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(fr) France, OCL - Courant Alternatif CA #228 - Mayotte : la schizophrénie comme moyen d’intégration à la France

Date Mon, 06 May 2013 16:07:49 +0300


CE POINT DE VUE PRÉSENTE UNE ANALYSE INTÉRESSANTE DE LA SOCIÉTÉ D'UN DES PLUS PETITS CONFETTIS COLONIAUX DE LA RÉPUBLIQUE, DONT ON PARLE PEU. MAYOTTE EST POURTANT UN CAS D'ÉCOLE À PLUSIEURS TITRES: GESTION PUREMENT COLONIALE, TERRAIN D'EXPÉRIMENTATION DES LOIS LES PLUS RESTRICTIVES SUR LES ÉTRANGERS, ETC. L'ANALYSE DES PERVERSIONS DE LA STRUCTURE SOCIALE QU'ENTRAÎNE LE COLONIALISME MÉRITE TOUJOURS D'ÊTRE RAPPELÉE. NOUS NOUS DEVONS DE NOUS FAIRE L'ÉCHO DES TENTATIVES DE RÉSISTANCE AU COLONIALISME, SURTOUT LORSQU'ELLES NE FONT PAS LA UNE DE L'ACTUALITÉ. ---- Mayotte est une petite île de 40 km de long située entre Madagascar et le continent africain, dans l’archipel des Comores. Elle est devenue le 101ème département français le 1er avril 2011, du moins aux yeux des autorités françaises, pas de la communauté internationale.

En effet en 1975 lors du vote pour l’indépendance des Co-
mores, la France a arraché Mayotte à ses
trois îles sœurs, Grande Comore, Mohéli et
Anjouan. Ceci s’est fait au mépris des lois
internationales qui imposent le respect de
l’intégrité des frontières issues de la colo-
nisation.

Le processus de départementalisation
combine deux mouvements, comportant
des aspects historiques, juridiques, cultu-
rels et identitaires : une séparation de l’île
de Mayotte du reste de l’archipel des Co-
mores et une affiliation à la République
Française. De cela découlent deux ques-
tions : quelles sont les traductions psycho-
logiques de ces évènements en termes
d’affiliation et de séparation ? et quelles en
sont les répercussions sur la construction
de l’identité mahoraise ?

La séparation de Mayotte avec le reste
de l’archipel a engendré l'instauration
du visa Balladur en 1995. Ce der-
nier a produit une nouvelle
catégorie d'individu: « le klandestin co-
morien ».

DE LA CONSTRUCTION D’UNE IDENTITÉ POUR LES MAHORAIS - ES.

Le nouveau statut politique de Mayotte
maintenant amputé à l’archipel des Co-
mores a donné naissance à une perturba-
tion et un réajustement de l’équilibre
psychosocial mahorais. Les jeunes généra-
tions doivent se construire une identité
avec un mélange de deux cultures parfois
contradictoires : la traditionnelle, dite co-
morienne ou des « anciens », et la française
imposée par l’école, la télé et les institu-
tions. Ce phénomène de cohabitation de
deux référentiels différents, parfois s’ex-
cluant l’un de l’autre, est appelé le syncré-
tisme. A chaque génération la culture
française prend un peu plus le pas sur la
culture traditionnelle, et l’on peut enten-
dre maintenant dans les cours de récréa-
tion l’insulte « sale anjouanais, sale
comorien », une aberration quand on voit
qu’il y a 40 ans ils étaient tous de la même
nationalité. L’aliénation est efficace car on
entend aujourd’hui dans la bouche des
mahorais qu’ils sont plus proches des
français que des comoriens.

Les écarts entre les valeurs comoriennes
et occidentales provoquent le sentiment
pour certains mahorais d’avoir à s’intégrer
sur leur propre sol et donc d’être mi-
grants chez eux.

Ce bouleversement des repères iden-
titaires entraine de nombreuses
conséquences, dont toutes ne
sont pas encore perçues à ce
jour.

Frantz Fanon décrit un phéno-
mène intéressant. Avant la seconde guerre
mondiale et le concept de négritude
amené par Aimé Césaire, les antillais se
considéraient comme européens. Ils mé-
prisaient les africains, les appelant « nè-
gres » et ils n’hésitaient pas dans les
colonies françaises à être encore plus sé-
vères que ne l’étaient les colons blancs,
afin de bien marquer le fossé qui les sépa-
rait du nègre.

L’homme dominé a besoin d’un plus noir,
ou d’un plus pauvre que lui pour ne pas
être le dernier maillon de la chaine, pour
transférer le mépris et le sentiment d’in-
fériorité qu’il ressent sur quelqu’un d’au-
tre. Il faut trouver quelqu’un de moins
intégré, de moins civilisé que soi pour, en
le montrant du doigt, passer du statut
d’oppressé à celui d’oppresseur . Ce chan-
gement de statut relève de l’estime de soi
et permet de se faire une place dans la so-
ciété. Cette construction de dignité est
bancale, puisque coincée entre un plus fort
et un plus faible que soi. Elle est le fruit de
l’arbre colonial et de sa sève du dévelop-
pement.

Beaucoup de mahorais - es se tiennent ac-
tuellement à ce raisonnement, et ils prou-
vent leur attachement à la France en étant
parfois plus sévères que les blanc-he-s sur
les expulsions de klandestin-e-s como-
rien-ne-s. Serait ce dans l’espoir d’avoir
des faveurs de la part de la France occu-
pante, rappelant ainsi le zèle du gouver-
nement de Vichy dans la chasse aux juifs ?
Les élus persistent dans ce domaine,
orientant le discours ambiant sur la haine
du clandestin et organisant des manifes-
tations racistes à l’égard des comoriens.
Rappelons pour l’anecdote que le maire de
Bandrélé est toujours en fonction alors
qu’il avait ordonné à ses employés muni-
cipaux de mettre le feu à 28 maisons de
klandestins en 2006.

La dénonciation de ses voisin - e - s clan-
courant alternatif - n°228 - Mars 2013 27
00 maq CA 228_CA 27/02/13 18:31 Page28
destin - e - s est fréquente à Mayotte, alors
que chaque mahorais - e - s a de la famille
sur au moins une des trois autres îles co-
moriennes. Ceci entraine une situation
proche de la schizophrénie. Défendre cer-
tain - e - s de leurs cousin - e - s tout en en
rejetant d’autres, c’est renier une partie de
soi, de ses traditions, de son hospitalité an-
cestrale.

Bien sûr il existe un grand nombre de ma-
horais - e - s qui sont solidaires de leurs
cousin - e - s comorien - n e - s, seulement ils
ne peuvent s’exprimer librement. La pres-
sion sociale et le discours ambiant veulent
que l’on ait là bas des propos anti-como-
riens, donc par extension contre sa culture.
L’occupation coloniale française peut être
comparée à une maladie auto-immune : le
mahorais occupé en vient à détruire lui-
même sa culture, ce qui constituait son
identité. Nous assistons à Mayotte à un
échantillon de ce que donne le phénomène
de mondialisation, l’uniformisation des
cultures pour former LA culture occiden-
tale lisse que l’on perçoit derrière son
écran.

Cette construction d’une nouvelle identité
mahoraise n’aurait pas pu se faire aussi
vite sans la réécriture de l’histoire.

SUR LA RÉÉCRITURE DE L’HISTOIRE.

La population mahoraise est très jeune :
plus de la moitié de la population a moins
de 22 ans. Cette donnée additionnée au
vide de contestation politique régnant sur
l’île a de terribles effets quant à la
conscience politique de chacun. Une des
conséquences directes est la réécriture de
l’histoire par les vainqueurs. En une qua-
rantaine d’années les jeunes générations
arrivent à être persuadés qu’ils ont voté en
toute liberté pour leur attachement à la
France et non aux Comores. Les men-
songes des politiciens ainsi que le discours
scolaire colonisateur ont effacé les condi-
tions de ce premier vote en 1974. L’occu-
pant français a usé de différents
stratagèmes pour garder Mayotte sous son
giron : violences, bannissements et meur-
tres des partisans indépendantistes, insti-
tution coloniale attisant les rancœurs
ancestrales entre les îles... Diviser pour
mieux régner est toujours d’actualité.

Il existe très peu d’écrits sur la décoloni-
sation comorienne. La dépolitisation vo-
lontaire du peuple mahorais est flagrante.
Aucun message politique sur les murs, pas
de réel parti politique local, les élus locaux
passent de l’UMP au PS d’une année à l’au-
tre selon les Alizées. Le clan des grandes
familles bourgeoises de l’île conserve la
main mise sur l’île depuis 1974. Entre le
début du 20e siècle et 1975, les habitants
des quatre îles des Comores étaient tous
désignés sous le même terme de citoyens
de la république française, colonie isla-
mique des Comores. Les mahorais arrivent
maintenant à être convaincus que les Co-
mores ne sont que trois îles, ce qui relève
du négationnisme géographique quand on
sait que l’île d’Anjouan n’est qu’à 70km de
Mayotte.

La première bataille est celle des mots et
on ne peut construire son raisonnement
qu’avec les mots mis à notre disposition.
C’est pourquoi nous, un groupe affinitaire
autonome, avons décider de lutter avant
tout sur ce point : en taguant sur l’île des
messages politiques simples mais tus dans
les livres d’histoire et par les politiques :
« colonie ? , Comores = 4 îles, La France di-
vise les Comores pour mieux régner, Tous
responsables des rafles et déportations... »
. Le but de ces tags est de planter des
graines, en espérant qu’elles germeront
dans la tête de certain - e - s mahorais - e - s,
qu’ils se réapproprient leur passé actuelle-
ment réécrit, pour construire leur futur
sans le joug colonial. Le but de nos actions
directes non-violentes, médiatisées ou
non, est de porter un discours radical aux
antipodes du discours raciste des autorités.
Nous souhaitons ainsi déplacer la pensée
moyenne vers nos idées, créant un débat
politique qui n’existait pas jusqu’alors. Nos
revendications sont actuellement les sui-
vantes : l’arrêt de l’occupation illégale de
l’île par la France, l’abrogation immédiate
du Visa Balladur, l’arrêt de toute expulsion,
la fermeture du CRA... Nous souhaitons un
changement radical de la situation poli-
tique à Mayotte, réalisé par les mahorais-
e- s et comorien - ne - s et pour eux/elles.
Nous ne sommes là que pour soulever des
questions, à eux/elles de trouver leurs ré-
ponses.

Un membre des Indigné-e-s de Mayotte
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