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(fr) Droits des femmes: L'IVG menacée

Date Tue, 13 Mar 2012 11:49:01 +0100


Depuis plusieurs années, l'accès à l'IVG est menacé, état des lieux avec Josée
Pépin, de l'association Droit des femmes XXe, membre du collectif Tenon.
* Quelle est la situation actuelle des centres IVG en région parisienne?
La situation est alarmante : en dix ans 140 centres d'IVG ont fermé, très souvent en
catimini, selon un rapport de l'IGAS. Récemment, on peut dire que la maternité de
Saint-Antoine et son centre IVG qui pratique 800 avortements par an, ferment le 9
février. Le centre Bicêtre va déménager et se relocaliser dans la maternité, avec
une diminution de locaux, donc une baisse de l'activité pour les IVG. C'est la même
chose pour Saint-Louis. Saint Vincent de Paul va sur Port Royal pour un
regroupement, avec éclatement de l'activité aussi. Sur Baujon, il y aura 30 % d'IVG
en moins, l'équipe privilégiant d'autres activités. À Montreuil, où 1 400 IVG sont
pratiquées, il y a également une réduction de 50 % de l'activité depuis la
nomination de la nouvelle directrice. Enfin, Avicenne et Jean-Verdier devraient être
regroupés et ont déjà réduits leurs actes de 18 % et 4 %. En gros, depuis cinq ans
le nombre d'IVG est en diminution régulière en région parisienne (13 463 en 2005, 11
889 en 2010 soit moins 10 %).

* Comment expliquer ce désengagement important?

La loi HPST dite loi Bachelot, qui entre dans la logique de ce gouvernement infâme,
organise la casse de tous les services publics, la santé étant un terrain de choix,
puisque des services entiers pourtant jugés rentables sont bradés a des « amis »,
laboratoires et fonds de pensions. Il faut rentabiliser l'hôpital, et toutes les
occasions sont bonnes : départs en retraite, structures fermées ou temps médical
supprimé. La T2A ou tarification à l'acte qui impose des objectifs chiffrés aux
hôpitaux, avec une augmentation de l'activité à moyens constants, voire à moindres
moyens. Dans ce contexte, la pratique de l'IVG est sous tarifée, son forfait
correspondant à la moitié du coût d'une fausse couche. D'où une demande de
requalification de l'acte par des associations féministes et de médecins. Certes,
une revalorisation donnerait sûrement un intérêt économique pour cette pratique -
même si sur le fond ça se discute. Mais pour que la réévaluation du forfait IVG soit
juste, il faut exiger l'exonération du ticket modérateur, c'est-à-dire sa prise en
charge à 100 %, ce qui rendrait l'IVG accessible à toutes.

* Quelles sont les conséquences en matière de droit des femmes et d'accès réel à
l'avortement?

Sur le fond, ce droit n'a jamais été pleinement reconnu. La loi Veil a été votée en
1975 mais officialisée en 1979, cinq ans après seulement : les femmes ayant été bien
sages et n'ayant pas « abusé » on pouvait leur « donner » l'avortement ! Aujourd'hui
le discours a peu changé, la France est l'un des pays du monde où les femmes
recourent le plus à la contraception (à 87 %) et où le taux de fécondation est avec
l'Irlande le plus élevé d'Europe. Pourtant, la culpabilisation n'a jamais cessé, sur
le mode : « Comment ! On leur a donné la pilule et il y a encore 200 000 avortements
par an ! », selon l'esprit des déclarations tenues par Raffarin ou Debré... L'ordre
moral des intégristes religieux est en constante augmentation, SOS-Tout-petits
manifestant régulièrement dans plusieurs villes de France, comme à Tenon où ils
reviennent d'ailleurs le 12 février. Tout est donc en place pour restreindre à petit
feu ce droit : fermetures de centres, délais d'attente de trois semaines pour un
rendez-vous en Paca, Nord-Pas-de-Calais, et Ile-de-France - chaque année, environ 3
000 femmes hors délais sont dirigées à l'étranger -, manque de formation du monde
médical, pas le choix de l'IVG, mauvais accueil, stigmatisation... Heureusement, il
y a des mobilisations : le 4 février de 11h à 12h, rassemblement devant l'hôpital
Saint-Antoine ; le 8 mars, il y a une manifestation dans le cadre de la journée
internationale des droits des femmes, et fin mars, la journée nationale « Notre
santé en danger » au cours de laquelle le droit à l'IVG sera très présent. Cela
n'est cependant pas suffisant : rapidement une initiative spécifique devra être
envisagée par les organisations féministes!

Violaine

Alternative Libertaire, n°214, février 2012

http://www.alternativelibertaire.org
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