accéder aux prestations
de base du service public.

Il en est de même dans la lutte pour l'égalité entre hommes et femmes. Il est
rigoureusement impossible d'accueillir et de donner des papiers aux femmes qui
arrivent ici sans que l'égalité entre femmes et hommes avance de manière décisive
dans cette société, notamment par la reconnaissance des violences structurelles
faites aux femmes, autant ici qu'ailleurs. Aujourd'hui, la possibilité de se
nourrir, de se loger, de se soigner cesse d'être garantie, malgré les déclarations
officielles. C'est une évidence partout en Europe où les classes dominantes ont
ouvert une véritable guerre sociale contre les classes populaires. De manière plus
feutrée, c'est tout aussi vrai ici, en Suisse.

Au fond, même si cela ne peut naître que d'un bouleversement révolutionnaire, nous
sommes lié-e-s à la conception internationaliste d'un seul monde ou des êtres
humains égaux/égales puissent, non pas avoir des papiers partout, mais aller partout
sans aucun papier. C'est une partie de notre utopie combattante.


Qui est l'immigré-e de qui?

L'immigration est discriminée, classée et contrôlée, victime d'un traitement
particulier, exclue du droit commun. Mais elle ne constitue qu'un des derniers
maillons d'une chaîne. L'immigration c'est un secteur du prolétariat, du salariat.
Elle appartient aux classes populaires. Or, les salariés-es, les prolétaires vivent
une commune situation d'exploitation et de domination. D'un strict point de vue
légal, tous/tes les salarié-e-s sont des subalternes qui doivent obéir, des gens
privés du droit commun reconnu aux seuls propriétaires et dirigeant-e-s.
L'immigration c'est essentiellement une fraction décisive du prolétariat
multinational de ce pays. La condition de l'immigration fait immédiatement résonance
avec celle des chômeurs/euses, des pauvres, des socialement aidé-e-s, des femmes,
des vieux/vieilles, celles de tous les gens qui constituent cette force de travail
idéale, flexible, pleinement profitable, employable et jetable que le système veut.


Les jougs de l'Etat souverain

A l'exigence d'égalité entre les êtres humains s'opposent les conditions de la
valorisation capitaliste et le commandement de l'Etat. Alors même que les appareils
étatiques nationaux perdent une grande partie de leurs prérogatives de souveraineté,
que les centres de pouvoir transnationaux dirigent les politiques des pays et font
de certains des protectorats et des semi-colonies, alors que le marché se globalise
et que les capitaux circulent sans obstacle et sans frein, le contrôle du mouvement
des êtres humains demeure une compétence étatique essentielle. La possibilité de
classer, d'admettre ou d'expulser, de sanctionner, d'emprisonner et de déporter
reste un élément décisif du pouvoir étatique, même si sur ce terrain aussi les blocs
inter-Etats prennent un rôle décisif.

Cette souveraineté contient l'essentiel du droit d'exception mis en oeuvre contre
les droits fondamentaux des êtres humains. La politique étatique de l'immigration
repose sur une inégalité fondamentale entre les êtres humains, sur l'exclusion d'une
partie de la population du droit commun, sur une possibilité d'agir de manière
inhumaine contre des individus et des groupes sociaux définis comme inférieurs aux
autres catégories de la population.

En fait, la politique étatique envers l'immigration, et notamment envers les
secteurs les plus précaires de cette immigration, renvoie toujours à un ordre social
général, à un déni des mouvements d'émancipation: des femmes, des peuples colonisés,
des prolétaires, de celles et ceux qui revendiquent de vivre librement leur vie en
dehors des normes hégémoniques, etc.

Mais il y a davantage. La politique d'Etat envers l'immigration détruit les droits
fondamentaux de tous/tes même lorsqu'elle prétend les appliquer. Prenons par exemple
le cas fort connu du droit formellement établi à un toit et à la subsistance pour
toutes les personnes qui se trouvent dans ce pays. En fait, ce droit formel est mis
en oeuvre de manière à exercer sur les débouté-e-s une pression permanente et
croissante pour les contraindre à partir.

La place dans un abri PC et un repas par jour sont intimement liés à la mise en
place de la détention administrative en vue de l'expulsion et des conditions
physiques et psychiques de la réalisation même de cette expulsion. La condition
faite aux plus précaires des immigré-e-s, n'est que la version extrême de celle
faite à toutes les personnes en situation de fragilité sociale, de précarité.

Naturellement, le système ne veut pas expulser l'essentiel de l'immigration
"illégale", cette force de travail taillable et corvéable à merci. La pression, les
contraintes, l'enfermement, l'expulsion, sont destinés à faire des exemples, à
contenir dans le silence, à manifester le pouvoir de l'Etat et à démontrer
l'impuissance des dominé-e-s, à stigmatiser et à séparer les sans-papiers ou les
débouté-e-s du commun des gens.

Immigrés-es illégaux, abuseurs-euses des assurances et des prestations sociales,
fonctionnaires privilégiés-es, jeunes indisciplinés-es, malades trop cher-es,
vieux-illes trop vivants-es, ce sont les figures innombrables de celles et ceux que
le pouvoir entend réduire et dont le traitement sert à intimider tous-tes les
autres. En fait, ce sont toutes les classes populaires et plus largement tous-tes
les dissidents-es, les rebelles, les penseurs-euses libres qu'il s'agit de
contraindre à la discipline et à la conformité.

Plus largement, toutes les personnes qui doivent recourir aux assurances sociales, à
l'aide publique, aux garanties et à la sécurité que doit donner le droit social,
deviennent du coup prisonniers du système, assignables à n'importe quel travail, à
n'importe quel condition, avec n'importe quel salaire ou sans salaire, contrôlables,
fichables et assigné-e-s, mobilisé-e-s et commandé-e-s.


La question sociale

La question de l'immigration est en fait une partie de ce qui est classiquement
désigné comme la "question sociale". Le traitement de l'immigration, sa situation
juridique et institutionnelle constituent un effet de levier pour appliquer à
l'ensemble des classes populaires une politique d'asservissement, de précarité des
conditions d'existence, de fragilisation. Cela a été dit, mais il faut le répéter
encore et encore. La condition faite à l'immigration est le laboratoire d'une énorme
entreprise de destruction de la sécurité sociale, des conditions de travail et de
vie et des libertés des classes populaires. La politique de contrainte au travail
pour les chômeurs/euses et les personnes en fin de droit, la précarité croissante de
tous les statuts du travail, la répression des tentatives d'organisation des
salarié-e-s pour défendre leur droit, le retour des valeurs et des politiques
réactionnaires, tout cela est lié à la condition fondamentale faite à l'immigration,
car il s'agit bel et bien de la politique de guerre sociale menée par les classes
dominantes contre les classes populaires.

En ce sens, la lutte pour les droits de l'immigration est un élément d'une politique
de libération pour toutes et tous.

Le sort que l'état et les classes dominantes imposent à l'immigration nous dit bien
le type d'institution sociale vers lequel s'oriente le système. En même temps,
l'écart entre la pire des conditions faite à la plèbe et la condition ordinaire des
classes populaires sert à diviser, à consoler les un-e-s par la distance qui les
séparent des autres et à constituer les plus faibles en bouc émissaire en principe
explicatif d'une condition comme de plus en plus dure, de plus en plus contrainte.

La question sociale, l'alliance entre tous les mouvements d'émancipation, la
clarification des termes d'une lutte qui oppose dominant-e-s et dominé-e-s,
exploiteurs/trices et exploité-e-s fait que le combat pour les droits de
l'immigration ne peut avancer qu'en se liant avec toutes les autres luttes sociales.


Communauté de lutte

Nous vivons dans une situation où les classes dominantes ont fait de l'immigration
un bouc émissaire, convainquant une partie des classes populaires que les
immigré-e-s sont la source des problèmes et de la menace sociale ressentis par la
majorité des gens. L'immigration devient l'élément clé d'une "pensée" consolatrice
qui conforte l'ordre dominant et divise les dominé-e-s.

Pour faire changer cet état de fait, il faut faire évoluer vers des positions de
résistance et de lutte anticapitalistes les majorités sociales dominées et
exploitées de ce pays. C'est dans la capacité de désigner clairement ses ennemis que
réside pour le peuple la possibilité de dépasser et de liquider les positions
xénophobes et racistes.

Du coup, il s'agit d'accroître, de diversifier et d'élargir les luttes menées
aujourd'hui par l'immigration et par les mouvements de solidarité avec elle. Malgré
la situation politique générale et le rapport de forces défavorable, il y a des
mobilisations qui aboutissent, des résistances qui gagnent, des éléments de
contre-pouvoir qui s'affirment.

Consolider tout ça c'est faire sortir l'immigration du statut de problème
particulier pour l'intégrer à tous les éléments du combat anti-capitaliste. Ceci
exige que se multiplient les points d'appuis, les outils de lutte, les structures
d'organisation pour que les immigré-e-s puissent non seulement défendre leurs droits
de séjourner et de travailler ici mais pour avancer ensemble sur le chemin de
l'égalité, pour rendre chaque jour plus présente l'immigration dans la cité.


Pour une politique de libération

Conquérir le droit à une aide sociale, unique, égale pour toutes les personnes quel
que soit leur statut, défendre des conditions de travail et de salaire égales pour
tous/toutes, briser le dumping social et salarial, multiplier les luttes et les
conflits sur ce terrain, gagner des droits sociaux égalitaires, tout ces éléments
unifient les classes populaires quels que soient les origines ou les statuts.

La tâche des collectifs militants est d'accroître l'aide qui peut dynamiser et faire
monter ces mobilisations contre la précarité et l'insécurité sociale, et plus
largement d'accroître la lutte du salariat contre la valorisation capitaliste.

Nous avons besoin de revendications unifiantes et ces revendications sont la plupart
du temps des revendications de rupture.

Notre objectif à moyen terme c'est la construction d'un mouvement social de masse,
seul capable d'accumuler et de fédérer les résistances. Il s'agit de rassembler les
forces anti-capitalistes à la fois pour soutenir, pour déployer une stratégie de
résistance à la barbarie rampante du système, développer les luttes et pour débattre
du contenu d'une alternative à ce système même.

Conquérir l'égalité entre les immigré-e-s et les autres, l'égalité entre
tous/toutes, c'est un élément d'un projet de transformation sociale radicale que
nous construirons au fil des luttes, des libérations et des émancipations, dans la
solidarité entre tous ceux et toutes celles que ce système exploite, domine et
assujettit.

Toutes les luttes sont soeurs
Nous portons un monde nouveau dans nos coeurs
Construisons-le jour après jour


Organisation Socialiste Libertaire (OSL)

5 mars 2012

Sur notre site :
http://www.rebellion-osl.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=126%3Aquestions-irreverencieuses-a-nos-camarades-de-la-gauche-qui-se-presente-titre-general&catid=40%3Arebellion&Itemid=61&lang=fr

Pour tout contact: info@rebellion-osl.ch
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