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(fr) [Costa Rica] Il ne reste plus de joues à tendres [ca,en]
Date
Fri, 6 Aug 2010 08:15:37 +0200
[Note de la rédaction d'Anarkismo.net: Déclaration du collectif La Libertad qui nous
arrive du Costa Rica. Elle traite de la militarisation croissante de la zone
Amérique Centrale-Caraïbe. Elle examine aussi la répression croissante contre le
mouvement populaire et contre chaque forme de protestation sociale ainsi que sa
position devant l'autorisation donnée pour le stationnement de milliers de marines
yankee sur le territoire du Costa Rica. Solidarité et Force.]
Depuis début juillet jusqu'en août, les travailleuses et travailleurs de plantations
de bananes, les paysans et les indigènes de la province de Changuinola en Bocas de
Torro (Panama), sont en grève pour la défense de leurs droits [Code du Travail. Ntd]
gravement menacés par la dite loi «Chorizo»[1] et par la loi « Carcelazo » approuvée
par le gouvernement droitier et militariste de Martinelli.
Plus de 4000 travailleurs affiliés à la Confédération des Travailleurs de la
République du Panama et 700 travailleurs de la Convergence Syndicale ont manifesté
le 8 juillet leur rejet de l'élimination du droit de grève, la restriction de la
liberté syndicale, l'emprisonement punitif pour les manifestants et la suppression
des quotas syndicaux. Ils furent brutalement réprimés par les forces de police. Les
coups de matraques et la violence policière ont tué 7 personnes, tandis que plus de
100 personnes ont été hôspitalisées et près de 30 détenues.
Ces actions ont réveillé les mobilisations dans toutes les provinces du pays. Comme,
par exemple, la convocation de la part de la « Rencontre nationale de dirigeants
populaires, syndicaux et corporatifs », à une grève nationale pour le mardi 13
juillet. Les organisations ouvrières et paysannes, ménacées dans leur existence par
la création, au travers de cette loi, d'une centrale syndicale fidèle au
gouvernement, ont exigé la libération des travailleurs emprisonnés et ont exprimé
leur colère pour les assasinats politiques commis.
Cependant, la violence de l'Etat, les pressions officielles et le nouvel
encerclement médiatique, comme tant d'autres fois dans notre région, ont permis la «
négociation » et ont accouché d'une « sortie » du conflit. Mais ce cas est un
exemple de plus des formes que le système capitaliste et l'Etat revêtent
actuellement dans la région d'Amérique Centrale ; c'est un exemple de la barbarie
que peut porter la droite fasciste pour imposer ses projets de libéralisation
économique, d'appropriation des ressources et marchandisation de la vie.
Il s'agit d'une tendance qui a réussi en quelques années a prendre forme dans l'axe
militariste et néo-libéral des États de la région, depuis le Mexique et le Honduras,
en passant par le Costa Rica, jusqu'au Panama et la Colombie. La relation étroite de
l'actuel président du Costa Rica avec le gouvernement de Martinelli (qui dans sa
forme la plus vulgaire se concrétise par la participation d' effectifs policiers du
Costa Rica dans les actes de répression à l'intérieur des frontières panaméennes).
Le rôle que notre pays a joué dans la légitimation internationale du coup d'Etat au
Honduras et du gouvernement inconcevable de Porfirio Lobo n'est pas dû au hasard.
Ce n'est pas un hasard non plus si la présence militaire créolle a augmenté ces
derniers mois parallélement à l'influence et l'intervention militaire
Nord-Américaine. L'autorisation de débarquement de plus de 7000 soldats, 46 bâteaux
de guerre et 200 hélicoptères de l'armée étasunienne de la part de l'alliance
officialiste-évengélique-liberticide du parlement tico, expose de manière crue
l'inexistance de souveraineté nationale au Costa Rica et la claire disposition de
l'oligarchie locale à se mettre sous les ordres des projets géo-politiques du
gouvernement gringo.
Ainsi, le mensonge, que jour après jour ils nous racontent sur notre Costa Rica de
paix et et sa pérpetuelle et sacro-sainte neutralité est mis à nu : les militaires
gringos jouiront d'une immunité absolue devant la justice costaricaine, les marines
pourront entrer et sortir du pays à volonté et circuler dans tout le territoire
national en uniforme et en portant leurs armes de combat. Personne ne s'alarme de la
cascade de dénonciations internationales sur des agressions, des violations et
mauvais traitements commis par les effectifs gringos contre les citoyennes et les
citoyens d'autres pays occupés.
Mais, ne croyez pas que ceci est nouveau. La stratégie militariste du gouvernement
pouvait déjà se percevoir dans l'accord d'échange avec le gouvernement italien sur
l'entraînement militaire de policiers costaricains contre des bons carbones. Et que
dire des nombreuses occasions où depuis 2007 des débarquements semblables ont été
approuvé : 5 navires de guerre artilleurs et 17 gardes-côtes il y a 3 ans, 13
navires de guerre avec un équipage approximatif de 20 officiers chacun et 200
soldats en 2009 (tous chargés d'avions et d'hélicoptères), et beaucoup plus
d'autorisation de débarquement pour les gardes-côtes. Tout ceci, sous couvert du
discours sécuritaire démocratique et du combat contre le narco-trafic
La fausse guerre contre les drogues, qui jamais ne prend comme objectif principal
les capos des mafias locales et internationales, ni les figures de la politique de
la drogue des gouvernements régionaux, n'est qu'une illusion, un discours en
hologramme pour dévier l'attention des véritables intérêts : augmenter la présence
militaire nord-américaine en Amérique Centrale et consolider l'hégémonie du projet
néo-libéral. Il ne faut pas se cacher que dans le monde entier, les pays sous la
plus forte présence militaire étasunienne sont ceux qui présentent les plus grandes
augmentations de la production de drogue.
Les consèquences de ces mécanismes, nous sommes en train des les vivre maintenant
quasi quotidiennement : répression politique, criminalisation, démantèlement
juridique des droits, criminalisation des manifestations, stigmatisation médiathique
de la lutte sociale. Cette guerre permanente contre « l'autre » (l'immigré, le
déliquant, le communiste, l'intrigrant, mais aussi le paysan, l'indigène, le
pauvre), particulièrement dans sa version de guerre contre les narcos, est en
réalité, comme il est dit avant, une « guerre contre les peuples »
(http://www.elpais.cr/articulos.php?id=28871). « Une guerre qui n'atteint pas
l'Amérique oppulente du nord », et qui n'a pas d'intérêt à poser de manière sérieuse
une solution au conflit.
Cette guerre supposée est une agression régionale calculée et systématique. Elle
constitue l'expression explicite d'une impulsion implicite : le contrôle et la
domination des populations et de ressources. Les stratégies commerciales cachent des
stratégies de mise à sac, les initiatives de coopération cachent des intérêts de
contrôle, les politiques de sécurité régionale cachent les politiques de la
domination géopolitique. Un exemple de ces formes sont les traités de libre-échange,
l'Initiative Mérida, le Plan Colombie, mais aussi des signes plus ponctuels comme le
Traité Obama-Uribe pour l'usage de 7 bases militaires colombiennes de la part des
États-Unis, la réactivation récente de la Quatrième Flotte, le coup d'État au
Honduras, l'occupation militaire en Haïti et la concession de nouvelles bases
militaires au Panama.
En Amérique Centrale, l'Etat de droit n'existe qu'à partir de sa négation. La
sécurité n'existe qu'à partir de sa négation. La paix n'existe qu'à partir de sa
négation. Notre peuple vit agressé par la loi et dans la violence. L'unique promesse
que nous fait le pouvoir c'est de ne jamais se fatiguer de frapper cette « autre
joue » que nous ne cessons d'offire inlassablement ; ainsi, l'unique promesse que
nous pouvons nous faire est de nous armer de dignité et garantir que maintenant il
n'y a plus de joues, seulement des poings levés.
Collectif La Liberté
San José, Costa Rica
Juillet 2010
Traduction: OSL Relations Internationales
http://www.rebellion.ch/
Notes de traduction:
1.La loi « Chorizo » est un mélange de réformes de 9 différentes lois, incluant de
grandes transformations dans le Code du Travail (donnant aux patrons le pouvoir de
renvoyer les employés grévistes, par exemple, ou annulant l'obligation de payer à
des tarifs syndicaux), des lois sur la criminalité (criminalisant les
manifestations, obligation de procéder à des relevés ADN pour toute personne sous
investigation policière), lois environementale (exemptant les projets considérés «
d'intérêt social » de mener une étude sur l'impact environnementales) et des lois
sur l'immigration. Cette loi est impopulaire auprès de nombreuses couches de la
population du Panama et donne une totale impunité aux forces de l'ordre.
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