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(fr) France, Alternative Libertaire #223 - Espagne : Les grèves générales s’enchaînent (en)
Date
Sun, 27 Jan 2013 14:10:28 +0200
Chômage de masse, coupes budgétaires dans les services publics, récession économique sans
précédent pour la population, le 14 novembre dernier, les Espagnoles et les Espagnols ont
prouvé leur détermination à ne pas se laisser faire. ---- La nouvelle est tombée comme un
couperet en Espagne, vendredi 26 octobre 2012 : plus de 5,77 millions de chômeuses et
chômeurs, soit un actif sur quatre. Mais c’est aussi un foyer sur dix où tous les membres
de la famille sont au chômage. Depuis l’explosion de la bulle immobilière en 2008, on
évalue également entre 250 000 et 400 000 le nombre de familles qui, étranglées par leurs
prêts immobiliers, ont été expulsées de leur logement par leurs banques. Il n’est pas rare
que sous le même toit, les grands-parents, leurs enfants et leurs petits-enfants soient
obligés de cohabiter tous ensemble.
Pour faire face à la crise, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a annoncé des
réformes afin de rendre « l’économie plus flexible et plus compétitive ». En réalité, on
assiste en Espagne à une tentative désespérée de la part de la classe dirigeante pour
contenir les effets dévastateurs de la crise. Et c’est bien entendu la population qui en
fait les frais. Au mois de juillet, Mariano Rajoy annonçait une politique d’austérité
s’élevant à 65 milliards d’euros d’économies. Les conséquences furent immédiates avec une
réduction considérable du budget pour des pans entiers du secteur public. Evidemment ce
sont les domaines les moins rentables ou les plus coûteux qui sont touchés en premiers,
comme l’Education nationale et le service public de la santé, subissant privatisations et
la suppression de milliers d’emplois. La TVA – impôt injuste s’il en est – a également été
augmentée de 18 à 20 %, touchant surtout les plus démunis. Privatisations et suppressions
de postes
En parallèle, l’État espagnol va nationaliser quatre banques dont les actifs sont
considérés comme toxiques avec en contrepartie la promesse d’un prêt de 100 milliards
d’euros par l’Union européenne. Si l’origine de ce plan est la quasi-faillite de la banque
Dexia dont les pertes s’élèvent à 7 milliards d’euros, le secteur bancaire reste miné par
plus de 184 milliards d’euros d’actifs potentiellement toxiques. Malgré les coupes
budgétaires, et l’aide communautaire, on peut s’interroger sur la façon dont l’Espagne va
pouvoir réaliser sa politique de nationalisation. Comme l’expliquait peu de temps avant sa
mort Robert Kurz, économiste critique du capitalisme, les différentes politiques
traditionnelles ne fonctionnent plus face à cette énième crise du capitalisme. Ni une
politique monétariste, ni une politique de relance par la demande ne pourront venir à bout
de cette situation car il s’agit bien d’une crise structurelle du capitalisme.
Un secteur bancaire miné
Le gouvernement conservateur navigue à vue comme beaucoup de ses homologues européens. Le
risque, par ce sauvetage des banques, est de voir sa dette exploser continuellement. La
crise semble sans fin. Face à cette situation désespérante, le mouvement de résistance en
Espagne continue de s’agrandir et se caractérise par une grande hétérogénéité. Depuis
2008, se sont développés de plus en plus d’actes de désobéissance civile. Les pratiques
autogestionnaires connaissent un franc succès, et on voit se développer des assemblées de
quartier, des centres sociaux occupés, des jardins potagers urbains, des réoccupations de
logements vides ainsi que des actions d’auto-réductions. En Catalogne, se développent des
expériences d’éco-réseaux basées sur des coopératives, du troc, des monnaies alternatives.
Il y a bien sûr le très bel exemple du mouvement des Indigné-e-s qui arrive toujours à
rassembler des milliers de personnes dans la rue. Ce mouvement a lui aussi développé des
alternatives concrètes comme des jardins potagers urbains à la Puerta del Sol. A Madrid,
l’opération « Encerclons le parlement » du 25 septembre dernier a été un grand succès et
s’est répétée plusieurs jours de suite.
Pratiques de démocratie directe
C’est un mouvement qui pratique la démocratie directe et effraye les dirigeants. La
répression est féroce et les heurts violents avec les forces de l’ordre sont monnaies
courantes. Mais au sein de ce mouvement hétérogène, beaucoup ne demandent qu’une
réorganisation du capitalisme et ne s’en prennent qu’aux excès de la finance. De nombreux
secteurs concernés par les réformes du gouvernement sont en lutte, notamment dans
l’Education nationale ou le milieu hospitalier. Le mercredi 14 novembre dernier, dans le
cadre de la mobilisation européenne contre les politiques d’austérité, les syndicats ont
lancé un appel à la grève générale. C’est la deuxième depuis l’accession au pouvoir du
gouvernement Rajoy. L’appel a été largement suivi et le pays marchait au ralenti. Des
dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Barcelone, la deuxième ville
du pays ; un million à Madrid selon les syndicats. Les deux organisations réformistes qui
dominent le mouvement syndical, l’UGT et les CCOO, jouent néanmoins leur rôle
d’accompagnement du capitalisme puisqu’elles n’ont pas hésité à signer un accord très
défavorable pour les travailleurs en lutte chez Renault. Leurs mots d’ordre sont seulement
antilibéraux avec parfois des relents de démagogie patriotique lorsqu’ils s’en prennent à
l’Union européenne et à l’Allemagne d’Angela Merkel. En ce qui concerne la CGT et la CNT,
ces deux organisations syndicalistes révolutionnaires habituellement en concurrence, ce
qui est fort dommageable pour le développement du mouvement, ont signé l’année dernière un
appel unitaire à la grève générale, amorçant ainsi un rapprochement salutaire.
Un mouvement social déterminé
Ainsi la population espagnole semble déterminée à ne pas se laisser faire face aux
réformes iniques du gouvernement conservateur. Mais pour combien de temps encore. Si on
veut être pessimiste, on peut rappeler qu’en 1932, il y avait 6 millions de chômeuses et
de chômeurs en Allemagne. Et comme le remarquait Hannah Arendt, les germes du
totalitarisme sont présents dans la société capitaliste, notamment lorsque les masses se
sentent superflues. Sans se tourner vers l’histoire, il suffit d’observer ce qui se passe
en Grèce ou en Hongrie où les partis néo-fascistes ont le vent en poupe. Notons au passage
la mise en scène de l’arrestation d’Aurore Martin afin de détourner l’opinion publique des
réformes impopulaires. Seule la grève générale illimitée et une plus grande solidarité
internationale auront raison de ce système.
Florian (AL Paris-Sud)
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