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(fr) Irlande: Nous ne paierons pas!

Date Thu, 19 Apr 2012 12:04:20 +0200


[Les dernières mesures d'austérité en Irlande continuent de taper
sur la population pour pouvoir renflouer les banques. Analyse de
la situation par nos camarades de WSM, organisation-soeur d'Alternative
Libertaire sur place.]
Aujourd'hui, le noeud des luttes sociales en Irlande se situe sur le terrain de
l'imposition de nouvelles taxes et charges, fondées non sur les revenus ou les
acquisitions, mais sur le lieu d'habitation. Ce projet était déjà mis en place avant
que le pays ne soit mis sous tutelle de la Troïka [1], mais a été incorporé dans son
programme économique - le fameux «protocole d'accord» - qui régit les possibilités
pour l'État d'accéder à ses remboursements trimestriels des fonds de renflouement.


Taxe «fosses septiques»

Les nouvelles taxes et charges prennent tout d'abord la forme de l'impôt sur les
charges ménagères (Household Charge) pour l'appeler par son nom officiel, et qu'on
appelle en zone rurale : la taxe « fosses septiques ». L'appellation officielle est
rejetée par ceux qui résistent au principe que des charges se réclament en paiement
d'un service, tandis que ces nouvelles impositions ne servent qu'à rembourser les
investisseurs d'un système banquier irlandais complètement détruit. Dans cette main
basse sur la banque d'Irlande, il s'agit cette fois, non pas de gens qui volent les
banques mais des banques qui volent les gens, de manière à rembourser des
investisseurs privés étrangers ou irlandais, qui ont déversé de l'argent dans les
banques du pays au moment où l'Irlande avait le plus fort taux de croissance de la
zone euro, et où la France et l'Allemagne étaient sous la barres des 1 %.

La taxe ménagère est censée être une « taxe de transition » en vue de mettre en
oeuvre un nouvel impôt sur la propriété fondé sur la valeur des biens domestiques
individuels (difficile à estimer en raison de l'effondrement des cours de ce marché
et la faiblesse des cessions). De plus elle doit aussi financer l'installation des
compteurs d'eau domestiques en préparation d'une future taxe sur l'eau en 2014.


On prépare la suite...

Pour cette première année, la taxe n'est que de 100 euros par foyer pour les
propriétaires qui louent leurs biens propres. Il est peu vraisemblable, même dans le
cas où une majorité de personnes payaient la taxe cette année, que les sommes
perçues puissent ne serait-ce que couvrir les frais de mise en place de l'agence
chargée de la collecter (la Local Government Management Agency). Mais la vraie
raison de l'exercice cette année est d'obtenir que les gens s'auto-déclarent sur les
listes. C'est aux gens de fournir volontairement les informations dont le
gouvernement a besoin pour établir sa base de données et planifier l'imposition.
C'est très clair quand on voit que la législation rend obligatoire de répondre à
toutes les questions posées au moment de l'enregistrement, notamment sur la
consommation d'eau, le nombre de pièces d'habitation...

Mais alors que les frais encourus en cas de non-paiement des 100 euros sont
relativement faibles, (pas plus de 40 euros la première année), les amendes dont on
menace ceux qui refusent de se faire connaître peuvent monter jusqu'à 2500 euros.


Boycotter le fichage

Une nouvelle résistance à la tentative réitérée d'imposer l'austérité dans le pays,
non seulement par la baisse des salaires, mais aussi par l'expropriation, est aussi
simple qu'elle est évidente. Une campagne nationale pour boycotter l'inscription sur
les listes et refuser de payer la taxe est en voie de construction aussi bien en
ville qu'en zone rurale. L'échéance pour l'inscription et le règlement de cet impôt
est fixée par l'État au 31 mars. À peine deux semaines avant l'échéance, moins de
300 000 foyers sur les 1 800 000 que compte l'Irlande s'étaient acquittés de cette
obligation et l'État est en panique.

Les amendes ne peuvent être appliquées sans une convocation au tribunal, et faire
passer plus d'un million de personnes en justice dans un pays qui en compte quatre
millions et demi est tout simplement impossible. Une coïncidence symbolique fait
aussi que le 31 mars correspond à la date où le gouvernement irlandais doit remettre
3,1 milliards d'euros à la fameuse Anglo-Irish Bank, chiffre vingt fois supérieur à
ce que la taxe ménagère devrait rapporter dans le cas où tous les foyers concernés
en Irlande la payaient.


Rural, urbain: même combat!

À la résistance à la taxe ménagère s'ajoute celle des habitants de la campagne,
remontés contre la taxe sur les fosses septiques et la fermeture d'écoles et autres
services publics. Les fosses septiques sont une nécessité pour bien des ruraux qui
ne sont pas raccordés aux réseaux d'assainissement. Mais en raison de la corruption
et de l'incompétence du gouvernement précédent, qui a ignoré les directives
sanitaires européennes sur ces questions, le gouvernement actuel est désormais dans
l'obligation de les mettre en oeuvre, bien que tardivement, au risque de pénalités
quotidiennes de la commission européenne.

Au début, les pouvoirs publics avaient annoncé qu'il en coûterait 50 centimes d'euro
à chaque foyer pour qu'un contrôleur établisse la conformité des installations
individuelles aux nouvelles normes.

Mais les gens s'inquiètent bien davantage du coût de remplacement d'une fosse
(jusqu'à 1 500 euros) pour lequel aucune aide de l'État n'est prévue. Les gens de la
campagne qui s'étaient conformés à la mise aux normes précédente, de bonne foi,
ressentent cette situation comme une injustice, d'autant qu'ils contribuent aussi au
maintien des réseaux urbains, sans recevoir d'aide en retour.

Étant donné que cette imposition sur les zones rurales sert à économiser de l'argent
en vue de payer les banquiers, la campagne contre les taxes ménagères et sur l'eau
(Campaign Against the Household and Water Taxes) a permis aux résistants « urbains »
et ruraux de faire cause commune. Dans sa panique, le gouvernement a ramené les
inspections des fosses de 50 à 5 centimes d'euros. Mais comme ça ne résout en rien
le véritable problème, c'est sans effet.

Ce front commun entre ville et campagne aggrave le cauchemar du gouvernement et
forme un nouveau potentiel pour construire une autonomie de la résistance à
l'austérité en Irlande.

Workers Solidarity Movement


[1] Banque mondiale, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne

http://www.alternativelibertaire.org
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