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(fr) France, Alternative Libertaire AL - Chavez, fin d’un caudillo (en)

Date Thu, 07 Mar 2013 16:59:02 +0200


Le président du Venezuela est mort, la gauche latino-américaine et européenne pleure son modèle, celui qui prétendait réaliser un « socialisme du XXIe siècle » et qui, en réalité, a surtout cherché à bâtir un capitalisme national, main dans la main avec un patronat patriote. S’il a mis la rente pétrolière au service des programmes sociaux, le régime chaviste a, pour le reste, toujours étranglé toute voix dissidente sur sa gauche, toute manifestation d’un mouvement social autonome. Chavez était un caudillo, dans la tradition latino-américaine : un leader charismatique porté par les masses. C’est l’occasion de relire ce qu’Alternative libertaire a écrit à son sujet: --- « Venezuela : Les deux visages du chavisme* », dans les pages International de janvier 2007. --- « 1992 : Chávez, du putschiste au caudillo** », les pages Histoire de février 2012.

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* Venezuela : Les deux visages du chavisme

Le président Chavez est la nouvelle coqueluche de la gauche radicale européenne. Mais le mérite-t-il davantage que, en leur temps, Nasser ou Kadhafi ? Face à la duplicité de sa politique (néolibérale au plan macroéconomique, sociale au plan microéconomique), il est crucial de construire des mouvements sociaux indépendants du pouvoir.
Le 3 décembre dernier, Hugo Chavez était réélu président du Venezuela dès le premier tour avec plus de 62 % de voix. Le soir même, il prononçait un grand discours au balcon du palais de Miraflores à Caracas, pour proclamer la « victoire de la révolution », avant de lancer : « Le règne du socialisme est le règne du futur du Venezuela ! »

Ainsi parle le président Chavez, ancien colonel putschiste, caudillo au charisme exceptionnel et nationaliste de gauche qui a de toute évidence « une certaine idée du Venezuela ». Le personnage est certes plus sympathique qu’un pantin sanguinaire et corrompu téléguidé depuis Washington… Ça n’en fait pas nécessairement le nouveau porte-drapeau planétaire de la révolution socialiste, contrairement à ce qu’on pourrait croire en entendant les dithyrambes de celles et ceux qui, à l’étranger, ont fait de Chavez – après Lula – leur nouvelle idole.

Sa popularité incontestable ne tombe pas du ciel et ne repose pas sur un quelconque « populisme » comme peut l’écrire paresseusement Libération, mais sur des programmes sociaux tangibles, financés par la manne pétrolière, qui ont réellement changé la vie des classes populaires. La pauvreté a reculé ; un système de santé qui jusqu’alors n’existait pas est en train de voir le jour, et 1,5 million de personnes ont été alphabétisées en deux ans.

Pour autant, si les mots et les faits ont un sens, il n’est évidemment pas question au Venezuela de « transition vers le socialisme ». Il ne faut pas voir d’anticapitalisme dans les tonitruantes déclarations anti-impérialistes d’un Chavez qui, pour défier Bush, n’hésite pas à s’acoquiner avec d’éminents bienfaiteurs du mouvement ouvrier tels que le Russe Poutine, le Biélorusse Loukachenko ou l’Iranien Ahmadinejad…

Pour un capitalisme national

La « révolution bolivarienne » [1] n’est pas socialiste, mais elle correspond à une volonté de reprise en main par l’État des ressources naturelles jusqu’ici livrées au pillage des multinationales occidentales. Ce projet n’a rien d’une sinécure puisqu’il a valu à Chavez plusieurs tentatives de déstabilisation dont un coup d’État en 2002, fomentées par la bourgeoisie compradore [2] appuyée par Washington et les grands médias privés. C’est le soulèvement du peuple qui à chaque fois lui sauva la mise.

Le chavisme n’est pas un phénomène inédit dans l’histoire. Il se situe dans la lignée des nationalistes de gauche comme l’Iranien Mossadegh en 1952, l’Égyptien Nasser en 1956 ou le Libyen Kadhafi en 1977. Chaque fois l’ambition, derrière la rhétorique « socialiste », est de façonner un véritable capitalisme national, associé à un État fort et « maître chez lui ».

Ainsi en est-il du secteur pétrolier – l’alpha et l’oméga de l’économie vénézuélienne. Plutôt que de prendre le risque d’une nationalisation, l’État s’est engagé dans une politique d’alliances capitalistiques avec les multinationales occidentales. Depuis avril 2006, toutes les compagnies étrangères opérant au Venezuela ont dû former des joint-ventures dont l’entreprise d’État PDVSA est propriétaire à hauteur d’au moins 60%. Ainsi en est-il également de l’inscription du Venezuela dans le projet Intégration de l’infrastructure régionale d’Amérique du Sud (IIRSA), lancé en 2000 à Brasilia par les douze gouvernements sud-américains. L’IIRSA est un vaste projet néolibéral d’adaptation du sous-continent à la mondialisation capitaliste, qui accentuera les inégalités régionales et sociales… mais permettra peut-être aux classes possédantes latino-américaines de se hisser au niveau de leurs homologues du Nord [3]

Ainsi en est-il encore du projet pharaonique caressé par Caracas, Buenos Aires et Brasilia d’un “Super Gazoduc” qui irait de la mer des Caraïbes au Rio de la Plata à travers l’Amazonie, sur un parcours de 7 000 à 9 300 kilomètres. Projet aberrant du point de vue social, environnemental et même technologique, et dénoncé par les associations écologistes.

Ainsi en est-il enfin de l’annonce en 2003 du triplement de la production de charbon dans la région de Zulia, en partenariat avec des multinationales nord-américaines, hollandaises et brésiliennes. Une décision qui a entraîné une forte résistance des populations locales voyant leur cadre de vie promis à la destruction.

« D’amples secteurs de la population vénézuélienne ignorent les enjeux de cette stratégie énergétique de l’IIRSA, explique Lusbi Portillo, anthropologue à l’université de Zulia et pourfendeur du projet minier. Le gouvernement n’a pas convoqué, devant une décision aussi transcendantale pour la vie du pays, de débat sur le sujet, même pas à l’Assemblée nationale ni dans les universités, pour ne parler que des espaces traditionnels de discussions. » [4]

Tel est le double visage du chavisme. Si l’État encourage la participation populaire au plan microéconomique (reprises d’entreprises en cogestion, microcrédit, médias communautaires, comités citoyens, etc.), il en va tout autrement au plan macroéconomique. Tout ce qui concerne l’intérêt supérieur du capitalisme national est intouchable.

Des mouvements sociaux subjugués

Qui s’oppose à cela ? Certainement pas la droite et la bourgeoisie affairiste puisque, sur ce point, elle sont en accord avec Chavez. Les mouvements sociaux ? C’est bien l’élément le plus problématique dans la situation actuelle…

Observateur engagé, le journaliste uruguayen Raúl Zibechi estime qu’ « il n’y a pas au Venezuela de mouvements organisés ressemblant à la Confédération de nationalités indigènes d’Equateur (CONAIE équatorienne), ni aux comités de quartier (juntas vecinales) ou aux cocaleros boliviens ou encore aux piqueteros argentins, pour ne pas mentionner les cas les mieux structurés tels que le Mouvement des sans-terre brésilien ou les zapatistes au Chiapas. Autrement dit, il n’y a pas au Venezuela de mouvements larges avec des structures leur garantissant une visibilité, des stratégies ou des tactiques, des dirigeants connus et toutes ces caractéristiques propres aux mouvements organisés et structurés. » [5]. Certes, le processus « bolivarien » a encouragé la naissance d’une foultitude de comités et d’associations impliquant la population dans la mise en œuvre des programmes sociaux, d’éducation et de santé. Mais elles ne jouent pas un rôle de contre-pouvoir. Attendant tout de l’État, les mouvements sociaux n’ont pas de stratégie propre. Du moins pour l’instant.

Idem au plan syndical. Pour concurrencer la Confederación de Trabajadores de Venezuela (CTV), la vieille centrale bureaucratique inféodée au patronat, l’État a financé le lancement d’une nouvelle confédération : la Unión Nacional de Trabajadores (UNT), qui en quelques mois a dépassé en effectifs la CTV. Des syndicalistes libertaires, trotskistes, ou tout simplement indépendants, s’efforcent de faire vivre un courant critique dans cette UNT, contre les chavistes qui voudraient en faire une simple courroie de transmission du gouvernement.

Les organisations populaires nourrissent en fait des sentiments ambivalents. Certaines voient en Chavez le messie et lui sont d’une fidélité aveugle. D’autres se consolent de leurs frustrations en expliquant que le président ne veut que le bonheur du peuple, mais qu’il est « mal entouré » [6].

Les plus critiques pensent qu’il est nécessaire de développer un mouvement social indépendant du pouvoir, mais que cela ne peut pas se faire en-dehors du « processus bolivarien » ou contre lui, sous peine de se couper des masses. Rares sont celles et ceux qui osent porter un discours frontalement anti-Chavez, d’autant que le régime ne supporte aucune critique sur sa gauche.

Il arrive pourtant que le conflit d’intérêts entre l’État et les populations locales éclate au grand jour. Lors du Forum social mondial de Caracas en janvier 2006, la politique minière dans la région de Zulia a été dénoncée par une manifestation rassemblant des organisations paysannes, des groupes écologistes, des associations de mal-logés et des médias communautaires ; le tout – et c’est crucial – indépendamment de leur sensibilité pro ou anti-Chavez [7]. Les groupes libertaires l’ont bien compris en soutenant et en participant à cette manifestation.

Quelle voix révolutionnaire ?

À l’extrême gauche, il existe des appréciations différentes de la posture à adopter. Une partie estime qu’il est crucial de lutter contre le chavisme – c’est par exemple le cas du Comité de relations anarchistes (CRA), qui publie le périodique El Libertario. Une autre partie pense au contraire qu’il faut, tactiquement, s’inscrire dans le mouvement “bolivarien” pour avoir un minimum d’audience dans la population – c’est le cas d’un groupe libertaire apparu cette année, le Front d’actions libertaires (FAL). Malgré leurs divergences, ces groupes s’accordent sur la nécessité de renforcer les secteurs critiques des mouvements sociaux. L’une des tentatives les plus intéressantes pour faire vivre cette orientation a été le Forum social alternatif (FSA), monté en parallèle au Forum social mondial qui s’est tenu en janvier 2006 à Caracas – et où le président Chavez a bien sûr été omniprésent. Le FSA expliquait dans sa profession de foi qu’il souhaitait « débattre du sens de la révolution » et indiquait prudemment qu’il était critique aussi bien de l’opposition que « des contradictions qui existent dans le gouvernement bolivarien ».

Si les contradictions du “ bolivarisme ” deviennent trop fortes, un espace se libèrera sur sa gauche pour les courants anticapitalistes. Ils ne seront audibles que si, d’ores et déjà, des mouvements sociaux indépendants du pouvoir peuvent voir le jour.

Guillaume Davranche (AL Montrouge)

[1] Le « bolivarisme », doctrine fourre-tout brandie par Chavez, se réfère au général Simon Bolivar (1783-1830) qui combattit contre la couronne d’Espagne pour l’indépendance de l’Amérique du Sud.

[2] C’est-à-dire une bourgeoisie dépendante des desiderata de capitalistes étrangers.

[3] Lire à ce sujet Raúl Zibechi, “IIRSA : l’intégration sur mesure pour les marchés”, sur http://risal.collectifs.net

[4] Cité par Alain Cassani, “La pétro-révolution d’Hugo Chávez suscite des résistances”, sur http://risal.collectifs.net

[5] Raúl Zibechi, “Hugo Chavez et les mouvements sociaux ou le temps des ambiguïtés”, sur http://risal.collectifs.net. L’auteur a notamment publié, en français, Généalogie de la révolte, aux Éditions CNT-RP, sur le soulèvement argentin.

[6] C’est le discours de certaines et certains habitants de Zulia : « Si Chavez savait, jamais il n’autoriserait les projets miniers ! »

[7] Les dignitaires chavistes ont vomi leur bile contre ces empêcheurs de tourner en rond, qualifiés d’arriérés, de « contre-révolutionnaires » voire d’agents de la CIA…

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** 1992 : Chávez, du putschiste au caudillo

Au Venezuela, le 4 février 1992, le Mouvement bolivarien révolutionnaire-200, dirigé par Hugo Chávez, lance un coup d’État. Malgré son échec, cette date marque pour le leader vénézuélien le début de sa « Révolution bolivarienne ». Vingt ans plus tard, alors qu’il est au pouvoir depuis 1998, Chavez jouit d’un soutien inconditionnel de la part d’une partie de la gauche antilibérale occidentale. Son action politique est pourtant bien éloignée du mythe d’un « socialisme du XXIe siècle ».
Le 4 février 1992, à 6 heures du matin, un groupe de soldats mutinés lance une une insurrection civilo-militaire « contre l’incompétence du pouvoir » du président social-démocrate Carlos Andrés Pérez, et « contre la corruption et la misère ». La tentative échoue mais Chávez passe 10 secondes à la télévision et réussit le tour de force de transformer la défaite militaire, qui voit 19 morts et un millier de militaires arrêtés, en victoire politique. Ce message va travailler en profondeur le peuple vénézuélien dans les années suivantes et à partir du 4 février 1992, Hugo Chávez prend le visage d’un caudillo, dans la tradition latino-américaine, c’est-à-dire d’un leader charismatique porté par les masses.

Ce 4 février 1992 marque un tournant dans la vie politique vénézuélienne, et surtout dans la carrière de Chávez qui a décrètera par la suite le 4 février jour de fête nationale.

Fils d’instituteurs, sans doute influencé par le Parti communiste, Hugo Chávez entre à l’Académie militaire du Venezuela. Après ses études il intègre l’armée, où il accède rapidement au grade de lieutenant-colonnel. Le 24 juillet 1983, 200e anniversaire de la naissance de Simón Bolívar, un des pères de l’indépendance de l’Amérique latine vis-à-vis de l’Espagne, Chávez crée, au sein de l’armée, le Mouvement bolivarien révolutionnaire 200 (MBR-200) sorte de loge militaire d’orientation socialiste qui regroupe des jeunes officiers aux dents longues.

Durant sa période de détention, après le coup d’Etat manqué de 1992, Chávez gagne une popularité considérable. Il réussit à diffuser une vidéo dans laquelle il appelle la population vénézuélienne à l’insurrection. Un nouveau coup d’État est alors lancé par le MRB-200, une nouvelle fois mis en échec, mais qui pointe la faillite du gouvernement vénézuélien et plus particulièrement de son président. En 1993, Pérez est inculpé pour détournement de fonds et, le 21 mai, il est destitué. Aux élections de 1994, le démocrate-chrétien Rafael Caldera est élu à la tête du pays. Parmi ses engagements de campagne figure l’amnistie des prisonniers politiques liés aux coups d’État de 1992.

Chávez est libéré le 27 mars 1994. Il débute alors une longue campagne politique qui le présente comme le « fléau de l’oligarchie et le héros des pauvres », et qui s’accompagne de la création du Mouvement pour la Cinquième République (MCR) [1]. En 1998, enfin, Chávez accède à la présidence de la république avec 56 % des voix.

Un pays sous tutelle
Au cours des années 1970, le Venezuela est devenu la « vitrine » des États-Unis en Amérique latine, leur point d’appui face à Cuba. Les gouvernements successifs, sociaux-démocrates ou démocrates-chrétiens, ont engagé une politique libérale féroce en parfait accord avec le FMI. Cela a provoqué une telle vague de précarité et de misère qu’une insurrection populaire a éclaté le 27 février 1989. Le pouvoir politique a donné l’ordre à l’armée de tirer sur la foule, faisant plusieurs milliers de morts. Cette tragédie est déterminante dans la constitution du futur MBR-200 par des officiers de gauche, dont Chávez.

Lorsque ce dernier emporte les élections en 1998, le pays se trouve donc dans une situation économique et sociale désastreuse.

La révolution bolivarienne
Dès son arrivée au pouvoir Chávez ne cesse de clamer haut et fort que le Venezuela s’est lancé dans une « révolution bolivarienne ». Il tente d’ancrer son action politique dans l’histoire, en faisant des références permanentes à Bolivar et en reprenant dans son discours de nombreuses références à la lutte contre la colonisation espagnole au XVIIIe siècle.

Dès 1999, Chávez décide de convoquer une Assemblée constituante. Une nouvelle Constitution est approuvée par référendum en décembre. Pour les chavistes elle porte le nom de « Constitution bolivarienne » considérant qu’elle est directement inspirée de l’idéologie politique et philosophique de Simón Bolivar.

Malgré un phrasé révolutionnaire la « Révolution Bolivarienne » a surtout pour objectif la reprise en main par l’État des ressources naturelles pour favoriser une meilleure répartition des richesses, et l’émergence d’un véritable capitalisme national, qui ne soit plus inféodé aux puissances étrangères.

L’ancrage populaire de Chávez est bien réel, même si à partir de 2001 les confrontations sont de plus en plus fréquentes avec une partie de la population.

Le 11 avril 2002 une manifestation de 50.000 personnes se dirige vers le palais présidentiel. Des heurts entre manifestants anti et pro-Chávez font 15 morts. Par la suite, des militaires parviennent à séquestrer le président. Dès le lendemain, le nouveau pouvoir est mis à mal par une mobilisation populaire de grande importance. Le gouvernement chaviste reprend, dès le 13 avril sa place, dans une atmosphère particulièrement tendue, ouvrant la voie à des mobilisations de plus en plus fréquentes de l’opposition.

Le socialisme du XXIe siècle
Sa « Révolution bolivarienne », Chávez ne souhaite pas la circonscrire aux seules frontières du Venezuela. Preuve en est la création en 2005 de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba) qui a pour objectif de développer la coopération économique, politique et sociale des pays dits « socialistes » d’Amérique du Sud.

Chávez a une vision bien particulière du socialisme, qu’il ne fonde pas sur la lutte des classes, mais qu’il veut bâtir main dans la main avec le patronat, dans un cadre national. Drôle de socialisme que Chávez teinte d’un christianisme social où Jésus serait vu comme le premier vrai socialiste et Judas le premier capitaliste [2].

La ligne politique patriote et socialiste de Chávez n’est pas un phénomène nouveau et se situe dans la droite ligne des précdents gouvernements nationalistes de gauche à travers le monde, comme ceux de Mossadegh en Iran (1951-1953), de Nasser en Égypte (1956-1970) ou encore de Kadhafi en Libye, dans les premiers temps de son règne.

Cette ligne politique et idéologique amène Chávez à entretenir des relations diplomatiques plus ou moins étroites avec tout ce que la planète comporte d’anti-impérialistes. Outre son admiration à l’égard du régime cubain, il a noué des liens avec l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad et le Biélorusse Loukachenko, soutenir Kadhafi face à son peuple en 2011, ou encore, en décembre 2011, adresser ses « plus sincères condoléances » après la mort de Kim Jong-il.

Du pétrole pour les pauvres

Le pétrole joue, depuis la seconde moitié du XXe siècle, un rôle central dans la vie politique vénézuélienne et donne à Chávez une arme de poids face aux Etats-Unis.

L’économie pétrolière a été, à l’origine, accaparée par les multinationales, notamment américaines. Une politique de nationalisation a été initiée à partir de 1975, mais les revenus pétroliers sont restés réservés aux investisseurs et à la clientèle de l’État.

Enzo Del Búfalo, un économiste marxiste critique du régime résume ainsi la politique mise en place par Chávez à son arrivée au pouvoir : « L’objectif numéro un est d’utiliser l’industrie pétrolière comme une source de revenus fiscaux et d’essayer de maximiser ces revenus pour financer des dépenses croissantes, mal organisées, caractérisées par un énorme gaspillage et une très faible efficacité, mais par une forte rentabilité politique. […] Le Venezuela est de nouveau un pays pratiquement mono-exportateur, et les industries nationales de base [publiques], qui pesaient d’un poids non négligeable, ne représentent plus qu’une part minime des exportations. »

L’industrie pétrolière finance donc des programmes sociaux qui augmentent significativement au début du mandat de Chávez, mais qui diminuent à partir de 2002, du fait de l’évolution des recettes pétrolières.

Il serait faux de croire que Chávez et ses alliés n’ont rien fait pour les pauvres. Il est difficile d’obtenir des chiffres précis sur la réalité sociale du pays. Les statistiques officielles sont sujettes à caution, tout autant que les chiffres catastrophistes avancés par les antichavistes. Il semble bel et bien que la pauvreté ait reculé depuis l’arrivée de Chávez au pouvoir. Trois grands secteurs ont été particulièrement visés : l’éducation, la santé et la sécurité sociale, le gouvernement assurant, en théorie, la gratuité du système scolaire et de la santé. Ces politiques sociales en faveur des plus pauvres ont amené à Chávez un réel et sincère soutien populaire. Mais la gestion de ces réformes sociales amènent à la conclusion que les revenus financiers du pétrole sont utilisés pour « acheter », par le biais d’un système largement lié au clientélisme, le soutien des masses populaires [3].

Outre le financement de cette politique sociale, le pétrole permet également à Chávez de jouer un rôle diplomatique majeur. Il s’efforce de rendre à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) un rôle géopolitique de premier ordre, met en place une aide économique en direction de Cuba, développe les relations économiques entre les pays du Sud, etc.

Quelle place pour les contre-pouvoirs ?
Un des aspects particuliers de la « Révolution bolivarienne » tient à la place occupée par la population dans le processus démocratique, des conseils locaux étant mis en place dans tous le pays. Mais ces conseils correspondent-ils au slogan « Tout le pouvoir au peuple » brandit par Chávez ? En pratique, ils revêtent davantage le rôle de courroie de transmission des décisions gouvernementales et de « milices » politiques défendant leur caudillo coûte que coûte.

Toujours dans cette optique de « démocratie participative », la Constitution bolivarienne prévoit la révocabilité de tous les élus, y compris du président. Cette dernière possibilité a été utilisée en 2004 par l’opposition mais, une fois encore, Chávez a obtenu le soutien de la population en recueillant 58% des suffrages [4].

Sur le plan syndical, pour concurrencer la Confederación de Trabajadores de Venezuela (CTV) proche des démocrates-chrétiens et inféodée au patronat, le pouvoir chaviste finance la création d’une centrale syndicale, l’Unión Nacional de los Trabajadores. À l’intérieur de cette centrale, possible courroie de transmission de la politique du régime, des syndicalistes de lutte, trotskistes et aussi libertaires, tentent de faire vivre une démocratie ouvrière, et de constituer une force d’opposition au pouvoir chaviste.

Du côté de l’extrême gauche et des mouvements libertaires, il existe des approches différentes des combats à mener. Par exemple le Comité de relations anarchistes qui édite le journal El Libertario considère que la lutte contre le chavisme est nécessaire. D’autres groupes préfèrent une inscription tactique, et critique, dans le le mouvement bolivarien. Leur place dans le paysage politique vénézuélien reste néanmoins très marginale, et peine à influer sur les mouvements sociaux.

Ces mouvements subissent néanmoins une répression par le pouvoir central ainsi que par le PSUV [5] et les milices qu’il a constituées depuis sa création en 2007. De nombreux syndicalistes, oppositionnels sont en effet arrêtés voire même assassinés chaque année au Venezuela [6]

Médiatiquement enfin, Chávez n’a jamais été épargné. Des télévisions, radios et journaux, majoritaires en terme d’audience, ont par exemple appelé et soutenu ouvertement le coup d’État contre lui en 2002. S’il existe des lois pour prohiber les insultes contre la personne du président, dans la réalité il n’existe pas à proprement parler de censure.

Les soutiens en France

En France, comme ailleurs, Chávez a bénéficié depuis son accession au pouvoir d’un soutien large dans une partie de la gauche radicale et des altermondialistes, prenant en quelque sorte la place du Brésilien Lula dans le cœur de la gauche étatiste. Parmi ses soutiens, on retrouve Le Monde diplomatique et plus particulièrement son ancien directeur, Ignacio Ramonet, également président d’honneur d’Attac qui apporte, à longueur de papiers, un soutien totalement acritique à Chávez et ne voit en lui qu’un « apôtre » de la lutte contre la mondialisation néolibérale.

Plus anecdotique, la présence sur la toile du site Pastoucheauvenezuela.com animé par La Riposte, un groupe trotskiste engagé dans le PCF.

Outre ce soutien politique affiché, Jean-Luc Mélenchon est sans doute le plus parfait représentant de ce que pourrait être un chavisme à la française, avec la mise en place d’un étatisme social qui veut façonner un « bon » capitalisme national, et qui en conséquence montre du doigt les « mauvais » capitalistes financiers et transnationaux.

Entre la position des libéraux, qui voient dans Chávez une menace contre l’économie de marché, et les soutiens aveugles du caudillo vénézuélien, il existe une alternative : considérer que c’est au peuple vénézuélien d’opérer sa propre révolution, en faisant table rase du socialisme bureaucratique et antidémocratique de Chávez, sans « tomber dans les bras » des Américains.

Guillermo (AL Angers)

[1] Chávez et le MCR reçoivent le soutien d’une partie des organisations de gauche, parmi lesquelles le très orthodoxe Parti communiste du Venezuela, différents groupes sociaux-démocrates convertis par Chávez au bolivarisme, des groupes populistes tels que l’Union du peuple vénézuélien, des militants associatifs, syndicaux, etc.

[2] Marc Saint-Upéry, « Huit questions et huit réponses provisoires sur la “révolution bolivarienne” », Mouvements, mai 2006.

[3] Marc Saint-Upéry, « Huit questions et huit réponses provisoires sur la “révolution bolivarienne” », Mouvements, mai 2006.

[4] C’est avec un score comparable de 60% que Chávez est réélu en décembre 2006

[5] Le Parti socialiste unifié du Venezuela a été créé en 2007 par Hugo Chávez pour regrouper les forces présentes dans la coalition depuis 1998. Certaines organisations ont cependant refusé de participer à la création de ce parti, comme le Parti communiste du Venezuela.

[6] Lire à ce sujet l’appel « Contre la criminalisation des mouvements sociaux au Venezuela » sur Communisme-ouvrier.info.
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