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(fr) Organisation Communiste Libertarie - Courant Alternatif CA #227 - GEORGES IBRAHIM ABDALLAH: UNE VENGEANCE D’ÉTAT

Date Tue, 02 Apr 2013 11:53:47 +0300


Georges Ibrahim Abdallah est prisonnier des geôles françaises depuis 1984 soit 28 longues années, il est pourtant libérable théoriquement depuis 1999. Le 10 janvier 2013, la chambre d'application des peines de Paris, examinant son cas, a accédé à la huitième demande de libération présentée par ses avocats en la conditionnant cependant à un arrêté d'expulsion du territoire français. A ce jour (l’article est rédigé le 23 janvier) cet arrêté n’a toujours pas été pris. ---- Raconter l’histoire de Georges Ibrahim Abdallah c’est se replonger dans l’histoire des années 80, c’est revenir aux temps des oppositions Est/Ouest et des magouilles de l’état français au proche orient, mais c’est encore aborder la question carcérale, celle des longues peines et de la vengeance d’Etat, enfin c’est poser le problème de la violence révolutionnaire et de la lutte armée.

LES ANNÉES 80 ET LES ATTENTATS EN FRANCE

En cette année 1982, la France est
frappée par toute une série d’attentat les
uns perpétrés par Carlos et sa bande, les
autres par le groupe d’Abou Nidal(1) mais
aussi par une organisation inconnue jus-
qu’alors les FARL (Fraction Armée Révo-
lutionnaires Libanaise) le tout dans un
contexte géopolitique internationale très
troublé.

Tout commence en novembre 1981,
un homme tire sur un diplomate améri-
cain Christian Chapman, celui-ci est
blessé mais s’en sort. Deux mois plus
tard en janvier 1982 Charles R. Ray, atta-
ché militaire de l’ambassade américaine
à Paris, mais aussi on l’apprendra, plus
tard lieutenant colonel des services se-
crets de l’armée américaine est assas-
siné. En avril 1982 Yacov Barsimentov,
diplomate israélien (et membre du Mos-
sad) est lui aussi victime d’un attentat à
Paris. Les deux attentats sont revendi-
qués depuis Beyrouth par les FARL. Le
gouvernement israélien à l’époque dirigé
par Itzhak Shamir réagit tres vivement et
utilisera le meurtre de son diplomate,
ainsi qu’une tentative d’attentat contre
son ambassadeur à Londres, pour justi-
fier de l’invasion du sud Liban (l’opéra-
tion bien mal nommée Paix en Gallilée),
accusé de servir de base de repli aux
combattants palestiniens. C’est lors de
l’occupation de Beyrouth qu’auront lieu
en décembre 1982 les massacres de
Sabra et Chatila.

Les FARL revendiqueront également
le mitraillage de la mission d’achat is-
raélienne, et au mois d’août 82 en ten-
tant de désamorcer une bombe sous la
voiture du conseiller commercial de
l’ambassade des US deux démineurs
trouvent la mort dans l’explosion de l’en-
gin. Enfin en décembre 82, une voiture de
l’ambassade israélienne explose à Paris
devant le lycée Carnot.

Puis après un an de silence c’est en
mars 84 que les FARL se manifestent a
nouveau en blessant grièvement par
arme à feu le consul général des Etats-
Unis à Strasbourg.

Dès le début de l'enquête les services
du contre espionnage français bénéficie-
ront de nombreux renseignements, éma-
nant à la fois du Mossad et
d’informateurs anonymes; c’est sur dé-
nonciation que leur sera donné le nom
de Georges Ibrahim Abdallah et sa locali-
sation géographique : Lyon.

La DST le repère, et l’appréhende le
24 octobre 1984, mais hormis la posses-
sion d’un «vrai faux passeport» algérien
on ne trouve rien à lui reprocher, il est
donc inculpé de faux et d’usage de faux
en mars 1985. Le 23 avril 1985, les FARL
enlèvent Gilles Sidney Peyrolles, attaché
culturel de la France à Tripoli et fils de
l’écrivain Gilles Perrault pour réclamer la
libération de leur chef. Yves Bonnet le pa-
tron de la DST négocie avec les services
secrets algériens (directement avec le co-
lonel Lakehal Ayat, directeur de la Sécu-
rité militaire). L'échange est sur le point
d'aboutir mais la découverte, sur dénon-
ciation une fois encore, dans une des
planque des FARL, de l’ arme ayant servi
à abattre Charles Ray et Yacov Barsimen-
tov a raison de cet arrangement. Aussi
Georges Ibrahim Abdallah est condamné
dans un premier temps à 4 ans de prison
pour détention d'armes et de faux pa-
piers puis, à la perpétuité par la cour
d'assises spéciale pour complicité d'as-
sassinat le 28 février 1987. Georges s’il na
jamais donné de détails sur les faits re-
prochés, a assumé les attentats des FARL
en les présentant comme des actes de ré-
sistance.

QUELLE SOLIDARITÉ?

Il n’est pas nécessaire de savoir si Ab-
dallah est responsable des actes qui lui
sont reprochés, au vu des faits et de
l’acharnement judiciaire, il est claire-
ment la victime d’une vengeance d’Etat
et c’est à ce titre que notre solidarité doit
se manifester. La reprise de la mobilisa-
tion autour d’Abdallah(2), si elle est bien-
venue, pose tout de même problème. En
choisissant de revendiquer un anti im-
périalisme le plus plat et le plus atem-
porel qui soit, en usant d’une rhétorique
de martyr, la solidarité témoignée passe
à coté de plein de choses et perd même
son caractère subversif.

N’aurait-il pas été plus porteur d’élar-
gir le cas de Georges à celui des longues
peines (3) afin de dénoncer l’acharne-
ment de la justice et de l’administration
pénitentiaire, pour enfin faire tomber
cette distinction imbécile entre prison-
niers politiques et sociaux et question-
ner ainsi le rôle de la prison dans son
ensemble ? N’était-il pas plus profitable
de faire un retour critique sur cette pé-
riode, quitte à fâcher pour enfin faire le
bilan de cette stratégie, celle de la lutte
armée ?

La violence et la lutte armée ne sont
pas des problèmes moraux mais bien po-
litiques ; les actions violentes qu’elles
soient collectives ou individuelles, ne
sont pas intrinsèquement le signe d’une
radicalité ; le fait est qu’elles se placent
d’emblée sur le terrain de l’illégalité,
l’Etat possédant le monopole de la vio-
lence légitime.

L’important est donc le rapport que la
lutte armée entretient avec des groupes
sociaux déterminés. Les actes devien-
nent alors parlants par eux-mêmes, ils
n’ont plus besoin d’aucun relais pour in-
diquer ce qu’ils visaient, ils renvoient aux
témoins sans ambiguïté, l’image de leur
propre oppression et de leurs propres
possibilités de réponses ; ils font voir la
situation et la force sociale, ils sont en
rapport avec la dynamique qui les a vu
naître. Dans le cas contraire, des groupes
usant de la lutte armée, ne peuvent que
suivre leur propre dynamique, leur
propre logique interne, en refusant d’ad-
mettre que les luttes ne peuvent pas être
provoquées par la volonté de quelques
militants : ils se posent alors seuls dans
un rapport de forces avec l’Etat, illusoire
militairement et propices au pires mani-
pulations et instrumentalisations.

Cet échec des formes de la lutte
armée des années 80, est totalement lié à
la culture politique de ces groupes. Une
culture autoritaire, imprégnée d’idéolo-
gie marxiste léniniste porteuse de dé-
rives, privilégiant les actions au
détriment du débat, au risque de déraper
vers une spécialisation militaire de la
violence et aboutissant à une conception
dirigiste de la révolution et à ne plus
suivre que sa logique propre.

On souhaite tout de même à Georges
de retrouver le plus vite possible ses
montagnes de Qoubaiyat.

1)
Abou
Nidal de son vrai
nom Sabri al-Banna
fondateur du Fatah
commandement ré-
volutionnaire il se
transforme rapide-
ment en mercenaire
des pays arabes. On
le retrouve mort
dans sa chambre
d’hôtel à Bagdad en
1982.

(2)
Un blog
liberonsgeorges.over
-blog.com un livre
Georges Ibrahim Ab-
dallah Edition Al
Dante – 15 € tente
de sensibiliser au
cas de celui-ci

(3)
En 2006
dix détenus de la
centrale de Clair-
vaux, condamnés à
la réclusion perpé-
tuelle et ayant effec-
tué plus de 25 ans
de prison, interpel-
laient publiquement
l’Etat en réclamant,
pour ce qui les
concernait, le réta-
blissement officiel
de la peine de mort.
Pascal Clément,
alors ministre de la
Justice, avait ré-
pondu, dans ce qui
se voulait être un
trait d’humour :
« Chiche ! »

Jean Mouloud
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