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(fr) Alternative Libertaire #225 - Domination raciste: Des colonies aux quartiers
Date
Mon, 18 Feb 2013 08:45:46 +0200
L’héritage colonial des politiques sécuritaires menées aujourd’hui dans les quartiers
populaires se manifeste dans les stratégies de maintien de l’ordre, avec la réactivation
de la figure de l’ «ennemi intérieur». ---- De nombreux éléments sécuritaires issus de
l’héritage colonial sont parfaitement appliqués et transposés sur le territoire national,
plus spécifiquement dans les quartiers dits populaires (QP). Il s’agit de faire peser sur
ces quartiers une surveillance policière de tous les instants, à travers un quadrillage
serré et une multiplication des contrôles. Cette répression est directement inspirée du
modèle colonial. Aujourd’hui, comme au temps des colonies, il s’agit de pacifier, de
reconquérir des territoires, d’éduquer des sauvageons ou des barbares, de les adapter à
nos dispositifs forcément « civilisés ».
La guerre coloniale comme référence
Les pratiques politiques, policières, voire législatives font clairement référence au
contexte colonial, dans une perspective de guerre préventive : contrôles au faciès
répétés, couvre-feu, interdiction des rassemblements dans les halls d’immeubles,
pénalisation et sanctions financières pour les parents de jeunes considérés comme «
déviants ». Toute contestation des habitantes et habitants des quartiers est aussitôt
dépolitisée, racisée et criminalisée.
Il s’agit bien là d’une législation d’exception. La pensée sécuritaire a été alimentée à
partir de la reformulation de dispositifs de contrôle conçus pour la guerre coloniale. La
construction de l’immigration et des quartiers populaires comme un danger participe de la
représentation d’une menace globale, autorisant la promotion d’un contrôle sécuritaire et
militarisé total. Mathieu Rigouste démontre comment les discours et les termes de la
guerre coloniale sont utilisés comme référent technique de la pensée sécuritaire, entre
reconduction pure, reformulations et réagencements [Mathieu Rigouste, "La domination
policière, une violence industrielle"].
Les modèles actuels de politiques d’intervention (jusqu’aux pratiques de guerre
psychologique) trouvent par exemple leurs racines dans la bataille d’Alger. Le fantasme de
nouvelles menaces légitime des dispositifs de surveillance extrêmes, en terrorisant la
population, la faisant vivre sous pression constante. Les institutions (école, medias…)
viennent appuyer ces derniers en pratiquant un conditionnement psychologique visant à
préparer les mentalités, à leur faire accepter un esprit de défense contre des menaces
fabriquées.
Cette reproduction et la restructuration des mécanismes coloniaux de maintien de l’ordre
servent à affirmer la domination policière sur une population en situation d’apartheid social.
S’organiser face à la violence d’État
Une mémoire des luttes s’est construite à travers les confrontations avec la police. Les
trente dernières années sont marquées par l’embrasement récurrent des QP, des « rodéos des
Minguettes » en 1981 jusqu’aux émeutes de novembre 2005. Ces mouvements de révolte ont mis
en évidence le recours systématique et disproportionné à la fermeté et au contrôle. Le
renforcement du dispositif sécuritaire et du pouvoir des policiers, conforté par dix ans
de sarkozysme, nous appelle à nous positionner contre la gestion colonialiste des
quartiers. Il s’agit de manifester notre solidarité avec les victimes de violences
policières, celles et ceux qui subissent la répression, et de soutenir toutes les victimes
de discriminations. Ce que nous révèle le traitement des QP, c’est la nature profondément
raciste de l’État français, de droite ou de gauche.
Related Link: http://www.alternativelibertaire.org
by Clémence et Gisèle - Commission antiraciste, Alternative Libertaire
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