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(fr) France, Alternative Libertaire #224 - Biodiversité : Les abeilles, un enjeu pour l’humanité (en)
Date
Thu, 14 Mar 2013 09:23:19 +0200
Pour l’humanité, la défense de la biodiversité n’est pas un simple combat pour le respect
de la nature. La survie des sociétés humaines est en cause. L’exemple des abeilles en est
une bonne démonstration ! ---- « Des ruches désertées. À l’extérieur, pas de cadavres. À
l’intérieur, une reine en bonne santé, des larves viables et une poignée de jeunes adultes
affaiblis. Mais nulle trace des autres ouvrières. C’est le syndrome d’effondrement des
colonies » [1]. En 2007, le taux de ruches abandonnées atteignait 70 % voire 80 % dans les
régions les plus touchées. Peu à peu, cette situation s’étend au reste du monde. Sauvages
ou domestiques, les abeilles pollinisent plus de 80 % de l’environnement végétal,
fécondant ainsi fleurs, fruits, légumes. La disparition des insectes pollinisateurs serait
un désastre écologique.
Partout dans le monde, le taux de mortalité apicole atteint des records, de la fin de
l’année 2006 à la fin de l’hiver 2007 : perte de 60 % des colonies aux USA et jusqu’à 90 %
dans certains États de l’Est et du Sud ; 40 % des ruches se sont vidées au Québec, 25 % en
Allemagne, idem à Taiwan, en Suisse, au Portugal, en Grèce et dans de nombreux autres pays
d’Europe. Pour la première fois, une estimation des pertes financières potentielles liées
à la disparition des abeilles est réalisée : près de 15 milliards de dollars rien qu’aux
États-Unis.
Des taux de mortalité apicole records
Les butineurs sauvages – 20 000 espèces recencées dans le monde – souffrent également de
cet environnement dégradé. Une étude anglo-hollandaise [2] montre le déclin parallèle des
populations de pollinisateurs sauvages et des plantes à pollen au Royaume-Uni et aux
Pays-Bas, sans préciser si ce sont les plantes ou les insectes qui disparaissent en premier.
En France, en 1993, les apiculteurs constatent une baisse importante de la production de
miel. Ils pointent du doigt l’utilisation du Gaucho, très toxique pour les abeilles, que
l’on retrouve à faible dose jusque dans le pollen des fleurs. Après le Gaucho, le Régent
est mis en cause ; puis en 2007 et 2008, le Cruiser pour lequel l’Agence française de
sécurité sanitaire alimentaire (Afssa) rend néanmoins un avis favorable, se contentant de
conseiller « d’éloigner les ruches à plus de trois kilomètres de cultures provenant de
semences traitées » [3]. « Les abeilles domestiques (Apis mellifera), par leur
consommation de nectar et de pollen, peuvent être intoxiquées par une exposition unique
(toxicité aiguë) ou répétée (toxicité chronique) à ces insecticides. Les molécules peuvent
induire la mort des abeilles ou provoquer des effets sublétaux sur leur physiologie, leurs
capacités cognitives et leur comportement, qui en retour peuvent occasionner des pertes
d’abeilles ou affecter le développement de la colonie » [4].
Multifactoriel
Certaines cultures OGM qui produisent leur propre insecticide ont elles aussi été mises en
cause. Une étude de 2004 de l’université d’Iéna montre l’effet des plantes produisant la
toxine Bt sur les abeilles. Les abeilles sont affectées par les parasites, la toxine
affaiblissant probablement l’immunité de l’abeille [5]. D’autres causes sont mises en
avant, des parasites tels les varroas – puissants vecteurs de virus pathogènes – provenant
d’Asie et introduits « accidentellement » en Europe dans les années 1960 puis en Amérique
; un champignon Nosema cerenae, récent en Europe, présent depuis plus de dix ans aux
États-Unis retrouvé dans le corps d’abeilles mortes ; d’autres insectes prédateurs, tels
le frelon asiatique, etc.
Le commerce international favorise la circulation rapide d’espèces invasives face
auxquelles les populations locales d’abeilles n’ont pas de défense ! Enfin, la monoculture
intensive, la raréfaction des fleurs des champs et des cultures de légumineuses (trèfle,
luzerne), l’entretien intensif des bords de route, appliqués à grande échelle créent un
environnement défavorable aux pollinisateurs. Cette multiplicité de facteurs est à la base
de la catastrophe à venir : des pesticides peuvent favoriser une infection causée par un
champignon ou créer un affaiblissement des défenses contre des parasites ;
l’artificialisation de l’environnement appauvrit les ressources alimentaires des abeilles.
Au final, le dépérissement trouve ses causes dans les activités humaines et leurs
influences sur les paysages, les ressources et les équilibres écologiques.
Ce qu’il faut changer
Déjà, les États-Unis ont importé massivement des abeilles d’Australie pour assurer la
fertilisation de leurs vergers, importation posant de nouveaux problèmes de dissémination
bactériologique. En Chine, dans la province du Sichuan, des producteurs en sont réduits à
fertiliser les fleurs de poiriers à la main. En Europe, un groupe de travail européen sur
la prévention des mortalités d’abeilles a été mis en place, coordonné par le centre
Agroscope-Liebefeld-Posieux à Berne (Suisse) ; des pesticides sont interdits quand leurs
effets sont devenus « bien établis », remplacés rapidement pas d’autres produits
phytosanitaires dont les effets sont à venir ; des chercheurs tentent aussi de
sélectionner des colonies d’abeilles insensibles aux attaques de Varroas. Mais les
actuelles tentatives pour inverser le déclin des insectes pollinisateurs sont bien
insuffisantes !
Le dépérissement des abeilles met en évidence les bouleversements qu’impose au monde
vivant l’expansion du capitalisme sur toute la planète : les atteintes à la biodiversité
constituent un risque majeur pour notre survie. Pour le capitalisme, dont le seul objectif
est d’augmenter les profits, la nature n’est qu’une marchandise. Pourtant notre seul
avenir possible, respectueux du monde vivant et de ses équilibres, sera toujours
incompatible avec le « marché libre » capitaliste. Tant que le capitalisme dominera, les
semblants de solutions à la crise écologique ne seront que cautères sur une jambe de bois.
Il est urgent d’en sortir : réduction drastique du commerce international, relocalisation
des productions, production fondée sur les besoins et non plus sur l’offre, abolition de
la propriété privée des moyens de production !
Jacques Dubart (AL Agen)
[1] Le mystère de la disparition des abeilles, documentaire de Mark Daniels diffusé sur
Arte le 28 août 2012.
[2] « Parallel Declines in Pollinators and Insect-Pollinated Plants in Britain and the
Netherlands », Science, 21 juillet 2006.
[3] Avis de l’Afssa du 21 novembre 2007.
[4] Étude du Laboratoire Populations, Génétique et Évolution - Apidologie.
[5] Der Spiegel, 19 mars 2007.
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