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(fr) Organisation Communiste Libertarie - Courant Alternatif CA #227 - Avec ou sans mariage, nos désirs font désordre ! (en)

Date Sun, 17 Feb 2013 20:08:14 +0200


Anti-patriarcat IAL ---- Alors que des pays, comme la Hollande, ont déjà rendu légal le mariage entre deux personnes du même sexe depuis plus de 10 ans, les arriéré·e·s qui nous servent de député·e·s et de sénateur·trice·s hésitent encore, quand il·elle·s n'en sont pas réduit·e·s aux bonnes grosses brèves de comptoir tout droit sorties du rade le plus crado d'Hétéroland. Dernière en date ou en tout cas à qui j'adresse le prix de la meilleure sortie de l'année 2012 : Christine Boutin, la même vieille pie qui pleurait déjà en brandissant la Bible au Parlement pendant les débats sur le PACS. Ce coup-ci, ça donne : « Tout le monde a le droit de se marier. Les homosexuels peuvent se marier, mais ils doivent le faire avec une autre personne de l'autre sexe. » Si si, j'vous jure, elle a osé. Et je sens que les prochaines semaines vont nous gâter encore un peu. Voilà donc quelques pistes pour respirer, réfléchir et contreattaquer.

L'auto-défense intellectuelle, une nécessité

Pour nous, anarchistes, cette question du mariage, quelles que soient nos pratiques et nos (dés)orientations sexuelles, on s'en tapait un peu le coquillard, très franchement. Que l'État que l'on combat célèbre notre union et nous fasse promettre fidélité à la vie à la mort devant le code civil, ça ne fait pas partie de notre priorité. Le mariage reste une institution patriarcale, qui assure à un homme l'appropriation d'une femme en particulier… et donc la cuisine en sortant du boulot, le linge propre et repassé, le devoir conjugal et la reproduction de l'espèce. Il n'y a qu'à voir la tolérance qu'on a pour l'adultère des hommes comparé à celui des femmes dans les couples hétéros pour comprendre à quoi sert le mariage. Dans le meilleur des cas, l'homme « conciliant » demandera à « sa » femme de faire un choix (et donc implicitement de rompre tout contact avec son amant). Sinon, comme souvent, sûr de son bon droit et du rapport de possession qu'il exerce sur « sa » femme, l'homme fort et protecteur ira directement cogner l'amant, quand ce n'est pas la femme qui prend. Parce qu'il ne faudrait pas oublier que le couple hétérosexuel reste le premier espace (loin devant la rue, la nuit…) où s'exercent les violences masculines contre les femmes.

Alors quand on nous parle de violences dans nos relations moins hétéronormées, de perversions, de danger pour les enfants, de zoophilie etc., j'avoue qu'on rigole bien (jaune) avec nos partenaires ! Quand on lit « Non à l'homofolie ! » en tête de la manif de fachos du 18 novembre, on a presque envie de leur répondre qu'on aimerait bien mettre un peu de folie dans leur vie et leur monde pourri parce que les femmes tuées sous les coups de leur mari, père, frère… Nous, ça ne nous excite pas, ça nous révolte !

Au-delà de ça, il est intéressant de voir comment leur discours évolue au fil du débat. Les critiques de la loi, autorités des religions monothéistes en tête, ré-orientent peu à peu leurs discours autour de la question de la parentalité. Non pas qu'ils soient subitement devenus pour le mariage pour toutes et tous mais ils ont l'impression que cette partie de leur discours passe mieux. Un·e enfant aurait « droit » à un père et un mère, c'est ce fameux «droit de l'enfant » qu'on nous oppose toujours au droit d'avoir un·e enfant. Eux qui réduisent les enfants et les adolescent·e·s à des demiêtres incapables de prendre une décision et de l'assumer (en témoigne le traitement médiatique de la décision de Camille et Geneviève, deux adolescentes du Puy-en-Velay, de rejoindre le mouvement d'occupation de la ZAD), eux qui voudraient forcer des femmes à enfanter alors que leurs conditions matérielles ou psychologiques ne le permettent pas ou simplement alors qu'elles n'en ont pas envie, ils voudraient nous faire croire qu'ils défendent le bien-être des enfants ?!

D'autant qu'à les écouter, tous les enfants qui n'ont pas un père et une mère qui vivent ensemble dans un pavillon de banlieue seraient voué·e·s à devenir des délinquant·e·s ou des dégénéré·e·s. Une petite pensée pour tous les enfants de familles monoparentales, divorcées, recomposées, éclatées, homoparentales (parce qu'elles existent déjà dans les faits), pour les enfants élevés en communauté, pour les orphelin·e·s… Je continue ? Oui, vous l'avez compris, pour les réacs, nous sommes une majorité d'êtres en détresse qu'il faudrait préserver du mal. Dans la réalité, il y a plein de situations où l'enfant ne connait pas ses deux géniteurs : comme dans les couples hétéros stables, certains s'y épanouissent très bien, d'autres rencontrent des difficultés, ni plus ni moins. La famille telle que nous la connaissons et qu'on nous la promeut, avec un père, une mère et quelques enfants, ça n'a pas toujours existé, ça n'existe pas dans toutes les sociétés et ce n'est pas forcément l'idéal à atteindre à tout prix.

L'égalité des droits n'est que le début de notre lutte !

Pour nous, en réalité, la question ne se pose pas de la même façon. Nous considérons qu'il va de soi qu'un être humain ne saurait être considéré comme inférieur à un autre, à cause de son identité de genre, de sa sexualité, de sa couleur de peau, de sa nationalité, de la langue qu'il·elle parle, de ses croyances ou de son origine sociale. La question n'est dès lors pas de savoir si on est pour ou contre le mariage, les familles homoparentales etc. Nous sommes résolument contre tous les privilèges, hétérosexuels en l'occurrence. Défendre l'égalité des droits pour tou·te·s nous semble donc important et nécessaire.

Pour autant, soyons clair·e·s : nous ne quémandons pas sa « tolérance » à l'État. L'égalité des droits n'est qu'une belle déclaration dans une société qui reste structurée par les inégalités que produisent le capitalisme, le système de domination raciste, le patriarcat et l'hétérosexisme. Et l'État, loin de nous défendre, entretient largement ces oppressions.

En tant que lesbiennes, gays, bi·e·s et personnes transgenres, nous subissons quotidiennement des vexations, des violences verbales, des moqueries, des rejets, des agressions. En 10 ans, SOS Homophobie a recensé 29 meurtres homophobes en France. De même, une personne LGBT sur quatre déclare avoir subi une agression physique dans les dix dernières années. Les difficultés que nous pouvons rencontrer dans notre vie quotidienne ne sont pas liées à notre culpabilité, notre « anormalité », nos prétendus troubles psychiques… Elles sont le résultat de l'oppression : du rejet par les « ami·e·s » et la famille, au meurtre, en passant par la stigmatisation, les discriminations à l'embauche etc. Cette société homophobe pousse au suicide, en particulier les plus jeunes d'entre nous. Et la pression est encore plus lourde sur les gays, les lesbiennes, les bi·e·s et les trans des classes populaires et non-blanc·he·s, qui n'ont pas l'argent ou la bonne couleur de peau pour accéder aux endroits où nous pouvons nous sentir en sécurité et sont donc nettement plus exposé·e·s aux violences hétérosexistes et transphobes.

Ce n'est qu'en faisant taire toutes ces violences, même les plus petites, que nous pourrons commencer à parler d'égalité sérieusement. Et pour cela, il faut construire une opposition radicale au système patriarcal et hétérosexiste, bien au-delà des luttes actuelles et des timides poussées progressistes des socialistes de salon et de gouvernement.

L'abolition du genre : une perspective anarchiste

Pour nous, l'objectif est que le sexe ne détermine en rien la place des individu·e·s, et les catégories hommes — femmes cessent d’être la norme de référence pour l’organisation de la société. Sur le plan de la sexualité, cela signifie que l'on arrête de considérer comme acquise l'hétérosexualité de toutes et tous, et en particulier que cesse la conception masculine que toutes les femmes sont des objets sexuels, des proies potentielles qu'il faudrait séduire (et qui n'attendent que ça). Contrairement aux idées reçues, le désir est une construction sociale intériorisée\ : nous sommes attiré·e·s par les personnes vers lesquelles la société nous pousse, par l'éducation familiale et scolaire, les récits de l'enfance (le prince et sa princesse), les séries télévisées, les publicités sexistes et la pornographie. Notre société est fondée sur l'hétérosexualité obligatoire.

À la rigueur, la société et celles et ceux qui, en son sein, se proclament progressistes, « autorisent » une part de déviance. C'est le paradigme de la tolérance, qu'on serine dans toutes les écoles, les collèges et les lycées. Il faut « tolérer » tout le monde… Dans cette logique institutionnelle, on ne parle plus d'inégalités (de richesse, d'accès à l'espace...) mais de différences. Il faut accepter l'autre. On part du principe que tou·te·s les individu·e·s sont au même niveau. Racisme, sexisme, homophobie… Derrière ces mots, on ne voit plus les systèmes de domination qui structurent la société et font de certain·e·s individu·e·s des sous-citoyen·ne·s, voire des sous-hommes. On nous parle d'idéologie en gommant la matérialité des oppressions et des inégalités. En vérité, le paradigme de la « tolérance », c'est la bonne conscience des dominants. Pour nous, l'objectif n'est pas d'obtenir la bénédiction des oppresseur·euse·s et des gens qui ont la chance de bénéficier de privilèges.

Ce que nous appelons l'abolition du genre, c'est la possibilité de déterminer sa sexualité sans subir de pressions, conscientes ou non, symboliques, verbales ou physiques. C'est la disparition de la présomption d'hétérosexualité qui fait croire aux hommes que les autres hommes sont prêts à mater les femmes avec eux et à rire de leurs blagues graveleuses et que toutes les femmes seraient ravies de se laisser draguer et peloter. Nous défendons un érotisme libre, entre deux ou plusieurs personnes qui se désirent mutuellement, et ce sans se préoccuper de leur identité de genre et/ou de leur sexe biologique, sans que personne ne vienne leur donner de leçon de morale ni sourire compatissant ou autre bénédiction paternaliste. Hormis notre (nos) partenaire(s), ni l'État ni personne ne devrait avoir le droit de juger notre sexualité.

Pour une implication anarchiste dans les luttes en cours

Dans ce sens, nous défendons l'implication dans les luttes actuelles, la participation au débat en tant qu'acteur·trice, pas en tant que spectateur·trice. Parce que ce n'est qu'un point de départ pour pouvoir penser convenablement l'égalité réelle, nous défendons les revendications qui relèvent de l'égalité des droits : possibilité de se marier, possibilité d'adopter ou d'utiliser la Procréation Médicalement Assistée (PMA, retirée du projet de loi puis re-proposée en amendement le 19 décembre, suite aux manifestations du 15-16 décembre) pour les lesbiennes. Nous ne défendons pas, en revanche, la Gestation Pour Autrui, que nous analysons comme une nouvelle tentative d'exploitation du corps des femmes. Dans le même temps, nous cherchons, à l'intérieur du mouvement, à amener des réflexions critiques sur les institutions patriarcales et étatiques que sont le mariage et la famille, sur les problèmes de la mise en place de la PMA en général (médicalisation du corps des femmes, utilisation de tests sur les femmes des pays du Sud) et nous soutenons les mouvements qui subvertissent les normes hétérosexistes de la famille comme autant de pistes à explorer en dehors des sentiers battus (union libre, polyamour, éducation des enfants en collectivité, refus de la maternité etc.) Déconstruire le genre peut se faire de multiples façons, individuellement et collectivement. Nous pensons que ces deux dimensions sont indissociables et nous encourageons celleux qui vivent des expériences et relations non hétéronormées à les politiser et à les défendre ensemble contre celleux qui s'arcboutent sur leurs privilèges hétérosexuels. Défendre nos pratiques et celles des autres qui ne sont pas hétéronormées, c'est aussi lutter contre l'État et sa volonté de tout codifier, tout contrôler : notre objectif à moyen terme est de séparer l'État et la sexualité, parce qu'il n'a rien à dire sur nos corps et ce que nous en faisons.

Face aux attaques verbales et physiques des homophobes, nous ne saurions nous contenter des fausses réponses de la « justice » bourgeoise et patriarcale et nous encourageons, au sein de la communauté LGBT :

– la solidarité entre opprimé·e·s (et donc la lutte contre les tentations homonationalistes, islamophobes et toutes les autres formes de racisme, de sexisme et de domination en général) ;

– l'auto-organisation politique pour l'autodétermination, l'autodéfense intellectuelle et physique, en cas de besoin ;

– la mise en place des structures militantes et autonomes permettant à chacun ·e de se sentir le plus possible en sécurité, en confiance (lignes d'urgence, lignes d'écoute, espaces sécurisés...) pour penser, parler, agir !

Guillaume (Région Parisienne)

5 janvier

(1 ) «La prévalence de tentatives de suicide au cours de la vie a été estimée à 1 0,8 % pour les femmes homosexuelles et à 1 0,2 % pour les femmes bisexuelles, contre 4,9 % pour les hétérosexuelles. Dans le cas des hommes, les estimations étaient de 1 2,5 % pour les homosexuels et 1 0,1 % pour les bisexuels, contre 2,8 % pour les hétérosexuels. » Marie-Ange Schiltz, cité dans le rapport sur l'homophobie 201 2, p. 75. Pour lire les instructifs "rapports annuels sur l'homophobie" de SOS Homophobie : http://www.sos-homophobie.org/rapportannuel.
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