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(fr) [Brésil] Interview de la Fédération anarchiste de Ri o de Janeiro (FARJ) [pt ,en]

Date Thu, 22 Mar 2012 13:19:20 +0100


Interview de la Fédération anarchiste de Rio de Janeiro (FARJ)
Réalisée par Jonathan Payn
(Front anarchiste communiste Zabalaza - ZACF, Afrique du Sud)
Dans cette interview [1], réalisée entre août et octobre de 2010, la Fédération
Anarchiste de Rio de Janeiro (Federação Anarquista do Rio de Janeiro - FARJ) évoque
son interprétation de concepts tels que le spécifisme (especifismo), le dualisme
organisationnel, l'insertion sociale et le rôle de l'organisation politique
anarchiste par rapport aux mouvements sociaux et à la lutte de classe. Il s'agit
aussi de parler de l'entrée récente de la FARJ dans le Forum de l'Anarchisme
Organisé (Fórum do Anarquismo Organisado - FAO) et des conséquences sociales du
choix de Rio de Janeiro comme une Ville Hôte de la FIFA 2014, aussi bien que des
questions quelquefois difficiles, telles que la nécessité de trouver un équilibre
entre les niveaux d'unité théorique et stratégique et du besoin de croître comme
organisation. La Fédération Anarchiste de Rio de Janeiro (Federação Anarquista do
Rio de Janeiro (FARJ) est une organisation anarchiste spécifique de la ville de Rio
de Janeiro, le Brésil.
Fondée le 30 août 2003, la FARJ a ses origines dans le travail de militants tels que
Peres Idéal (1925-1995), son père Juan Perez Bouzas (ou João Peres) (1899-1958) et
José Oiticica (1882-1957), parmi d'autres. Elle se réfère également à des
organisations politiques comme l'Alliance Anarchiste (Aliança Anarquista), fondée en
1918 et le Parti communiste libertaire (Partido Comunista), fondé en 1919 (à ne pas
confondre avec le Parti communiste réformiste et électoraliste fondé en 1922). Elle
trouve également ses références historiques dans les syndicats sous l'influence des
anarchistes au début du vingtième siècle, tels que la Fédération ouvrière de Rio de
Janeiro (Federação Operária font Rio de Janeiro - FORJ), fondée en 1906, dans toute
la recherche du « vecteur social de l'anarchisme » au cours des années 1940 et 1950
et dans les activités postérieures à la dictature militaire.

Jonathan Payn. - Pour les lecteurs qui ne sont pas familiers avec le concept de
dualisme d'organisation, pouvez-vous expliquer s'il vous plaît le besoin de
construire une organisation politique anarchiste à Rio de Janeiro ? Par quelle sorte
de processus deviez-vous passer pour arriver à cette conclusion et former la FARJ ?

FARJ. - Le terme « dualisme d'organisation », tel qu'il est utilisé en anglais, sert
à expliquer la conception d'organisation que nous promouvons, ou ce que l'on a
appelé classiquement la discussion sur « le parti et le mouvement de masse ». Bref,
notre tradition spécifique a ses racines dans Bakounine, Malatesta, Dielo Trouda, la
Fédération anarchiste uruguayenne (FAU) et d'autres militants ou organisations qui
ont défendu cette différentiation entre les niveaux d'organisation. C'est-àdire, un
large niveau que nous appelons le « niveau social » et qui est composé des
mouvements populaires ; et de ce que nous appelons le « niveau politique », composé
des militants anarchistes qui sont groupés autour d'une base politique et
idéologique définie.

Ce modèle est basé sur quelques principes : les mouvements populaires ne peuvent pas
être confinés à un camp idéologique défini - et, à cet égard, nous nous
différencions de l'anarchosyndicalisme, par exemple - parce qu'ils devraient
s'organiser autour des besoins (la terre, l'abri, les emplois, etc.) qui groupent de
larges secteurs de personnes. C'est cela, le niveau social ou le mouvement de masse,
comme on l'a appelé historiquement. Le modèle implique aussi que, pour travailler
dans les mouvements, il n'est pas suffisant de s'y dissoudre - ou de s'y insérer -
même si on est reconnus comme anarchistes. Il est nécessaire que nous soyons
organisés, en constituant une force sociale significative qui facilitera la
promotion de notre programme et aussi la défense contre les attaques des adversaires
qui ont d'autres programmes. Cependant, il faut garder à l'esprit que nous ne
préconisons pas que vous participiez à un ou d'autre niveau ; les anarchistes sont
aussi des travailleurs et font partie de ce large groupe que nous appelons les
classes exploitées et, donc, ils s'organisent, comme une classe, dans les mouvements
sociaux. Quand même, comme ce niveau d'organisation a ses limitations, les
anarchistes s'organisent aussi sur le niveau politique, en tant qu'anarchistes, pour
articuler leur travail et idées.

Ce qu'on appelle l'organisation anarchiste spécifique n'est rien de nouveau dans le
mouvement anarchiste. Ses origines sont dans le militantisme de Bakounine lui-même,
dans la Première internationale, avec la formation de l'Alliance de la Démocratie
Socialiste en 1868. Malatesta, développant la thèse de Bakounine sur la minorité
active, a pensé aussi à quelque chose de semblable. Comme, de la même façon, ont
fait les Russes exilés de Dielo Trouda et de la FAU, parmi tant d'autres. Ce
groupement spécifique de révolutionnaires anti(autoritaires est fondé sur les
positions communes concernant l'horizon (les objectifs), les stratégies et la
tactique. C'est-à-dire, l'organisation anarchiste spécifique n'est pas une «
invention » récente, elle a sa trajectoire dans la consolidation de l'anarchisme
lui-même comme outil révolutionnaire, dans la trace des actions de Bakounine.

Dans le développement historique du mouvement anarchiste, cette position a été
négligée dans certains pays au détriment d'une position qui a dit que le «
syndicalisme » (cette accumulation de mouvements sociaux) était suffisant. Pas pour
nous. Nous croyons que le devoir de l'organisation anarchiste spécifique, ce que
Malatesta a appelé le « parti » anarchiste, est d'articuler la force des anarchistes
autour d'une proposition commune et de stimuler les mouvements sociaux pour qu'ils
avancent de plus en plus au-delà de leurs demandes, étant capables de construire la
base d'une transformation révolutionnaire.

Il est important d'insister sur le fait que le dualisme d'organisation ne présuppose
pas de relation de subordination ou de hiérarchie entre les deux cas mentionnés. Du
point de vue de l'anarchisme, l'organisation spécifique et les mouvements sociaux
sont complémentaires. La relation de l'organisation anarchiste spécifique présuppose
des relations éthiques et horizontales, qui impliquent de ne pas avoir de relations
de hiérarchie ou de domination sur les instances qui participent.

À Rio de Janeiro, les anarchistes organisés ont essayé deux fois de créer des
organisations anarchistes spécifiques ; mais la répression a retardé leur projet.
Ces camarades ont senti intuitivement que le reflux du syndicalisme révolutionnaire
pouvait condamner aussi l'anarchisme lui-même. Et c'est exactement ce qui est
arrivé. Le syndicalisme n'était pas « suffisant » et avec le reflux du syndicalisme
révolutionnaire, l'anarchisme est entré en crise, dès les années 30. Dans les
décades de 1940 et de 1950, les camarades de Rio de Janeiro (et aussi de Sao Paulo)
ont fondé leurs organisations spécifiques, mais ont été complètement isolés des
mouvements sociaux, et ils se sont organisés pour inverser ce processus. Dans la
décade de 1960, le coup d'État militaire et la situation du mouvement anarchiste
avaient retardé le projet d'une organisation anarchiste spécifique à Rio de Janeiro.
Le mouvement ayant été complètement fracassé par les années de la dictature, les
décades de 1980 et 90 furent des décades de rassemblement de vieux et de nouveaux
militants, fait principalement par le travail infatigable et la patience de Ideal
Peres. Le moment était venu non seulement de reprendre de vieux débats, mais aussi
les importantes expériences de lutte que les anarchistes avaient entreprises, même
s'ils n'étaient pas nécessairement regroupés autour d'une stratégie commune (les
occupations, les groupes d'éducation populaires, la présence dans les syndicats,
etc.,).

Au début de 2001 nous avons compris que le moment était venu de faire un saut
qualitatif, de quitter le modèle des « centres culturels » autour desquels nous nous
étions organisés depuis les années 1980, et de former une organisation politique
plus adéquate pour le travail avec les mouvements sociaux. Cela devenait de plus en
plus évident ; c'était la voie que nous devrions suivre. Nous avions une expérience
avec le travail social et, avec la décision que l'anarchisme devait fonctionner pour
pousser des luttes populaires, il est devenu évident que nous devions chercher
quelque chose de plus organisé, avec plus de cohésion, au moins, un instrument qui
nous permettrait d'approfondir notre travail dans la voie qui s'était avérée
nécessaire.

C'était alors que différents militants du mouvement anarchiste de Rio de Janeiro se
sont réunis avec l'intention de discuter la proposition de fonder une organisation.
Ils avaient déjà une certaine expérience dans le militantisme social, mais n'avaient
pas discuté de ce que le modèle organisationnel devait être. Un des groupes s'est
retiré du processus et a résolu d'avoir leurs propres discussions séparément. Plus
tard ils ont fondé la Fédération Anarchiste insurrectionaliste, qu'ils ont appelée
plus tard UNIPA (l'Union Populaire Anarchiste - União Popular Anarquista). Le groupe
qui est resté et qui a continué les discussions a constitué la FARJ en 2003. Il est
important de souligner que la le FARJ était la conséquence d'un processus qui avait
duré au moins dix ans, avec la présence d'anarchistes dans les mouvements sociaux
divers dans l'État de Rio de Janeiro.

Jonathan Payn. - Comment voyez-vous votre rôle - le rôle de l'organisation
anarchiste spécifique par rapport aux mouvements sociaux ?

FARJ. - Le rôle de l'organisation anarchiste spécifique doit être d'agir comme un
catalyseur de luttes sociales. Nous ne croyons pas que les organisations politiques
doivent guider ou diriger les luttes, comme le dit le marxisme-léninisme. La
conception Bakouninienne de la minorité active est très utile pour nous à cet égard.
La minorité active n'impose pas, ne domine pas, n'établit pas de relations
hiérarchiques ou un contrôle dans les mouvements sociaux.

Le rôle de l'organisation anarchiste spécifique dans les mouvements sociaux est
aussi de ne pas regrouper tout le monde sur les positions des mouvements qu'il
joint, mais de se répandre et d'influencer les mouvements avec des avec les
pratiques libertaires (l'action directe, l'autonomie, l'autogestion, etc.,), sans «
doctrinismes ». Cela implique une énorme responsabilité et présuppose un rapport
éthique avec ces mouvements. Cela nous mène aussi au rôle inévitable de contribuer à
la lutte contre toute tentative d'asservir les mouvements sociaux, de combattre la
bureaucratie, de stimuler l'organisation interne du mouvement et de travailler à
garantir que ces mouvements se dressent toujours sur leurs propres pieds.

Jonathan Payn. - La FARJ fait une distinction entre le travail social et l'insertion
sociale. Pourriez-vous définir les deux ?

FARJ. - Oui, nous faisons cette distinction. Comme nous nous sommes exprimés dans
notre programme : « Le travail social est l'activité que l'organisation anarchiste
effectue dans la lutte de classe, en faisant que l'anarchisme interagisse avec les
classes exploitées » ; l'insertion sociale est « le processus qui consiste à
influencer les mouvements sociaux par la pratique anarchiste. Ainsi, l'organisation
anarchiste fait du travail social quand elle crée ou développe le travail avec les
mouvements sociaux, et elle fait de l'insertion sociale quand elle réussit à
influencer ces mouvements sociaux avec les pratiques anarchistes ».

Voyons comment nous pouvons expliquer cela mieux en pratique. Pour nous, le travail
le plus important de l'organisation anarchiste est de fonctionner comme un
moteur/outil de la lutte des mouvements sociaux, des syndicats etc. et, dans ce
sens, nous avons toujours comme objectif de créer des mouvements ou de participer
aux mouvements qui existent déjà.

Bien alors, nous disons que nous faisons du travail social quand nous participons à
ou créons des mouvements et quand ceux-ci ne travaillent pas avec la stratégie que
nous défendons. Quand nous entrons dans un mouvement comme celui des sans-abri, par
exemple et nous développons le travail sans réussir à conclure un projet convenable
qui est une application pratique de notre programme, nous faisons du travail social.
Le travail social consiste donc à participer à un mouvement, mais sans réussir à
exécuter notre programme, ce projet dont nous parlons. Généralement, les premiers
pas d'une organisation anarchiste consistent toujours à faire du travail social,
mais il est indispensable de chercher l'insertion sociale, en fonction du moment.

En accord avec la définition faite ci-dessus, l'insertion sociale se produit quand,
commençant avec son travail social, l'organisation anarchiste réussit à faire que sa
stratégie fonctionne dans la pratique, dans les mouvements populaires. En réalité,
pour nous ce n'est pas assez de simplement être dans les mouvements sociaux et se
leur lécher les bottes ; il est nécessaire d'être là avec un programme et se battre
pour qu'il soit exécuté autant que possible en pratique.

Dans notre programme, nous proposons une stratégie déterminée pour les mouvements :
en résumé, de larges mouvements sans critères religieux ou idéologiques comme base
pour l'association ; une caractéristique de classe dans cette association,
c'est-à-dire des mouvements constitués par des secteurs des classes exploitées ; la
combattivité orientée vers des conquêtes au moyen des luttes et pas par le
collaborationnisme trans-classe ou les accords bureaucratiques ; l'autonomie par
rapport aux individus, aux organisations et aux institutions telles que les partis
autoritaires, l'État etc. ; l'action directe comme une forme pour garantir des
conquêtes de classe dans les luttes de la classe luimême, sans participer aux
institutions de démocratie bourgeoise ; la prise de décision au moyen de la
démocratie directe, c'est-à-dire des mouvements qui sont organisés horizontalement,
les décisions étant faites par tous ceux qui sont impliqués dans le processus de
lutte sans dirigeants détachés de la base, et en faveur de l'autogestion et du
fédéralisme ; finalement, une perspective à long terme qui peut impulser des
conquêtes quotidiennes ainsi que des luttes avec un objectif socialiste et
révolutionnaire.

Bref, plus nous réussissons à promouvoir cette stratégie dans les mouvements et plus
ils fonctionnent de cette manière, plus nous avons d'insertion sociale. Donc, il y a
une distinction facile : le travail social consiste à participer et l'insertion
sociale consiste à réussir à exécuter un programme. Le travail doit toujours être le
commencement et l'insertion sociale l'objectif désiré dans les mouvements. Nous
mettons l'accent sur les mouvements sociaux, aussi le travail social n'est-il pas
fait au hasard et encore moins pouvons-nous considérer n'importe quel acte de
rébellion, si admirable soit-il lorsqu'il est dirigé contre les oppresseurs, comme
du travail social. D'abord il y a la question de terrain ; quel est le terrain de la
lutte de classe et des possibilités offertes pour l'organisation populaire ? Si nous
comprenons le groupe de classes exploitées comme les protagonistes de la révolution,
il n'y a rien de plus évident que de travailler avec les mouvements constitués par
ceux qui son opprimés par le capitalisme.

Soit ces mouvements existent déjà, soit ils ont besoin d'être créés - cette dernière
tâche peut venir de l'organisation anarchiste spécifique ou non. Le travail social a
besoin d'être systématique. C'est-à-dire qu'il a besoin d'être régulier et d'être
développé sur les bases plus ou moins solides et avoir, ou avoir l'intention
d'avoir, le caractère de classe susmentionné. Il est nécessaire de réfléchir à vos
objectifs, sous peine de tomber dans l'activisme pour l'activisme ou de gaspiller
l'énergie nécessaire pour l'avancement des luttes.

Nous devons souligner que le travail social exige beaucoup de patience et de
persévérance. Donc une certaine attitude est nécessaire. Quelque chose que la FAU
appelle le « style militant », un terme qui, selon nous, est complètement adéquat et
qui est une chose sur laquelle nous avons commencé à réfléchir plus récemment. Il
n'y a aucun militantisme qui donne des résultats quand il y a la discordance
significative entre les attitudes des militants. Nous ne voulons pas non plus chacun
agisse et se comporte d'une façon homogène ou qu'ils soient annulés au détriment du
collectif. Il y a des personnalités et des tempéraments différents dans
l'organisation.

Ce que nous pensons, c'est que vous devez avoir certains paramètres de travail
social qui doivent être stimulés dans l'organisation anarchiste spécifique. Notre
déclaration de principes définit déjà l'épine dorsale de notre organisation, mais
l'expérience quotidienne de travail social présuppose des problèmes qui ne seront
pas résolus seulement par des abstractions. Pour cela il est indispensable que le
militant ne soit pas un « corps étranger » exotique ou exogène dans les mouvements
dans lesquels ils participent ou ont l'intention de participer. Il est nécessaire de
savoir comment écouter, comment entendre. Il est nécessaire d'être patient et
surtout, être très authentique et sincère dans le travail effectué. Donner corps aux
valeurs que nous défendons, non pas par verbosité ou endoctrinement pur, mais en
marchant ensemble au coude à coude, par la fraternité et la solidarité de la lutte
qui se déploie dans l'expérience quotidienne du travail social. Il n'est pas
possible de développer le travail social, si je ne fais qu'interagir, discuter et
fréquenter mes égaux « révolutionnaires ». A l'évidence, aucun militant ne combine
toutes les qualités auxquelles nous nous attendons, mais c'est à partir de
considérations collectives que nous précisons le sens. Plus de ce style militant
existe, plus grande est la possibilité de parvenir à l'insertion sociale. Il ne
s'agit pas d'idéologiser les mouvements, ni de les transformer en mouvements sociaux
anarchistes, mais seulement de faire en sorte qu'ils réussissent à aller aussi loin
que possible en direction des horizons révolutionnaires.

Jonathan Payn. - Depuis que j'ai rendu visite à la FARJ pour la première fois en
2005, vous avez ouvert dans l'organisation un nouveau front, que vous appelez
Anarchisme et Nature. Brièvement, pourriez-vous décrire les activités, le foyer et
la structure de chacun de ces trois devants, au-delà des mouvements sociaux avec
lesquels ils travaillent ?

FARJ. - Nous agissons dans les mouvements sociaux par l'intermédiaire de nos fronts.
Le front des mouvements sociaux urbains agit principalement dans le Movimento dos
Trabalhadores Desempregados-Pela Base ? qui est un mouvement composé de
sans-emplois, de sous-employés et de tous ceux qui souffrent d'une forme quelconque
de conséquences du mode d'organisation capitaliste. Le MTD-RJ Pela Base s'organise
autour des besoins des communautés et des quartiers dans lesquels il est inséré.
Actuellement nous pouvons compter quelques noyaux, dans leur majorité insérés dans
des communautés de la périphérie et des favelas de Rio de Janeiro. Dans le noyau du
« Complexo dos Macacos » (Complexe des Singes) nous travaillons, essentiellement,
sur l'éducation populaire ; nous sommes impliqués dans l'organisation d'un «
pré-vestibulaire » [2], qui est un cours fait pour les étudiants qui ne peuvent pas
payer les hauts prix des cours privés qui leur permettraient de se préparer aux
examens d'entrée pour les universités publiques.

Ce noyau, qui est localisé à l'intérieur du Centre de Culture Sociale (Centro de
Cultura Social), poursuit aussi un travail de réutilisation des vêtements et des
chiffons, qui est organisé par une camarade qui avait l'habitude de vivre dans un
squat qui fut un noyau du MTD-RJ, et qui a été expulsée il y a environ un an et
demi. Le noyau du complexe de Penha travaille essentiellement sur la question
culturelle, spécifiquement le hip hop. Il y a d'autres « pré-vestibulars » dans
lesquels des membres du MTD-RJ militent, travaillant comme professeurs, localisé
dans le complexe Maré. Et, à l'extérieur de la ville de Rio de Janeiro, nous avons
un noyau dans la ville de Petrópolis, une région montagneuse de l'État de Rio de
Janeiro ; ce noyau travaille sur la question du transport et du travail informel. Il
y a beaucoup de choses à faire, les noyaux se consolident. Le plus important est que
le MTD-RJ Pela Base a réussi à grouper des camarades divers, dont le principal
horizon est l'anticapitalisme et l'organisation de mouvements toujours à la base, en
cherchant l'autonomie complète par rapport aux gouvernements, aux partis et aux
compagnies. À un moindre degré, le front des mouvements sociaux urbains agit aussi
dans le Centro Acadêmico de História (Centre académique d'histoire) à l'université
fédérale de Rio de Janeiro, au moyen d'un camarade étudiant. Créer une relation
entre le mouvement étudiant et les mouvements populaires semble indispensable à
n'importe quel projet de transformation sociale, bien que nous sachions que c'est
n'est pas le travail facile.

Notre front communautaire est responsable de l'organisation du Centre de Culture
Sociale (CCS-RJ), qui est localisé dans le quartier de Vila Isabel et s'occupe
essentiellement de la communauté de Morro dos Macacos. À l'intérieur du CCS il y a
des groupes et projets différents. La littérature et les ateliers de cinéma avec les
enfants et les adolescents de Morro dos Macacos, un « pré-vestibulaire » comme
mentionné au-dessus, qui est le travail collectif de trois groupes (MTD-RJ Pela
Base, CCS et Luz do Sol), l'office d'éducation environnementale et de recyclage des
matériaux, la vente de vêtements d'occasion à prix populaires pour la communauté,
cours d'informatique et, enfin, la Bibliothèque Sociale Fabio Luz (Biblioteca Social
Luz Fábio).

En ce moment, nous travaillons comme enseignants et aides dans le pré-vestibulaire,
qui sert essentiellement à la communauté environnante ; dans l'organisation de la
Bibliothèque Sociale de Fabio Luz (qui possède des archives qui vont de l'anarchisme
à la littérature, la philosophie et les livres scolaires) et dans la littérature et
les ateliers de cinéma avec les jeunes de la communauté. Dans le CCS fonctionne le
Noyau de recherches Marques da Costa, responsable de la production d'articles et de
recherches sur l'histoire du mouvement ouvrier et du mouvement anarchiste à Rio de
Janeiro, où nous éditions aussi un bulletin appelé Emecê qui réunit des chercheurs.
La première fonction du CCS n'est pas seulement d'être une référence pour les
mouvements sociaux de Rio de Janeiro, mais d'ouvrir la voie aux initiatives
autonomes et contribuer à la formation politique et sociale de la communauté qui est
autour. Le CCS réalise modestement ces objectifs.

Notre dernier front, et le plus récent, appelé Anarchisme et nature, ou
Agro-écologie, a été créé à partir du travail spécifique développé essentiellement à
Seropédica (une ville rurale de Rio de Janeiro) et à Baixada Fluminense et du
travail de ces militants dans le noyau de santé et d'alimentation Germinal qui,
depuis quelques années, a organisé des activités dans le Centre de Culture Sociale
(CCS-RJ), en soutenant aussi des activités communautaires reliées au mouvement des
sansabris et des agriculteurs urbains.

Ce qui a commencé avec la participation de nos militants dans les groupes
agro-écologiques de la région (le Groupe d'Agriculture Écologique - GAE et
Association de Producteurs Autonomes de la Ville et des Champs - APAC), a eu pour
résultat la participation du front à des camps du MST (le Mouvement des sans-terre -
Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra) avec des petits exploitants agricoles
de la région. Le front intègre aussi, au moyen des mouvements dans lesquels il est
inséré, l'Articulation d'agro-écologie de Rio de Janeiro (Articulação de
Agroecologia do Rio de Janeiro - AARJ), qui est un réseau de groupes sociaux ruraux
divers et de mouvements de l'État de Rio de Janeiro qui se battent essentiellement
contre l'expansion de l'agrobusiness, des transgéniques et pour le renforcement
d'initiatives agroécologiques. Nous pensons que l'agro-écologie peut devenir une
alternative de rupture avec le capitalisme quand il est relié aux mouvements qui se
battent pour la terre et pour le contrôle de la production dans les champs, à partir
d'une perspective d'action directe.

Jonathan Payn. - Quelles sont les fonctions des fronts en ce qui concerne
l'organisation spécifique et les mouvements populaires ?

FARJ. - En relation avec l'organisation spécifique, les fronts ne sont pas des
groupes à l'intérieur de l'organisation, mais des parties intégrales de la FARJ. Ce
qui est en question dans la division en fronts, c'est plutôt de mieux organiser le
travail militant. L'autonomie des fronts est effective, mais elle est subordonnée à
la ligne stratégique définie collectivement dans notre conseil fédéral et liée aux
principes et au programme de l'organisation. C'est fondamental pour que nous ayons
les mêmes horizons de lutte. Sans cela, le travail serait impossible à faire et
glisserait vite dans « l'activisme pour l'activisme », ce qui serait un gaspillage
terrible d'énergie. Il arrive, par exemple, bien que pas très fréquemment, que les
militants migrent d'un front à un autre ; soit après des demandes collectives de
l'organisation, soit par suite de l'incapacité temporaire de ceux-ci à agir dans de
certains espaces déterminés - ou par convenance. Les fronts ont surgi des besoins
pratiques des mouvements dans lesquels nous opérons et des conditions dans
lesquelles l'organisation fait marcher et coordonne les activités anarchistes dans
ces espaces. En ce qui concerne les mouvements populaires, nous avons l'intention
fondamentalement de les renforcer ; dispersant par l'exemple, par la pratique
politique et par l'éthique les principes d'autonomie, d'action directe et
d'horizontalisme. Comme nous l'avons déjà dit, nous ne croyons aux mouvements
sociaux « anarchistes », cela enlèverait aux mouvements la grande majorité des leurs
militants et, à cause de cela, condamnerait l'anarchisme aux ghettos ou aux cercles
limités. Cependant, répandre les valeurs libertaires c'est garantir que les
mouvements ne sont exploités ni par les partis ni par les gouvernements, et qu'ils
ne prennent pas non plus d'orientations réformistes. La réalisation des fronts va
dans ce sens. Dans le travail pour que l'autonomie des mouvements et la combativité
soient garantis ; et agir pour que les mouvements s'organisent chaque fois plus et
atteignent des horizons révolutionnaires.

Évidemment, la diffusion de l'anarchisme dans les mouvements se produit
naturellement au cours de notre pratique en tant que militants, même si ce n'est pas
une fin, cela va dans ce sens, en respectant toujours les choix et les positions
personnelles des militants qui les intègrent.

Jonathan Payn. - Travaillez-vous à l'extérieur de ces trois devants ? Si oui, quel
genre du travail ?

FARJ. -> Il y a quelques activités transversales que nous sommes en train
d'intégrer, comme l'Université populaire, où différents camarades des fronts sont
impliqués. L'Université populaire est un projet d'éducation populaire qui fonctionne
fondamentalement avec des cours et des ateliers d'éducation sociaux et politiques
dans les communautés, les noyaux de sans-emploi, les favelas, les occupations, les
campements, etc. Il y a aussi ceux qui n'ont pas été nécessairement officialisés
dans un front spécifique. Certains camarades sont impliqués dans leurs syndicats
respectifs ou dans leurs entités étudiantes, mais priorisent toujours le travail qui
leur a été confié dans leurs fronts respectifs. Nous n'avons pas officialisé de
front syndicaliste, à cause des conditions ci-dessus décrites, mais c'est une
possibilité ouverte.

Éviter une surcharge de travail est essentiel pour ne pas épuiser les militants.
Évidemment, tout militantisme exige une certaine dose de sacrifice ; mais user les
militants excessivement avec le travail qui n'est pas centré autour d'un objectif
commun est une perte de temps complète. Il faut donc toujours s'interroger
collectivement sur l'initiation de nouvelles activités. Dispersés nous sommes de
moins en moins efficaces ; c'est pourquoi il est très important que les activités
soient effectuées au sein des fronts. Il y a des tâches hors des fronts qui sont
faites dans le cadre des secrétariats de l'organisation.

Nous ne considérons pas que cette activité soit proprement une activité de
militantisme social ; mais nous choisissons de définir que chaque militant effectue
un travail externe (dans les fronts, c'est-à-dire le travail de ceux-ci dans leurs
mouvements sociaux respectifs) et une activité interne (dans les secrétariats de
l'organisation). Cela évite que dans un groupe, existe des personnes qui fassent
seulement du travail interne, « idéologique » activités en grande partie
confortables et libre des contradictions et contraintes des mouvements sociaux. Cela
évite aussi que le ait une activité sociale et ne se préoccupe pas des tâches
internes de l'organisation, qui sont très importantes. Il est impératif pour nous
que tous les militants aient le contact direct avec une activité permanente dans les
mouvements sociaux dans lesquels ils sont insérés et qu'ils réalisent un peu de
travail intérieur pour l'organisation.

Jonathan Payn. - En août 2008 vous avez adopté le document Anarquismo Social e
Organização (l'Anarchisme Social et l'Organisation) comme votre programme.
Pourriez-vous expliquer comment ce document a été conçu et le processus qui a
conduit à son adoption ?

FARJ. - Depuis quelque temps nous avions déjà fait des tentatives de systématiser
des discussions qui ont émergé dans l'organisation. Ces réflexions ont été faites à
partir de notre expérience de militantisme social pratiquée dans les fronts. Le
programme a été constitué comme la formalisation de quelques idées, qui ne
concernent pas seulement notre conception de l'anarchisme, mais aussi la
récupération, tant historique qu'idéologique, des conceptions d'organisation qui
constituent la trajectoire du mouvement anarchiste. Nous avions besoin aussi de
mieux définir nos horizons et d'officialiser quelques méthodes, en résolvant des
différences de conception et en systématisant des réflexions collectives.

Le processus de formalisation du programme a été fait non seulement à partir de
l'accumulation de lectures collectives que nous avions faites ; ou encore de
l'accumulation théorique, mais aussi des réflexions sur les fronts, leurs
difficultés, leurs succès et leurs échecs dans le militantisme social. Le programme
a surgi de notre pratique politique, soit dit en passant, mais extrêmement riche en
contributions. Donc nous avons lancé une discussion intérieure, lors de laquelle
nous avons distribué des responsabilités pour contribuer au texte « final ». La
lecture de tout ce matériel, les contributions individuelles et collectives étaient
un peu longues et fatigantes, mais importantes pour que nous parvenions à un horizon
stratégique. Le travail était grand, d'autant que parallèlement à cela, notre
militantisme ne pouvait pas être interrompu. Après beaucoup d'efforts et d'intenses
discussions collectives, nous avons réussi à systématiser cette matière. Le point
fondamental de ce processus était que nous avons réussi à grouper les militants de
l'organisation, qui ont résolu les asymétries idéologiques et ont énormément
contribué à notre autoformation.

Évidemment, nous avons bien envisagé que le programme n'était pas une clause écrite
dans la pierre, ni une Bible sacrée. Nous avons considéré que quelques ajustements,
résultant d'inexactitudes, pouvaient (et devaient) être faits plus tard ; c'est
normal que cela arrive. Mais le plus important était d'apporter une contribution non
seulement à notre pratique, mais à tout le mouvement anarchiste.

Sans aucun doute, nous pouvons dire que l'impact du programme fut beaucoup plus
grand que nous pensions ! Ce qui nous a donné une grande satisfaction, mais d'autre
part, nous imposa plus de responsabilités et nous fit également prendre conscience
de nos tâches.

Jonathan Payn. - La FARJ a rejoint récemment le Forum de l'Anarchisme Organisé (FAO)
au Brésil. Qu'est le FAO et quels sont ses objectifs ?

FARJ. - le Forum de l'Anarchisme Organisé est un forum qui réunit une série
d'organisations spécifiques et de groupes anarchistes autour d'une vision commune de
l'activité anarchiste organisée dans les mouvements sociaux et populaires. C'est un
espace pour le débat et pour la mise en relation des organisations anarchistes, des
groupes et des individus qui travaillent ou ont l'intention de travailler en
utilisant les principes et la stratégie de l'anarchisme comme base.

Le but principal du FAO est de créer les conditions pour la construction d'une
organisation anarchiste nationale au Brésil. Une tâche que nous savons ne pas
relever du court terme, mais qui a besoin d'être commencée immédiatement. Le besoin
d'un projet groupant au moins les anarchistes au niveau national est indispensable
pour que nous puissions réussir à recapturer la force de proposition libertaire.

Jonathan Payn. - Quelles sont les implications pratiques de l'entrée de la FARJ dans
le FAO ? Et pourquoi a-t-il fallu tant de temps pour que la FARJ adhère ?

FARJ. - Pour l'heure, partager et au moins formuler des propositions générales.
Discuter et débattre non seulement de nos pratiques politiques, mais de questions
théoriques qui nous semblent importantes pour entreprendre des actions communes, en
traitant les différentes réalités locales dans lesquelles les groupes opèrent.

Quand le processus du FAO a été lancé, nous avons choisi de construire notre
organisation intérieurement et consolider notre travail, ce dont nous nous
félicitons aujourd'hui, car nous avons pu mieux définir les questions stratégiques
et le développement de notre pratique militante. Cela arriva en grande partie parce
qu'ile y avait des divergences sur des questions pratiques à propos des actions
d'une autre organisation anarchiste de Rio de Janeiro Cela s'est produit, en grande
partie, parce qu'il y avait des désaccords autour de questions pratiques à propos de
l'activité d'une autre organisation anarchiste à Rio de Janeiro qui malheureusement,
en plus d'avoir empêché notre entrée dans le Forum, a peu après rompu les relations
avec le Forum et, après sa sortie, accusa tous les autres groupes et organisations
anarchistes d'être « révisionnistes » et « éclectiques » (un terme curieusement
adopté par Lénine dans beaucoup de ses textes). Ainsi, ils se sont réclamés d'une
position théorique revendiquée comme « Bakouniniste », accusant Malatesta et
Kropotkine d'être des penseurs « révisionnistes ».

Parallèlement, nous avons tenu à rétablir le contact avec divers groupes et
organisations anarchistes. C'est venu naturellement de la rencontre de nos militants
dans les forums des formations de classe et des mouvements sociaux auxquels ils
participent. Les perspectives d'entrée dans le FAO sont devenues concrètes.

Il est important d'insister sur le fait qu'il y avait beaucoup de maturité politique
chez tous ceux qui étaient impliqués pour surmonter de vieilles questions. C'était
essentiel pour résoudre des problèmes spécifiques et avancer autour d'une
proposition commune. Il n'y a pas moyen de construire un forum national ou une
organisation, si on n'est pas capable de discuter fraternellement de tous les
problèmes qui surviennent face à cette tâche immense.

Nous pensons que le FAO était très du chemin parcouru, en parvenant à réunir les
groupes et les organisations qui le composent maintenant. Il y a aussi la
possibilité que d'autres organisations rejoignent le FAO très bientôt. De savoir
qu'il y a d'autres camarades travaillant dans leurs localités respectives avec une
perspective d'anarchisme organisé nous donne le grand espoir sur le chemin de la
transformation sociale.

Jonathan Payn. - L'Afrique du Sud a accueilli récemment la Coupe du Monde de
Football et Rio de Janeiro sera une « Ville d'Hôte de FIFA » pour la coupe Tasse de
2014. Quels impacts ou effets croyez-vous que cela aura sur la ville, politiquement
et économiquement, aussi bien que sur les mouvements sociaux populaires avec
lesquels vous travaillez ? Y a-t-il déjà des réactions ?

FARJ. - En 2007, lors de la réalisation des jeux Pan- Américans (PAN), les
mouvements sociaux ont déjà dénoncé le processus de « nettoyage urbain » entrepris
pour recevoir les délégations étrangères et les touristes. Le PAN fut un petit essai
de l'élite de l'État de Rio de Janeiro et du Brésil pour réaliser un plan beaucoup
plus ambitieux, qui est de transformer Rio de Janeiro en une ville essentiellement
touristique ouverte au grand capital international. Le rêve de l'élite a créé le
cauchemar de l'exploité quand la coalition des trois sphères de gouvernement : Lula,
Sérgio Cabral (gouverneur de Rio de Janeiro) et Eduardo Paes (le maire de Rio de
Janeiro), en association avec les principaux hommes d'affaires nationaux et
internationaux, a commencé « l'adaptation » de la ville à la Coupe du Monde et aux
Jeux Olympiques.

Le plan qui a été lancé avec la coupe Pan-Americaine s'est développé avec plus de
force dans ces administrations récentes, avec peu d'accumulation de force du
mouvement social pour réussir à arrêter ces projets. Comme nous (et d'autres
mouvements sociaux et groupes politiques autonomes) l'avions prédit, beaucoup de
mouvements sociaux qui avaient choisi la voie illusoire de mécanismes juridiques
furent confrontes à un État chaque fois plus "endurci", résultat du pacte politique
des élites, qui ont stratégiquement retiré des secteurs un peu plus progressifs de
leurs filières et canaux institutionnels pour réaliser leur projet avec la caste la
plus réactionnaire sur laquelle ils pouvaient compter.

Les conséquences sociales et politiques sont terribles. Dans l'adaptation de la
ville aux exigences de la FIFA et d'autres organismes capitalistes internationaux,
une politique de « tolérance zéro » très semblable au modèle américain de répression
s'est développée. Nous avons comme exemples de cette politique d'extermination
l'augmentation des salaires et de primes de la police militaire de l'État de Rio de
Janeiro (pendant que les enseignants dans les écoles publiques à Rio de Janeiro ont
un des taux de salaire les plus bas du pays), la constitution d'unités de police
dans les favelas et les banlieues (UPP, Unités de police « Pacificatrice ») pour
contrôler la pauvreté et pour l'éradication du mécontentement, et la politique
d'expulsions et de répression des occupations et des communautés pauvres. Les
policiers de Rio de Janeiro sont les plus grands tueurs au Brésil!

Pour avoir une idée, un accord institutionnel appelé le « Choc de l'ordre », une
sorte de AI-5 municipalisée [dispositif juridique de l'état d'exception de la
dictature civile et militaire de 1964 qui annula les mandats, suspendit l'habeas
corpus et autres garanties constitutionnelles « juridiques »], fut mis en pratique
par la préfecture. Il en résulta des expulsions, des évictions, la répression et des
attaques contre les ouvriers. Ce à quoi nous assistons est un processus croissant de
militarisation de la ville au service du projet national des élites qui sera
probablement exporté vers d'autres États brésiliens lorsque ce sera nécessaire. Par
l'histoire de la ville nous pouvons dire que Rio de Janeiro est une sorte de
laboratoire social pour l'élite politique et économique qui domine le Brésil. La
promesse de plusieurs candidats à la présidence d'établir un Ministère de Sécurité
est révélatrice de la manière dont le gouvernement fédéral traitera à l'avenir la
question sociale. Sur le plan économique, nous avons de grandes augmentations pour
les hommes d'affaires et les capitalistes, pendant que les ouvriers informels (les
vendeurs de la rue) subissent la répression et la précarité. L'augmentation des
effectifs de la Garde Municipale (la garde militaire de la préfecture du
gouvernement de la ville de Rio de Janeiro) prouve que la montée sociale est
terrible. La spéculation immobilière continue de manière incontrôlée. Les
conséquences sont le paupérisation et ma marginalisation des plus pauvres ;
l'exclusion de ceux qui ne peuvent pas se permettre de payer de hauts loyers ou
acheter des maisons dans les régions chères. Nous pouvons dire ouvertement que
l'augmentation du prix des terrains dans la ville de Rio de Janeiro vient d'un
projet de « ville idéale » des élites : dans ce projet, on lutte contre la pauvreté
en luttant contre les pauvres. Pour les mouvements sociaux, la situation est très
difficile. La répression, la criminalisation et la persécution politique pendant la
Coupe du Monde et, pourquoi ne pas le dire, l'éradication physique des mécontents
est une possibilité qui doit être envisagée avec sérieux et inquiétude. À la Coupe
du Monde et aux Jeux Olympiques il est probable que cela s'aggravera avec le soutien
des médias et d'une grande partie de la classe moyenne. La conjoncture aujourd'hui
dans notre État, toutes proportions historiques gardées, est très semblable à celle
de la période de dictature militaire. Il y a un fascisme institutionnel permanent.

Jonathan Payn. - Au moins dans mon organisation et peut-être dans d'autres groupes
de tradition plateformiste ou spécifique, nous essayons sérieusement de trouver un
équilibre entre le besoin de nous rapprocher et admettre de nouveaux militants dans
l'organisation, en augmentant sa capacité et ses activités, et le maintien d'un
certain niveau d'unité théorique et tactique. Pourriez-vous parler un peu du
processus auquel la FARJ a recours pour se rapprocher de nouveaux membres et quelles
sont les exigences pour rejoindre l'organisation, à la fois en tant que « militant »
et en tant que « sympathisant » ?

FARJ. - Eh bien, il est important de comprendre l'arrivée de nouveaux camarades et
le besoin de les intégrer dans la dynamique de l'organisation comme un « bon
problème » pour une organisation politique anarchiste, une fédération publique, mais
qui n'est pas complètement « ouverte », parce qu'elle a défini des critères, mais
pas complètement rigides, pour ceux qui désirent la rejoindre. Deux critères sont
importants : développer le travail social et être en accord avec les positions de
l'organisation.

Le rapprochement survient sous différentes formes. Les camarades peuvent nous
connaître et travailler avec nous dans les mouvements sociaux, et à partir de ce
travail, ils peuvent finir par montrer de l'intérêt pour notre organisation. Nous
constatons que c'est une des meilleures façons de se rapprocher de nouveaux membres,
parce qu'il s'agit de la possibilité d'agir ensemble dans le travail social
développé dans les mouvements, en leur donnant la possibilité de faire connaissance
avec notre travail politique en pratique. Mais il y a des cas distincts, comme avec
d'autres camarades qui nous ont connus par nos productions, comme le journal Libera,
ou par les espaces anarchistes où nous agissons directement, comme le CELIP, à
partir desquels ils se sont intéressés à l'organisation à partir d'un lien
strictement idéologique.

Il est important que le ou la camarades qui veut rejoindre l'organisation développe
une activité dans les mouvements sociaux : chez les étudiants, dans la communauté,
dans le syndicat, avec les sans-abris ou les sans-terre, les sans-emplois, les
agriculteurs, etc. Nous considérons que les endroits où nous sommes actifs pour être
certains des meilleurs endroits pour l'apprentissage.

Il y a aussi le cas de camarades qui, en dépit de la distance - que ce soit en
dehors de l'État ou dans d'autres régions du pays - veulent soutenir la FARJ et y
participer, et qui donc reconnaissent nos documents (surtout « Anarquismo e
Organização Social) et envisagent d'intégrer le cercle de sympathisants-militants de
la FARJ.

Pour rejoindre le niveau des sympathisants, le camarade manifeste généralement la
volonté de soutenir l'organisation. Cette conversion procède de la discussion
collective, lors de laquelle on parle, surtout du militantisme du candidat. Chaque
fois qu'un nouveau camarade demande à entrer comme sympathisant, un de nos militants
a la responsabilité de lui transmettre des documents et des textes qui cherchent à
situer et à ôter les doutes du nouveau militant, qui concernent à la fois notre
formulation et notre pratique politique. Il est important de ne pas perdre nos
acquis et de socialiser nos réflexions.

L'entrée dans le cercle de militants inclut de plus grandes responsabilités et un
plus grand engagement, et est une conséquence du premier travail.

Cela n'arrive que lorsque le camarade a déjà collaboré dans un des fronts comme un
soutien et se trouve déjà au courant des discussions propres du mouvement social
auquel il participe et du matériel de l'organisation. C'est important parce que cela
évite le militantisme « aliéné » que nous sommes habitués à voir dans les
organisations hiérarchisées de partis politiques électoraux et « révolutionnaires ».
Il est important que chaque militant anarchiste puisse appliquer la ligne politique
de l'organisation et ait une préparation minimale au travail politique que
l'organisation a l'intention d'accomplir. Ce camarade est intégré dans la FARJ dans
la mesure où il déclare le vouloir. Donc, il est nécessaire d'établir un niveau de
confiance, parce que le travail anarchiste ne peut pas être construit seulement avec
une affinité théorique abstraite. Ce lien de solidarité, de respect et de confiance
envers un camarade se forme dans la lutte, sinon l'unité est purement artificielle,
ou pire, fondée seulement sur les liens affectifs, qui existent, nous le savons,
dans toute organisation, mais qui ne peuvent pas être les critères objectifs d'une
pratique politique. La dynamique est simples. Après un temps d'intégration dans le
cercle de soutien, ces camarades peuvent rejoindre le cercle des militants de
l'organisation s'ils le désirent, assumant avec celui-ci leurs nouvelles
responsabilités. Il est important que l'initiative d'entrer dans le cercle de
militants vienne de la personne intéressée et soit approuvée par le collectif. Il
est important de souligner que les nouveaux camarades (qui vivent à Rio de Janeiro)
seront intégrés dans la mesure où ils participent au travail social et approuvent
les propositions de la FARJ, mais jamais sur la seule base d'accords idéologiques
qui ne résultent pas d'un accord avec la pratique politique de la fédération. Déjà,
ceux qui vivent loin peuvent s'appuyer sur l'accord idéologique et la pratique
sociale qu'ils développent dans leurs villes de résidence.

Nous savons qu'il y aura toujours une asymétrie de connaissances théoriques et
pratiques et différentes aptitudes entre vieux et nouveaux camarades. Mais
l'organisation, qui est toujours une construction collective et pas un ensemble
d'individus, doit créer les conditions permettant de niveler les connaissances
minimales nécessaires pour le travail social et politique. Les membres de
l'organisation doivent aussi se préparer individuellement au travail théorique et
pratique, aux deux niveaux, aussi bien social que politique.

Nous résolvons les asymétries collectivement en organisant des a séminaires internes
et en élaborant des textes collectifs à partir de lectures communes ou de
discussions de groupe.

Jonathan Payn. - pensez-vous que ces processus d'approche et de construction d'unité
théorique et tactique, au-delà des critères pour entrer dans l'organisation,
puissent varier selon les conditions sociales et politiques d'un endroit déterminé
et de sa tradition libertaire ? Et comment ?

FARJ. - Oui. Nous constatons que la réalité ne répond pas seulement à notre volonté
et l'organisation doit être prête à agir dans différentes conjonctures et contextes,
sans se bureaucratiser ou cristalliser des modèles qui ne s'appliquent pas aux
réalités diverses auxquelles les anarchistes font face. Que ce soit au Brésil ou
dans une autre partie du monde. Le Brésil est récemment sorti d'une période
dictatoriale et est entré dans un régime censément démocratique. Et l'histoire des
pays latino-américains est pleine de périodes de dictature. Ici même nous avons eu
deux périodes de dictature, de 1930 à 1945 et de 1964 à 1985, et nous devons être
conscients que l'histoire pourrait se « répéter ». Nous sommes conscients aussi que
la réalité du militantisme dans notre pays - même dans un petit État par rapport au
Brésil, comme celui de Rio de Janeiro - présente des différences et des
particularités qui ne peuvent pas être négligées. Faire de la politique dans l'État
de Rio de Janeiro, ou même dans Baixada Fluminense, une zone métropolitaine de la
ville, c'est travailler dans un environnement plus hostile que celui qu'on rencontre
dans la capitale de l'État.

Mais votre question est : comment faites-vous et comment adapter les critères
d'approche et d'entrée à la nécessité de maintenir une unité théorique et
stratégique ? Aussi bien en période de répression maximale et de répression
minimale, et à la lumière des différentes traditions libertaires. Nous pensons que
cela peut être considéré à la lumière d'expériences pratiques, telles que celle de
la FAU (Federación Anarquista Uruguaya), qui a déjà traversé des périodes de
dictature et des périodes de démocratie et a pu s'adapter pour ne pas cesser de
construire son militantisme.

Et notre organisation est très jeune, elle a juste sept ans ; et de fait, en
commençant notre militantisme dans une période de « re-démocratisation », nous
agissions dans cette réalité, qui nous permettait d'éditer des journaux anarchistes,
de mettre en place des activités dans les universités et les syndicats, etc. - des
choses qui ne sont pas réalisables sous un régime dictatorial. Certainement, si la
répression augmente, nous devrons faire tout ce travail d'approche et d'entrée dans
l'organisation sur d'autres bases, moins publiques et moins ouvertes, de façon à
garantir l'activité de l'organisation et la vie des militants.

Nous disons cela parce que cela ne sert à rien de ramasser un livre de recettes et
d'essayer de l'appliquer intégralement à notre réalité. Un des critères fondamentaux
pour qu'une organisation qui veut se maintenir suffisamment de temps pour pouvoir
influencer la réalité est qu'elle doit savoir comment observer la conjoncture et à
partir de cela adapter son action. Par exemple, dans la FARJ, nous avons pris du
temps pour atteindre le niveau d'unité que nous avons aujourd'hui, mais nous ne
croyons pas que l'unité moindre qui a exista au commencement fut une raison de
scissionner. Une organisation qui prend forme, surtout dans les endroits qui n'ont
pas de longue tradition de militantisme, a besoin d'être patiente. Nous défendons
complètement le principe de l'unité théorique et tactique, mais si nous créons une
organisation, par exemple, nous ne pouvons pas trop « serrer » la demande d'unité
sans discussion étendue, car cela limiterait beaucoup le nombre des militants de
l'organisation (comme dans beaucoup de groupes trotskistes).

Ainsi, il est nécessaire d'être patient : l'unité s'accomplit au cours du processus
s'apprentissage, de discussion et, fondamentalement, de la pratique politique de
l'organisation dans les luttes. Donc vous devez donner « le temps au temps »,
c'est-à-dire forger la base minimale d'unité pour unir un groupe de camarades de
manière à lancer des discussions et le travail et, dans ce contexte, « resserrer »
l'unité, l'organisation etc. Le militantisme est aussi une culture et les gens ne
changent pas si vite. Ils vont approuver les documents ou le travail de
l'organisation et verront progressivement la nécessité de la discipline, de la
régularité dans leur travail, de l'approfondissement théorique etc. Il n'y a aucun
intérêt à ce qu'un nouveau militant arrive et que vous le fassiez « crouler » sous
une montagne d'exigences, parce qu'il quittera très probablement l'organisation.

Cela doit être un exercice permanent de savoir combien on peut « serrer l'écrou »,
parce que, s'il est vrai que quand ce n'est pas très serré il peut y avoir des
problèmes, si vous le serrez trop, il casse. C'est-à-dire que l'organisation devrait
avoir à l'esprit une augmentation permanente de l'unité, mais toujours « serrer
l'écrou » dans la mesure correcte, sans exagérer, ni manquer de le serrer.

Quelquefois il vaut mieux commencer avec les lignes plus fondamentales et continuer
à développer la discussion en chemin, que d'essayer de fermer tous les pont trop au
début. Finalement, nous devons dire que l'organisation et l'unité de l'organisation
anarchiste doivent accompagner le travail dans les mouvements populaires. Il n'y a
aucun intérêt à vouloir une organisation anarchiste avec un niveau maximum
d'organisation et d'unité, s'il y a peu de luttes, si celles-ci sont très
désorganisés, etc. Comme complément aux luttes des mouvements, l'organisation
anarchiste doit accompagner son niveau de développement, sans jamais oublier la
conjoncture ; avec une recrudescence de luttes sociales, il est naturel que
l'organisation anarchiste doive s'y adapter.

Jonathan Payn. - Voudriez-vous dire quelque chose de plus ?

FARJ. - Seulement souhaiter la force aux camarades anarchistes, surtout ceux de
Zabalaza. Nous espérons que les mouvements sociaux autonomes avancent et que les
groupes anarchistes et les organisations puissent contribuer modestement à la
constitution d'un horizon de luttes qui ait des intentions révolutionnaires et que
c'est la tâche des opprimés. Il y a encore la place pour les rêves dans le monde.



1 Traduit par Eric Vilain, Fédération anarchiste francophone.

2 Le « Vestibular » est un examen que passent les gens pour entrer à l'université.
Les universités publiques au Brésil sont les meilleures et sont gratuites.
Cependant, les personnes pauvres ont des difficultés à y entrer parce que
généralement ceux qui peuvent y entrer sont celles qui ont étudié dans de bonnes
écoles privées. Le cours « pré-vestibulaire » est une préparation pour les personnes
pauvres, avec une base communautaire, pour qu'elles étudient et puissent, en passant
l'examen « vestibulaire ». Prévestibulaire est donc un cours préparatoire pour cette
entrée. Un projet d'éducation populaire. (Note de Felipe Corrêa.) (Latin vestibulum
« vestibule, entrée ».)
http://monde-nouveau.net/spip.php?article387&lang=fr

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