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(fr) France, Organisation Communiste Libertarie - Courant Alternatif CA #228 - Travailler tue LâEXEMPLE JAPONAIS DU Â KAROSHI Â

Date Mon, 22 Apr 2013 18:32:28 +0300


DANS LE CAPITAL, MARX, Ã PROPOS DE LA CONDITION OUVRIÃRE EN ANGLETERRE, PARLAIT DÃJÃ DE SURTRAVAIL, PAS SEULEMENT DU POINT DE VUE ÃCONOMIQUE QUI EXAMINE LA PART DU TRAVAIL Â OFFERTE Â AU PATRON (LA PLUS-VALUE), MAIS EN TERMES DE SANTÃ ET DE DURÃE DE VIE (LE SURMENAGE QUI CONDUIT Ã LA MORT). DE NOS JOURS , TANT QUâIL NE SâAGIT QUE DâARRÃTS VASCULAIRES OU DâINFARCTUS , QUI PLUS EST SE PRODUISANT EN DEHORS DU LIEU DE TRAVAIL, LA SOCIÃTÃ EST DANS LE DÃNI. CâEST LORSQUE LâON A AFFAIRE Ã DES SUICIDES QUE LE TROUBLE SâINSTALLE. DANS UNE SOCIÃTÃ QUI CHERCHE Ã NIER LA MORT ET OÃ, DU MOINS, ON LA CACHE, SE LA DONNER APPARAÃT COMME UNE ATTEINTE INSUPPORTABLE Ã LâORDRE DES CHOSES. ---- A prÃs que les suicides survenus chez Renault, Peugeot, Sodexho, etc, en 2007 ont eu franchi lâomerta
mÃdiatique qui couvre gÃnÃralement ce genre de drame, divers rapports sur le Âstress au travail furent remis au ministÃre du Travail, qui fit tout son possible pour en limiter lâimpact aux passages à lâacte à lâintÃrieur mÃme de lâentreprise.

Quant aux dÃcÃs plus gÃnÃralement dus
au  surtravail  un seul cas fut reconnu
cette annÃe-là (un infarctus). Mais avec,
en 2009, la  vague de suicides  à France
TÃlÃcom (35 en deux ans), lâaffaire devint
sÃrieuse et obligea le patronat et le gou-
vernement à Ãlaborer un contre-feu. Ont
Ãtà alors gÃnÃralement pointÃes du doigt
des erreurs de management (quelques
hauts cadres fusibles sautÃrent) et un nu-
mÃro vert fut mis en place, permettant Ã
un collÃgue de signaler un cas de ten-
dance suicidaire à qui on va proposer une
aide psychologique : ce qui veut dire clai-
rement que le mal ne vient pas de lâextÃ-
rieur mais de lui-mÃme, de lâintÃrieur, et
que de ce fait il est plus ou moins respon-
sable de nâÃtre pas bien dans son assiette.
Câest le candidat à la mort quâil faut soi-
gner, pas le travail quâil faut Ãliminer, pas
le patron quâil faut punir !

Pour mÃmoire, le suicide est condamnÃ
par toutes les religions, et sâil nâest plus
interdit en France depuis 1810, il nâest tou-
jours pas reconnu comme un droit. Alors
que, pour les religions comme pour lâEtat,
faire fructifier au mieux sa force de travail
est plus quâun droit, câest un devoir !
Marcel Durand, dans Grain de sable sous
le capot : chronique de la chaÃne à Peu-
geot-Sochaux (La BrÃche, 1990)(1), qui re-
late plus de vingt annÃes de condition
ouvriÃre chez  Pijo Â, nous dit :  Pijo avait
chargà une clique de techniciens dâimpo-
ser le management sauce nippone dans
ses usines franÃaises. (...) On sâappelle par
notre prÃnom. On rÃflÃchit ensemble afin
que lâusine produise toujours davantage.

Mais on est en rivalità constante avec le
plus proche collÃgue, lâÃquipe voisine, la
chaÃne dâà cÃtÃ. (...) Ce dont Peugeot ne
nous parle pas, câest du karoshi. Â

KAROSHI

Câest quoi, ce karoshi Ãvoquà par cet an-
cien ouvrier de le  Peujâ  ? Câest un terme
qui remonte aux annÃes 60 au Japon, et
que lâon peut traduire par  mort par sur-
menage au travail  ou par  surtravail Â. La
lÃgislation reconnaÃt dans ce pays davan-
tage de dÃgÃts causÃs par ce  surtravail Â
quâen France, et de nombreuses luttes
(surtout juridiques) ont Ãtà menÃes par
des familles de victimes et des associa-
tions de mÃdecins. La lecture des lignes
qui suivent nous montre que le patronat
franÃais peut faire là aussi des progrÃs en
matiÃre dâintensification de lâexploitation
des travailleurs, si on se rÃfÃre au pays du
Soleil-Levant. Soyons certains que  la
crise  en sera la justification.

Dans les grandes villes du Japon, une
Ãnorme quantità de gens dÃveloppent une
relation dâautodestruction avec le travail
qui les condamne à une mort prÃcoce. Ce
phÃnomÃne a donc un nom : karoshi. Il ne
sâagit pas de lâexploitation du travail dans
lâusine ou des accidents de travail sur les
chantiers, mais du mot qui indique prÃci-
sÃment les dÃcÃs de travailleurs des
grandes entreprises par accident vascu-
laire cÃrÃbral ou crise cardiaque dà à une
surcharge de travail au-delà des limites
 supportables Â.

Par exemple, cette annÃe, le suicide dâune
jeune femme de 26 ans a Ãtà reconnu
comme karoshi aprÃs quâune enquÃte a
rÃvÃlà que Mori Mina faisait 140 heures
supplÃmentaires chaque mois dans un
restaurant de la chaÃne populaire Watami.

Le phÃnomÃne karoshi est apparu au
grand jour dans les annÃes 60 quand un
jeune homme, employà au service
dâexpÃdition dâun grand journal ja-
ponais, est mort dâun AVC (accident
inhabituel à 29 ans!). Les gens ont
rÃalisà alors quâun trop grand
temps de travail pouvait avoir
des effets nÃgatifs sur le corps.
Depuis lors, les cas de karoshi ont
donnà lieu à dâimplacables ba-
tailles entre des familles dÃtermi-
nÃes à dÃmontrer que la cause du
dÃcÃs Ãtait bien le  trop de travail Â
et lâemployeur cherchant par tous les
moyens à Ãtouffer lâaffaire.

Au Japon, les travailleurs temporaires re-
prÃsentent un tiers de la main - dâÅuvre,
et leur travail  temporaire  veut dire pour
eux pratiquement aucun droit et un sa-
laire des plus bas, mÃme aprÃs des annÃes
de travail dans la mÃme entreprise. Lâem-
ploi rÃgulier (nous dirions CDI) est une re-
lique du passà maintenant enterrÃe. Les
employÃs de nombreuses entreprises sont
tenus dâadopter une culture du travail qui
dÃtruit leur vie.
Jake Adelstein a passà douze ans au Japon
en Ãtant le premier journaliste non japo-
nais dans le quotidien Yomiuri Sinbun. Il
travaillait jour et nuit avec seulement
quelques heures dâinterruption pour dor-
mir. Il explique : Â Une des choses qui
contribuent aux pires conditions dans les
sociÃtÃs japonaises est la prÃgnance des
agences de travail temporaire. Si
quelquâun est dans une entreprise depuis
plus de cinq ans, câest quâil est censà Ãtre
utilisà à un poste fixe ; mais en rÃalità il
arrive que, cette durÃe atteinte, lâemployÃ
soit congÃdiÃ. Cette promesse dâun emploi
à durÃe indÃterminÃe pour un â vrai tra-
vail â est agitÃe devant ses yeux, puis dâun
seul coup retirÃe, comme un tapis sous les
pieds. Â

Ce contexte dâinsÃcurità est devenu la
norme dans des entreprises dites
 noires Â, qui poussent lâexploitation
jusquâà dÃtruire leurs employÃs à force de
travail. Dans la crainte constante dâÃtre
remplacÃs dâun moment à lâautre, les tra-
vailleurs ont dÃveloppà une capacità à sa-
tisfaire leurs supÃrieurs en faisant
nombre dâheures supplÃmentaires non
payÃes (jusquâà en falsifier le nombre en-
registrà pour Ãviter à lâentreprise le moin-
dre ennui concernant cette pratique).

 Il existe deux registres. Sur lâun, on ins-
crit les heures rÃellement effectuÃes. Sur
lâautre, les heures â normales â. En tant
que travailleurs de nuit, nous devons or-
ganiser les heures de travail pour tout le
monde. On pouvait travailler une semaine
entiÃre sans journÃe libre et, Ã la fin, au
lieu de signaler la totalità des heures, on
notait seulement les â normales â, en ajou-
tant des jours de vacances pour les autres.
Câest une tradition, bien ancrÃe encore
chez les anciens, de ne pas dÃclarer les
heures supplÃmentaires et de travailler
gratuitement. Autre tradition : quitter le
bureau avant une personne plus ÃgÃe est
considÃrà comme grossier et offensant. Â

LES HOTELS A Â CAPSULES Â POUR CEUX
QUI NE PEUVENT PAS PASSER LA NUIT A
LA MAISON

 Evidemment, cette organisation du tra-
vail "cercueils en peluche" des hoÌtels cap-
sulelaisse peu de temps pour des activitÃs
qui pourraient permettre que les gens ne
se transforment pas en une bombe dÃses-
pÃrÃe prÃte à Ãclater à tout moment. Par
exemple la socialisation, passer du temps
avec la famille, dormir plus de deux
heures par nuit. Les hÃtels à capsules
existent par le seul fait que trÃs nombreux
sont celles et ceux qui considÃrent quâil
est plus logique de dormir dans des cer-
cueils en peluche empilÃs les uns sur les
autres que prendre le train du retour
aprÃs avoir travaillà jusquâau petit matin.
Vous habitez en banlieue, le voyage est
long, vous vous dÃplacez dans un train
bondà et arrivez au bureau dÃjà fatiguÃ
parce que vous avez Ãtà debout pendant
tout le trajet, vous travaillez jusquâà 23
heures ou minuit, rentrez à la maison avec
le mÃme train bondÃ, sans avoir le temps
de veiller un peu et de vous dÃtendre, car
le lendemain il faut retravailler et suppor-
ter une privation continue de sommeil et
aller, malgrà tout, de lâavant Â.

Lâune des raisons pour lesquelles le Japon
a un taux de natalità et de mariages trÃs
bas est que si les gens passent tant de
temps au travail quâils nâont plus de vie
privÃe. Comment pouvez-vous cultiver
des relations ? Â Comment pouvez-vous
rencontrer, sortir et construire une his-
toire avec quelquâun quand votre travail
est votre vie ? Â

 Lorsque vous nâÃtes pas soumis comme
un esclave à un rythme intense dÃs lâaube,
et que vous n'Ãtes pas privà de sommeil,
vos collÃgues et votre chef vous accuse-
ront certainement de ne pas travailler
assez. Il est donc important de donner
lâimpression dâÃtre Ãpuisà et de souffrir
mÃme si ce nâest pas le cas, et cela semble
avoir plus de valeur que le travail bien
fait. Â

Le Japon a lâun des taux de suicide les plus
ÃlevÃs au monde. En 2009, le nombre total
de suicides a augmentà de 2 %, pour at-
teindre 32 845 (26 pour 100 000 habitants),
dont un grand nombre liÃs au  trop de
travail Â. Lorsque, dans un pays, une forÃt
sâappelle  forÃt des suicidÃs  et que sây
vend chaque annÃe un nombre record de
manuels sur le suicide, des statistiques de
ce genre se comprennent aisÃment. Le
livre en question explique :  Ã'a Ãtà une
autre mauvaise journÃe au bureau, le tra-
vail sâest accumulà et vous Ãtes en retard
sur les factures. Vous ne parvenez pas Ã
dormir, vous Ãtes fatiguà et vous devez
vous lever à 6 heures et faire quatre-vint-
dix minutes de trajet pour aller au travail.
Vous allez passer toute la nuit dans le bu-
reau pour la ÃniÃme fois. Ne serait-il pas
agrÃable dâaller dormir et de ne jamais se
rÃveiller ? Dormir, tout simplement ? Â Il
est facile de comprendre comment ces
mots prennent un sens pour nombre de
personnes grillÃes par le travail. Et on
comprend ainsi que la frontiÃre est mince
entre un corps qui renonce à vous et vous
qui dÃcidez de renoncer à votre corps.
Comme est mince la frontiÃre entre une
exploitation  normale Â, vivable et accep-
table et un surtravail menant au karoshi.
Une frontiÃre que seuls les patrons et les
syndicats veulent dÃlimiter lorsquâils y
sont contraints. Facile aussi de compren-
dre que, sans un minimum dâadhÃsion au
fonctionnement et aux valeurs de ce sys-
tÃme, ce dernier ne tiendrait pas debout
cinq minutes.

[1] RÃÃdità par Agone
en 2006. On lira aussi
chez Agone RÃsister Ã
la chaÃne, dialogue
entre un ouvrier de
Peugeot [Hubert
Truxler, alias Marcel
Durand] et un
sociologue, 2011.

JPD (avec lâaide dâun texte en italien de Sam
Clements)
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