A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 30 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours

Links to indexes of first few lines of all posts of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) France, France, Alternatif Curant OCL #225 -Mayotte, laboratoire de l’immigration

Date Mon, 04 Feb 2013 16:51:37 +0200


Traversée clandestine d’Anjouan à Mayotte sur un kwassa-kwassa ---- Mayotte fait office de laboratoire français dans la gestion de l’immigration. En effet, ce confetti de l’empire colonial français long de 40 kilomètres présente de nombreuses qualités pour expérimenter des politiques liberticides. L’île est perdue dans l’archipel des Comores à côté de Madagascar, et très peu d’informations sur ce qu’il s’y passe atteignent la métropole. Cet isolement permet que soient appliquées des pratiques répressives plus agressives ainsi que des lois migratoires plus strictes qu’en France. C’est en partie pour
quoi on peut considérer que le régime de l’indigénat est toujours de rigueur là-bas. Dans la pratique, cela donne : 8 heures de contrôle d’identité, au lieu de 4 heures en métropole ; des barrages routiers quotidiens avec contrôle d’identité de tous les passagers ; certains policiers spécialisés dans la course à pied afin d’attraper les klandestins en fuite ; des mineurs
toujours acceptés au CRA1 ; des encourage-
ments à la délation ; un accès au statut de de-
mandeur d’asile quasi impossible ; une durée
moyenne de séjour au CRA de 0,94 jour avant
expulsion, ce qui réduit toute chance d’annuler
une expulsion illégale... Tout cela n’est que le
volet « légal » des expulsions, mais les autorités
procèdent aussi à de nombreuses pratiques
complètement illégales : contrôles d’identité à
domicile à toute heure, avec violation de domi-
cile et effraction par les policiers ; attribution
de titres de séjour moyennant finances sous la
table ou rapports sexuels ; contrôles d’identité
dans les taxis et les bus ; préfecture falsifiant
l’âge des mineurs afin de pouvoir les expulser
seuls ; incendie de maisons de klandestins par
les employés municipaux 2 ; CRA vétuste en
permanence rempli à plus du double de sa ca-
pacité d’hébergement ; pressions sur les mem-
bres des associations demandant l’application
du droit des migrant-e-s ; gaz lacrymogènes
utilisés sur les mineurs ; violences policières
fréquentes sur les retenu-e-s au CRA3 ...

Avec cette politique migratoire plus
qu’agressive, les résultats sont forcément au
rendez vous : 26 405 expulsions en 20104 et 21
762 expulsions en 20115 selon la préfecture, soit
plus de 10 % de la population de l’île chaque
année. Ces pratiques ont lieu contre des Noirs
à des milliers de kilomètres de la métropole, ce
qui réduit les risques de scandale, mais dans la
perspective d’une Europe forteresse on pourrait
s’attendre à ce que ces essais débarquent ici tôt
ou tard.

POSITIONNEMENT
DES MÉTROPOLITAINS :
PÉTAIN N’EST PAS MORT !

Selon la dernière estimation, Mayotte aurait
une population de 200 000 habitant-e-s compo-
sée à presque 40 % de Comoriens dont les trois
quarts sont « klandestins », et de 10 000 Blanc-
he-s ou « muzungus ». Ces Blancs travaillent es-
sentiellement dans la fonction publique et se
répartissent dans quelques domaines profes-
sionnels : la santé, l’éducation et les forces de
l’ordre (policiers, gendarmes et militaires). Face
aux rafles et aux déportations des sans-papiers
qui sont omniprésentes, peu de muzungus réa-
gissent. Beaucoup sont là pour le salaire at-
tractif dû à leur statut d’expatrié, ou pour la vie
au soleil sur les plages paradisiaques. Le fait de
voir quotidiennement des camions militaires
grillagés en direction du CRA avec hommes,
femmes et enfants à l’intérieur ne dérange pas
plus que ça ! A la question : « Est-ce qu’une si-
tuation telle que celle sous le régime de Vichy
pourrait se reproduire? » je dirai oui. Tous les
mécanismes de défense psychologiques qu’on
a pu entendre de la bouche des accusés au pro-
cès de Nuremberg sont en place pour les Blancs
à Mayotte : les policiers ne font qu’obéir aux or-
dres6, ils appliquent la loi et ils luttent contre
l’invasion migratoire. Au mieux certains poli-
ciers récalcitrants tombent en dépression, mais
aucun ne fait jouer son droit à désobéir aux or-
dres inhumains7. Les gendarmes se défendent
de faire le même travail que les policiers : «
Nous on fait des expulsions avec plus d’huma-
nité. » Les expatriés tournent la tête pour ne
pas voir les courses poursuites de la Police de
l’air et des frontières (PAF) ou leurs barrages
quotidiens. Le dispositif de police est justifié
face à l’insécurité, qui est bien sûr l’unique
faute des immigrés. Enfin, l’argument souvent
rencontré, c’est: que peut-on faire face à l’Etat
? Les contrats courts et la perspective de car-
rière sont de bonnes muselières.
Les rares personnes de la fonction publique
(éducation ou hôpital) qui osent critiquer à voix
haute voient leur contrat non reconduit à la de-
mande du préfet : « Votre vision de la politique
ne correspondant pas à celle de la fonction pu-
blique à Mayotte », m’a dit le DRH8 de l’hôpital
pour justifier mon non-renouvellement. Tout
Français là-bas doit être amené à se poser des
questions : « Est-ce que ma présence renforce la
colonisation, même à travers la médecine ou
l’éducation, ou la déstabilise ? » « Où puis-je
être le plus efficace dans la lutte face au colo-
nialisme de mon pays, sur place ou en métro-
pole ? »

Un membre des Indigné-e-s de Mayotte

1. Centre de rétention administrative. Selon la circulaire Valls de
juillet 2012, les mineurs ne peuvent plus transiter par les CRA...
sauf à Mayotte.
2. En 2006, à la demande du maire de Bandrélé toujours en
fonctions, 28 maisons ont été réduites en cendres. Voir le docu-
mentaire d’Agnès Fouilleux Un aller simple pour Maoré.
3. Faits avoués le 25 janvier 2012 lors du procès de deux agents
de la Police de l'air et des frontières (PAF) condamnés pour avoir
violenté une Comorienne retenue à l’aide de leurs tonfas.
4. Dont 6 400 mineurs.
5. Dont 5 300 mineurs.
6. Expérience de Milgram.
7. Code de déontologie de la police.
8. DRH : Directeur des ressources humaines.
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr


A-Infos Information Center