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(fr) France, Organisation Communiste Libertarie - Courant Alternatif CA #227 - À PROPOS DES ACCORDS DE WAGRAM” (en)
Date
Mon, 18 Feb 2013 10:04:16 +0200
Au terme de trois mois de négociations, syndicats et patronats ont arraché vendredi un
accord sur la sécurisation de l’emploi, salué par François Hollande comme « un succès du
dialogue social. Cet accord se traduira par de nouvelles avancées pour les salariés ».
Pour les salariés ou pour le patronat ? LE CONTENU DES ACCORDS En ce qui concerne la
sécurisation des salariés et chômeurs: ---- surcotisation chômage (patronale) sur les CDD
de « surcroît d’activité » de moins d’un mois (3 %), de 1 à 3 mois (1,5 %) et sur les très
nombreux CDD dits d’usage, dérogatoires (0,5 %). En échange, exonération de 3 à 4 mois
(selon la taille de l’entreprise) pour l’embauche d’une personne de moins de 26 ans en
CDI, et CDI pour les intérimaires à définir par la branche. Juillet 2013.
accès généralisé à une complémentaire santé collective (financée pour moitié par
l’employeur) avec un panier « minimum » : 100 % de la base Sécu pour une consultation, 125
% pour les prothèses dentaires et forfait optique de 100 euros par an. Avant le 1er
janvier 2016.
« droits rechargeables à l’assurance-chômage » pour que les chômeurs conservent une partie
de leurs reliquats. Horizon : renégociation en 2013 de la convention Unédic. Maintien des
droits santé et prévoyance pendant 12 mois pour les chômeurs (d’ici 1 à 2 ans).
temps partiels : minimum de 24 heures par semaine, sauf cas particuliers, lissage possible
sur l’année. Majoration au-delà de la 1ère heure (10 % ou 25 % selon cas).
« mobilité volontaire sécurisée » : avec accord de l’employeur, les salariés (des
entreprises de plus de 300 personnes, avec 2 ans d’ancienneté) peuvent « découvrir un
emploi dans une autre entreprise », avec l’assurance du retour.
« compte personnel de formation », transférable, alimenté à raison de 20h/an dans la
limite de 120h. Utilisable par les chômeurs. Horizon : 6 mois.
voix délibérative pour 1 à 2 salariés dans les organes de décision des grands groupes (5
000 salariés en France ou 10 000 dans le monde).
accès des représentants de salariés à une « base de données unique » (investissements,
rémunérations, flux financiers, sous-traitance, etc.) pour « anticiper », grâce à un «
dialogue renforcé », les évolutions. Horizon : 1 an.
Flexibilité pour les entreprises
accords « de maintien dans l’emploi » : en contrepartie de l’engagement de ne pas
licencier, une entreprise en difficulté peut conclure un accord majoritaire pour « ajuster
» temps de travail et rémunérations, sans passer par un plan social si elle licencie au
moins 10 salariés refusant ces changements. Durée : 2 ans maximum. Quand l’entreprise va
mieux, elle doit « partager le bénéfice économique » de l’accord avec les salariés.
des plans sociaux facilités, « fixés » (procédure et contenu) soit par accord majoritaire
avec les syndicats, soit par une homologation administrative dans les 21 jours, avec des
délais de contestation maximum préétablis.
restructurations facilitées : mobilité interne obligée (à salaire ou classification
maintenus) si un accord d’entreprise l’organise (conditions d’éloignement, etc.).
Licenciement pour « motif personnel » en cas de refus.
pour les licenciements individuels : en cas d’accord en conciliation aux Prud’hommes, «
indemnité forfaitaire » à l’ancienneté (plafonnée à 14 mois de salaire pour 25 ans). Si
pas de conciliation, le juge reste souverain.
prescription des contestations de licenciement après 2 ans (3 ans pour les litiges sur les
salaires).
pour les entreprises de moins de 50 salariés : expérimentation du recours direct au CDI
intermittent, alternant périodes travaillées ou non, dans trois secteurs.
l’entreprise peut « privilégier », dans « l’ordre des licenciements » économiques, la «
compétence professionnelle ».
fermeture de sites rentables : le texte énonce qu’« il convient d’envisager la recherche
de repreneurs dès l’annonce du projet de fermeture » d’un site, pas d’obligation.
“UN ACCORD AMBITIEUX” ? La taxe sur les CDD courts ne concerne que les catégories de CDD
ayant pour motif un « surcroît exceptionnel de travail », les plus courtes et les plus
fréquentes. Elles ne concernent pas celles ayant trait au « remplacement de salariés
absents » les plus longues. Ni les « contrats dits d’usage » qui sont sans limites et sans
primes de précarité (sur ces derniers la sur cotisation ne passera que de 4 à 4,5 %). « Un
accord devra être signé dans l’intérim pour créer la possibilité d’embaucher en CDI les
intérimaires qui enchaînent mission sur mission » (sic). Le patronat des entreprises
d’intérim va en profiter et remplacer les CDD de moins d’un mois (l’intérim coûte 15 %,
les contrats coûteront 10 % + 5,5 %) et encore plus de un à trois mois (l’intérim coûte 15
% ils coûteront 10 % + 7 %).
La « complémentaire santé pour tous » coûterait, selon le Medef 4 milliards. Il ne s’agit
pas d’abonder la Sécu mais bel et bien les assurances privées. Ce système est un mirifique
cadeau pour Axa, Malakoff-Médéric et autres grandes compagnies.
Pour les temps partiels, « Sauf cas particulier et avec un lissage sur l’année, un contrat
à temps partiel devra prévoir une durée d’au moins 24 heures par semaine ». Mais ce sera
pour les salariés qui seront employées un an après la signature de l’accord ! Ils auront
droit à une durée d’activité minimale de 24 heures par semaine, sauf s’ils demandent une
durée inférieure. Les personnes déjà employées actuellement pourront demander un «
complément d’heures choisies » s’ils souhaitent augmenter leur temps de travail
hebdomadaire. Le troisième article des accords prévoyait la création de « droits
rechargeables » : un chômeur qui reprend un emploi ne perd pas ses droits, et peut les
faire valoir en cas de retour au chômage. En fait cette éventuelle mesure annoncée à tort
par les médias sera inscrite… dans la future renégociation en 2013 de la convention Unedic.
Concernant les accords dits de « maintien de l’emploi » ou de « compétitivité », c’est une
généralisation d’accords qui avaient été signé, et célèbre à l’époque dans des entreprises
comme Bosch, et Continental, ce qui ne les avait pas empêché de fermer après avoir essoré
leurs salariés ! C’est finalement l’application du projet de loi annoncé par Sarkozy le 31
janvier et publié au J0 sous le nom de loi Warsmann article 40 le 22 mars 2012 : «
Modulation du nombre d’heures travaillées sur courte période sans requalification du
contrat de travail : la mise en place d’une répartition des horaires sur une période
supérieure à la semaine et au plus égale à l’année prévue par un accord collectif ne
constitue pas une modification du contrat de travail ». C’est même pire, puisque ce délai
passe à 2 ans. C’était déjà possible de signer des accords dérogatoires au Code ou à la
convention collective par la loi Fillon du 4 mai 2004. Ca inversait la hiérarchie des
sources de droit. Mais avec Fillon, le salarié pouvait refuser et il gardait ses droits en
cas de licenciement. C’est donc pire que la loi Fillon du 4 mai 2004 : ce dernier n’avait
pas osé à l’époque imposer la loi à un salarié qui refusait individuellement la baisse de
son salaire. Celui ci restait dans ses droits ! Là, ce n’est plus le cas, il sera
licencié… à ses torts ! Il a été concédé la création d’un « CDI intermittent » dans 3
secteurs chocolaterie, formation et articles de sport !
Une entreprise qui supprime des postes mais « reclasse » les salariés en signant « un
accord majoritaire » sera dispensée de « plan social ». En cas de refus d’un poste le
salarié pourra être licencié.
La polémique avait fait rage lors des dernières semaines du quinquennat Sarkozy autour des
accords de compétitivité emploi. Ces accords, qui permettent à une entreprise de traverser
une période de difficulté en baissant les salaires ou en augmentant le temps de travail,
sont toujours d’actualité. Mais ils sont très encadrés. Notamment, un salarié qui refusera
sera licencié pour motif économique, c’est-à-dire qu’il pourra bénéficier de l’assurance
chômage et surtout d’indemnités de licenciement (contrairement à un licenciement pour
faute grave). Et au-dessus de 9 licenciements économiques, l’entreprise devra engager un
plan de sauvegarde de l’emploi. En revanche, les procédures classiques de licenciement
économique sont profondément modifiées. Faute d’accord avec les syndicats majoritaires,
l’employeur pourra désormais élaborer lui-même un plan social et le soumettre simplement à
l’homologation du ministère du Travail. Avec des délais et des possibilités de recours au
juge fortement réduits. Ce dernier point était très attendu du côté patronal. Autre sujet
qui pourrait faire des remous : la très forte réduction des délais durant lesquels les
salariés pourront contester devant les juges un licenciement ou le non-paiement d’heures
supplémentaires, par exemple.
Comme le dit la présidence du Medef, cet accord « marque l’avènement d’une culture du
compromis après des décennies d’une philosophie de l’antagonisme social ». « Ce soir, les
partenaires sociaux ont placé la France en haut des standards européens en matière de
marché du travail et de relations sociales. L’accord auquel ils sont parvenus est en effet
tout sauf un accord a minima ». FO et la CGT ont refusé de signer cet accord, dénonçant un
texte qui « renforce la précarité » et une négociation qui a « loupé sa cible ». Mais le
but était-il de donner de donner des droits nouveaux aux salariés ? Cet accord intervient
cinq ans jour pour jour après celui sur la modernisation du marché du travail, à l’origine
de la rupture conventionnelle, qui a mis fin depuis à plus d’un million de CDI. Les
véritables enjeux de ces accords se situaient ailleurs que sur le terrain social : les
grandes agences de notation justifiaient leurs doutes persistants sur la France, notamment
par la rigidité du marché du travail et la nécessité d’une accentuation des réformes
structurelles. « A court terme, la réforme prévue du marché du travail sera un indicateur
décisif de l’engagement politique et public en faveur des mesures importantes qui
permettront de renforcer la compétitivité et le potentiel de croissance de l’économie
française », avait prévenu l’une d’elle à la mi-décembre. Et donc d’interrompre le
processus de dégradation, sans pour autant relever la note. Restent maintenant à
transformer ces accords en une loi…
Camille, OCL Reims, le 22 janvier 2013
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