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(fr) Quelques rÃflexions sur les libertaires au Chili et la participation Ãlectorale by Josà Antonio GutiÃrrez D. - Rafael Agacino (ca, en, pt)

Date Sat, 04 Jan 2014 14:02:52 +0200


La rÃcente Ãlection prÃsidentielle au Chili, oà l'abstention - plus de 50% - a Ãtà le vainqueur, Ãtait prÃvisible à part pour ce qui concerne l'Ãmergence d'un secteur qui prÃtend Ãtre rÃvolutionnaire et de la gauche libertaire au sein du le scÃnario politique et Ãlectoral. Le RÃseau Libertaire (Red Libertaria - RL) a rejoint fermement et avec enthousiasme la plate-forme "Todos a la Moneda" (Tout le monde à La Moneda), dont le candidat Ãtait Marcel Claude[1]. Cette plate-forme a rassemblà l'UniÃn Nacional Estudiantil (Union nationale Ãtudiante - UNE), des secteurs syndicaux tels que SITECO (syndicat des mineurs) et les employÃs de banque avec des courants politiques comme le Partido Humanista (Parti Humaniste), Izquierda Unida (La Gauche unie), le Movimiento PatriÃtico de Manuel RodrÃguez (le mouvement patriotique Manuel RodrÃguez) et RL.

Comme on peut l'imaginer, cette dÃcision a produit un sentiment de malaise, d'inconfort et de dÃsorientation dans les secteurs se reconnaissant comme faisant partie du mouvement libertaire, produisant des scissions, des rÃcriminations et du dÃcouragement. Mais ce n'est pas seulement la dÃcision elle-mÃme de participer à une Ãlection qui a produit cette rÃaction sismique dans le mouvement libertaire chilien, c'est la maniÃre dont la dÃcision a Ãtà prise (avec des accusations de secret, d'imposition de slogans, d'un manque de transparence et dÃbat, etc), ainsi qu'il ressort d'une sÃrie de dÃclarations produites par des scissionistes de l'OrganizaciÃn Comunista libertaria (organisation communiste libertaire - OCL - Chili) (une organisation qui a Ãtà la force motrice derriÃre RL), par le Frente Anarquista Organizado (Front Anarchiste organisà - FAO), le Corriente de AcciÃn Libertaria (Courant d'action libertaire - CAL) et la Red libertaria Estudiantil (RÃseau Ãtudiant libertaire - RLE) [2] . Les consÃquences de ce tremblement de terre politique vont sÃrement encore se faire sentir pendant un certain temps.

Notre but ici n'est pas d'interroger la maniÃre dont cette dÃcision a Ãtà prise (ou imposÃe, selon qui parle) et ses implications pour le mouvement libertaire au Chili . Nous croyons que c'est la responsabilità de celles et ceux qui sont directement, organisationnellement liÃEs aux expressions politiques qui ont crÃà RL ou celles et ceux qui s'en sont sÃparÃEs.

Nous n'allons pas non plus nous occuper, principalement, de l'impact que cette dÃcision a sur la zone spÃcifique qui se reconnaÃt comme faisant partie de la tradition anarchiste. Des articles intÃressants à cet effet, en dehors des dÃclarations mentionnÃes ci-dessus, ont dÃjà Ãtà Ãcrits par, entre autres, Arturo LÃpez et Pablo Abufom . [3] Nous allons encore moins nous consacrer à produire une analyse du programme de " Todos a La Moneda " ou des forces politiques qui ont soutenu cette plate-forme . Nous sommes intÃressÃs, cependant, à Ãvaluer l'impact que cette dÃcision a sur un secteur beaucoup plus large de la population que celle reprÃsentÃe par cette plate-forme Ãlectorale et sur ââun secteur beaucoup plus large que celui de la tradition libertaire, nous allons partager nos rÃflexions afin de contribuer au dÃbat de nature tactique et stratÃgique dans ce processus de reconstruction du mouvement social au Chili .
Les libertaires et la question de la participation Ãlectorale

Les libertaires ont toujours Ãtà contre la participation aux Ãlections par les rÃvolutionnaires . C'est principalement ce qui les distingue des divers courants sociaux-dÃmocrates dans la PremiÃre Internationale [4] . Cependant, il y a eu de rares cas oà les anarchistes ont promus des candidats ou participà à des Ãlections. Le cas des Ãlections en Espagne en 1936 est souvent citÃ, mais il y a d'autres cas, comme certains candidats  de protestation  en Italie et en France à la fin des annÃes 1870 et au dÃbut des annÃes 1880 (une tactique dÃfendue par Carlo Cafiero dans son cÃlÃbre article  L "Action ", qui dÃfinit Ãgalement la Âpropagande par le faitÂ) . Dans l'atmosphÃre rÃpressive qui avait englouti l'Europe aprÃs la rÃpression de la Commune de Paris, Bakounine avait recommandà certains de ses partisans en Italie de participer à des plates-formes Ãlectorales avec les socialistes rÃformistes . La FÃdÃration communiste libertaire de France (FCL) a Ãgalement participà au milieu des annÃes 50, dans un contexte de rÃpression Ãcrasante en France rÃsultant de la guerre contre les sÃcessionnistes algÃriens, aux Ãlections locales (Ce que Georges Fontenis lui-mÃme, principal meneur de ce groupe, a reconnu plus tard comme Ãtant une erreur) [5] .

Cependant, le fait est que dans la grande majorità des cas, les anarchistes (la tradition politique qui a donnà naissance au mot " libertaire ") ont Ãtà hostiles à la participation Ãlectorale et avec raison.

L'un de nous a Ãcrit dans le passà que :
" Les anarchistes ne sont pas en eux/elles-mÃmes, par dÃfinition, contre les Ãlections  en tant que mÃcanisme ; si au cours d'une campagne Ãlectorale, nous appelons au vote nul ou à l'abstention, c'est à cause du contexte dans lequel ce vote est exercà : au sein de l'appareil d'Etat, qui valide ainsi sa domination sur celles et ceux d'entre nous qui sont excluEs du processus de prise de dÃcision (...) . Nous ne nous opposons moins au vote en soi, qu'à l'appareil d'Etat dans toutes ses dimensions ."[6]
Il n'est donc pas surprenant que cette dÃcision de participer à la campagne Ãlectorale aie fait sensation et Ãtà la source d'un grand dÃbat, surtout quand il est apparu que ce n'Ãtait pas quelque chose qui s'appliquerait seulement cette fois-ci, mais qu'il s'agissait d'une nouvelle tactique dans l'arsenal des mÃthodes que RL appliquerait rituellement à toutes les Ãlections à venir [7] .
Le rituel Ãlectoral et la recomposition du bloc rÃvolutionnaire

L'exception ne peut pas Ãtre considÃrÃe comme la rÃgle. C'est pourquoi les raisons de la participation aux Ãlections de ce secteur de la tradition libertaire ne doivent pas Ãtre recherchÃes dans l'idÃologie mais dans la lecture qui est faite de la pÃriode historique, en comprenant, cependant, que la situation au Chili en 2013 n'est pas comparable à la rÃpression ayant suivi la Commune de Paris (qui a sÃvÃrement limità les possibilitÃs d'action et d'intervention d'un mouvement ouvrier naissant), ou le contexte du plÃbiscite national chilien en 1988 appelà par la dictature, ou les conditions de la terreur imposÃes par la sale guerre au Kurdistan, encore moins les Ãlections de 1994 en Afrique du Sud post-apartheid, pas plus que cette situation n'est la consÃquence d'une stratÃgie de lutte armÃe ayant ÃchouÃe.

La pÃriode qui a commencà en 2006 se caractÃrise par une hausse des mobilisations populaires et une fragmentation du consensus autour du modÃle nÃolibÃral qui a Ãtà imposà au cours des quatre derniÃres dÃcennies . Dans ce contexte, les idÃes libertaires ont commencà à devenir de plus en plus influentes, surtout chez les ÃtudiantEs (preuve en est la rÃcente victoire Ãlectorale de Melissa SepÃlveda à la prÃsidence de la FÃdÃration Etudiante de l'Università du Chili â la FECH), mais aussi au sein des syndicats et, dans une moindre mesure, dans les zones urbaines pauvres . La gauche traditionnelle, rÃformiste ou rÃvolutionnaire, et de nombreux secteurs organisÃs de la population, ne sont pas indiffÃrents à cette ligne et sont un peu prÃoccupÃes à ce sujet .

Un secteur du mouvement libertaire a suggÃrà que les mouvements sociaux ont atteint leur pic- une thÃse qui à notre avis est incorrecte - et que nous devons passer d'une stratÃgie de construction à celle de contestation de l'hÃgÃmonie du bloc du pouvoir, thÃses - dans notre opinion - correctes mais un peu hÃtives et pas assez nuancÃes . Ces thÃses ont Ãtà formulÃs dans un slogan confus et Ãlastique, la " rupture dÃmocratique ", ce qui signifie essentiellement que l' " on peut conquÃrir et renforcer à travers le vote programmatique tout ce que la lutte populaire dans les syndicats, dans les quartiers, dans les communautÃs et dans le mouvement Ãtudiant n'a pas atteint  [8]. Nous croyons qu'il est nÃcessaire de discuter les prÃmisses sur lesquelles se base ce slogan, parce qu'elles ne sont rien d'autres que l'expression d'une lecture erronÃe et prÃcipitÃe de la rÃalitÃ, au moyen d'ÃlÃments conceptuels mÃcaniquement tirÃs d'autres contextes et d'autres expÃriences, rÃvÃlant le manque de maturità politique dans lequel nous nous trouvons toujours.

En ce qui concerne le premier point, la mobilisation sociale n'a pas atteint, que ce soit en termes objectifs ou en terme subjectifs, sa limite maximale . Les possibilitÃs de mobilisation sont encore larges, et la nÃcessità de mobiliser les secteurs sociaux au-delà de certaines enclaves des ÃtudiantEs ou des travailleurs/euses (minoritÃs, quoi qu'elle puissent Ãtre " stratÃgique ") est toujours à l'ordre du jour. Cette mobilisation, qui devrait Ãtre Ãtendue, unifiÃe par la base, renforcÃe en termes de militantisme et de combativitÃ, est le point focal pour la reconstruction d'un mouvement populaire caractÃrisà par l'indÃpendance de classe ayant la capacità contester l'hÃgÃmonie du bloc du pouvoir, une tÃche encore en cours. Dans le contexte de faiblesse actuelle du mouvement ouvrier et populaire, la participation Ãlectorale (et la dÃfaite), au lieu d'ouvrir un espace pour contribuer à l'unità et de la lutte du peuple, tel qu'Ãtait l'intention de celles et ceux qui ont promu la candidature de Claude, a contribuà à l'affaiblissement des efforts d'accumulation des forces de rupture . Une telle tactique, pour avoir un sens, ne peut Ãtre utilisÃe que lorsque qu'existe un Ãtat d' accumulation de forces, qui quel que soit le rÃsultat, signifie l'accroissement du moral de la lutte, le renforcement de l'organisation du peuple et des travailleurs/travailleuses, et n'implique pas de cÃder l'initiative de la mobilisation aux rÃformistes, aux hÃsitants ou aux clairement rÃactionnaires. En d'autres termes, de se retrouver à la remorque des rÃformistes .

Dans les conditions actuelles, cette Âaventure Ãlectorale  menace, au mieux, d'arrÃter les processus de construction et de mobilisation politique et sociale pendant des mois et, au pire, de soumettre les aires d'influence de la gauche indÃpendante aux conflits et aux scissions, qui comme nous le savons font payer un lourd tribut au processus de construction et à la convergence des rÃvolutionnaires. Comme indiquà dans une contribution concernant la ligne adoptÃe par RL Ãcrit par Arturo LÃpez, "dans le contexte de la formation sociale de l'Etat capitaliste au Chili, (...) toute rÃforme qui permette la transformation partielle mais substantielle de la tendance actuelle . d'accumulation et de son armure institutionnelle requiÃre une organisation ininterrompue et permanente des forces sociales du changement. Par consÃquent, les Ãlections dans ce cas, ne permettent pas de crÃer une prise de conscience, elles crÃent de la confusion. Elles ne favorisent pas la lutte; au contraire, elles la paralyse aprÃs un mirage . Elle ne vise pas directement à la rÃalisation de conquÃtes, mais dÃvie, remplace la mobilisation populaire par un obscur jeu parlementaire" [9] .

En ce qui concerne la nÃcessità de passer de la construction à la lutte, c'est une thÃse correcte, mais un peu hÃtive et pas assez nuancÃe. Bien que le processus de construction/lutte doit Ãtre considÃrÃe comme une unità dialectique, on peut accentuer l'un ou l'autre selon la pÃriode en cours et le Chili d'aujourd'hui porte encore les cicatrices profondes des dÃfaites stratÃgiques rencontrÃes dans la pÃriode 1973-1990. Nous ne devons pas pÃcher par trop trop d'optimisme sur l'Ãtat de construction ou de militantisme du mouvement populaire ; la prÃsence dans certains positions reprÃsentatives dans un syndicat ou les syndicats d'ÃtudiantEs n'est pas un critÃre pour mesurer l'Ãtat de l'ensemble du peuple . L'enracinement dans les mouvements sociaux reste extrÃmement faible et on ne peut pas prendre ses dÃsirs pour une lecture objective de la rÃalitÃ, mÃme si un secteur du mouvement libertaire exagÃre sa propre importance et popularità .

Mais ce qui est certain, c'est que nous devons reconnaÃtre la limitation objective qu'il ya eu dans le dÃveloppement d'une stratÃgie rÃvolutionnaire au Chili . Passer du slogan  construction du pouvoir populaire  (Âpoder popular Â), à sa construction dans les faits, et pour ce pouvoir entrer en conflit ouvert avec le statu quo Ãtait un trop grand pas à effectuer. Nous devons identifier les limites, les points de rupture, les forces sur lesquelles construire. RÃflÃchir sur les possibilitÃs stratÃgiques dans cette pÃriode nÃcessite non seulement du rÃalisme, mais aussi une bonne dose de crÃatività politique si nous ne devons pas reproduire un systÃme politique (c'est à dire, le rituel Ãlectoral) qui, bien que se prÃsentant comme  nouveau Â, est en rÃalità une vieille lune et ne parvient pas à capter l'imagination des personnes qui restent indiffÃrentes, tout en envoyant un signal ambigu à celles qui sont dÃjà en lutte.
Le taux de participation semble Ãtre une assez bonne preuve que ce qui avait vraiment atteint sa limite Ãtait l'imagination de la gauche rÃvolutionnaire et libertaire.
Boycott des Ãlections et construction du pouvoir populaire par en bas

L'Abstention, comme nous l'avons dit, est le grand gagnant de la derniÃre Ãlection . En soi, cela ne veut rien dire dans une perspective d'accumulation de forces pour notre bloc. Personne, et surtout pas la gauche rÃvolutionnaire ou anarchiste, peut prÃtendre que l'abstention est un signe de soutien politique. En effet, lors du premier tour, les appels incitant à l'abstention des organisations populaires et rÃvolutionnaires Ãtaient rares, en grande partie due à une certaine confusion et au dÃcouragement produit par le lancement de la candidature de Claude .

Il Ãtait difficile de se remettre de cet impact parce que dans un pays comme le Chili, il est entendu que on est impliquÃE dans la politique seulement quand on vote ou propose des candidats, sinon, on est supposà rester en dehors de la situation ... Une vue Ãtroite de la politique d'une part et la faible capacità pratique et organisationnelle de notre part de lancer un boycott actif de ces Ãlections ont fait le reste .

Cette dÃcision de participer aux Ãlections, devient encore plus difficile à comprendre (à partir d'une logique libertaire ou de la rationalitÃ) Ãtant donnÃ, comme nous l'avons dit, le fait que les idÃes libertaires ont un Ãcho de plus en plus important dans de plus en plus de larges secteurs de la population et que la dÃlÃgitimation de la coalition au pouvoir et les institutions publiques a atteint un point historique. Au lieu de contribuer à aider avec des outils visant à forger une alternative politique en dehors de l'arÃne politique habilement conÃu par le bloc au pouvoir (dans le but de rendre confus et de paralyser le terrain rÃel sur lequel se mÃne la lutte de classe), cela a contribuà à lÃgitimer les institutions dans le petit mais significatif cercle d'influence que (le mouvement libertaire) avait, et ainsi de renforcer la dissociation entre le Âpolitique [10] et le ÂsocialÂ, mÃme si le contraire Ãtait initialement prÃvu [11] . MÃme le nom de la plate-forme Ãlectorale lui-mÃme, " Tout le monde à La Moneda ", a exprimà dans une certaine mesure ce fÃtichisme du Âpouvoir politiqueÂ, cette  statolÃtrie " que Poulantzas dÃcrit comme endÃmique dans les classes moyennes, qui voient l'Ãtat comme arbitre, neutre, respectueux de la loi, le rÃsultat d' un contrat social qui va au-delà de la lutte des classes, la source de tout pouvoir [12], alors que dans les faits la compÃtition pour le pouvoir, pour l'hÃgÃmonie, est aux mains de la bourgeoisie dans tous les aspects de la vie, dans des espaces beaucoup plus quotidiens.

Sur ce point, la critique anarchiste continue à Ãtre puissante et pertinente pour critiquer la logique de l'Etat " dÃmocratique reprÃsentatif ", qui se reflÃte dans le jeu Ãlectoral à travers la crÃation :
" d'un espace artificiel, ad hoc et fictif, dans lequel la sphÃre politique est supposÃe Ãtre pris en charge, dans lequel l'administration du pouvoir a lieu (...) c'est là que le cÅur de la critique des anarchistes sur cette forme de l'exercice du politique devrait Ãtre : car à notre avis, le pouvoir doit Ãtre exercà par les personnes concernÃes, dans les espaces du quotidien, dans tous les domaines de notre existence (...) c'est pourquoi le pouvoir populaire doit lui faire face de la mÃme maniÃre, en prenant le contrÃle de nos propres vies entiÃrement . (...) la non-participation aux Ãlections bourgeoises ne peut pas Ãtre considÃrÃe comme une des bases politiques de militantisme anarchiste rÃvolutionnaire, mais il doit plutÃt dÃcouler naturellement de notre stratÃgie de construction au sein de la classe ouvriÃre  [13] .
C'est pourquoi nous soutenons que, dans la perspective de la recomposition d'un bloc rÃvolutionnaire ainsi celle stratÃgique de la construction du pouvoir populaire par en bas, la tactique la plus efficace, mais qui n'est en aucun cas une tÃche facile, à l'heure actuelle et à la lumiÃre de ce qui arrive avec le nouveau gouvernement de coalition de Bachelet, Ãtait un boycott Ãlectoral . Qu'aurait signifiÃe une politique d'abstention active dans la situation actuelle ?
dÃnoncer le chant des sirÃnes de la  nouvelle majorità  [ * ] qui nous pousse à participer comme des Âcitoyens responsables, et d'autre part, l' illusionnisme de ces secteurs de la gauche radicale (et libertaire) qui essaient de nous convaincre que, bien qu'il n'appellent pas à voter au second tour, le chemin de la participation Ãlectorale dans les institutions existantes reste valables pour la pÃriode ;

appeler à l'organisation à tous les niveaux : Ãcoles, lycÃes, universitÃs, lieux de travail, dans les quartiers et les communautÃs, autour de revendications locales de la population et des travailleuses et travailleurs, en proposant à la place des rythmes de la politique bourgeoise notre propre alternative pour la construction par le bas ;

appeler à accÃlÃrer les processus de convergence politique et sociale vers un point de rÃfÃrence fÃdÃrateur, tout en respectant la vitalità et la spÃcificità des organisations de base, aider à unifier et à amplifier la voix et l'opinion politique de celles et ceux d'entre nous qui optent pour la construction du pouvoir populaire dans ses diverses expressions, coordonner horizontalement les diffÃrentes initiatives populaires, à la base. Une tÃche ardue, mais qui doit Ãtre assumÃe sans solutions de facilitÃ, avec comme perspective le fait que la tÃche de recomposer le mouvement populaire et rÃvolutionnaire est une tÃche lente, prolongÃe, pour laquelle il n'existe pas de raccourcis possibles, ce qui nÃcessite de poser des fondations solides pour dÃvelopper des niveaux de confrontation et d'organisation qui peuvent Ãroder l'hÃgÃmonie nÃolibÃrale actuelle.
PrÃvisions politiques pour la pÃriode post-Ãlectorale

RL a fait valoir que " Tout le monde à La Moneda " ne serait pas un espace purement Ãlectoral, mais un pÃle de construction (c'est à dire d'en haut) pour la lutte de celles et ceux d'en ba. Le fait est qu'aprÃs les Ãlections, le paysage politique de la gauche rÃvolutionnaire, relativement à ce qu'elle Ãtait supposÃe rÃaliser sur les plans de l'unità et de l'organisation, n'a pas sensiblement varià par rapport à la pÃriode prÃcÃdant les Ãlections - les mÃmes secteurs travaillent encore dans les mÃmes espaces comme prÃcÃdemment. En effet, le secteur libertaire et son cercle d' influence ainsi que la gauche radicale à laquelle la candidature de Claude a essayà de faire appel, est dÃsormais plus fragmentÃ, en proie à de nouveaux soupÃons et une nouvelle la mÃfiance. Dans la mÃme plate-forme Ãlectorale, les querelles et les disputes intestines ont Ãpuisà les objectifs stratÃgiques de l'espace, un fait sans aucun doute exacerbà par le goÃt amer de la dÃfaite .

RL lui-mÃme reconnaÃt sans Ãquivoque que la trÃs mauvaise performance Ãlectorale de la plate-forme est un Ãchec:  Le vote de 2,8 % est bien en deÃà des attentes, mÃme les plus pessimistes " [14]. La dÃfaite, cependant, n'est pas seulement Ãlectorale, comme RL semble le considÃrer- elle est stratÃgique, profondÃment politique, l'expression de l'incapacità à crÃer un projet qui aie Ãtà adaptà aux conditions actuelles au Chili, en dehors et en opposition avec les rituels de l'auto- lÃgitimation de la dÃmocratie reprÃsentative et des institutions de l'Etat (Etat bourgeois, par ailleurs) . Bien que nous ne pouvons pas surestimer la taille de la population critique sur la base de l'ampleur des rÃcentes mobilisations sociales, nous ne devrions pas confondre la nÃcessità de construire une alternative politique à l'intervention dans les institutions (nÃo-libÃrales) de l'Etat : la logique de la recomposition du mouvement populaire a eu tendance à chercher des alternatives dans l'action directe, dans l'organisation horizontale, à la base. C'est cela, plus que tout, qui est la contribution rÃelle que les libertaires peuvent apporter à la lutte du peuple aujourd'hui. Paradoxalement, des voix apparaissent dans l'espace " libertaire ", appelant à la participation Ãlectorale dans le institutions usÃes, discrÃditÃes, ce qui est sans aucun doute un recul.

La pÃriode politique qui commence au Chili augure de grandes complexitÃs pour les classes dirigeantes et le mouvement populaire . Le bloc de pouvoir doit rÃorganiser un systÃme politique de plus en plus usà et il fonctionnera - et les peuple le sait - avec la carotte et le bÃton . Il va essayer de coopter le mouvement populaire et les travailleuses et travailleurs afin de lÃgitimer les ajustements qui seront nÃcessaires à cette rÃorganisation, comptant dÃsormais explicitement sur ââle consentement de la direction politique obsÃquieuse du Parti communiste . Nous savons aussi que celles et ceux qui ne se soumettent pas aux rÃgles de la ÂrÃpublique seront soumis à toute la force que l'Etat rÃpressif rÃserve à ceux qui refusent de se contenter de l'existant et s'accomoder de la reproduction de l'exploitation, de la discrimination, de l'inÃgalitÃ, de l'injustice, de la corruption et de la destruction des bases socio-environnementales de la vie collective . Les franges de la gauche indÃpendante, qu'elles soient communautaires, marxistes, libertaires ou socialistes, ne peuvent plus continuer à Ãtre Ãgocentriques : elles doivent augmenter leurs liens avec le mouvement ouvrier et populaire, multiplier leurs efforts pour accÃlÃrer le processus de convergence politique et sociale et crÃer les conditions politiques pour reprendre l'initiative et ouvrir le chemin à travers les fissures qui affectent la domination politique imposÃe par le capital à partir de la contre-rÃvolution nÃo- libÃrale en 1973 .

Ce ne sont pas des tÃches faciles . L'unità sur laquelle les libertaires ont tellement insistà aujourd'hui devient non seulement nÃcessaire, stratÃgique, mais urgente . Le dÃbat n'a jamais portà sur l'unità - il s'agit de ce que l'on entend par unitÃ, comment elle se dÃveloppe, comment elle est construite. C'est là oà le communisme anarchiste chilien a apportà une grande contribution lorsque le Congreso de UnificaciÃn Anarco - Comunista (CongrÃs d'unificaton anarchiste communiste - CUAC), en 2002, a soulevà un slogan qui est maintenant plus que jamais d'actualità : l'unità par en bas et dans la lutte. Par cela, on entend " construction programmatique à partir des expÃriences organisationnelles et expÃriences dÃcoulant de vÃritables luttes existantes, ", qui contribue à Ârenforcer les organisations populaires, les vrais sujets de la lutte rÃvolutionnaire (...) mettant l'accent sur le rÃle politique de premiÃre main du mÃme peuple organisà dans la tÃche de maturation de sa position et l'amÃlioration de ses capacitÃs de combat  [15], comme Paul Abufom le souligne avec Ãloquence .

Ces dÃbats concernent l'ensemble du peuple, en particulier sa frange organisÃe et en lutte. Comment projeter les revendications du mouvement populaire vers une alternative qui fournit une rupture nette avec le systÃme actuel ? C'est une tÃche urgente qui ne peut Ãtre rÃalisÃe qu'à travers un dÃbat approfondi et public, collectif, dÃmocratique et informÃ, dans lequel les diffÃrences sont respectÃes et discutÃes en recherchant un terrain commun d'accord et en apprenant à connaÃtre et respecter les diffÃrences, à forger un consensus et non à l'imposer. De nombreuses questions doivent encore Ãtre rÃsolues à ce stade pour les rÃvolutionnaires : comment aborder la lutte pour des rÃformes au-delà du rÃformisme ; comment articuler ces luttes dans un projet socialiste complet et libÃrateur, ou comment construire des processus d'unità sans renoncer à l'indÃpendance de classe, comment avancer dans la construction du pouvoir populaire, mais Ãviter la cooptation, comment enrichir ces luttes avec plus de dÃbat politique et pas cacher nos identitÃs politiques comme si nous en avions honte, comment forger des mouvements de masse sans avoir de crainte si nos positions ne sont pas toujours majoritaires . Tout cela, bien sÃr, va au-delà du sujet de cet article . Dans ce dÃbat collectif, thÃorique et pratique dans lequel toute la gauche rÃvolutionnaire doit s'engager, cependant, nous croyons que les communistes anarchistes ont un rÃle clà à jouer et une contribution trÃs particuliÃre, unique, à faire .

Josà Antonio GutiÃrrez D.
Rafael Agacino

23 DÃcembre 2013

Traduction par les Relations Internationales de la Coordination des Groupes Anarchistes


Notes:

(1)http://www.elciudadano.cl/2013/07/01/72475/declaracion-...aria/
(2)http://anarkismo.net/article/26441
http://anarkismo.net/article/26283
http://anarkismo.net/article/26394
http://www.elciudadano.cl/2013/11/04/97420/declaracion-nacional-de-ocl-ex-ocl-chile/
(3)http://www.perspectivadiagonal.org/una-izquierda-libert...aria/ et http://www.perspectivadiagonal.org/los-horizontes-del-m...ario/
(4) Bien entendu, ce n'Ãtait pas la seule chose qui distinguait les " bakouninistes " des "marxistes", et la diffÃrence tactique ne devrait pas non plus Ãtre considÃrÃe indÃpendamment des autres facteurs de dissension. Le dÃbat qui a conduit à l'effondrement de la PremiÃre Association Internationale des Travailleurs Ãtait un peu plus complexe que Âpour ou contre les Ãlections ". Il y avait aussi des questions de mÃthode, l'autonomie des sections pour Ãlaborer des tactiques, les questions qui en dÃcoulaient, et donc ce n'est pas tout le secteur qui allait plus tard former le secteur Âanti- autoritaire (par opposition à celui menà par Marx) qui Ãvoluera vers l'anarchisme .
(5) . Laissons de cÃtà la discussion des idÃes du municipalisme libertaire dÃveloppÃes par l'Ãcologiste social et anarchiste amÃricain Murray Bookchin dans les annÃes 80, qui ont Ãtà particuliÃrement influent dans le mouvement de libÃration kurde, dÃs lors que son dÃveloppement rÃpond à des ÃlÃments totalement diffÃrents de ceux mis en avant par RL . Dans un article trÃs nuancÃe et pesÃ, libre de tout dogmatisme, Ulises Castillo aborde la question du municipalisme libertaire :
"Je crois qu'il est inutile de rejeter dans l'avenir ce qui pourrait maintenant Ãtre considÃrà comme une fiction, c'est-Ã- des institutions intermÃdiaires, comme les municipalitÃs, qui pourraient permettre de disperser le pouvoir de l'Ãtat, et pourraient en mÃme temps renforcer les communautÃs politiques organisÃes, dans un processus de transition vers un nouveau mode de vie et l'organisation socialiste de la sociÃtÃ. Une telle possibilità ne doit pas Ãtre rejetÃe d'emblÃe. Mais c'est prÃcisÃment l' autisme institutionnel actuel, en plus de la nature de l'Ãtat au Chili, qui nie cette possibilità qui pourrait conduire à renforcer cette institutions mÃme en donnant une lÃgitimità à la fiction reprÃsentative. " http://www.perspectivadiagonal.org/los-libertarios-y-la...ados/
(6) http://www.anarkismo.net/newswire.php?story_id=8565
(7) http://www.sicnoticias.cl/movimiento-social/2013/12/10/...neda/ .
(8) . http://www.perspectivadiagonal.org/una-izquierda-libert...aria/ L' article dans lequel la thÃse de la rupture dÃmocratique a Ãtà dÃveloppÃe avec la plus grande clartà conceptuelle est celui Felipe RamÃrez http://www . perspectivadiagonal.org / una - apuesta - revolucionaria -de -la- izquierda - libertaria /
(9) . http://www.perspectivadiagonal.org/una-izquierda-libert...aria/ (soulignà dans l'original)
(10) . AssimilÃe à Âl'Ãtat .
(11) . http://www.elciudadano.cl/2013/07/01/72475/declaracion-...aria/
(12) . Nicos Poulantzas, " Fascisme y dictadura ", Ed . Siglo XXI, 2005, pp.282 -284 .
(13) . http://www.anarkismo.net/newswire.php?story_id=8565
(14) .http://www.sicnoticias.cl/movimiento-social/2013/12/10/...neda/
(15) . http://www.perspectivadiagonal.org/los-horizontes-del-m...ario/

* Nueva MayorÃa, la coalition qui soutient Bachelet et composà du Parti socialiste (PS), du Parti dÃmocrate-chrÃtien (PDC), du Parti pour la dÃmocratie (PPD), du Parti radical social-dÃmocrate (APES), du Parti communiste du Chili (PCCh), de la Gauche citoyenne (IC) et du Mouvement social large (MAS) .
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