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(fr) Fédération Anarchiste / IFA : Une guerre mensongère de plus, terrorisme d’état et pillage des ressources au Mali (en)

Date Sun, 27 Jan 2013 15:15:44 +0200


Nous sommes mis en demeure de choisir notre camp. D’un côté des religieux armés qui rêvent d’établir le royaume de dieu sur terre, de l’autre des forces armées techno-capitalistes qui déclarent venir rétablir les droits de l’homme et au milieu une population désarmée. C’est d’elle que nous nous sentons solidaires. Il n’existe pas de guerre juste ni de guerre propre. L’union sacrée autour du président va-t-en-guerre François Hollande, l’empressement de l’opération offensive et les discours médiatiques contrôlés, le renforcement du plan Vigipirate, le climat national anti-terroriste, visent à nous bourrer le crâne sur le caractère inévitable de cette guerre et à la légitimer. En réalité les intérêts économiques aux relents colonialistes priment de loin sur les vies des populations locales. Les jihadistes ont été très utiles au pouvoir français pour intervenir le 11 janvier 2013.

La classe dirigeante malienne corrompue jusqu’à l’os, la France, l’Union
Européenne, les instances financières internationales (FMI, Banque
Mondiale, OMC) ne se sont pas souciées du profond délaissement économique,
social et culturel de la population laissant place maintenant à l’urgence
militariste. Pendant de longs mois ce fut la porte ouverte aux
recrutements en nombre par les jihadistes au Nord-Mali par nécessité
économique (jeunes chômeurs, voire des enfants). Il n’est pas exclu que
l’intervention de la France, ancien pays colonisateur, renforce les
groupes jihadistes par le biais d’une mobilisation et de recrutements qui
prendraient une dimension emblématique de lutte contre l’Occident. A trop
jouer la « croisade contre le terrorisme international » le boomerang
islamiste intégriste n’est jamais loin. L’expérience de l’enlisement de la
guerre en Afghanistan n’a pas servi de leçon bien que la France y ait
participé.

La coopération militaire avec la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Burkina
Fasso, le Niger, le Tchad et les deux bases militaires de Abidjan et de
N’Djamena prouvent s’il en est besoin que la France n’a jamais voulu
quitter cette région. Les troupes stationnées en Afrique n’y sont pas pour
maintenir la paix mais bien pour intervenir rapidement et garantir les
intérêts de grandes entreprises françaises de premier plan (Areva et son
uranium, Total et son pétrole, Bouygues / Bolloré et ses travaux publics /
sa mainmise sur les ports / ses bois précieux, Orange et ses
infrastructures de télécommunication). Le gouvernement français, appuyé
par l’Union Européenne, semble décidément ne pas vouloir se défaire de ses
réflexes colonialistes, ni des avantages que cette politique procure aux
industriels français. Se draper de valeurs démocrates pacificatrices et de
défense des droits des peuples d’Afrique…et on atteint le comble du
cynisme néocolonialiste. Le secteur industriel de l’armement rapporte bien
plus que n’importe quel autre (plus que le pétrole ou même le nucléaire).
Le marché du nucléaire est autant un marché civile que militaire. Les
groupes marchands d’armes comme Lagardère ou Dassault sont propriétaires
d’une grande partie de la presse d’opinion française…on comprend mieux
pourquoi le discours antimilitariste n’a que peu droit au chapitre dans
nos médias.

Après plus d’une semaine d’intervention, près de 200 000 réfugiés fuient
les zones de guerre en direction des pays voisins tandis que le Programme
alimentaire mondial estime que, dans le contexte actuel de sécheresse et
de famine, 5 à 7 millions d’habitants du Sahel auraient besoin d’une
assistance immédiate. 230 000 personnes se sont déplacées à l’intérieur du
pays. Face aux attaques des armées maliennes et françaises au sol, les
forces jihadistes adaptent leur stratégie et se cachent dans les villages.
Au milieu, les populations vulnérables seront tôt ou tard les véritables
victimes de ces conflits et en particulier les femmes et les enfants. Les
risques de conflits larvés entre les communautés sont grands…la division,
la stigmatisation sont à l’œuvre. Comment seront traités la majorité de
touaregs n’ayant pas pris les armes ? et les peuls qui n’ont pas intégré
le MUJAO ?

La guerre va coûter cher et durer longtemps. L’intervention militaire
française est estimée à environ 400 000 euros par jour. La MISMA (Mission
internationale de soutien au Mali) qui va arriver coûtera 240 millions de
dollars / an. Alors que la misère règne, les cordons de la bourse se
relâchent quand il s’agit d’aller tuer avec des armes. De telles sommes
trouveraient une légitimité dans l’amélioration des structures sanitaires
et sociales dans la région du nord Mali. Cela serait la preuve d’une
volonté de reconstruire à partir de l’existant. Seuls les malien-ne-s
peuvent le faire sur la durée. Ce conflit armé d’envergure ne fera que
repousser l’espoir d’un retour à un équilibre et d’une amélioration de la
situation.

Pour continuer à exister en Afrique, le terrorisme d’Etat français fait la
guerre au Mali et peu importe le nombre de victimes directes ou indirectes
(37 otages tués, 29 assaillants abattus à In Amenas en Algérie). Les
populations manquent cruellement de politiques sociales, éducatives et
culturelles responsables mais au lieu de ça les classes dirigeantes là-bas
et ici se lancent dans un conflit à l’issue plus qu’incertaine. Les pays
européens emboîtent le pas et suivent la cadence. Ni les maliens ni les
habitants des autres pays africains ne pourront s’émanciper par eux-mêmes
tant que le statu quo sous tutelle colonialiste sera la règle. Qui va
reconstruire le pays une fois le conflit terminé ? Gageons que les
entreprises françaises se tailleront la part du lion…Nous refusons que
cette guerre soit menée en notre nom.

Solidarité avec les populations victimes de cette guerre ! Paix immédiate
au Mali et dégage la Françafrique !

Fédération Anarchiste, Mercredi 23 janvier 2013

From: relations-internationales@federation-anarchiste.org

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