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(fr) Argentine, Buenos Aires, Entre autogestion et autoformation - Escuela Libre de Constitución

Date Sat, 13 Apr 2013 13:25:02 +0300


Entre autogestion et autoformation ---- Entretien avec Maribel (Federación Libertaria Argentina) de Gaia Raimondi ---- Maribel et la Escuela Libre de Constitución : histoires argentines d’autogestion, d’éducation libertaire et de soutien scolaire. --- La Rencontre anarchiste internationale qui s’est tenue à Saint-Imier, pendant l’été de 2012 a été l’occasion de discussions et de débats ouverts, mais aussi de connaissances de réalités même très lointaines, géographiquement parlant. C’est au cours de ces journées que j’ai appris à connaître des gens qui animent FLA (Fédération des Libertaire Argentine) et que j’ai pu écouter un rapport très intéressant fait par une compagne de la Fédération sur l’école libertaire autogérée qui existe à Buenos Aires. J’ai donc décidé de l’aborder afin de demander une entrevue au sujet du projet.

Nous avons eu une discussion et à la fin j’ai acheté El
Libertario, le journal de la FLA, dans lequel étaient publiés sur cette
école des témoignages que j’ai décidé de traduire parce qu’ils me
semblaient exprimer au mieux l’esprit et les intentions qui animent ces
projets.

Maribel, dis-nous quand le projet est né et où ?

Notre école populaire Escuela Libre de Constitución (ELC), trois années
d’enseignement secondaire pour jeunes et adultes, a commencé à prendre
forme en 2007 dans un laboratoire de l’éducation libertaire, proposé par
deux chercheurs sur ce thème, qui s’est tenu au siège de la FLA, A la fin
de la même année il a été convenu lors d’une réunion du Conseil de la FLA
de commencer l’école à partir de 2008. La ELC a travaillé depuis sa
création et pendant quatre ans (2008-2011) dans les locaux de la FLA de la
via Brasile, dans le quartier de Constitución.

Dès le début, il a été convenu que l’école offrirait un diplôme d’études
secondaires reconnu officiellement, que le corps enseignant ne devait pas
être nécessairement composé d’anarchistes, mais qu’on utiliserait des
pratiques et des méthodes libertaires. Les enseignants ont ensuite été
immédiatement invités à participer en permanence aux réunions du Conseil.
Alors, qui sont les enseignants de l’ELC ? Notre groupe d’enseignants est
extrêmement hétérogène, composé d’étudiants de la troisième année et
d’universitaires, de personnes qui sont déjà diplômées et d’autres qui,
par leur formation, sont capables d’enseigner.

Ce qui nous unit (Maribel enseigne également à l’école, nda) c’est l’amour
de l’éducation populaire, l’anti-autoritarisme, la lutte pour la liberté
et pour la transformation personnelle et sociale. Nous sommes méfiants
envers l’enseignement traditionnel parce qu’il met les enseignants et les
éducateurs dans une position de domination et les élèves et les étudiants
dans une position de soumission et d’obéissance. Dès le début, nous nous
sommes organisés de manière horizontale, sans direction ni personnel de
soutien. Nous faisons tous ce qui est nécessaire pour mener à bien
l’école. Les nombreuses questions administratives, le nettoyage,
l’organisation des activités scolaires et extra-scolaires ... sont des
questions collectives.

Qu’est-ce que tu veux dire par pratique libertaire et comment vous
autogérez-vous ?

Nous considérons la relation d’enseignement et d’apprentissage comme
quelque chose de réciproque, nous croyons que la connaissance se construit
à partir d’un dialogue entre les sujets. Et que à son tour la connaissance
est connectée à la réalité sociale dans laquelle nous vivons afin que
cette dernière puisse être transformée, en éliminant l’inégalité,
l’oppression et l’exploitation quotidiennes. Nous organisons des
assemblées d’étudiants et d’enseignants tous les 15 jours. Nous prenons
des décisions par consensus. Il est important de souligner le travail
constant qu’implique la modification des pratiques anciennes, « verticales
», qu’on trouve chez les élèves et les enseignants eux-mêmes, et à quel
point avec le temps qui passe nous avons amélioré nos dynamiques
assembléistes. Nous sommes plus de 50 professeurs et 20 étudiants chaque
année.

Quels sont les sujets d’étude ?

Notre programme de formation comprend des matières à contenu
théorico-intellectuel, des laboratoires de travail manuel et des
laboratoires artistiques (sérigraphie, boulangerie, crochet, tango,
théâtre, arts visuels, cinéma), pour promouvoir l’éducation globale qui
permet la croissance personnelle et communautaire. Les ateliers sont
ouverts à la communauté dans son ensemble, et pas seulement aux étudiants.
Nous nous prévoyons en outre des heures de soutien scolaire pour nous
efforcer de fournir des outils pour soutenir l’étude et garantir
l’apprentissage.

Parmi les résultats concrets des activités il y a les différentes vidéos
réalisées par les étudiants sur diverses questions, de la pièce de théâtre
qu’ils ont réalisée aux travaux de sérigraphie, jusqu’à un spectacle de
tango réalisé en 2011. De plus, nous offrons à nos étudiants la
possibilité d’accéder à un service de soutien psychologique dans notre
école, tout à fait gratuitement, comme toutes nos activités. Il faut
ajouter à cela le fait que nous essayons de promouvoir la nature
interdisciplinaire des matières scolaires, afin d’éviter la fragmentation
du savoir. Et nous cherchons, dans ce projet éducatif, à faire preuve de
souplesse à propos des éventuelles absences des élèves parce que nous
comprenons leurs problèmes quotidiens de travail, leurs problèmes de
famille, leurs problèmes personnels, et nous sommes conscients des
acrobaties qu’ils doivent faire pour obtenir le diplôme. Les élèves
participent à des réunions de prises de décisions concernant le contenu
des conférences, des laboratoires, de même qu’ils sont invités aux
activités scolaires et extrascolaires.

En outre, ayant comme préoccupation centrale l’éducation et le
développement communautaire, les élèves ont réalisé en totale autogestion
différents laboratoires et activités, comme par exemple des T-shirts
imprimés avec la sérigraphie, la préparation des confitures faites maison,
la réparation et la réutilisation des vêtements usagés à vendre sur les
marchés américains, la réalisation d’agendas.

Comment financez-vous les activités de l’école ? Les enseignants
reçoivent-ils un salaire ?

Nous faisons partie d’une coordination d’écoles supérieures populaires
(même si nous maintenons une position distante et critique parce que nous
ne partageons pas la lutte pour les salaires des enseignants et la perte
éventuelle d’autonomie), cependant un groupe d’écoles supérieures
populaires précisément, à Buenos Aires, s’est réuni afin d’unir leurs
forces et avoir la possibilité d’accorder des titres officiels aux
étudiants diplômés : c’est essentiel à poursuivre des études supérieures
et/ou pour obtenir un meilleur emploi. Ce combat a nécessité un gros
effort pour tous les intéressés, nous avons assisté à un grand nombre de
réunions plénières avec d’autres écoles supérieures et des représentants
du ministère, nous avons été mobilisés en permanence.

En outre, tous les enseignants ont eu besoin des diplômes requis par le
système scolaire en vigueur officiellement pour pouvoir travailler et
étudier, au-delà des critiques profondes que nous faisons concernant le
système en vigueur. Nous ne recevons pas d’argent de l’État, ni comme
subvention pour l’institution ni pour les enseignants. Nous croyons que le
travail que nous faisons dans l’enseignement est une forme de militantisme
et nous avons décidé de ne pas recevoir de salaire. L’argent nécessaire
pour les activités scolaires est autogéré par les enseignants et les
élèves à travers des activités telles que des conférences, des fêtes, des
buffets et des contributions personnelles.

Avec l’argent récolté, nous avons acheté des fournitures scolaires, des
livres, des cahiers, des outils, de même que nous avons payé à la FLA qui
nous a accueillis les frais de photocopies et de services (électricité,
gaz, téléphone, eau, Internet) pour tout le temps que nous avons été là.
Nous avons contribué avec ce que nous savions faire, avec l’installation
d’un système électrique de la salle pour le fonctionnement des poêles,
nous avons acheté des tissus pour que les étudiants réalisent des drapeaux
qui nous identifient, construit des grosses caisses pour pouvoir prendre
des initiatives, une nouvelle grille pour la cuisson. D’autre part nous
réalisons différentes activités scolaires, de la visite au Musée des
sciences naturelles ou au théâtre, au cimetière, et bien sûr aux usines
récupérées ; nous nous sommes engagés à réaliser des travaux théâtraux
avec des thèmes anarchistes dans et hors de la Calle Brasil (l’ancien
siège), nous avons participé à des réunions et à des fêtes d’autres écoles
populaires ; nous avons fait des conférences avec des spécialistes dans
différents domaines, sur le genre et sur l’éducation sexuelle et nous
organisons des ateliers sur ces thèmes ; nous avons participé activement à
la présentation d’un livre sur l’éducation libertaire écrit par l’une de
nos compagnes de Constitución.

Il y a donc aussi un engagement politique de l’école ?

Dès le début, nous nous sommes engagés, enseignants et étudiants, dans les
activités sociales réciproques : nous avons participé à plusieurs marches
pour la défense des droits de l’homme (24 mars, La Nuit des crayons, la
journée en mémoire de l’assassinat de Kosteki et Santillan, la disparition
de Luciano Arruga, 19/20 Décembre, entre autres) et pour l’enseignement
général (de très nombreuses manifestations en faveur des écoles populaires
supérieures). Avant toute mobilisation, nous avons toujours travaillé avec
des étudiants, discuté ensemble du problème pour développer la pensée
critique. Nous avons déjà deux groupes d’étudiants diplômés (2010-2011).

Beaucoup d’entre eux continuent à participer à des réunions, des
conférences, des activités, en qualité d’observateurs, d’assistants qui
peuvent promouvoir des événements et des activités culturelles pour
l’autogestion des activités. Ce sont quelques-uns des aspects clés de
notre liberté de fonctionner en tant que libertaires, en tant qu’école
supérieure populaire pour les jeunes et les adultes.

Je sais que vous avez eu quelques problèmes récemment... Vous voulez nous
dire ce qui s’est passé ?

Le machiavélisme est quelque chose qui résonne dans l’esprit de certains,
ou plutôt, le machiavélisme agit également là où certains travaillent avec
conscience.

Certains « apôtres » du purisme anarchiste, trahissant tous les principes
libertaires, ont conspiré contre nous ; ils ont changé la serrure,
s’enfermant dans le local, interdisant l’entrée à ceux qui, selon eux, ne
répondent pas aux exigences d’une morale qu’eux-mêmes ne sont pas en
mesure de pratiquer. Mais l’école populaire continue à construire dans de
nombreux quartiers périphériques de Buenos Aires, s’engageant dans la
tâche fondamentale de donner aux étudiants la possibilité d’entrer en
contact avec des concepts essentiels tels que la solidarité, la fraternité
et l’égalité.

Dans une interview avec Murray Bookchin, on parle de l’actualité de
manière autocritique ; selon moi ces paroles sont significatives : «
L’anarchisme doit être capable de faire de la politique et de former une
nouvelle organisation, sinon il se transformerait en un élément de bohème
ou en un culte de la personnalité dans lequel tout le monde cherche à ne
satisfaire que ses propres désirs. L’anarchisme doit être en mesure de
parler même aux gens qui n’en savent rien et cesser de ne parler qu’à
lui-même. Il doit être en mesure d’apporter sa propre contribution en
dehors de nos circuits. » Je pense que ces paroles éloquentes décrivent
bien notre façon d’agir et de penser et expliquent pourquoi on ne s’arrête
pas, même face à des obstacles mis en place, hélas, par d’autres
anarchistes ou présumés tels.

Gaia Raimondi

*****

Goûter populaire et soutien scolaire : histoires courtes

Le samedi après-midi dans les locaux de Constitución de la Fédération
Libertaire Argentine, on retrouve les enfants qui préparent tous ensemble
une collation qu’ils iront distribuer en se dispersant peu après sur la
place. Beaucoup jouent du tambour et d’autres errent ici et là ; ils se
sont approprié la pièce et l’ont remplie de vie, sachant également où sont
toutes les choses nécessaires à la préparation des collations. Et d’autres
se soucient de nettoyer l’espace, tandis que d’autres encore organisent la
récolte des matériaux pour les activités et coordonnent le développement
des idées.

Sur la place, les enfants jouent, ils nous lisent des choses et ils
veulent que nous leur lisions aussi tant de choses, ils nous racontent
leurs activités de la semaine, les nouvelles du quartier, ils inventent
des jeux, ils se surprennent, se découvrent et partagent.

Dans la collation il n’y a pas de hiérarchie, tous proposent de jeux, tous
partagent, tous respectent.

Nous pensons que le jeu est crucial pour le développement des relations
avec l’autre ; c’est pourquoi chaque samedi à partir de 8 ans, nous
essayons de construire avec les enfants une autre forme de relation.
L’éducation peut être un très puissant outil de contrôle politique, qui
favorise certaines valeurs fonctionnelles déterminées pour la conservation
de l’État, mais qui peut en même temps être une arme pour la liberté, pour
critiquer, créer et changer. L’éducation est un acte politique. Le soutien
scolaire n’a pas la prétention d’être l’école, ni de copier les méthodes
de l’école traditionnelle.

Dans le soutien scolaire, tous savent quelque chose et tous ont des
lacunes, c’est pourquoi tous peuvent apprendre quelque chose. Pas de
hiérarchie, parce que la connaissance se partage. On divise les tâches
pratiques entre les enseignants et les élèves, construisant des dynamiques
de travail autonomes et égalitaires. On fait des assemblées avec les
enfants afin qu’ils grandissent avec les méthodes anti-autoritaires. On
essaye même de fournir le matériel gratuitement. En ayant bien à l’esprit
que nous, les adultes, pouvons informer, conseiller, mais sans exercer de
pouvoir sur personne. Semaine après semaine, nous essayons de déconstruire
ce qu’on nous a inculqué, l’autoritarisme, la violence, la
compétitivité... Nous essayons de résoudre ensemble les problèmes de
nature contradictoire de la journée. Le but n’est pas d’endoctriner de
jeunes libertaires. Nous ne leur emplissons pas la tête pour qu’ils
marchent comme nous aimerions qu’ils marchent, mais nous partageons
seulement des idées et des valeurs qu’ils peuvent décider ou non de
s’approprier.

G. R.

[Source : http://www.federation-anarchiste.org/spip.php?article1153]
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