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(fr) France, OCL - Courant Alternatif CA #228 - Scalp Dissolution et Bilan

Date Sun, 05 May 2013 15:30:13 +0300


NOUS PUBLIONS UN EXTRAIT DU TEXTE DU GROUPE SCALP-REFLEX ANNONÇANT SA DISSOLU-
TION. IL NOUS A SEMBLÉ IMPORTANT DE PARTICIPER À SA DIFFUSION, NON SEULEMENT PARCE
QU'ILS ONT ÉTÉ COMPAGNONS DE NOMBREUSES LUTTES, PARCE QU'UNE TELLE ANNONCE N'EST
PAS BANALE DANS LE MILIEU MILITANT ET ENFIN PARCE QU'IL COMPORTE UNE ANALYSE TRÈS LU-
CIDE DE LA PÉRIODE POLITIQUE QUE NOUS TRAVERSONS. ---- BRÈVE HISTOIRE DU SCALP-REFLEX
SUITE ET FIN ---- Notre groupe, le SCALP-Reflex, procède et annonce aujourd’hui sa dissolution après plus de 25 ans d’existence et d’activité dans l’espace politique et contre-culturel parisien. ---- Nous avons vu se succéder plusieurs générations de militants, qui chacune à leur façon ont contribué à cette aventure.

Il est temps aujourd’hui de faire un bilan de nos
activités pour que ceux qui forment au-
jourd'hui le groupe SCALP-Reflex puissent
clore cette histoire et entamer une nouvelle
dynamique. En choisissant de rendre cette
annonce et cette réflexion-bilan publiques,
plutôt qu’en nous contentant de laisser dé-
périr ce groupe comme tant d’autres, nous
espérons que transmettre notre expérience
pourra permettre de faire avancer les ré-
flexions d’autres groupes ou organisations
militantes, et ainsi contribuer une dernière
fois à faire vivre et enrichir notre milieu po-
litique.

NOTRE ANTIFASCISME ET SES LIMITES AUJOURD’HUI

Si le Scalp-Reflex, et au-delà le Réseau No
Pasaran, s’est impliqué dans des luttes
aussi diverses au cours des trente dernières
années, c’est que dès l’origine et jusqu’à
aujourd’hui sa ligne directrice a été celle de
l’antifascisme radical. Antifascisme radical,
c'est à dire qui entend attaquer les racines
profondes du fascisme, de transformer la
société pour en extirper les germes du fas-
cisme. Antifascisme radical, à l’inverse de
l’antifascisme dit " républicain ", qui se
contente de dénoncer le fascisme sur un
plan moral, au nom des grands principes
dont se réclame le système social et ce,
même si ce système ne respecte pas lui-
même ses propres principes. Même si, en
France, l’antifascisme radical s’est déve-
loppé dans les années 1980 en réaction à la
montée en puissance du Front National, il
n’est donc pas seulement une lutte contre
l’extrême droite, encore moins contre un
parti d’extrême droite. Il s’agit d’une lutte
globale, à la fois socioculturelle, écono-
mique et politique, contre tout ce qui, dans
une société, est susceptible de permettre la
résurgence de phénomènes fascistes, avec
leur cocktail d’autoritarisme, d’inégalités et
d’exclusions, bref une lutte pour l’émanci-
pation et l’autonomie de tous et toutes.

Aussi utile et légitime soit-elle, la lutte an-
tifasciste a connu de sérieuses limites au
cours des 15 dernières années ; des limites
que nous n’arrivons pas à dépasser, et qui
justifient notre décision de mettre fin aux
activités du Scalp-Reflex afin de transfor-
mer la forme de notre engagement et de
notre action politique.

La première limite est liée aux évolutions
de la conjoncture socio-politique, et en par-
ticulier à la banalisation des idées d’ex-
trême droite. La lepénisation des esprits,
que nous pensions dès l’origine être un
danger plus grave, plus pressant et plus in-
sidieux qu’une éventuelle prise du pouvoir
par l’extrême droite, est désormais presque
achevée : en témoignent non seulement les
bons scores électoraux du FN lors de la sé-
quence électorale de 2012, ainsi que la mul-
tiplication ces dernières années de
groupuscules fascisants (Identitaires, Troi-
sième Voie, Nationalistes autonomes, etc.),
mais aussi et surtout le fait que les thèmes
et souvent les thèses de cette mouvance
ont été peu à peu récupérés par les partis
politiques classiques – et ce, à gauche
comme à droite.

La présidence Sarkozy a accéléré cette ba-
nalisation : commencée avec la création
d’un Ministère de l’identité nationale et de
l’immigration, institutionnalisant du même
coup au cœur de l’édifice républicain le
thème frontiste « immigration = danger cul-
turel », cette période se poursuit sur un pi-
toyable débat interne à la droite sur
l’opportunité électoraliste d’alliances avec
l’extrême droite plutôt qu’avec le centre-
droit. Mais le moment crucial est antérieur,
et se joue lors de la séquence 1997 - 2002,
sous le gouvernement de gauche plurielle.
Le pas décisif dans cette banalisation a
sans doute été le virage sécuritaire pris par
le PS en 1997 (colloque de Villepinte), qui a
vu la gauche se rallier au discours répressif
issu de la droite la plus dure, et abandon-
ner du même coup toute analyse et toute
perspective de solution socio-économiques
aux problèmes sociaux. Ceci, sur fond d’une
part d’approfondissement du virage libéral
pris en 1983 avec le « tournant de la ri-
gueur » (le gouvernement Jospin est celui
qui a le plus privatisé depuis la Libération,
celui aussi qui a introduit les recettes néo-
libérales de management dans l’adminis-
tration (LOLF, 2000 ), et d’autre part de
soumission aux diktats néolibéraux de
l’Union européenne (Traité d’Amsterdam
en 1997, stratégie de Lisbonne ratifiée en
1999-2000, soutien majoritaire du PS à la
Constitution européenne en 2005, enfin
vote, avec la droite et contre la volonté po-
pulaire exprimée par référendum, du Traité
constitutionnel de Lisbonne en 2007). Faute
de projet politique alternatif, il ne reste plus
à cette gauche soi-disant socialiste qu’à
suivre et, au mieux, à se faire une spécialité
de tenter d’atténuer la violence du capita-
lisme néolibéral, quitte à diffuser les vieux
poncifs répressifs et nationalistes pour sou-
der la population. Dès lors le champ est
libre pour la droite pour durcir ses posi-
tions, et se rapprocher petit à petit de l’ex-
trême droite sur ses thèmes de
prédilection : immigration et répression.
Cette droitisation des positions des partis
classiques s’est effectuée d’autant plus fa-
cilement qu’à la même période le principal
représentant de l’extrême droite, le FN,
entre en crise et connaît une scission en dé-
cembre 1998. Ignorants, en bons antifas-
cistes libéraux, que rien n’a changé dans les
conditions sociales qui font le terreau de
l’extrême droite, médias et politiciens diag-
nostiquent alors la mort du FN, donc (selon
eux) la fin de tout danger fasciste, nationa-
liste, voire de l’extrême droite. Le 21 avril
2002, où le FN atteint des résultats électo-
raux inégalés, est paradoxalement présenté
comme confirmant cette thèse : médias et
politiciens célèbrent la réélection de Chirac
comme la victoire définitive contre l’ex-
trême droite, écrasée par la plus large vic-
toire présidentielle jamais obtenue. Bien
peu nombreux sont, à l’époque, ceux qui
soulignent que le FN a gagné des voix entre
le 1er et le 2e tour des élections... Mais il est
vrai que la scission de 1998 a fait très mal à
l’extrême droite, qui passe toute la décen-
nie 2000 à tenter de se reconstruire une re-
présentation politique et qui n’obtient que
de « faibles » scores électoraux – ce qui enté-
rine l’idée (fausse) selon laquelle tout dan-
ger est écarté de ce côté.

Le mouvement de droitisation est accéléré
par le basculement de l’année 2001. Celle-ci
voit coup sur coup le début de la fin du
mouvement altermondialiste, avec la ré-
pression du contre-sommet de Gênes en
juillet, et l’irruption au devant de la scène
géopolitique de la doctrine du choc des ci-
vilisations, suite aux attentats du 11 sep-
tembre. Ensemble, ces deux événements
marquent le triomphe des thèmes cultura-
listes et ethno-différentialistes, autour de
la lutte contre le nouvel ennemi absolu,
" l’axe du mal " : les musulmans, toujours
peu ou prou suspects d’islamisme. Les
termes du débat se déplacent, et avec eux
les clivages : le problème n’est plus d’être
noir ou arabe, bref différent de la tradition
nationale (racisme / nationalisme
condamné par tous), mais d’être musul-
man, donc suspect d’hostilité contre la dé-
mocratie (racisme ethno - différencialiste
admis par tous : cf. le vote consensuel des
lois contre le port du foulard à l’école, ou
contre le port du voile intégral dans la rue).
Ce qui s’opère là, c’est une véritable " cultu-
ralisation " des mentalités : la population
est abreuvée de discours politiques et mé-
diatiques qui placent au premier plan l’ap-
partenance culturelle, censée déterminer
l’action et la moralité des individus. Soit un
schéma identique à celui du racisme ethno-
différentialiste, où la différence de l’autre
n’en fait pas un inférieur, mais tout sim-
plement un autre, un étranger, inassimila-
ble, voire inacceptable : chacun chez soi,
chacun entre soi. Situation d’autant plus
grave que les revendications des minorités
dans l’hexagone se modifient elles aussi,
passant de l’exigence d’égalité sociale à
celle du respect des différences ethniques
ou culturelles, entérinant du même coup la
segmentation ethno - culturelle de la popu-
lation entamée par l’extrême droite dans
les années 1980 – au détriment bien sûr de
la division en classes socio-économiques.
Or cette affirmation quasi-unanime de la
priorité des thèmes socioculturels, qui plus
est traités sur le mode du danger et de la
défiance réciproque des communautés,
non seulement entérine sa propagande
passée en faveur de l’exclusion ethnique,
mais clairement banalise ses positions et
fait le lit de ses succès futurs.

De fait, " droitisation " du discours politique
et " culturalisation " des mentalités n’atten-
daient plus, pour donner leurs fruits, que la
restructuration d’un appareil partisan à
l’extrême droite – ce qui s’accomplit en 2010
avec la prise de pouvoir de Marine Le Pen
sur le FN. Comprenant très bien que le
contexte lui est favorable grâce à l’évolution
des partis de gouvernement, et sans doute
désireuse de prolonger la tendance jusqu’à
atteindre le gouvernement par alliance
avec la droite classique, celle-ci ne fait que
prolonger le mouvement de banalisation
déjà bien entamé. D’où un travail cosmé-
tique en trois points, la désormais célèbre
« dédiabolisation » : éviter les provocations
et évacuer les ailes les plus dures et les
moins banalisées du parti (catholiques tra-
ditionalistes, néofascistes, etc.) ; récupérer
la rhétorique dont s’étaient enrobées les
mesures discriminatoires antérieures (pas
contre l’islam, mais pour la laïcité...) ; re-
mettre en avant les thèmes socio - écono-
miques abandonnés par les partis
classiques, sans bouger d’un iota sur les
propositions du parti en la matière : préfé-
rence nationale et protectionnisme (au pro-
gramme du FN depuis les années 1980), et
redorer le nationalisme en jouant sur l’hos-
tilité largement répandue à l’Union euro-
péenne et à la mondialisation néolibérale.

Cette reconstruction s’accompagne d’un
énorme travail médiatique, visant à occu-
per au maximum le temps d’antenne. C’est
là, et non sur le fond, que réside le grand vi-
rage stratégique du FN – et l’une des
grandes difficultés de l’antifascisme radical
aujourd’hui : la stratégie n’est plus d’occu-
per la rue grâce à ses militant - e - s, mais
d’occuper les plateaux télés grâce à ses
porte-parole propres sur eux. Jusqu’à la
scission de 1998, le FN était l’un des der-
niers partis de masse militants ; au-
jourd’hui, il n’a plus d’appareil de parti
couvrant tout le territoire, et il peine à pré-
senter des candidats dans toutes les cir-
conscriptions. Autrement dit, comme le PS
ou l’UMP, le FN est en train de devenir un
parti purement électoral, animé par des
professionnels de la communication,
n’existant qu’entre leurs bureaux, leurs
berlines et les antennes audiovisuelles.
Cette évolution de la stratégie d’implanta-
tion de l’extrême droite rend du même
coup beaucoup plus difficile l’action de rue
antifasciste – pour la simple raison que les
rares militants d’extrême droite encore
dans la rue aujourd’hui sont ceux trop stu-
pides ou trop insignifiants pour être accep-
tés même par le FN. L’antifascisme de rue
(manifestations, marchés, etc.), aujourd’hui,
est dans une impasse : soit il se confronte à
des groupes d’extrême droite marginaux,
sans envergure politique, mais dangereux
physiquement; soit il cherche à se confron-
ter à des organisations ayant une certaine
envergure politique, et il se trouve face à
des partis qui non seulement sont absents
de la rue, mais qui en plus sont désormais
bien intégrés au jeu politique, soutenus par
la force publique et perçus comme légi-
times par la population, car au final pas si
différents des partis de gouvernement...
Les nombreuses poursuites et condamna-
tions judiciaires d’antifascistes au cours de
la dernière décennie suffisent à le prouver :
l’un des effets de la lepénisation des esprits
est de rendre l’action antifasciste illégitime
aux yeux du pouvoir et de la population – et
d’illégitime à illégale, puis à condamnable
pénalement, il n’y a qu’un pas que le sys-
tème judiciaire a très souvent franchi au
cours des 10 dernières années...

A ces deux difficultés que constituent la ba-
nalisation des idées et la parcellisation des
groupes d’extrême droite s’ajoute une troi-
sième, cette fois-ci au sein même de notre
mouvance politique et des différentes or-
ganisations d’extrême ou d’ultra-gauche.

Les refrains entonnés ces quinze dernières
années sur la fin du FN et du coup de l’ex-
trême droite ont là aussi porté leurs fruits :
l’antifascisme est devenu (au mieux) une
cause secondaire, et le plus souvent un
enjeu instrumentalisé à des fins de repré-
sentation politique. Le premier signe de
cette marginalisation est le déclin progres-
sif de toutes les structures antifascistes,
qu’il s’agisse de groupes militants et / ou de
cadres d’information et de réflexion : dis-
parus le Manifeste contre l’extrême droite,
les JRE, Ras l’Front, le Crida... De l’efflores-
cence des années 1990, seuls subsistent des
associations antiracistes liées à des partis
politiques (MRAP, SOS Racisme) et le réseau
No Pasaran, qui, parce qu’antifasciste radi-
cal a pu jusqu’ici survivre en investissant
des terrains au-delà de l’extrême droite
stricto sensu – luttes de l’immigration, du
sécuritaire, du féminisme, de l’altermon-
dialisme, etc. Mais ses membres, en parti-
culier en région parisienne, se retrouvent
isolées, obligées de faire appel à l’alliance
avec d’autres structures pour lesquelles
l’antifascisme est, au mieux, une lutte se-
condaire. D’où le petit nombre de mobilisa-
tions, et mêmes d’initiatives, sur ce terrain ;
d’où, surtout, l’absence de toute réflexion
sérieuse sur la question antifasciste, sur la
réalité de la situation et sur les stratégies à
développer pour contrer le développement
de l’autoritarisme, des inégalités et des dis-
criminations.

Concrètement, cette situation s’avère pro-
blématique à plusieurs niveaux. D’abord,
elle amène la plupart des structures poli-
tiques à ne se mobiliser qu’au coup par
coup, en cas de danger militant immédiat
ou, surtout, lorsqu’elles pressentent qu’une
initiative peut leur être bénéfique en
termes de représentation politique ou mé-
diatique. Les deux principales mobilisa-
tions antifascistes de l’année 2011-2012 en
région parisienne sont ici emblématiques :
contre SOS Tout Petits venant prier devant
le centre IVG de l’hôpital Tenon, moyen
pour certains de se lier à la lutte en cours
pour le maintien de ce centre ; contre les
traditionalistes attaquant la pièce de théâ-
tre « Sur le concept du visage du Fils de
Dieu » de Roméo Castellucci, moyen facile
pour beaucoup de s’intégrer à un événe-
ment déjà médiatisé. C’est parfois encore
pire : la difficulté à rendre compatible les in-
térêts propres des uns et des autres peut
aboutir à limiter le succès d’un événe-
ment – comme le Forum social antifas-
ciste, qui malgré tous ses signataires n’a
réuni que peu de monde – voire même à
empêcher de mener une action de
rue – comme, cette année encore, la dés-
ormais traditionnelle contre-manifestation
du 9 mai.

D’autre part, le mouvement antifasciste
souffre d’une absence d’analyse critique, et
du coup d’inventivité, quant à ses formes et
ses espaces d’intervention. Les mobilisa-
tions, quand elles ont lieu, prennent des
formes qui, d’évidence, ne parviennent plus
à toucher que les militants déjà sensibili-
sés, et restent la plupart du temps ineffi-
caces (forums, manifestations, voire simple
chasse au hasard, etc.). Clairement, ces ac-
tions ne peuvent aujourd’hui avoir d’im-
pact que dans certaines configurations bien
particulières, comme en cas de présence lo-
cale d’un groupe néofasciste violent (ce qui
n’est pas le cas à Paris). En revanche, elles
sont désormais inefficaces d'une part
contre la tendance lourde à l’achèvement
de lepénisation des esprits, qui dépasse de
très loin l’extrême droite proprement dite,
et d'autre part contre la nouvelle stratégie
médiatique de son principal représentant
partisan, le FN.

Bref, l'antifascisme semble de moins en
moins pouvoir constituer un espace effi-
cace de convergence des luttes, c'est à dire
de rencontre et d’échanges entre des indi-
vidus et des groupes qui, bien qu’engagés
sur différents terrains, pouvaient au moins
se retrouver dans leur antifascisme com-
mun et, à partir de là, tenter de tisser des
liens théoriques et pratiques entre leurs
différentes perspectives.

Banalisation des thèses de l’extrême droite,
virtualisation de l’activité de ses représen-
tants, et instrumentalisation de la cause
antifasciste par certains de ceux qui s’en
déclarent partisans : tels sont les trois élé-
ments de la crise contemporaine de l’anti-
fascisme.

Ces limites concernent toute la mouvance
antifasciste – y compris nous, membres
du Scalp-Reflex. Le fait est que, ces der-
nières années, le groupe n’a pas non plus
réussi à agir pour se transformer lui-même,
et pour impulser la reconstitution d’un
nouveau mouvement antifasciste radical.
Nous ne sommes pas exempts de défauts
ni de critiques ; nous avons sans doute raté
certaines opportunités auxquelles nous
n’avons pas su ou pas voulu nous adapter,
en particulier concernant l’importance
croissante du numérique et des nouvelles
technologies de la communication. Nous
avons, nous aussi, eu tendance à nous re-
poser sur nos lauriers et à maintenir in-
changés nos modes d’action – du moins
les plus efficaces d’entre eux ; nos tenta-
tives de renouvellement n’ont pas abouti,
et pire encore, nous pensons que notre pré-
sence, notre place centrale sur la scène an-
tifasciste parisienne, a pu constituer un
obstacle à l’émergence de nouveaux
groupes, plus énergiques et peut-être plus
imaginatifs que nous-mêmes.

Enfin, ne pas prendre au sérieux la cause
antifasciste, c’est du même coup se priver
de toute analyse sérieuse des causes et
conditions du fascisme contemporain, et se
limiter à la dénonciation routinière de l’ex-
trême droite ou à la lutte épisodique contre
une de ses manifestations. C’est abandon-
ner l’idée fondamentale de l’antifascisme
radical : celle qui veut que le fascisme ait
des racines sociales, et que la lutte contre
le fascisme soit une lutte pour la révolution
sociale, et non simplement pour museler
l’extrême droite.

[...]

SCALP-REFLEX Paris, le 12 janvier 2013
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