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(fr) Canada, Cause Commune #34 - Sommaire + Femmes et prison (en)
Date
Tue, 12 Mar 2013 12:50:54 +0200
Sommaire --- Femmes et prison -- Affranchissez cette sexualité qu’on ne saurait voir ----
Cartographie de l’anarchisme révolutionnaire ---- L’Euguélionne ---- Les anarchistes et le
maire --- Déficit zéro.. Austérité permanente! -- Chômage : Solidarité nécessaire ----
Télécharger le PDF
http://www.causecommune.net/sites/www.causecommune.net/files/publications/journal/CC34.pdf
---- Dans les derniers mois, il y a eu un boom médiatique entourant les conditions de vie
des hommes incarcérés. Les femmes emprisonnées ont été plus présentes dans les médias
grâce à la série télévisée Unité 9 qui romance le caractère oppressant des structures
d’emprisonnement et individualise les vécus des personnages en les dichotomisant (une
minorité sont dans des unités, bonne prisonnière et mauvaise prisonnière).
Cependant, les médias oublient évidemment que les femmes incarcérées subissent les mêmes
conditions, voire pires, tout en étant oppressées par leur appropriation en tant que
femmes bien souvent marginalisées, racisées, colonisées et appauvries socialement.
Depuis plusieurs années, la surpopulation dans les prisons pour femmes se cristallise à
cause de l’augmentation des femmes incarcérées suite au durcissement des lois. Aux
États-Unis, les femmes représentent 7% de la population carcérale. Entre 1990 et 2000, le
nombre de femmes en prison a augmenté de 108% contrairement à 77% pour les hommes (1).
Dans le contexte canadien, il y a eu une augmentation de 200% des femmes incarcérées dans
les 15 dernières années (2). Quant à la représentation des femmes racisées en prison, aux
États-Unis, 1 femme noire sur 300 sera incarcérée, 1 femme latine sur 704 le sera,
comparativement à 1 femme blanche sur 1099 (3). Ce n’est pas dû à une augmentation des
crimes, mais au profilage racial et aux conditions d’existence précaires, de même qu’à la
guerre aux narcotrafiquantEs. D’ailleurs, malgré le fait que le crack et la cocaïne aient
le même ingrédient actif, les peines sont plus souvent sévères pour la possession de crack
et affectent presque uniquement les populations à faible revenu. À ce sujet, la
consommation de drogue par les femmes est entre autre reliée aux violences masculines
qu’elles ont subies. En ce qui a trait à leur précarité économique, aux États-Unis,
seulement 40% des femmes ont eu un emploi à temps plein avant leur incarcération et 30%
ont reçu des prestations sociales (4). De plus, la grande majorité d’entre elles n’ont pas
une scolarité de niveau collégial. Soulignons que 65% des femmes incarcérées aux
États-Unis ont eu un enfant avant l’âge de 18 ans (5). Pour ajouter, 80% des femmes en
prison au Canada y sont pour des motifs reliés à la précarité socioéconomique, 90% sont
autochtones et 82% sont des survivantes de viol, inceste et violence physique (6). Il est
important de souligner la criminalisation des femmes dans la prostitution et une
surreprésentation des femmes dites prostituées de rue en prison. Aussi, la grande majorité
des arrestations entourant la prostitution concerne les femmes.
Les règles carcérales, l’imposition d’un modèle moral et les conditions de réinsertion
sociale discréditent l’autonomie des femmes, leur retirent toute intimité et contribuent à
les maintenir dans un état d’appropriation étatique et patriarcale tout en accentuant
leurs oppressions. À ce sujet, il y a une psychologisation et une psychiatrisation de
ladite criminalité ce qui individualise les conditions sociales en allant jusqu’à nier les
structures qui engendrent les inégalités sociales. La vision de la criminalité étant créée
par les discours dominants et les agendas politiques nourrit un discours de vengeance
sociale.
À l’image des milieux militants, la militance en milieu carcéral subit aussi la
survalorisation d’un modèle masculin de résistance axé sur la virilité et le physique.
C’est pourquoi il y a peu d’analyse concernant la militance des femmes en prison puisque
leurs moyens d’action sont davantage axés sur des stratégies de dénonciation, d’entraide
et d’autonomisation face aux structures carcérales et de perturbation économique (ex : ne
pas aller au travail carcéral). Bien que la lutte des femmes en prison soit tout aussi
présente et pertinente que celle des hommes (monopolisant la violence), elle est
sous-estimée et dévalorisée tout comme celle des femmes dans d’autres lieux de militance.
Ainsi, la prison est un pilier du système capitaliste et patriarcal. Le passage des femmes
dans le système carcéral marque leurs esprits et leurs corps en plus de leur laisser une
étiquette sociale permanente. Les attentes que l’on a envers elles sont stéréotypées et
l’on oublie trop souvent les raisons structurelles et les oppressions spécifiques vécues
par les femmes.
Notes
(1) Heather C. West, Prison Inmates at Maidyear 2009- Statistical Tables, Bureau of
Justice, Une 2010, 4, http://bjs.ojp.usdoj.gouv/content/pub/pdf/pim09st.pdf.
(2) Société Élizabeth Fry du Québec
(3) Heather C. West, Prison Inmates at Maidyear 2009- Statistical Tables, Bureau of
Justice, Une 2010, 4, http://bjs.ojp.usdoj.gouv/content/pub/pdf/pim09st.pdf.
(4) Ibid.
(5) Heather C. West, Prison Inmates at Maidyear 2009- Statistical Tables, Bureau of
Justice, Une 2010, 4, http://bjs.ojp.usdoj.gouv/content/pub/pdf/pim09st.pdf.
(6) Société Élizabeth Fry du Québec
Suite à des coups que son « chum » lui a assénés, elle appelle la police. Les deux
constables qui se présentent vérifient son nom sur l’ordinateur. C’est elle qu’on amène au
poste puisqu’ils ont constaté un défaut de comparaître dans une cause d’il y a 2 ans
survenue à Gaspé. On la laisse pourrir deux jours en détention au palais de justice. Suite
à des interventions de la représentante de la S.E.F au service d’aide à la Cour auprès des
agents de liaison de la Sureté du Québec, on la libère puisqu’elle aurait dû être relevée
de son défaut de s’être présenté à la Cour. À qui la faute? Qu’est-il advenu de sa plainte
de voie de fait? Pourquoi ces 5 jours de détention sans motif?
(Témoignage de Sophie)
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