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(fr) [Edito Anarkismo.net] Québec : La victoire au bout des doigts

Date Fri, 13 Apr 2012 13:26:04 +0200


On a demandé aux étudiantes et aux étudiants de ne pas faire la grève.
Politiciens et chroniqueurs ont tenté de nous faire croire que cette grève avait
pour objectif de refiler la facture à la « classe moyenne » et que la cause
étudiante en était une égoïste. En boucle, tel que le veut la machine de propagande,
on a répété et répété (et répété et répété) que les étudiantes et les étudiants
étaient des « paresseux », des « communistes », de la « racaille », des « écervelés
», des « bébés gâtés »... Mais les grévistes n'ont par cru les politiciens et les
chroniqueurs, et ils ont poursuivi.
On a alors dit que leur grève n'en était pas une, qu'il s'agissait d'un « boycott »
et qu'ils allaient être les seuls à en payer les conséquences. Autant de la part de
la ministre, des directions des institutions scolaires que de la fédération des
cégeps, les menaces allant en ce sens ont été nombreuses.

Mais les étudiants n'ont pas eu peur. Et ils ont reconduit cette grève qui coute des
millions de dollars chaque jour au gouvernement.

On a alors ajouté que les assemblées générales n'étaient pas démocratiques et
qu'elles étaient soumises à de l'intimidation. Fait en apparence paradoxal : les
mêmes chroniqueurs qui dénoncent cette pseudo intimidation (qui s'appuie sur les
propos anecdotiques de quelques membres du Parti libéral) ne soufflent mot sur la
brutalité policière, pour sa part bien documentée et objectivement plus brutale.

Mais les étudiantes et les étudiants connaissent leurs assemblées. Ils savent
qu'elles permettent à tous sans exception de prendre la parole. Ils savent qu'elles
sont qualitativement plus démocratiques que cet ersatz de démocratie parlementaire
asservi au pouvoir de l'argent.

Ils ont donc continué, envers contre tous, en s'appuyant sur la démocratie directe,
sur leur propre autorité, afin de poursuivre la lutte.

Pour plaire à l'opinion publique qui la regarde lovée dans tous divans tranquilles
de la province, on a également demandé aux étudiants d'être plus sages et
respectueux. On leur a demandé de cesser les blocages et les occupations. On leur a
demandé d'enlever leur masque et de donner le parcours de leur manifestation.

Mais encore une fois, ils n'ont pas écouté.

Avec ou sans l'accord de la police, ils ont manifesté, manifesté et encore
manifesté. Ils ont bloqué les ponts Jacques Cartier, Champlain et de la Concorde,
bloqué l'accès à Loto Québec, bloqué l'accès aux quais de débarquement de la SAQ,
bloqué le port de Montréal (à quatre reprises!), bloqué la Banque nationale, bloqué
à de nombreuses reprises les bureaux administratifs de leurs universités. Ils ont
défendu les lignes de piquetages contre les forces de l'ordre et la violence des
étudiants réactionnaires, dressé des barricades pour défier les injonctions, attaqué
(littéralement!) le banquet de l'assemblée des actionnaires de la Banque Nationale,
peinturé de rouge le ministère de l'Éducation, perturbé un souper de Jean Charest,
accroché un drapeau rouge au pont Jacques-Cartier, infesté les HEC de criquets...

Restait donc la matraque. On leur a envoyé la police qui, avec tout le courage et le
discernement qu'on lui connait, a fait son travail avec zèle et passion. Elle ne
s'est évidemment pas gênée pour réprimer des manifestations pacifiques et briser des
lignes de piquetages. Elle a d'ailleurs utilisé de nombreux moyens illégaux pour y
parvenir : menaces, fouilles et arrestations illégales, policiers non identifiés,
usage de grenades assourdissantes à hauteur de sol, etc.

Mais les étudiantes et les étudiants ne sont pas rentrés chez eux. Ils ont plutôt
redoublé d'ardeur et de détermination dans leurs actions.

Reste alors le pouvoir des juges. Pour ceux et celles qui sont trop lâches pour
débattre démocratiquement de politique, le recours aux avocats peut toujours être
utile (du moins pour ceux et celles qui en ont les moyens). C'est désormais à coup
d'injonctions que les adversaires de la grève tentent de stopper l'élan
contestataire. Dans quelques quatre ou cinq établissements, elles interdisent les
lignes de piquetages et la perturbation des cours. La ministre, avec tout le courage
que cela nécessite, fait désormais des appels au « retour forcé en classe ». Trop
faible pour faire face à la musique, elle se cache derrière le pouvoir des juges
pour gérer le conflit.

Mais les étudiantes et les étudiants ne sont pas dupes. Ils savent que leur autorité
n'a pas à se soumettre à celle du droit. Ils savent que ce n'est pas en cours que se
règlera cette grève. Et ils les combattent, ces injonctions.

Nous l'avons déjà dit : cette grève est historique. Elle est la plus longue et la
plus turbulente de l'histoire du Québec. Les grévistes ont affronté la démagogie et
la sensiblerie des chroniqueurs de droite, la brutalité et l'arrogance des forces de
l'ordre, la lâcheté et le mépris du gouvernement, les menaces venant des
institutions d'enseignement et les injonctions des juges.

Les étudiantes et les étudiants ont refusé de se soumettre à la logique du statu quo
qu'ils combattent. Ils ont refusé d'obéir et pour le malheur du gouvernement et de
ses alliés, c'est de cette désobéissance qu'ils tirent leur force.

Mais vont-ils tenir encore assez longtemps? Vont-ils avoir encore le courage de
reconduire cette grève jusqu'à ce que le gouvernement flanche? Iront-ils au bout de
leur lutte, de leurs idéaux ?

Depuis 2008, partout dans le monde, les classes populaires luttent contre les
politiques d'austérité qu'on tente de leur faire avaler à coup de discours serviles
et de violence policière. La détermination est grande, les combats sont parfois
épiques, mais les victoires sont malheureusement très rares. Les étudiantes et les
étudiants québécois ont présentement tout en leurs mains pour créer une brèche dans
ce long parcours de défaites populaires et de repli.

La victoire est désormais au bout des doigts. Il suffit, pour les grévistes, de
serrer les poings encore quelques jours. Si cette grève est déjà historique,
imaginez un instant combien le serait la victoire...


[Publié à l'origine sur le blog de Marc-André Cyr le 11 avril 2012:
http://voir.ca/marc-andre-cyr/2012/04/11/la-victoire-au-bout-des-doigts/ ]

Voir aussi:
22 mars : Les anarchistes ont fait bloc et la lutte n'est pas prête de s'éteindre!
http://www.anarkismo.net/article/22354


http://www.anarkismo.net

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