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(fr) Coordination des Groupes Anarchistes CGA IAL #95 - Les liens entre État et fascisme, l'exemple de la Grèce (en)

Date Thu, 09 May 2013 09:52:15 +0300


La Grèce est un pays qui constitue un très bel exemple des fluctuations du capitalisme: une économie agricole et épuisée par des guerres et des dictatures qui est entrée dans une période de prosperité qui a duré une trentaine d'années puis a fini par devenir le pays européen le plus endetté auprès du FMI. ---- Depuis deux années, le peuple est en mode « survie ». Il fait des efforts gigantesques pour payer les impôts fonciers exigés par le gourvernement (la majorité des familles grecques étant propriétaire), qui se montent jusqu'à 1_500 euros environ pour une petite maison ou un grand appartement pour une famille et qui sont incorporés à la facture d'éléctricité, les habitants n'ayant d'autres choix que de payer ou rester sans éléctricité. Pire, selon la nouvelle législation, les personnes qui ne sont pas capables de payer peuvent être imprisonnées si leur dette atteint les 5_000 euros.

Le coût de la vie a aussi été gonflé par la TVA qui a été augmentée de 23% en rendant les dépenses de base (se loger, s'alimenter et se déplacer) astronomiques au regard du salaire moyen (586 euros le SMIC pour les travailleurs et les travailleuses de plus de 25 ans et 510 euros pour les plus jeunes), et cela déjà à la condition d'avoir un emploi. Ce qui n'est pas le cas pour 30% de la population et environ 50% des jeunes aujourd'hui. Selon les résultats d'une enquête d'un grand journal bourgeois au dernier trimestre de 2012, le taux de chômage chez les femmes était de 29,7% contre 23,3% pour les hommes et 57,8% pour les jeunes. Il faut souligner que ce taux atteint les 65% pour les jeunes femmes.

Dans cette situation, le capital et l'État ont montré leur vrai visage : les grandes boites internationales ont fermé une par une (parmi elles les françaises : Natixis, Crédit Agricole, Saturn, Fnac, Carrefour) en licenciant des centaines d'employé·e·s. Les patrons locaux ont profité du chômage immense pour exploiter encore plus leurs jeunes employé·e·s qui travaillent au noir puisqu'ils et elles savent bien qu'il n'y a quasiment aucune possibilité de mobilisation syndicale. Une fois qu'un·e employé·e fait la grève ou ouvre sa bouche, il ou elle est rapidement licencié·e et remplacé·e le jour même par un·e autre demandeur·euse d'emploi.

De plus, les mobilisations, manifs, grèves... ont tendance à cesser car les gens ont commencé à désesperer de la situation et à penser que la lutte ne donne pas de résultats. Les dernières mobilisations qui ont eu lieu concernent le projet « Athéna », une reforme du système d'éducation. Plusieurs écoles publiques (surtout à la campagne) sont supprimées ou fusionnées et le nombre des places dans chaque promo diminue.





Répression contre le mouvement populaire et répression ciblée contre le mouvement libertaire

L'État a réprimé les mouvements populaires utilisant une large palète d'outils, allant des tabassages en manif par la police, aux opérations de harcèlement policier plus ciblées. Au sein du mouvement populaire, parce qu'il en est l'élément le plus actif, la représsion que le milieu libertaire a subie est immense. Dans une période de quelques mois, plus de 6 lieux autogérés ont été attaqués et parfois expulsés de façon permanente comme le squat anarchiste historique, la Villa Amalias qui comptait 23 ans de lutte. De plus, bien qu'un grand nombre des militant·e·s a été arrêté pendant les mobilisations récentes, il y a actuellement le problème des peines en suspension liées aux dernières années de mobilisation politique qui peuvent se déclencher avec une nouvelle arrestation. En gros, le chantage étatique des peines en suspension a bien marché contre les futures mobilisations.

Une autre forme de repression est aussi le fait qu'Exharcheia, le quartier historiquement anarchiste d'Athènes, un lieu d'expression mais aussi un lieu de rencontre et de réunion des militant·e·s a été complètement transformé ces dernières années : sur la place centrale, anciennement un lieu de débats, concerts et repas de soutien ou même de réunions de quartier, il n'y a maintenant que du traffic de drogues organisé par des membres de la mafia. Celle-ci a mis en oeuvre une répression qui a fonctionné même mieux que celle de l'État en faisant fuir le monde militant et en enlevant au quartier son caractère politique, en le transformant en un lieu où la vente de drogue, les fusillades et les viols font partie de la vie quotidienne. La mafia joue ainsi un rôle de répression para-étatique, encouragée par l'État qui couvre largement ses activités.

La contre-révolution fasciste en Grèce

A côté de cette répression policière et para-étatique par le biais de la mafia, se développe un mouvement fasciste, qui apparaît de plus en plus ouvertement comme une option politique pour la bourgeoisie. Fondé en 1987, le mouvement fasciste Aube Dorée s'organise selon le même modèle d'organisation que toutes les organisations néo-fascistes à travers le monde, avec le recrutement de membres dans des gymnases ou clubs sportifs et chez les jeunes.

Dans la période précédant la crise, le mouvement fasciste, relativement marginal, était maintenu sous perfusion financière par une partie de la bourgeoisie, et de partis du centre-droite jusqu'à l'extrême droite institutionnelle (LAOS, Nouvelle démocratie), y voyant une force de frappe et un appui occasionnel. Celui-ci, semi-clandestin, concentrait son activité sur les agressions de militant·e·s révolutionnaires et progressistes, et des agressions xénophobes et homophobes ponctuelles. Lié à une partie de l'appareil d'État nostalgique de la dictature des colonels, le mouvement fasciste entretenait et continue d'entretenir des liens avec « l'État profond » grec, notamment les services secrets. Son fondateur, Nikolaos Michaloliakos, a ainsi été officiellement payé par les services secrets grecs (KYP).

Jouissant d'un important réseau de sympathie au sein de la police grecque, ce mouvement fasciste a pu compter sur l'appui de l'appareil d'État dans sa stratégie de terreur. On a ainsi pu voir policiers et fascistes travailler main dans la main lors d'attaques contre des quartiers populaires où habitaient de nombreux·euses immigré·e·s, et les flics intervenir après des attaques fascistes pour protéger les agresseurs lorsqu'ils avaient le dessous face à l'autodéfense populaire. Selon un schéma qu'on retrouve parfois en France, les fascistes attaquent, et lorsque des antifascistes ripostent, la police réprime ces derniers.

Si officiellement le LAOS, du fait d'un tournant « européen » en 2004, affirme rompre les liens avec Aube Dorée, les liens informels perdurent, facilités par des convergences idéologique. Après avoir de 2005 à 2007 soutenu une autre formation nationaliste, le parti de l'Alliance patriotique, Aube Dorée se présente pour la première fois seule aux législatives en 2009 et obtient 0,29% des suffrages, soit 2000 votes.

La montée en puissance

de l'Aube Dorée

Depuis le début de la crise, tous les partis qui ont participé aux derniers gouvernements (et ont voté les mesures d'austérité) ont perdu une grande partie de leurs électeurs et électrices. Le fameux PASOK (PS grec) a chuté de 40% à 12%, la Nouvelle Démocratie (centre droit) de 40% à 29% et le parti de l’extrême droite LAOS s’est retrouvé hors du parlement. On pourrait dire que les partis pro-austérité (surtout du centre) se sont effondrés. Dans ce cadre, une partie de plus en plus importante de la société grecque se dirige vers un mouvement ouvertement fasciste_: le parti Aube Dorée.

Ce parti s'est développé en mettant en avant les thèmes historiques du fascisme : nationalisme révolutionnaire, discours «_antisystème_», anticapitalisme «_romantique_»/antisémite (s'en prenant à la «_finance internationale_» associée aux juifs dans une rhéorique antisémite classique, tout en appelant à l'unité nationale entre patrons et prolétaires grec·que·s contre «_l'étranger_», la «_troika_» et «_le mondialisme_»), racisme et xenophobie. Cette posture «_rebelle_», nationaliste et «_sociale_» lui a permis de capter progressivement des votes de protestation et de désespoir des électeurs et électrices situé·e·s du centre à l’extrême droite traditionnelle en obtenant 425_000 votes, soit 6,92%, aux élections de mai 2012. Ce parti fasciste a bénéficié d'une promotion permanente par les médias bourgeois, cherchant à accréditer sa posture «_rebelle_» et «_sociale_». Ceux-ci mettent en avant ses prétendues actions « sociales », qu'Aube Dorée utilise pour sa promotion, dans la grande tradition des mouvements fascistes :



- Organisation de soupes populaires sur une base raciste, destinées aux seul·e·s grec·que·s, vidées ainsi de leur contenu de solidarité

- Dons de sang exclusivement pour les grec·que·s

- Accompagnement de personnes agées utilisées pour se présenter comme des «_chevaliers blancs_» contre la criminalité, qu'ils associent aux immigrés.

A côté de ces actions « sociales », le mouvement fasciste a lancé des cours d'endoctrinement pour les enfants grecs. Il se présente sur des lieux de travail pour demander aux patrons de licencier des travailleur·euse·s étranger·e·s, et d'embaucher des grec·que·s. Il exige également l'expulsion des enfants non grecs des crêches.

Le mouvement fasciste affiche prétenduement son soutien aux travailleur·euse·s en lutte, mais dénonce de fait toutes les luttes populaires en les présentant comme des menées par des anarchistes ou des communistes contre l'intérêt national grec. En divisant les travailleur·euse·s grec·que·s et immigré·e·s, en attaquant les luttes populaires au nom de l'intérêt national, il démontre son rôle social contre-révolutionnaire. Un rôle social contre-révolutionnaire qui leur vaut le soutien de fractions grandissantes de la bourgeoisie grecque, qu'on peut entrevoir par ailleurs à travers les liens de clientèle qu'Aube Dorée entretient avec elles. Le parti fasciste a ainsi voté une loi fiscale très favorable aux armateurs et ainsi désigné une de ses sources de financement.

Le soutien dont Aube Dorée bénéficie de la part de l'appareil d'État, notamment la police, s'est encore accru, puisqu'une grande majorité des policiers affirment leur sympathie pour le mouvement fasciste. La coopération police-Aube Dorée a pris, depuis leur progression électorale, une tout autre dimension : beaucoup de policiers, par exemple, redirigent les victimes d'agressions vers Aube Dorée, en prétendant « qu'eux, ils ne peuvent rien faire ». La police reste passive lors des agressions racistes, mais procède à des rafles d'immigré·e·s et réprime l'autodéfense antifasciste.

Les policiers ont ainsi arrêté et torturé des participant·e·s aux patrouilles antifascistes à moto organisées par le mouvement libertaire pour combattre les agressions fascistes. Ils ont diffusé publiquement leurs noms et adresses ainsi que celles de leur familles, les désignant ainsi comme cibles à une organisation fasciste connue pour ses pratiques terroristes.

Combattre le fascisme en Grèce comme en France

Pourtant, malgré cette situation particulièrement difficile, se développe un mouvement d'autodéfense antifasciste de masse en Grèce, qui entend s'opposer au fascisme sur le plan idéologique, social et physique. En son sein, le mouvement libertaire joue un rôle déterminant, ce qui lui vaut une répression féroce de la part de l'État.

A côté de ce mouvement d'autodéfense antifasciste ancré dans les quartiers, continuent à se développer des luttes sociales et des pratiques d'auto-organisation (notamment la production agricole sur des bases coopératives), la production sous contrôle ouvrier à Vio.ME (Métallurgie) ou la lutte contre l'exploitation minière à Skourie, qui détruit les conditions de vie des habitant·e·s de la région. Ces luttes, qui ont une dimension anticapitaliste, montrent que le mouvement populaire n'est pas mort en Grèce, et ouvrent la voie à une alternative sociale au fascisme, en recentrant l'antagonisme sur le terrain social.

En Grèce comme en France, en période de crise, le mouvement fasciste se développe jusqu'à pouvoir se lancer à l'assaut du pouvoir, avec l'appui de fractions grandissantes de la bourgeoisie et le soutient d'une partie de l'appareil d'État. La montée du fascisme en Grèce s'inscrit dans un mouvement général à l'échelle mondiale, et on peut mettre en évidence de nombreuses similitudes entre la situation française et la situation grecque. En avoir conscience nous permet d'en tirer les leçons et d'anticiper les réponses à apporter à la montée en puissance prévisible d'un mouvement ouvertement fasciste en France, se développant selon les mêmes schémas sur fond d'approfondissement de la crise et de cannibalisme social.

Il nous faut développer l'autodéfense antifasciste populaire, et la nécessaire solidarité internationale pour faire face à la répression, à la violence fasciste et étatique. Dans le même temps, le développement des luttes populaires est indispensable pour briser les tendances nationalistes en mettant en évidence son rôle contre-révolutionnaire dans l'affrontement de classe.

Groupe de Lyon
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