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(fr) Suisse : Questions irrévérencieuses à nos camarades de la gauche qui seprésentent aux élections

Date Wed, 23 May 2012 12:41:53 +0200


Chronique des bas-reliefs et des institutions
Chaque élection nous réserve son lot de pauvres enjeux et de rituels dérisoires. Les
prochaines cantonales auront une liste d'extrême-gauche de 5 personnes pour le
Conseil d'Etat. La « gauche de la gauche » n'en finit pas de nous surprendre,
alternant divisions et coalitions sans plus de rigueur les unes que les autres.
Qu'une vocation gouvernementale aussi massive soit un petit truc tactique pour
essayer de sauver un groupe parlementaire au Grand conseil, fortement menacé, est un
fait reconnu. Qu'il faille 5 candidat-e-s pour donner à chaque nuance de l'âme
électoraliste de l'extrême gauche une présence dans le jeu des institutions est
somme attendu. Que tout ceci se conclue par un appel à voter au second tour pour le
social-écolo-libéralisme afin de « barrer la route » du Conseil d'Etat à cette
droite avec qui la gauche d'Etat gouverne et gouvernera tous les jours, est un coup
de dé à la fois pipé et déjà joué, sans doute. Mais il ne faut pas s'arrêter à cette
pauvre mise en scène. Porter le fer de la critique sur cette politique désespérément
et platement institutionnelle est indispensable mais tout à fait insuffisant.


Les deux octobres

La gauche militante dans son ensemble est travaillée par un mouvement profond de
remise en cause, de questionnement, de recherche de nouveaux possibles. Il ne faut
pas s'arrêter à l'écume des choses, à la répétition impuissante des listes
électorales, au pratico-inerte des rites institutionnels. De toute évidence, le
chemin sera encore long mais il y a beaucoup de camarades qui veulent, pour le
moins, faire autre chose que l'aller- et-retour aux élections, aux référendums
perdus et aux initiatives vaincues, dans les urnes ou dans les faits.

Avec ces camarades il faut rechercher immédiatement des convergences sur le seul
terrain qui vaille, celui de la lutte, du travail pour l'auto-organisation
populaire. Certes, une politique de convergence ne résout pas la question de la
contradiction centrale entre politique de délégation et politique de libération. Il
faut donc d'un côté mener le débat avec rigueur et cohérence, l'approfondir sans
cesse, et de l'autre, intervenir pour construire tous les processus d'organisation
et de lutte qui font monter la résistance. C'est une situation de tension, de
déséquilibre, d'instabilité mais aussi de création, un vrai processus de travail
politique. Il faut l'assumer et le gérer pour faire lever un mouvement politique de
masse.


Positions, mouvements et lecture des casemates

Les classes populaires et les groupes sociaux dominés sont confrontés à une attaque
permanente, capillaire, intense contre leurs conditions de vie et de travail, contre
leurs libertés et leurs droits, contre leur possibilité d'auto-détermination. Les
collectifs militants, associatifs, syndicaux, politiques, de tous ordres, doivent
encourager les gens à résister. C'est aussi simple que cela. Il faut pousser à la
mobilisation dans les secteurs où elle ne se manifeste pas encore. Il faut appuyer
les luttes qui cherchent à se faire jour. Il faut leur donner des points d'appui
quand elles cherchent à surgir.

Celles et ceux d'en bas ont besoin de savoirs, de ressources, d'outils. Pour
développer l'auto-organisation populaire il faut une aide initiale, une intervention
première qui facilite son émergence et sa liaison avec d'autres luttes.
Naturellement, l'intervention des collectifs militants doit se faire dans le sens de
l'auto-émancipation, de la démocratie de base, de la prise en main des luttes par
les gens eux-mêmes. L'auto-organisation des dominé-e-s appelle une intervention
systématique de la gauche militante. Elle s'ancre sur la construction d'une infinité
de points d'appui.

Le clivage dans la gauche militante réside précisément là : dans l'importance
décisive ou subalterne attribuée à l'engagement aux côtés des luttes, dans
l'intervention systématique pour faire monter l'auto-émancipation.

Un tel engagement implique naturellement de ne pas soumettre l'action politique à la
conception selon laquelle les besoins, les aspirations, et les revendications des
classes populaires et des groupes sociaux dominés doivent être compatible avec le
développement général du système, avec le capitalisme mondialisé, avec le rapport à
la politique porté par l'Etat. Il nous faut une autre politique que celle des élites
et des privilégiés-es. Une autre démocratie est possible que celle appauvrie à
l'extrême de la figuration, de la délégation et de la représentation.


Le pari des sectionnaires ou comment rejouer l'impossible et le possible

Il est indispensable de rompre avec la conception selon laquelle les institutions,
dans leur fonctionnement ordinaire, constituent le principal outil pour faire
aboutir les revendications populaires. La plasticité des institutions obéit au
rapport de force. Elles se laissent modeler par lui. Rien d'autre. Une politique
bornée à l'investissement des institutions nous précipite de défaite en défaite. La
mobilisation politique et sociale doit se tenir à distance de l'Etat, elle doit
excéder le cadre purement institutionnel et affirmer sa propre puissance. Elle doit
savoir désobéir. Bien entendu, la participation aux luttes de groupes de camarades
qui font de l'activité électorale le noyau dur d'une stratégie politique pose le
problème permanent d'une manipulation possible des luttes, d'un redimensionnement de
celles-ci en soumission aux projets de conquête d'espaces de pouvoir étatiques et
institutionnels, d'une pression permanente pour les limiter à la politique de
délégation et de représentation.

A n'en pas douter, ce danger existe et il est permanent. Mais la guerre sociale
rampante que le capitalisme, les appareils étatiques et les différents centres de
pouvoir du système nous livrent exige que nous fassions un pari. C'est celui de la
convergence entre tous les collectifs qui affirment vouloir s'engager dans l'action
militante. Une telle tentative ne réduit pas la contradiction entre celles et ceux
qui mettent au premier plan l'auto-émancipation des classes populaires et celles et
ceux qui prétendent combiner auto-organisation et activité politique
institutionnelle. Qu'une partie des collectifs affirme une volonté de lutte (au
moins formellement proclamée) et développe parallèlement une pratique politique
institutionnelle exprime une contradiction qui sera pleinement posée et sans doute
résolue dans le cours de la lutte. Mais le moment historique et urgent. Nous ne
pouvons attendre pour accumuler toutes les forces possibles que toutes les questions
théoriques et idéologiques soient tranchées. Il faut oser vivre et lutter avec des
contradictions et donner tout l'espace possible à l'intervention commune, à la
richesse et à la qualité des convergences.


Contre les privilégiés-es, oligarques, aristocrates, ci-devants-es, bureaucrates et
tant d'autres

Dans une période historique marquée par la recherche de la part du bloc dominant
(capitalistes, appareils étatiques, centres de pouvoirs, haute bureaucratie) d'un
pouvoir à la fois oligarchique et illimité, il ne peut y avoir affirmation des
besoins de libération sans une tension vers le dépassement et la subversion du
système. Cela signifie que les convergences pour la lutte, « le pôle des luttes »,
sont un mouvement de conception et d'affirmation de l'alternative face à l'ordre
dominant. Introduire cette tension comme une dimension décisive, comme la plus haute
potentialité des luttes que nous livrons aujourd'hui, ne signifie pas que nous
soyons bornés-es dans un programme, clos sur un projet stérilement précis. Mais nous
pouvons souligner deux choses essentielles. La première c'est que le projet de
transformation sociale s'incarne d'ores et déjà dans les luttes dont les classes
populaires et les groupes sociaux dominés sont acteurs. En refusant leur
assujettissement au système, à ses objectifs, à ses règles et à ses rites, les gens
posent un besoin d'auto-détermination, une pratique d'auto-émancipation qui se
saisit de chaque parole dissidente, de chaque lutte aussi limités que puissent
paraître ses objectifs formels.

Nous savons toutes et tous quels sont les grands éléments d'un projet alternatif à
ce qui est : l'autogestion, la démocratie radicale, l'égalité, le droit à
l'expérimentation, les libertés individuelles et collectives, l'émancipation
générale, la construction systématique du pouvoir populaire.

Sur ces objectifs de larges franges de la gauche militante disent converger et
convergent, partiellement et contradictoirement, sans doute. Il faut éprouver cette
convergence dans l'action, dans la construction d'outils et de culture de
résistance, dans l'affirmation de projets alternatifs au système, dans l'ouverture
d'un débat large et profond sur une conception alternative d'ensemble, en
interaction avec les expériences, les conceptions et les savoirs dont les luttes
sont porteuses.


Le noeud gordien et ses fétiches

Le moment est sans doute venu de le dire clairement. Nous n'avons besoin ni de
partis-guides, ni de dirigeants pour parler et décider à notre place dans les
parlements et les exécutifs, mais d'une fédération des noyaux militants au coeur du
mouvement des luttes projetant leur propre dépassement par la diffusion et
l'approfondissement de l'auto-émancipation, de l'action directe populaire.

Il faut laisser tous les candidats-es courir à leur candidature. Il faut rassembler
en un pôle des luttes toutes celles et tous ceux qui veulent intervenir pour faire
lever les résistances. Et tant pis s'il y a des gens ou des organisations qui sont
divisés dans leur têtes et dans leur faire. Il y a urgence. Cela se tranchera dans
l'action et le débat. Des deux octobres, il n'en restera qu'un. Et gageons que cette
fois ce ne sera pas celui des commissaires et des tchékistes.

L'urgence c'est la lutte. Regrouper celles et ceux qui veulent agir, faire monter le
niveau d'organisation, multiplier des points d'appui pour les résistances qui
s'affirment, accroître les mobilisations, définir nos besoins, nos revendications,
nos aspirations. Pour emprunter cette voie, nous devons d'abord être au clair sur le
fait qu'il y a d'autres possibles que cette situation que le pouvoir nous dit
inévitable et incontournable. Ouvrir sur de nouveaux possibles dépend de notre
action et exclusivement d'elle. Aucun organisme gouvernemental, aucun Etat, aucune
institution censée incarner l'intérêt général et le faire aboutir, rien de tout cela
ne nous permettra d'avancer.


Classiquement, sur la période

A tous les niveaux, du local au national et au mondial, les centres de pouvoir
interviennent dans une offensive permanente contre ce qui a été acquis par les
classes populaires. Tout ce qui a été avancé est fondamentalement remis en cause,
redimensionné, démantelé ou détruit : émancipations, libertés démocratiques,
solidarités et protections sociales, conditions de vie et de travail, acquis
écologiques, égalités. Tout nous indique que se déploie un énorme mouvement de
régression, une barbarie rampante. Certes, c'est bien le capitalisme et sa quête
illimitée de profits qui est à l'?uvre, mais pas seulement. La valorisation
capitaliste fonctionne sur la base d'un encadrement de la société, d'un gouvernement
porté par les appareils étatiques et les centres de pouvoir transnationaux, d'une
accumulation élargie du pouvoir. A vrai dire, la valorisation du capital est à la
fois économique, politique, culturelle et symbolique. Elle est profit et
commandement, capital et contrainte élargis, assujettissement à l'ordre, avant tout.

La période historique en cours nous indique, avec chaque jour plus de force, que
toutes les fractions de la classe politique et des groupes bureaucratiques qui
gèrent le système partagent fondamentalement une même orientation : permettre
l'accumulation illimitée de profit et de pouvoir aux mains des privilégié-e-s, quel
qu'en soit le prix.

C'est une grande illusion de croire que les appareils étatiques, du local au
transnational, peuvent être employé pour redresser la situation que nous subissons
et pour construire des politiques alternatives, orientées vers le bien commun.
L'Etat est considéré par ces fractions de la gauche anti-libérale et parfois
anti-capitaliste tout à la fois comme un lieu qui peut être investi à partir de
succès électoraux et comme un outil neutre qui peut être utilisé pour changer
l'ordre social et politique.

Cette conception est radicalement fausse, elle est illusoire. Certes, les organismes
étatiques sous la pression des luttes, des mobilisations, des grands de mouvement
d'opinions peuvent être amenés à prendre certaines décisions, à opérer certains
choix. Mais la puissance qui les oblige à agir en ce sens leur est extérieure, c'est
celle des sujets qui luttent pour améliorer leur vie, conquérir de l'émancipation,
avancer vers la libération. C'est l'action directe populaire, la politique de
libération qui sont décisives.

Dans la période de capitalisme globalisé que nous connaissons, quand tous les acquis
populaires sont attaqués, la politique institutionnelle perd rapidement de ses
capacités de garantie, de défense et de réforme. L'Etat incarne de moins en moins
une politique qui permette et suscite le compromis social.

Une démocratie d'assignats et d'accapareurs

Les compromis sociaux du passé n'ont jamais apporté ni libération, ni émancipation
pour tous-tes même s'ils ont permis quelques avancées. Ils n'ont d'ailleurs jamais
été le résultat d'une pure politique institutionnelle mais bien le fruit d'une
énorme pression du mouvement ouvrier et du salariat ainsi que de cycles de luttes
radicales, hors du fonctionnement institutionnel. Dans la période historique
précédente, l'Etat a combiné intégration et violence. A ce prix, il a pu paraître
incarner un certain intérêt général qui correspondait aux besoins stratégiques de
reproduction, de stabilité et d'élargissement du système. Aujourd'hui, l'Etat
incarne de plus en plus unilatéralement et immédiatement la généralisation de la
contrainte, de la violence matérielle et symbolique de celles et ceux d'en haut
contre celles et ceux d'en bas.

La démocratie limitée de la délégation et de la représentation, flanquée de sa
misère médiatique et sondagière, est censée garantir la légitimité du système. Elle
dissimule mal un régime oligarchique où le pouvoir séparé maintient à peine quelques
droits fondamentaux en matière d'expression et d'association. Ces droits sont de
plus en plus contraints, de plus en plus réduits, proclamations de pure forme,
chaque jour davantage harcelés jusqu'à en faire des fétiches d'une histoire
démocratique devenue une pauvre image grise.

Les représentés-es n'ont au fond aucun autre pouvoir que de choisir des
représentant-e-s. Les dirigeant-e-s, quelle que soit leur étiquette politique
formelle, ne proposent que les diverses nuances d'une seule et même politique. Les
marges de changement, de réforme ou d'amélioration sont érodées, ruinées.

Le pouvoir exécutif l'emporte largement sur le pouvoir parlementaire et les organes
de gouvernement agissent de manière de plus en plus discrétionnaire, portés par des
majorités parlementaires qui multiplient les mesures de droit d'exception et
plébiscitent l'action gouvernementale quelle qu'elle soit. Les parlements deviennent
des chambres d'enregistrement. Les organes gouvernementaux, à leur tour, se
soumettent aux décisions des centres de pouvoir transnationaux qui définissent les
stratégies et les conditions de la valorisation du capital. La classe politique, la
bureaucratie et la bourgeoisie classique s'agrègent en un bloc dominant où les
gestionnaires et les décideurs passent et repassent du public au privé et
vice-versa.


Tous-tes ministres, jusqu'à la lie

En Suisse, dans les communes, les cantons ou la Confédération, cette situation des
appareils étatiques connaît une configuration particulièrement perverse dans la
mesure où les exécutifs, quel que soit leur niveau, matérialisent une coalition des
principales forces politiques institutionnelles et mènent une politique qui les
unifie. Ces coalitions fondent ce que l'on appelle « la démocratie de concordance ».
Tous les partis y prennent leur part, y participent et s'y intègrent si bien que
nous n'avons, dans ce pays, pas même le dérisoire spectacle de l'alternance au
gouvernement entre blocs politiques de gauche et de droite que nous connaissons chez
nos voisin-e-s.

Même le misérable choix d'avoir à opter pour Papandréou ou Angela Merkel est exclu
du spectacle. La règle c'est d'avoir tout à la fois Sarkozi, Orban, Zapatero,
Hollande, Merkel, Rajoy et Cameron, dans le même paquet.

A tous les niveaux du pouvoir, ces exécutifs prétendent incarner une politique
d'intérêt général ou d'intérêt public. Participer à leur désignation, courir aux
élections pour obtenir des municipaux/ales ou des ministres revient, à vrai dire, à
cautionner la triple fiction d'un Etat qui représenterait l'intérêt général,
constituerait un outillage neutre et pourrait assurer une politique sensiblement
différente de celle que nous connaissons moyennant son investissement par une
majorité parlementaire nouvelle. Ce n'est pas de la modeste rhétorique parlementaire
et de ses rhizomes oratoires. C'est d'être ministre qu'il s'agit, de procéder à la
saignée et de faire avaler la potion.

Comme de surcroît, la forme générale revendiquée dans ce pays est un partage du
pouvoir proportionnel au capital électoral de chaque parti, le spectacle d'un Etat,
agissant au-dessus des intérêts particuliers, s'en trouve davantage proclamée. A tel
point que les politiciens-ennes gouvernants-es ou candidats à la gouvernature font,
dans l'immense majorité des cas, un gigantesque effort pour ne revendiquer aucun
signe d'identité politique.

On ne le répétera jamais assez. L'idée qu'il suffirait de voter et de confier aux
institutions étatiques existantes la réalisation de nos revendications et de nos
besoins est une pure illusion. C'est une illusion d'autant plus dangereuse qu'elle
construit une culture politique qui réduit l'intervention des gens à une pure et
simple délégation. Les classes populaires abdiquent ainsi leur puissance, leur
capacité effective à faire changer les choses. Qu'il y ait crise de la démocratie
représentative et affirmation chaque jour plus forte d'un pouvoir oligarchique est
chose connue et reconnue. Mais du moins, dans les pays qui nous entourent, la gauche
institutionnelle soutient-elle la petite comédie de l'alternance, sa légitimité à
gouverner de manière un peu différente de celle que revendique la droite
néo-libérale ou conservatrice.

Ici, pas même cela. La gauche institutionnelle accepte le programme commun avec la
droite, le met en pratique, le réalise à tous les niveaux de l'Etat. La liquidation
de ce qui fut autrefois la gauche institutionnelle et réformiste est engagée ici
plus fortement que partout ailleurs.


Cherchez « Millerand » dans votre dictionnaire des noms propres

C'est pourquoi la présentation de listes de « gauche de la gauche » aux exécutifs a
quelque chose de parfaitement dérisoire. Il ne s'agit pas simplement de la vieille
querelle que nous avons avec les gauches étatistes sur la nature de l'action
institutionnelle, de l'Etat, de la contradiction entre auto-émancipation et
délégation. Il y a davantage que cela. Il y a la crise irrémédiable du régime
démocratique classique et son devenir oligarchique, la perte d'envergure des
instances parlementaires, l'érosion des droits et des libertés. On ne revendique pas
une part du gouvernement (fût-ce d'un exécutif aussi limité qu'un gouvernement
cantonal dans un fédéralisme d'application), un siège sur sept, ou deux, ou trois,
ou quatre, ou cinq... innocemment. On ne saurait prétendre qu'il s'agit simplement
d'occuper une tribune, de présenter quelques critiques plus ou moins radicales du
système, d'avancer des propositions politiques alternatives, des revendications et
de constituer ainsi un courant d'opinion susceptible de compter dans la société et
de peser sur les décisions du pouvoir politique.


Siéger pour consentir, consentir pour siéger

Revendiquer une place, et même une grosse place, dans des gouvernements
inévitablement de coalition et de concordance, revient à valider le système, à
conforter sa légitimité par cette revendication même. Il ne s'agit pas simplement
d'un désaccord quand il s'agit de déterminer s'il est vrai que la politique
institutionnelle offre un espace public qu'il faut systématiquement utiliser ou de
prétendre que la délégation peut être recyclée en auto-organisation populaire ou que
la participation au pouvoir, dans sa dimension parlementaire, peut permettre de
faire entendre un discours alternatif ou de peser à la marge sur les décisions. Il
s'agit de bien autre chose : de réclamer et de tenir une place au gouvernement sous
la pressée de la cohérence, du fonctionnement et des objectifs que la majorité de
celui-ci va immanquablement assigner au collège.

Autant nous avons une différence fondamentale avec les gauches étatistes sur
l'envergure du choix entre délégation et auto-émancipation, autant cette différence
est portée à son plus haut degré par la revendication d'une intégration à l'instance
gouvernementale, au noyau dur de la pratique du pouvoir.

Comme nous l'avons souvent dit, ce qui est décisif et urgent c'est la lutte. Il est
possible de faire ensemble ce que nous luttons ensemble, rien d'autre. Sur tout le
reste, il faut mener la confrontation, construire une critique claire, permanente et
sans compromis de l'action politique institutionnelle.


Reprendre prise sur le monde

Lutter ensemble n'est pas un appel abstrait mais une proposition concrète. Il s'agit
de mettre en mouvement les collectifs militants pour agir, pour créer et multiplier
les points d'appui aux résistances de telle manière que celles et ceux qui veulent
agir et prendre la parole, dans les classes populaires et dans les groupes sociaux
dominés, trouvent l'aide qu'il leur faut pour démarrer, pour construire de
l'organisation.

L'auto-émancipation n'est pas une invocation rituelle, c'est un processus de travail
concret dans lequel il faut s'engager. La lutte est première. Et les conditions de
la convergence pour dégager une gauche militante et pouvoir lutter ensemble sont
simples : indépendance totale face au pouvoir étatique ; indépendance totale face au
social-libéralisme ; refus d'accepter une situation subalterne dans son dispositif
stratégique ; construction systématique de l'organisation et de l'autonomie
populaire pour affirmer les besoins et les aspirations d'émancipation et de
libération des majorités sociales exploitées et dominées. Tout point de convergence
dans cette voie, aussi modeste soit-il, doit être mis à profit pour avancer.

Toutes les attaques du pouvoir, toutes les volontés de résistances de celles et ceux
d'en bas doivent devenir l'occasion d'impulser des mobilisations.

Ce n'est que spectaculairement que les élections submergent la situation politique.
Elles ne constituent qu'un instant à l'envergure illusoire. Rien n'interdit à celles
et ceux qui veulent lutter de soutenir, de populariser, d'animer et de coordonner
les résistances, d'informer et de débattre dans les milieux populaires.

Il faut dès maintenant commencer à construire les éléments d'unité militante dans la
lutte, faire face sur les lieux de travail et de formation, affronter la précarité
et la dureté des condition d'existence sous toutes leurs formes. Cela signifie
construire systématiquement, tactiquement et stratégiquement, l'organisation
populaire.

L'intervention militante aide à faire surgir de la puissance et du contre-pouvoir.
Elle agrège, elle socialise, elle créé de la solidarité. Elle permet de reprendre
prise sur ce monde qui semble nous échapper pour n'obéir qu'au pouvoir des dominants
ou à des fatalités incontournables. A terme, il s'agit de construire un mouvement
socio-politique large, capable d'affronter la guerre sociale que la bourgeoisie et
l'appareil d'Etat nous livrent.


Salut à 1793

Avancer dans la lutte c'est formuler aussi des revendications capables de fédérer
les divers sujets et positions qui composent les classes populaires, les groupes
sociaux dominés, le salariat. Les besoins et les aspirations des gens, notamment le
besoin de sécurité sociale et écologique et de vraie démocratie sont en
contradiction directe avec l'ordre établi. Quand il y a mobilisation populaire, des
traits d'une organisation alternative de la société apparaissent et s'affirment. Une
autre culture et un autre agencement symbolique prennent force. Un nouvel espace de
résistance s'affirme.

L'action militante unitaire permet de rassembler. Elle appelle le débat sur les
grandes revendications de portées stratégique contre le système et sur le contenu de
l'alternative qu'il faut lui opposer.

Quels que soient les exécutifs et les gouvernements que nous avons en face de nous,
ce sont les luttes et l'organisation populaire qui sont décisifs pour créer un
rapport de force. Il y a un décalage évident entre le discours politique de
conjoncture électorale et une politique de libération qui choisit de mettre les
forces dans l'organisation des classes populaires, pour la construction systématique
d'une présence sur le terrain.

Pour l'OSL, la politique de libération se développe à partir d'une stratégie
extra-parlementaire, basée sur l'action directe populaire, portée par une
intervention collective dans les mouvements sociaux.

La construction systématique de cette puissance de celles et ceux d'en bas permet
d'avancer vers la constitution de contre-pouvoirs autonomes des institutions
bourgeoise. Elle fait lever le pouvoir populaire.

Nous savons qu'il y a des camarades, des collectifs qui pensent qu'il est possible
de parcourir en même temps les deux voies : une présence, présentée comme critique,
dans les institutions et une participation au mouvement des luttes, vers
l'auto-émancipation. A terme, et plus rapidement qu'on ne le suppose sans doute, il
faudra choisir.

Pour nous, la lutte et les convergences qui l'impulsent sont premières. Comme nous
l'avons dit et redit, il faut fédérer et unir dès maintenant toutes celles et tous
ceux qui veulent se situer et agir sur le terrain des luttes. Au fond, c'est dans
les mouvements et les mobilisations que les choses se régleront. La participation
rituelle aux cérémonies électorales du pouvoir oligarchique doit autant faire
l'objet d'un débat entre libertaires et étatistes que d'une confrontation au sein
même des collectifs qui sont ou ont été les tenants d'une politique dominées par la
représentation et la délégation, même quand elle se prétend radicale ou
révolutionnaire. Encore un effort pour être révolutionnaire, camarades. Entre
octobre et octobre il faut choisir.


Organisation Socialiste Libertaire (OSL)

5 mars 2012

Sur notre site :
http://www.rebellion-osl.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=126%3Aquestions-irreverencieuses-a-nos-camarades-de-la-gauche-qui-se-presente-titre-general&catid=40%3Arebellion&Itemid=61&lang=fr

http://www.rebellion-osl.ch/

Pour tout contact: info@rebellion-osl.ch

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