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(fr) Organisation Communiste Libertarie - Courant Alternatif CA #227 - SCOP SEAFRANCE/MY FERRYLINK: RÉAPPROPRIATION COLLECTIVE OU... DÉPOSSESSION DES TRAVAILLEURS?

Date Tue, 26 Mar 2013 16:46:38 +0200


Confrontés à la fermeture de l’entreprise dans laquelle ils travaillent, des ouvriers, des marins, des techniciens... décident de poursuivre l’activité pour leur propre compte en s’organisant sous le régime de la Scop. Mais l'antagonisme de classe attend au tournant!Nous n’allons pas relancer le débat mainte fois rebattu entre partisans et adversaires de la coopérative ouvrière, tout a déjà plus ou moins été démontré et quant à nous, nous avons affirmé à plusieurs reprises que nous n’entretenions aucune illusion sur le sujet (1). Pour autant, ces travailleurs ont fait des choix, comme ceux de Seafrance par exemple, qui les placent au coeur de nouvelles contradictions. Ce sont ces nouveaux antagonismes qu’il nous plaît aujourd’hui de sonder dans le cours long et sinueux de la lutte entre les classes.

Depuis quelques années, la
scop connaît une certain re-
gaind’intérêt. En 2011, on dé-
nombrait plus de 2000 entreprises
adhérentes à la Confédération Géné-
rale des Scop ainsi que 45 000 sala-
riés travaillant sous ce régime
particulier. La santé des scop serait
bonne, nous dit-on, voire meilleure
que celles de certaines entreprises
classiques. Quelques patrons affir-
ment d’ailleurs qu’elles sont l’avenir
d’un capitalisme qu’ils rêvent paci-
fié, plus humain et solidaire(2). Pour
une certaine gauche, la philosophie
de la scop semble aujourd’hui occu-
per la place qu’y tenaient il y a
quelques décennies encore “l’auto-
gestion” et/ou les “nationalisations”,
lorsqu’il s’agissait alors de trouver la
voie d’un “socialisme à la française”.
Ainsi le Parti de Gauche y entrevoit :
“...un outil formidable pour lutter
contre les délocalisations. (...) un le-
vier d’espoir pour les salariés et les
citoyens de ce pays (3).» En quelque
sorte, une piste programmatique
supplémentaire aux côtés de l’in-
usable “défense des services public”
et des campagnes mystificatrices
contre les “excès du capitalisme fi-
nancier”; un fanal additionnel dans
la recherche d’un nouveau compro-
mis social pour le moins anachro-
nique.

En regard des reculs qu’accuse le
mouvement ouvrier et face à l’offen-
sive que mène actuellement le capi-
tal, ceux qui encouragent à
emprunter cette voie participent
d’abord à légitimer des réflexes fu-
nestes mêlant protectionnisme éco-
nomique et discours nationaliste(4).
Ils inoculent de la sorte un poison
qu’ils disent combattre par ailleurs
et persistent à désarmer les tra-
vailleurs dans un contexte interna-
tional qui réclame, pour le moins,
d’avoir les idées claires. L’engoue-
ment actuel pour la reprise en scop
d’entreprises qui ferment leur portes
: l'imprimerie Hélio-Corbeil dans
l'Essonne ou l’usine Fralib du groupe
Unilever pour ne citer que ces seuls
exemples, traduit assez nettement
ces limites. Il témoigne incontesta-
blement de la combativité de la base,
d’une volonté de trouver collective-
ment une issue, voire de dépasser les
limites qui s’imposent aux tra-
vailleurs lors d’une fermeture d’en-
treprise(5). Un choix qui semblerait
offrir d’avantage en terme de pers-
pective que la “prime à la valise”
même arrachée de haute lutte, qui,
en définitif, renvoie chacun à l’isole-
ment et à l’impuissance.
Quand les scop révèlent les li-
mites actuelles du mouvement ou-
vrier.

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QU’EST-CE QU’UNE SCOP?
Scop : jusqu'en 2010, Société Coopérative Ouvrière de Production; depuis,
Société Coopérative et Participative. Dans sa forme juridique, la Scop ne dif-
fère pas de celle de la SA ou de SARL. Elle s’en distingue essentiellement
dans le fait qu’elle y associe un fonctionnement de type coopératif. Les sala-
riés ont qualité de sociétaires. Ils possèdent au moins 51 % du capital de l’en-
treprise et disposent de 65 % des droits de vote quant au partage des risques
et à l’utilisation des bénéfices. Ces derniers sont d’abord redistribués aux
salariés et au fond de consolidation de la Scop. Les fonds constituants la ré-
serve ne peuvent être redistribués. Il existe différents niveaux d’adhésion
qui ne confèrent pas les mêmes responsabilités ni les mêmes avantages. “Le
sociétaire” participe financièrement ainsi qu’aux assemblées générales d’une
scop. Il est électeur au Conseil d’Administration. “Le sociétaire exté-
rieur” apporte, lui, un capital mais ne travaille pas à la scop. Enfin, “l’auxi-
liaire” est un simple travailleur, qui ne participe pas aux décisions, n’est pas
sociétaire mais juste un prolétaire qui perçoit un salaire de la scop.
-------------------------------------------

Nous ne balayons donc pas d’un
revers de manche ces expériences.
Elles piquent forcément notre curio-
sité et ont valeur d’exemple. Particu-
lièrement dans le cas qui nous
occupe, celui de l’entreprise Sea-
France, où s’exposent assez claire-
ment les multiples rapports de force
à l’oeuvre dans l’élaboration d’un
projet qui, en cherchant d’abord à se
prémunir de la concurrence, échappe
déjà à ses initiateurs et servira, en dé-
finitive, les intérêt d’un groupe capi-
taliste initialement concurrent.

Ce retour en grâce de la scop, ré-
vèle par ailleurs la difficulté actuelle
à penser, sur le terrain de la produc-
tion, le sens que l’on entend donner
aux luttes. Ces dernières années, les
ouvriers de boîtes condamnées se
sont d’abord battus afin d’obtenir de
meilleurs indemnités de départ. L’ob-
jectif leur apparaissait, si ce n’est à
portée de main, du moins accessible
à l’issue d’un rapport de force mené
parfois de manière désespérée. Faire
ce choix, comme aujourd’hui celui de
la scop, montre que c’est avant tout
la proximité immédiate, celle du lieu
de travail, ou en l’occurrence sa dis-
parition prochaine qui borne l’hori-
zon de ceux qui luttent. Le champ
des possibles y apparaît fatalement
réduit et la direction à prendre s’im-
pose pratiquement d’elle même.
Cette réalité se découvre d’autant
plus rude à ceux qui se battent,
qu’ailleurs, d’autres qu’eux se
confrontent dans des conditions
comparables aux mêmes difficultés.
Néanmoins, ce sentiment bien sou-
vent partagé s’accompagne parfois
d’une intuition : c’est en parvenant à
s’extraire du cadre imposé que l’on
établira avec les patrons et l’Etat un
rapport de force notable(6).

L’enjeu de la période engage par
conséquent à porter l’affrontement
au delà du lieu de production lui
même, de travailler à la création d’un
rapport de force commun et global en
lien avec ceux qui ailleurs subissent
le même sort. Une démarche difficile,
s’il en est, qui trouvera forcément sur
son chemin les opposants résolus à
toute initiative autonome de la base,
en premier lieu desquels figurent les
appareils et bureaucrates syndicaux.
Le tour que semble prendre la mobi-
lisation dans le cadre de la fermeture
de l’usine d’Aulnay nous en apporte
l’exemple une fois encore. (ibid).

LORSQUE LA RAISON
DE LA JUSTICE CROISE
CELLE DES POLITIQUES ...

Aux propositions émanant de l’al-
liance DFDS/Louis Dreyfus et du sué-
dois Sténa-Lines, le tribunal de
commerce de Paris a finalement pré-
féré le projet porté par le groupe Eu-
rotunnel. Jacques Gounon, son
président a ainsi racheté trois navires
de l’ex-société SeaFrance, les stocks
et la marque pour un montant de 65
millions d’euros(7). La société ferro-
viaire devient ainsi armateur et loue
depuis les navires à la coopérative
par le truchement d’un montage fi-
nancier reposant sur six filiales dont
le capital est ouvert aux collectivités
locales.

La question de l’emploi aurait été
déterminante nous affirme-t-on,
dans la décision que le tribunal a été
amené à rendre. La promesse faite
par l’ancien secrétaire de la CFDT de
créer à terme 560 postes aurait
somme toute permis à la Scop de voir
le jour après de multiples péripéties.
Mais c’est d’abord l’effacement d’une
créance d’un montant de 180 mil-
lions d’euros au profit du principal
débiteur, la SNCF, qui dans le climat
électoral du moment a plus sûre-
ment fait pencher la balance du côté
d’Eurotunnel (8).

...L’OPPORTUNISME ÉLECTORAL
N’EST JAMAIS LOIN .

Si la CFDT a recherché l’appui des
politiques locaux afin de mener à
bien son projet, force est de consta-
ter que, dès le départ, l’affaire sem-
blait bien mal engagée. Eric Vercoutre,
le secrétaire du comité d'entreprise
SeaFrance rappelait à ce titre : “On
connaît tous les détails de cette his-
toire et les positions des deux gou-
vernements n'ont jamais été claires.
Des deux côtés, on nous a mis des bâ-
tons dans les roues”. Il est sûr
qu’avant les élections présidentielles,
ni la droite ni le Parti Socialiste ne
soutenait le projet. A la tête de la ré-
gion, le socialiste Daniel Percheron
ne cachait d’ailleurs pas sa défiance à
l’égard de la coopérative ouvrière.
Plus généralement, le P.S s’en tenait
comme à son habitude à produire un
double langage et à jouer un double
jeu. Ainsi, devant les caméras et la
presse, il entretenait le simulacre
d’un appui à la Scop tandis que “dans
l’ombre, le vice président de la région
Nord-Pas-de-Calais, Pierre de Sainti-
gnon, usait de persuasion auprès de
l’avocat de la CFDT afin qu’il
convainc ses leaders de rencontrer le
consortium Dreyfus/ DFDS”(9).

Avant sa nomination au poste de
ministre des Transport, Frederic Cu-
villier, alors maire de Boulogne-sur-
mer, s’était lui aussi abstenu de
prendre parti pour le plan porté par
la CFDT. Il en était au sein de sa for-
mation politique l’ un des opposants
déclaré : “ Je pense que la suite à don-
ner dans cette affaire, qui est entre
les mains du liquidateur, doit prendre
en compte à la fois la plus-value so-
ciale des offres ainsi que leur crédi-
bilité dans un marché tendu. On ne
doit ni déstabiliser le marché, ni
prendre le risque de se retrouver avec
un nouveau SeaFrance dans deux
ans. Rien ne serait pire pour la cause
de l'économie sociale et solidaire
qu'une reprise qui ne se trouve pas,
au final, être durable ni pérenne”. A
la faveur des échéances électorales, il
s’est ravisé s’empressant de dénon-
cer : “ la façon regrettable dont la
SNCF et le gouvernement Fillon avait
traité l’affaire (...) les ministres
concernés n’ayant pas rempli leur
mission”. Puis, une fois assuré de la
forme juridique que prendrait l’af-
faire, une ordinaire société anonyme,
il s’est rallié à : « une solution pé-
renne sur le plan économique et fa-
vorable à l'emploi ». Enfin, le 7 juin
2012, il s’emparait de l’affaire et pro-
clamait avec détermination : “J'ai in-
formé le président de la République
François Hollande et le Premier mi-
nistre Jean-Marc Ayrault de ma dé-
marche en conseil des ministres,
précise-t-il. Je me suis également
entretenu de la situation de Sea-
France avec Arnaud Montebourg
(ministre du Redressement produc-
tif) et Benoît Hamon (ministre délé-
gué à l'Économie sociale et
solidaire). Les choses sont claires :
c'est moi qui pilote !”

Cette récupération d’entre deux
tours permit un affichage à peu de
frais au tout nouveau ministre ainsi
qu’à son homologue du “Redresse-
ment Productif”. Ainsi à son tour,
Arnaud Montebourg se découvrait
une humeur coopérative, jugeant le
dessein :“ intéressant, humain, per-
formant et non délocalisable”,
concluant que : “les coopératives
ont une place importante car c'est
un capitalisme à visage humain ..."
. Il est vrai que se précipiter au che-
vet d’une filiale agonisante de la
SNCF n’implique pas la même dé-
termination que d’affronter un
groupe industriel de taille interna-
tional. Les travailleurs d’Aulnay et
de Florange jugeront sur pièce...
La comédie fut à son comble
lorsqu’à son tour, le PCF, par la voix
de l’ancien maire de Calais remer-
cia “publiquement le groupe Euro-
tunnel et particulièrement son PDG
Jacques Gounon de l'implication po-
sitive qu'ils auront eu dans ce dos-
sier », qualifiant dans le même
temps “d’ignoble le comportement
de la SNCF”. Les derniers lauda-
teurs des secteurs étatisés du capi-
tal en cherchent encore leur latin ...

SOUS L’OEIL INQUISITEUR
DES MÉCÈNES...

L’équilibre de la trésorerie sera
d’évidence le point névralgique de
la scop si elle parvient à maintenir
son activité. A son lancement, la co-
opérative ne disposait que des fonds
investis par les 850 sociétaires.
Parmi ceux là, figurent les 400 sala-
riés ayant apporté avec eux 5 000
euros chacun au titre de leur in-
demnité de licenciement. Au total,
le capital de départ s’élevait à 2 mil-
lions d'euros. A notre connaissance,
les 25 000 euros promis par la SNCF
à chaque employé qui les investirait
dans le projet ne leur ont toujours
pas été versés et feraient, encore à
cette date, l’objet d’un litige.
Conscientes de ces difficultés, cer-
taines collectivités territoriales ont
apporté leur contribution au projet
porté par des marins qui, par
ailleurs, sont également des élec-
teurs. La ville de Calais a donc versé
un million d’euros, de même que la
ville de Gravelines et celle de
Grande-Synthe. La pratique est
monnaie courante puisqu’il s’agit
selon la formule consacrée de “sou-
tenir le tissu économique local” en
versant des aides publiques à des
entreprises privées, la plupart du
temps sans contrôle ou contre par-
tie aucune. Cette fois, le scénario
apparaît un peu nouveau et le
contrôle des mécènes ouvertement
intéressé. En plus de l’autorité du
groupe pour lequel elle soustraite, la
scop aura vraisemblablement à
supporter les menées et les rivalités
des potentats locaux.

Prenons pour exemple le prési-
dent de la Région Nord-Pas-de-
Calais, Daniel Percheron. En
promettant une aide d’un montant
de 10 millions d’euros à la scop il ré-
clamait en retour la réouverture
d’une ligne trans-Manche au départ
du port de Boulogne-sur-mer(10).

Un moyen comme un autre de ren-
tabiliser le Hub-port, ce caprice du
patronat local financé pour un mon-
tant de 45 millions d’euros par les
fonds public et aujourd’hui sans ac-
tivité. Est ce à dire qu’il y aurait
deux poids deux mesures dans la
manière de distribuer l’argent pu-
blic ? On serait amener à le suppo-
ser. Les mêmes, d’habitude si peu
regardant admonestent cette fois,
comme le doctoral Frédéric Cu-
villiers qui prévient:” la qualité de
service, la régularité, le sérieux se-
ront des gages de crédibilité. Il y a
toujours des leçons à retenir du
passé. Il y a parfois des actes coura-
geux à accomplir, dans la vie d'une
société. (...) My Ferry Link doit trou-
ver sa vitesse de croisière, si j'ose
dire. Elle doit adopter une stratégie
commerciale qui assure sa péren-
nité. Elle devra se rendre attractive,
notamment par une qualité de ser-
vice irréprochable.”

-------------------------------------------

Chérèque, la presse et le syndicat maritime nord de la CFDT.

Opposé au projet de scop, François Chérèque lance à l’époque une procé-
dure de radiation contre le syndicat maritime nord pour "accumulation de
faits et événements qui portent gravement atteinte à la CFDT prise dans
son ensemble, à ses militants et adhérents". Le 22 mars 2012, le bureau na-
tional confédéral de la CFDT radie le Syndicat Maritime Nord. Depuis, L’ex
secrétaire général de la CFDT a été mis en examen par un juge d'instruc-
tion de Boulogne-sur-mer à la suite d’une plainte déposée en diffamation
par le syndicat Maritime Nord. La même plainte a été déposée à l’encontre
de plusieurs journaux après qu’ils aient accrédités dans leurs colonnes
les propos tenus par F.Chérèque. Sont concernés les tires suivants : Le Pa-
risien, Libération, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, le Journal du Di-
manche, France 5 et Nord-Littoral. Un ex député Nouveau Centre du
Loir-et-cher Nicolas Perruchot est également visé par cette plainte.
--------------------------------------------------

...
ET ENTRE LES MAINS D’EUROTUNNEL

Avec désormais quatre en-
seignes exerçant une même activité
sur le détroit, les anciens de Sea-
france se retrouvent livrés in natu-
rabilus entre les mains et au service
de la stratégie d’une ordinaire en-
treprise capitaliste. Le supplément
d’âme dont, d’ordinaire, on aime à
parer l’ économie dite “solidaire”
risque en la circonstance de se di-
luer dans les combinaisons du
groupe Eurotunnel. En rachetant les
actifs de SeaFrance, Jacques Gounon
entend avant tout consolider une
position dominante sur le marché et
se prémunir face à une concurrence
qui dernièrement s’est diversi-
fiée(11). L’acquisition des navires de
la SNCF pour une somme inférieure
à leur valeur réelle permettra au
groupe d’asseoir sa position tout en
imposant le contrôle des tarifs pra-
tiqués sur et dessous la Manche.
L'équilibre financier serait obtenu à
partir de 6 % à 9 % du marché global
d’ici deux ans.

Il n’échappe donc à personne
que les gains de productivité es-
comptés par les uns et les autres ne
pourront se réaliser qu’à la condi-
tion d’une exploitation accrue de la
force de travail, voire au prix de la
disparition à terme d’une ou plu-
sieurs unités de production. Les pa-
trons de P&O n’ont pas tardé à
réagir, d’abord en laissant entendre
qu’ils attaqueraient Eurotunnel au-
près de la commission européenne
pour “Abus de position dominante”,
puis en déclarant qu’à l’issue“d’une
étude détaillée”, ils réduiraient leurs
coûts d’exploitation. Se voulant ras-
surante, la directrice de la société
anglaise a affirmé qu’il ne s’agit pas
pour le moment de supprimer des
postes mais : d'analyser toutes les
activités pour voir celles où l'on
pourrait baisser les coûts, gagner en
rentabilité. » Il semble pourtant que
pour le capital, la gamme des
moyens lui permettant d’y parvenir
demeure invariablement la même :
attaques sur des conditions de tra-
vail, réduction des salaires. concen-
tration de l’activité, diminution des
effectifs. Dès lors, la scop se borne à
n’ être plus qu’un simple instru-
ment au service d’une politique
dont les travailleurs, quelque soit
l’enseigne sous laquelle ils se font
exploiter, seront les premières vic-
times.

LE CONTRÔLE PAR LES TRAVAILLEURS...

Historiquement, les coopératives
ouvrières sont nées au XIX° siècle
de la réaction des ouvriers de mé-
tiers issus des corporations, à l’en-
contre de l’industrialisation
accélérée de la production. Aujour-
d’hui, une scop mobilise, comme
dans n’importe quelle autre entre-
prise, différentes catégories de tra-
vailleurs ce qui pose de fait la
question de la hiérarchie des tâches
et de l’organisation du travail. Dans
le meilleur des cas, celui où la struc-
ture du travail sera repensée collec-
tivement, on tentera malgré des
contraintes incontournables -l’exis-
tence d’un marché reposant sur la
loi de la valeur- d’organiser autre-
ment l’activité : éviter autant que
faire se peut la spécialisation, orga-
niser la rotation des rôles, repenser
les gestes et les façons de produire,
les horaires, etc... Toutes choses dif-
ficilement imaginables dans un sec-
teur d’activité comme celui où
exerce la scop Seafrance marqué
justement par une très forte spécia-
lisation et séparation des fonctions.
A notre connaissance, les Ferries
d’Eurotunnel naviguent avec des of-
ficiers mis à leur poste par la direc-
tion et de toutes les façons
inamovibles. Et il en va de même à
chaque échelon de la hiérarchie sur
les navires. On touche ici à l’une des
limites évidentes des scop. Si elles
peuvent offrir parfois et de manière
très marginale des espaces d’initia-
tive, il apparaît in-envisageable
qu’elle puisse s’extraire de l’organi-
sation capitaliste du travail.

... OU LE CONTRÔLE DES TRAVAILLEURS !?

Maintenant, regardons les
choses en face. Sur un marché
concurrentiel comme celui du ferry
trans-Manche, quel rôle va être
amenée à jouer l’ex-bureaucratie
syndicale de la CFDT ? Organisera-
t-elle la riposte ou encadrera-t-elle
la main d’oeuvre afin de l’amener à
accepter des baisses de salaires, des
modifications d’horaires et la dé-
gradation de ses conditions de tra-
vail ; en bref, la contraindra-t-elle à
l’auto-exploitation afin une fois en-
core de “sauver l’emploi”, entendez,
convenir aux seuls intérêts du pa-
tronat du détroit ?

La question mérite d’être posée
à au moins deux titres. Le premier
car la scop Seafrance est assez re-
présentative des coopératives
créées et portées à bout de bras par
une équipe syndicale quand sur-
vient une cessation d’activité. Dans
ce cas précis, le syndicat occupe une
place prédominante ainsi qu’une
fonction tutélaire qui, sans trop de
surprises, laisse présager de la suite
des événements. Précédemment
considéré comme le principal, si ce
n’est le seul, interlocuteur de la di-
rection il s’y substitue dorénavant
auprès de la base. C’est une évolu-
tion plusieurs fois observée dans
l’histoire de scops. Une séparation
s’opère alors entre d’un côté les pro-
ducteurs et de l’autre un groupe
issu ou reconnu par la base elle-
même comme “le plus apte” à
conduire les affaires de l’entreprise.
On assiste alors au retour sous une
autre forme de la séparation entre
les spécialistes de la gestion et les
assujettis à l’exécution... Nous
n’éplucherons pas les mécanismes
à l’oeuvre dans ce glissement vers
de nouvelles formes de domina-
tions, la plupart du temps à
l’oeuvre antérieurement...

Le deuxième tient tout bonne-
ment à l’annonce faite par le PDG
d’Eurotunnel à propos des salaires.
Le salaire mensuel moyen perçu à
Seafrance était à l’époque de 3 600
euros brut. Jacques Gounon a dans
une de ses déclarations été on ne
peut plus catégorique :“ ... le
meilleur standard sur le détroit c’est
P&O je pense (...) le coefficient de
SeaFrance ne permettra pas à l’en-
treprise de survivre (...) La scop
devra baisser les coûts salariaux de
moitié”. A bon entendeur ...

ET MAINTENANT...

Lors de ces derniers mois, les
marins de Seafrance ont démontré
une réelle détermination dans la
lutte, tant à l’encontre de leur an-
cienne direction que contre l’appa-
reil de la CFDT. Ils ont par ailleurs
résisté sans fléchir à l’une des pires
campagnes de dénigrement orches-
trée par les médias à l’encontre de
travailleurs en lutte. Nous aimerions
imaginer qu’ils pourront à l’avenir
se consacrer exclusivement à l’éla-
boration de nouvelles manières de
penser et vivre leur activité. En réa-
lité, nous croyons qu’à terme ils se-
ront appelés à reprendre le chemin
de la lutte, tout comme leurs cama-
rades des autres compagnies
condamnés, comme eux, à subir la
guerre que se livrent sur la Manche
les patrons du secteur...

xavier. Boulogne sur mer, le 16/01/02




(1) Voir article précédent
: “La liquidation de Sea-
France : le grand bal des
faux culs”. Courant Al-
ternatif n° 218. Mars
2012.

(2)Gilles Mougenot, as-
socié du groupe de capi-
tal-investissement Argos
Soditic déclare dans la
presse; “L’économie libé-
rale s’honorerait selon
moi d’encourager les
Scop, une excellente
façon de réunir le travail
et le capital.”

(3)L’avocat Philippe
Brun, proche du Front de
Gauche et spécialiste des
plans sociaux ne
manque jamais une oc-
casion de promouvoir la
reprise en scop des entre-
prise dont il gère le dos-
sier. Jusqu’au sein du P.S
où Benoît Hamont an-
nonce que “le gouverne-
ment veut contribuer au
doublement des Scop et à
un passage de 40 000 à
100 000 salariés dans ce
secteur dans les 5 an-
nées qui viennent ».

(4)En quelque sorte une
version réactualisée du
“Produisons Français”
entonné par le Parti
Communiste Français
lors des présidentielles
de 1981.

(5)Pour autant, les Scop
issues de la reprise d’en-
treprise en difficulté ne
comptent que pour 5 %
du total des entreprises
coopératives.

(6)”...Il manque une
perspective. Et on ne
voit pas comment elle
pourrait être donnée
sans dépasser le cadre
de Citroën seul. Elle ne
pourra l’être que si nous
nous tournons vers l’ex-
térieur, si nous trouvons
le moyen d’ajouter nos
forces à celles de tous
ceux qui aujourd’hui
font face aux mêmes
problèmes et aux
mêmes ennemis ; de
toutes ces boîtes qui fer-
ment, licencient, ou
toutes ces entreprises du
secteur privé comme pu-
blic où les conditions de
vie et de travail empi-
rent(...) dès que des
contacts se concrétisent,
les mentalités changent
vite..”. in : http://ons-
bouge.unblog.fr/2012/1
0/29/meeting-du-npa-
intervention-d’un-cama-
rade-chez-psa.
(ibid). A lire également :
“...Finalement, le plus
positif de la journée
aura été le déplacement
d'une soixantaine de ca-
marades (de PSA Aul-
nay - ndlr) à Faurecia
Méru (Oise) où ils ont
envahi l'usine équipe-
mentier de PSA. Grosse
ambiance, accueil en-
thousiaste par les ou-
vrières lors de cette
rencontre, qui montre le
potentiel de solidarité
qui pourrait exister si
des objectifs clairs, com-
batifs et communs
étaient portés au pre-
mier plan..” http://ouva-
lacgt.over-blog.com/arti
cle-psa-aulnay-nou-
velle-etape-le-8-no-
vembre-112119181.html

(7) Les trois bateaux
étaient initialement esti-
més à une valeur de 150
à 200 millions d'euros.
L’offre de la société Louis
Dreyfus s’élevait à 50
millions d’euros, celle de
la société Sténa-Lines à
30 millions d’euros. Rap-
pelons que LD-lines a
embauché lors de son ar-
rivée à Calais plus de
200 ex-marins Sea-
France. A l’issue de la
vente, Eurotunnel a en
outre acquis le porte-
feuille clients (283
adresses e-mail réparties
sur douze pays), le porte-
feuille autocaristes (1
107 noms répartis sur
quatre pays) ainsi que le
portefeuille clients-fret (1
000 clients et plus de 2
000 contacts).

(11)Pour l’année 2012,
le groupe est passé de
38 à 43 % du contrôle
du trafic camions et de
46 à 55 % de celui des
automobiles.
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