A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 30 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours

Links to indexes of first few lines of all posts of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) France, Coordination Des Groups Anarchistes CGA: Infos et Analyses Libertaires IAL #94 - Politique du logement : quand l'État crée la misère (en)

Date Mon, 18 Feb 2013 09:32:14 +0200


À Toulouse, comme ailleurs… ---- Toulouse, le 8 octobre 2012, les habitant·e·s du dernier bâtiment réquisitionné par le CREA sont expulsé·e·s par les flics. Des moyens démesurés sont employés par la Préfecture pour vider la centaine d’habitant·e·s qui logeaient au 22, rue Demouilles. Hélicoptères, filins pour passer par le toit, une dizaine de cars de police, bouclage du quartier, le constat des habitant·e·s est clair : « Pour expulser, l’État trouve de l’argent ». Depuis plus d’un an, le CREA dans le cadre de sa campagne de réquisition de logements vides a vécu plusieurs expulsions de plus en plus musclées. En août c’était le lieu où le collectif avait installé un Centre Social Autogéré et plusieurs logements pour des familles à la rue qui avait été vidé et muré par les flics.

Juste avant l’hiver ce sont donc des centaines de personnes qui se retrouvent sans solution de logement stable ou qui, pour les plus chanceuses, auront pu trouver une place dans d’autres squats. Les réquisitions du CREA à Toulouse permettent à 200\ personnes d’être logées : « On fait mieux que l’État » disait un militant du CREA au moment de la dernière expulsion.

L’État expulse et fanfaronne

L’État, en effet, est loin de répondre aux besoins de la population en matière de logement ou d’hébergement. Gauche ou droite au pouvoir, rien ne change, sauf les effets d’annonce de la ministre du Logement qui quelques jours après l’expulsion du CREA, qu’elle « n’aurait pas pu empêcher », se prononce en faveur de la réquisition des logements vides ! Réquisition, le mot impressionne quand il s’agit en fait de négocier un délai de 2 ans avec des personnes morales propriétaires qui laissent depuis trop longtemps aux yeux de l’État des logements inoccupés. Seule les sociétés sont donc concernées et ce délai de 2 ans s’ajoute à celui déjà prévu par la loi de 1998, soit donc 30 mois. Selon l’INSEE il y aurait 2,45 millions de logements recensés vacants en France et les particuliers propriétaires n’y sont évidemment pas pour rien.

Les expulsions locatives, elles, se sont poursuivies et à grande vitesse avant la trêve hivernale. Résultat, dans les grandes villes, les centres d’hébergement sont saturés. À Toulouse, l’équipe du « 115 », service d’appel d’urgence pour les sans-abri, ne peut plus assurer sa mission. Faute de places en nombre suffisant, elle prononce 140 refus par jour et suite à l’expulsion de leurs locaux des militants du CREA venus protester contre la dernière expulsion, elle décide de faire valoir son « droit de retrait ». Trop c’est trop, depuis plusieurs années aucune place supplémentaire et pérenne n’est créée et c’est à ces travailleur·euse·s sociaux qu’il revient d’annoncer la mauvaise nouvelle aux personnes concernées.

D’autres « 115 » se mobilisent dans le pays et savent que, cette année encore, l’ouverture de places supplémentaires se fera au thermomètre. En-dessous de 0 °C, des lits supplémentaires seront installés. Il s’agit le plus souvent de matelas dans des structures existantes, dans des gymnases ou des salles communales. Les personnes sont remises à la rue le lendemain matin l’œil rivé sur le thermomètre pour espérer la nuit suivante ne pas dormir dehors. Si les associations de terrain s'accordent à dénoncer cette politique d'hébergement au thermomètre et les conditions d'hébergement indécentes, l'État lui reste sourd et continue les effets d'annonces. Car si l’État sait bien communiquer il ne sait toujours pas bien compter. En novembre la création de 4 000 places d’hébergement d’urgence et 4 000 places de CADA est annoncée. Mais, face au 150 000 SDF évalué·e·s par les associations, le compte n'y est toujours pas. D'autant que si l'État ne répond toujours pas aux demandes exprimées et visibilisées par le travail des associations de terrain, il n'est pas prêt de reconnaître l’existence des personnes qui ne demandent plus d'aide à qui que ce soit et celles qui vont être expulsé·e·s de leur logement dans l’année faute de pouvoir payer leur loyer. En 2012, 80 % des demandes d’hébergement n’ont pas obtenu de réponse favorable. Il y a eu 37 % d’augmentation des demandes d'hébergement d'urgence. On sait donc qui va payer le prix fort de la politique d'austérité menée par l’État.

Cacher cette misère que je ne saurais voir

Que signifie de tolérer une situation sociale où 13 % de la population vit endessous du seuil de pauvreté ? S’il ne fait aucun doute qu’il s’agit là de l’expression aiguë du système capitaliste, producteur d’inégalité économique et de misère sociale, l’État qui se dit social y a sa part de responsabilités. C’est en regardant de près qui sont les personnes les plus touchées par la misère et l’absence de logement que l’on comprend à qui profite la régulation étatique. L’absence de logement est un des premiers marqueurs de la précarité. En France, 10 millions de personnes vivent dans la précarité vis-à-vis du logement dont 3,6 millions n’ont pas de logement ou vivent dans des conditions de logement précaires ou insalubres. 80\% des logements disponibles sont du parc privé, les propriétaires eux sont donc bien au chaud et perçoivent les loyers de plus en plus indécents. Le sacro-saint droit à la propriété dont on nous rebat les oreilles justifierait la hausse des loyers qui n’en finit plus. Pendant que la plupart d’entre nous est obligée d’abaisser son seuil de tolérance du confort, de limiter ses dépenses énergétiques ou d’alimentation, une autre partie de la population doit se résigner, à vivre dans des caves, parkings, voitures ou campings avant de — épuisée de ne pas arriver à joindre les deux bouts — faire appel aux services sociaux ou à des associations caritatives.

Si des associations se sont battues pour obtenir le Droit au Logement Opposable, la réalité est bien loin des gargarismes politiciens. La pénurie de logements sociaux est telle que l’attente est de plusieurs mois, voire se compte en années pour la région parisienne. La bureaucratisation de ce droit exclut de fait des milliers de personnes dans l’incapacité de faire valoir leur droit dans cette machine bien rodée. Sans compter ceux et celles qui en sont légalement exclues, les sans-papiers. Il y aurait un déficit de 970 000 logements sociaux accumulé depuis 1970. Il s’agit là d’une des conséquences de la politique de l’État qui, en favorisant l’investissement locatif privé, accorde une place privilégiée à l’accession à la propriété. C’est ainsi que l’État régule, intervient pour qui il veut et pour qui se soumet à son bon vouloir. Le préfet de la Haute-Garonne ne s’est pas trompé en précisant, à l’occasion d’une des expulsions du CREA, « que quand des collectifs ne souhaitent pas travailler avec nous, on ne travaille pas avec eux » . Le CREA ne demandait rien à l’État et il le lui rend bien. Mais ne soyons pas dupes des bonnes intentions de ce dernier quand il en affiche, car il préfère se raconter que le profil type de la personne à la rue, du « SDF », c’est le « clochard » associal et alcoolique, qui, au fond, se satisfait de sa situation car il rejette plus la société que la société ne le rejette. Alors qu’aujourd’hui, ce sont des hommes isolés mais aussi, et en grande partie, des familles, des femmes seules ou avec leurs enfants, des demandeur·euse·s d’asiles, des sans-papiers qui demandent un hébergement. Dans plusieurs départements les femmes composent plus de la moitié des demandes d’hébergement en général qu’il soit en urgence ou pas. Parmi elles, des femmes victimes de violences conjugales et notamment celles qui perdent leur droit au séjour. De façon générale les personnes que l’État laisse à la rue sont des personnes à qui il refuse d’accorder le moindre droit (au séjour, au RSA…). L’État crée sa propre misère tout en maintenant un semblant de politique sociale qu’il s’empresse de pervertir. Ainsi, il impose aux centres d’hébergement qu’il finance des injonctions budgétaires, les incitant à héberger des personnes qui disposent de ressources financières pour diminuer la participation de l’État au fonctionnement. Les centres sont donc tentés d’héberger davantage de personnes « solvables » de façon à équilibrer leur budget. Alors même que le public auquel ils s’adressent sont justement des personnes sans ressources, ces dernières sont laissées à la porte parce qu’elles n’ont pas de ressources. Les logiques financières l’emportent et corrompent un système dont heureusement tout le monde n’est pas dupe.

Prendre ses affaires en main, ne pas compter sur l’État pour assurer son quotidien, c’est ce qu’ont choisi des collectifs de squatteur·euse·s ou de réquisitions partout en France et ailleurs. S’il s’agit pour beaucoup d’entre eux d’un non-choix et de la seule possibilité d’avoir un toit, au prix d’une perpétuelle bataille contre la répression étatique, seule la réquisition des logements organisée par les personnes concernées reste efficace et légitime.

« Les libertés ne se donnent pas, elles se

prennent », P. Kropotkine

LB – Groupe Albert Camus

CGA Toulouse
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr


A-Infos Information Center