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(fr) Organisation Communiste Libertarie - Courant Alternatif CA #227 - LES TEMPS SONT DURS!

Date Thu, 04 Apr 2013 10:55:05 +0300


Le retour aux affaires du parti socialiste assisté par EELV, précédé de l’irruption du Front de gauche et son tribun Mélenchon qui menacèrent pour un temps l’hégémonie du parti de la rose, ne pouvait que susciter remous et interrogations dans la galaxie tantôt nommée extrême gauche, gauche de la gauche ou même gauchiste. Une galaxie dont les libertaires ne peuvent s’affranchir aussi facilement que bon nombre le prétendent. ---- DE NOMBREUSES QUESTIONS SANS RÉPONSE ---- Les questions qui pouvaient conditionner des choix tactiques et organisationnels ont été, dans cette situation particulière, plus nombreux que d’ordinaire ! La coalition PS/EELV réussira-telle ? (quand je dis réussir je n’entend ni juguler la crise, ni ouvrir la voie du socialisme, mais simplement surfer sur ses forfaitures avec suffisamment d’habileté pour maintenir une chance de rester au pouvoir).

Le Front de gauche, forcément
déçu par l’écart entre ce que les son-
dages lui prédisaient et son résultat à la
présidentielle, remontra-t-il la pente, se
maintiendra-t-il à ce niveau honorable,
ou va-t-il chuter irrémédiablement ? Le
PC et Mélenchon vont-ils se séparer ? Le
Parti de gauche peut-il exister indépen-
damment de son mentor ? Les petits
partis qui le composent auxquels s’ajou-
tent des nouveaux venus issus du NPA
ou des Alternatifs, seront-ils à même de
jouer une partition audible et entendue
dans le FdG... et en dehors ? Résistera-
t-il au ressac que la guerre du Mali ne
manquera pas de provoquer ? Les Verts
resteront-il au gouvernement, le PCF y
entrera-t-il ? Quelle voie prendre, quelle
stratégie définir alors que le gouverne-
ment PS «chute» plus vite que prévu et
n’incite guère à ce qu’on lui colle au cul
pour des raisons autres que le maintien
de quelques prébendes électorales.

Des réponses accordées à ces ques-
tions dépendaient les décisions déjà
prises par chacun, ou à prendre dans un
délai plus ou moins proche. Des lignes
devaient bouger et elles ont bougé. Mais
de manière feutrée, sans grands éclats,
rien de cataclysmique ! Il est vrai que la
déroute des NPA et LO aux présiden-
tielles (400 000 et 200 000 voix), la décep-
tion provoquée par le score de
Mélenchon, l’extrême faiblesse des Verts
(800 000 voix) sauvés sur la ligne par le
PS, n’incitaient pas à un triomphalisme
autorisant à clamer haut et fort que telle
ou telle stratégie était la bonne. A cela
s’ajoutent évidemment les incertitudes
énumérées plus haut que nul ne peut
raisonnablement balayer d’un revers de
manche en donnant des réponses évi-
dentes.

DE PRUDENTS RECLASSEMENTS

Lors de leur dernier congrès (une
centaine de présents) les 17 et 18 no-
vembre dernier les Alternatifs (quelques
500 militants au plus) sont devenus la 9e
composante du Front de gauche. Une dé-
cision prise à seulement 56 % de majo-
rité par des membres désireux de faire
exister une voix «socialiste autogestion-
naire» au sein de la gauche de la gauche
grâce à des alliances électorales. Et
d’œuvrer à ce que se forme au sein du
FdG un pôle rouge et vert plus consis-
tant, regroupant de petites composantes
comme la Gauche unitaire - GU, La
Gauche anticapitaliste, convergence et
alternative (1), ou la FASE (2). Un pôle
déjà largement mis en place par les Al-
ternatifs et la Gauche anticapitaliste
dans certains départements.Les minori-
taires s’inscrivent davantage dans les
mouvements sociaux que dans les coali-
tions électorales, rechignent à se plier à
l’idéologie de la croissance et au natio-
nalisme de Mélenchon et considèrent le
PC comme toujours plus ou moins stali-
nien. Ils seraient tentés par un rappro-
chement avec les décroissants voire avec
quelques libertaires. C’est en tout cas ce
qu’Alternative libertaire espère, qui rêve
de former un front anticapitaliste extra-
institutionnel proposé aussi au NPA
maintenu, du moins à sa fraction
«gauche». Mais l’AL, lors de son dernier
congrès, était aussi tiraillée entre une
motion majoritaire qui proposait un
front anticapitaliste à deux facettes :
l’une composée d’organisations (y com-
pris libertaires, FA, CGA), et l’autre, so-
ciale, constitué de collectifs de luttes et
de sections ou tendances syndicales.

L’autre motion se montrait réticente vis-
à-vis du front partidaire et proposait
d’œuvrer à mettre en place des initia-
tives au sein des plus précarisés. On
constate que ce sont là les mêmes ten-
sions entres deux approches que celles
que l’on a constaté chez les Alternatifs.
Quoi qu’il en soit, tensions et tiraille-
ments ne sont pas déchirements, et
n’ont semble-t-il pas été vécu par
chaque camp de manière dramatique
dans la mesure où, là encore, la certitude
d’avoir raison à 100 % n’était pas de
mise.

Le plus surprenant avec les Alterna-
tifs c’est que leur définition, «autoges-
tionnaire, féministe, écologiste,
altermondialiste», est celle qui, de toutes
les autres chapelles, pouvait, jusqu’à la
montée de Mélenchon, paraître la plus
tendance. Pourtant, les adhésions ont
tiré plutôt vers le bas, comme si l’offre
séduisante ne correspondait pas aux de-
mandes réelles. Deux éléments ont sans
doute joué : l’un est la réticence à s’en-
carter qui s’exprime de plus en plus clai-
rement parmi les militants de base du
mouvement social et qui, quitte à se ré-
soudre à le faire, préfèrent sans doute
l’être dans un «vrai parti» plutôt que
dans un «parti-mouvement» qui peut
paraître assez flou. L’autre est la dérin-
gardisation du concept de «lutte des
classes» que les Alternatifs utilisent ra-
rement.

La même prudence concernant les
choix stratégiques est visible lorsqu’on
analyse les départs du NPA vers le FdG
qui se sont faits par petites vagues suc-
cessives au fur et à mesure que les mili-
tants acquerraient des convictions, pas
évidentes au départ, concernant les
choix organisationnels à faire. Ce fut en
2009 le départ des tenants d’une motion
recueillant moins de 4% des voix dans le
NPA et qui, avec Christian Piquet, for-
mait la Gauche unitaire au sein du FdG,
puis celle de Convergence et alternative
la même année

Puis, en 2011, c’est le tour de la
Gauche anti-capitaliste (Myriam Martin
et P-F Grond) de se former et qui a re-
présenté jusqu’à 40 % du NPA s’accor-
dant sur le nom de Mélenchon plutôt
que sur celui de Poutou pour la prési-
dentielle de 2012. Mais ensuite sa propo-
sition de rejoindre le FdG ne recueillit
que 22 % des voix (dont toutes ne fran-
chirent pas le Rubicon), ce qui fait qu’on
peut évaluer à 300 le nombre de mili-
tants ayant quitté le parti. Si cette scis-
sion fut marquée par des affrontements
sévères (on alla même jusqu’à faire
appel à la justice bourgeoise pour régler
des questions d’argent), les vaguelettes
qui suivirent au cours de l’année pour
rejoindre la Gauche anti-capitaliste au
sein du FdG se firent plus discrètes, illus-
trant ainsi l’ambiance plutôt dubitative
qui règne en ce moment à l’extrême
gauche. La GA veut un rassemblement
anti-capitaliste comme première étape
d’un rassemblement plus large, mais au
sein du FdG. Elle ne s’avance pas plus,
chacun s’observe.

L’IRRUPTION DE L’ÉCOLOGIE
DANS LE DÉBAT

Si ces valses-hésitations correspon-
dent à des volontés de mieux se placer
en vue des combats futurs (surtout élec-
toraux), elles sont aussi provoquées par
l’incontournable irruption de l’«écolo-
gie», tant au niveau politicien qu’idéolo-
gique. Si, bien entendu, chacun est
encore plus écolos que les autres, on se
rappelle quand même que Mélenchon, il
n’y a pas si longtemps, partageait large-
ment l’orientation du PCF productiviste
et favorable à la croissance. Mais le
mâtin est souple et sait se couler dans
l’air du temps quand il s’agit de monter
en scène. Le voilà qui se réclame, avec le
Parti de gauche, du concept d’écosocia-
lisme qu’il présente quasiment comme
une nouveauté alors qu’il existe depuis
le début des années 70 et a toujours été
revendiqué par la LCR puis par le NPA. Il
s’agit de réconcilier le marxisme (donc le
mouvement ouvrier traditionnel) avec
l’écologie, soit que l’on considère que ce
dernier la contenait de fait si on le dé-
crypte correctement, soit qu’il convient
de l’y greffer si on considère qu’elle y
était absente. Une redécouverte qui n’est
pas étrangère à l’émergence de la lutte
de Notre-Dame-des-Landes et du succès
de quelques manifestations antinu-
cléaires suite à la catastrophe de Fuku-
shima. Manière aussi de se démarquer
de son allié communiste qui, pourtant,
n’est plus tout à fait aussi droit dans ses
bottes que jadis sur ces questions (cer-
taines sections, comme celle de Vendée,
allant même jusqu’à soutenir la lutte
contre l’aéroport de Nantes). Mélenchon
définissait ainsi son écosocialisme, peu
avant les assises du même nom organi-
sées par le Parti de gauche en décembre
2012 : «Le but émancipateur du socia-
lisme agissant dans le cadre de l’impé-
ratif écologique». C’est un rejet
théorique du capitalisme vert : pas
d’écologie sans rupture avec le capita-
lisme. Mais il ne s’agit pas là seulement
d’une tardive révision idéologique qui,
après tout, intervient seulement 40 ans
après la parution des livres de l’anar-
chiste communiste Murray Bookchin (3),
mais aussi d’une posture stratégique qui
parie sur l’échec de celle des Verts et qui
se pose – pour l’instant – en postulant
pour une alternative à gauche afin de
gouverner sans être intégré dans ou avec
le PS. Une orientation qui a fait fuir le
seul député FdG Marc Dolez, qui, comme
le PC ne voit d’avenir que dans une al-
liance avec le PS mais qui, sans éclat non
plus, est resté au FdG.

AVEC OU SANS LE PS ?

S’il est vrai que le parti se renforce en
s’épurant, alors le NPA devrait avoir
mangé du lion. Avec les quelques 2 à
3000 adhérents qui lui restent, il propose
aux forces de gauche qui ne sont pas au
gouvernement de discuter des moyens
d'agir pour construire une opposition.
Pour expliquer et justifier son refus de
s’y intégrer, il s’interroge sur le véritable
positionnement du Front de gauche,
suite notamment à l'abstention de ses
députés sur le volet recettes du Budget
2013. «On ne voit pas très bien dans
quelle construction on peut être en sou-
tenant le gouvernement», a alors raillé
Christine Poupin, qui n'a pas manqué de
moquer aussi l'attitude des Verts, qui
montre bien, selon elle, «l'impossibilité
de peser de l'intérieur». Pourtant, ces af-
firmations programmatiques se font, là
encore, de manière suffisamment «soft»
pour ne fermer aucune porte à de fu-
tures recompositions. On note que les
différents textes d’orientations qui cir-
culent dans le NPA tranchent avec la ri-
gidité des motions de l’ex-LCR de la
tradition trotskyste, et contiennent de
réelles interrogations et souvent des ré-
ponses pas convenues.

Quant aux Verts ils ne peuvent se
permettre cette relative liberté de ton, ni
poser ouvertement des questions de
fond, tant ils sont coincés par l’obligée
défense de leur parti. Car les militants
EELV qui seraient en délicatesse avec
l’orientation majoritaire auraient plus de
mal que d’autres dissidents minoritaires
à se recaser ailleurs. En effet, mis à part
quelques spécimens isolés comme le fut
Martine Billard, leur culture est par trop
marquée d’anti-communisme (de rejet
du «rouge») pour pouvoir sereinement
entrer dans le FdG avec ou sans PCF. Et,
mis à part revenir vers leurs associations
environnementalistes, on voit mal où ils
pourraient se réfugier, d’autant que le
nombre d’élus parmi leurs militants est
proportionnellement le plus important
de toute la gauche et que ces derniers
doivent leur strapontin à un PS qui les
tient bien en laisse.

Malgré tout, l’intervention militaire
française au Mali, applaudie par le PC et
EELV, pourrait provoquer moins de pru-
dence à ce jeu de chaises musicales. Le
Parti de gauche et Mélenchon n’expri-
ment que le regret que cette intervention
n’ait pas été faite dans les règles natio-
nales et internationales, ce qui peut don-
ner à penser que ce n’est pas de ce
côté-là que le divorce PC/Pdg viendra. En
revanche les autres composantes du
FdG, qui ont exprimé une condamnation
beaucoup plus marquée, devraient se
sentir mal à l’aise dans leur nouvelle
coalition !

À QUOI çA SERT
UNE ORGANISATION POLITIQUE ?

On peut voir dans ces réajustements,
dans ces débats et même dans ces hési-
tations, des éléments positifs, avec par-
fois des textes qui tranchent avec la
rigidité et les certitudes d’antan et met-
tent le doigt sur des questions essen-
tielles et des contradictions non
résolues. Mais il est une invariance qui
demeure partagée par toutes les cha-
pelles, y compris en grande partie chez
les libertaires et souvent malgré eux
(nous) : c’est la surestimation du rôle de
l’organisation politique, de l’importance
de l’analyse et de la ligne «juste» et, par
corollaire, une sous-estimation des ca-
pacités des mouvements sociaux. C’est
le vieux fond élitiste des Lumières par le-
quel le philosophe doit éclairer la
conscience du peuple, sous sa version lé-
niniste même mâtinée de penchants li-
bertaires, même dégagée d’une trop
grande rigidité, qui remonte à la surface
lorsqu’il s’agit simplement de constater
que c’est le mouvement social, la société
tout entière avec la lutte des classes, qui
est incontournable dans les échecs et les
réussites... et non la seule bonne ou
mauvaise direction politique. Le concept
de directions «traîtres» a bien du mal à
s’extirper d’esprits façonnés par un
siècle et demi de lecture idéaliste de
l’Histoire. Cette persistance est un obs-
tacle réel pour considérer qu’une orga-
nisation ou un parti politique ne sont
qu’un lieu du mouvement, parmi
d’autres et au même niveau, dans les-
quelles s’élaborent et se prennent col-
lectivement des propositions et des
initiatives. C’est-à-dire remettre l’orga-
nisation politique à sa place et accepter
que le mouvement social puisse être ca-
pable d’aborder et de prendre en charge
tous les aspects, y compris politiques,
d’une lutte. Œuvrer à ce qu’il se dote de
structures propres est plus important
que de construire ou renforcer son
propre parti (ou organisation), fut-il le
meilleur. Cette conception partidaire de
l’organisation correspond à un moment
de histoire du mouvement ouvrier. A
aucun moment, pourtant, elle n'a été ac-
ceptée sans critique de la part des ac-
teurs du mouvement social.

Actuellement c'est une défiance renfor-
cée vis-a-vis des organisations, y com-
pris syndicales, qui s'exprime au profit
d'un désir d’horizontalité qui vient sou-
vent se télescoper avec les pratiques par-
tidaires traditionnelles devenues
minoritaires craignant d'être débordées.

jpd

1. Issu du NPA
(2009), pour une al-
liance avec la gauche
anti-libérale.

2. coalition dans la
coalition, la Fédéra-
tion pour une alterna-
tive sociale et
écologiste regroupe
depuis 2008 d’ex PC
comme les commu-
nistes unitaires
(Braouezec, Zarka) ou
l’ex ministre Marcel
Rigout, aux côtés de
petits rassemblement
plus ou moins écolos.
Il s’agit surtout d’une
coalition de «person-
nalités» grenouillant
depuis longtemps
entre PC et PS.

3. En particulier Post-
Scarcity Anarchism,
Rampart Press, 1971
duquel furent tirés
Pour une société écolo-
gique, 1976, Paris,
Christian Bourgeois.
(Traduction de l'améri-
cain par Helen Arnold
et Daniel Blanchard) et
Vers Une Technologie
Liberatrice, Librairie
Parallèles - Editeur –
1976, puis sous diffé-
rentes formes et réédi-
tions Qu’est-ce que
l’écologie sociale ?,
Atelier de création li-
bertaire, 1989, rééd.
2003 et 2012 (avec une
préface d'Hervé
Kempf).
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