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(fr) France, Alternating Current OCL #225 - Notre-Dame-des-Landes AÉROPORT ?... AYRAULT COGNE !

Date Fri, 25 Jan 2013 10:11:43 +0200


En Loire-Atlantique, le bras de fer entre Ayrault et les opposant-e-s au projet s’intensifie – et il s’élargit à tout l’Hexagone. Annonçant successivement un délai de six mois par la bouche de trois ministres (24/11), puis un maintien inébranlable du projet par celle de sa porte-parole (26/11), le gouvernement Ayrault bronche face à l’irruption d’un surprenant mouvement. ---- LA MANIFESTATION DE RÉOCCU-PATION DU 17 NOVEMBRE ---- Pendant cinq heures, le cortège ininterrompu d’environ 30 000 personnes, avec 400 tracteurs et remorques chargées de matériel de reconstruction et de maisons en kit, a cheminé entre le bourg de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) et la prairie où deux chapiteaux, divers stands et autres structures recevaient la foule des opposant-e-s.

Les manifestant-e-s : beaucoup de jeunes,
contrairement aux dernières manifestations
antinucléaires ; beaucoup de femmes de tous
âges ; des gens souvent très différents
mais qui se mélangeaient dans
une ambiance détendue et qui, mani-
festement, étaient contents d’être là et
de prendre conscience qu’ils représen-
taient une force. Des gens qui n’avaient
jamais mis les pieds dans le bocage,
mais qui ont vécu comme un outrage
l’intervention policière sur la zone à dé-
fendre (ZAD) : un peu comme si « ne pas
y aller » revenait à leurs yeux à plier et
tout accepter, ne plus être vivants. Cette
manifestation regroupait donc des per-
sonnes très différentes... mais essen-
tiellement des « petites gens », très peu
de bobos des centres-villes ou de bour-
geois en mal de folklore.

Ils et elles se sont mobilisés parfois
en venant de très loin, parce que la ré-
sistance opiniâtre sur le terrain menée
par les occupant-e-s de la ZAD et leurs
soutiens face aux opérations de police a
généré une vague de sympathie et créé
un effet de reconnaissance et d’identifi-
cation tacite, une solidarité un peu jubi-
latoire, assez joyeuse et déterminée :
une envie de participer, d’en être, même
le temps d’une journée sur le thème :
« Une expulsion? Une réoccupation! »,
qui veut aussi dire : « Ce n’est qu’un
début... » Quand une lutte crée un climat
particulier, quand une résistance pro-
voque une situation nouvelle, qui donne
envie de participer ici et faire de même
ailleurs, généralement cela signifie une
rupture avec le fatalisme désabusé et
l’acceptation du monde tel qu’il est.
Beaucoup de jeunes et de moins jeunes
se sont montrés très motivé-e-s pour
aider à la reconstruction, au point que
des appels sono ont dû demander à plu-
sieurs reprises de ne pas aller sur les
lieux de reconstruction, surpeuplés par
l’afflux de volontaires !

« A NDDL, SEULE LA LUTTE DÉCOLLE » (BANDEROLE DE TÊTE)

Après coup, on ne peut que le
constater : ce qui s’est passé ce samedi
17 novembre se dessinait depuis plu-
sieurs semaines. Des gens des com-
munes les plus concernées par le projet
– de Nantes aussi, et même de Saint-Na-
zaire et autour de Rennes –, qu’on
n’avait jamais vus, sont venus jusqu’ici,
sont entrés dans les maisons et y ont
apporté quelque chose, ou simplement
discuté, posé des questions. Ce qu’on
n’avait pas réussi à faire avant, se lier
ainsi avec des personnes extérieures, fi-
nalement la vague d’expulsions l’a per-
mis. Le discours du préfet, du PS,
d’opposer les gentils et les méchants, et
de demander aux gens de se détourner
des occupant-e-s de la ZAD est ainsi un
échec total. Ça a foiré même double-
ment : non seulement les gens ne se
sont pas éloignés mais ils se sont rap-
prochés de nous. Les barrières qu’il y
avait avec un certain nombre d’entre
eux sont en train de tomber. Même avec
certain-e-s militant-e-s avec qui il y
avait des difficultés, des méfiances, les
rapports ont changé. Les identités parti-
culières, les réflexes de fermeture com-
mencent à tomber. Les personnes des
communes environnantes qui avaient
pris leurs distances avec la lutte depuis
des années, par lassitude ou pour
d’autres raisons, sont réapparues ce
jour-là pour se relancer dans la lutte,
prenant à contre-pied le maire de NDDL
qui, la veille de la manifestation, conti-
nuait à se répandre dans la presse
contre les « squatteurs ».

Les partis politiques ont respecté la
consigne qui leur était donnée de se
faire discrets. Peu de banderoles de
parti, peu de drapeaux, ou en tout cas
relégués en fin de manif car la majorité
des manifestant-e-s n’était pas encar-
tée. Il n’empêche que, grosso modo et
bien sûr, la grande presse a ensuite sur-
tout parlé des partis et des personnali-
tés (Mélenchon et Bové en particulier),
d’EELV et des conséquences dans le mi-
crocosme politicien d’un pseudo-bras de
fer entre le PS et les écolos. Ce n’est pas
le devenir de l’aéroport qui les intéresse,
mais la vie et le feuilleton de la « vie po-
litique ».

Cette discrétion des partis observée
pendant la manif n’est évidemment
qu’une posture temporaire et hypocrite.
En témoigne la façon dont certains ont
contourné la consigne donnée par l’as-
semblée de lutte (qui s’est réunie
chaque mardi pour préparer la manifes-
tation) en se servant d’une presse tout à
leur service. L’intervention des élu-e-s et
dirigeant-e-s d’EELV (même si le PG et le
Modem y était aussi, ce sont les Verts
qui ont accaparé l’« action » !), la veille,
n’a rien été d’autre qu’une grossière ten-
tative de récupération par un parti qui
non seulement n’est pas très impliqué
dans la lutte localement, mais est de
plus au gouvernement. Les Mamère,
Bové et consorts sont venus parader de-
vant les caméras avec quelques tourne-
vis et un pied de biche, et après avoir
ouvert la porte d’une maison, sont res-
tés trente minutes devant pour dire que,
eux aussi, il fallait les poursuivre car ils
participaient à des occupations illé-
gales... Quand on sait que l’expulsion
du 260 rue des Pyrénées, à Paris (20e),
s’est faite avec l’accord de Cécile Duflot,
qui est députée du secteur... on croit
rêver ! Le lundi 19 novembre, Yves Co-
chet a aussi appelé la ZAD pour propo-
ser que des parlementaires EELV
viennent dormir à tour de rôle à la
ferme des Rosiers, expulsable depuis le
16, pour assurer la sécurité des occu-
pant-e-s en cas d’intervention poli-
cière... Que ne feraient-ils pas pour
rentrer dans le jeu et redevenir cen-
traux dans les médias !

ASSUMER UNE EXPRESSION PUBLIQUE DU MOUVEMENT

Le problème du rapport aux médias,
et plus largement à l’apparition poli-
tique publique, se pose. Car même si on
sait que la presse déforme et fait ce qui
lui plaît, il n’empêche que tout n’est pas
identique et que refuser de se coltiner
directement avec elle en ne voulant pas
communiquer autrement que par Inter-
net, par phrases « bloquées » ou par
tracts, c’est laisser le champ totalement
libre aux partis et aux leaders d’opinion.
Ça s’est vérifié une fois de plus à cette
occasion. De toutes les façons, la ques-
tion se reposera avec la répression qui
ne va pas manquer de se poursuivre et
avec les procès qui l’accompagneront.
Quelle attitude avoir, pendant ces pro-
cès ? Quels témoignages, ou pas de té-
moignages ? Des conférences de presse
ou non ? Autrement dit, faut-il se
construire des espaces « caisse de réso-
nance » en se fixant comme objectif de
les maîtriser du mieux possible, ou bien
ne pas mettre les doigts dans cet engre-
nage, de peur qu’il se retourne contre
nous ?

Il est certain que la mouvance dite
« zadiste » et ses soutiens-copains a
paru avoir le contrôle politique de la
manif : banderole de tête, drapeau créé
pour l’occasion, slogans, esprit géné-
ral... mais d’autres n’étaient pas loin. Il
ne faut pas oublier que sans l’ACIPA et
la Confédération paysanne l’infrastruc-
ture matérielle comme l’élargissement
politique auraient manqué cruellement.
Chacun-e a pu le vérifier très rapide-
ment (voir encart page suivante) !

En tout cas, cette manifestation du
17 novembre aura été l’illustration de
l’échec des tentatives de division entre
bons et mauvais opposants, entre sé-
rieux/responsables et violents « anar-
cho-autonomes/terroristes »

orchestrées par le pouvoir (préfets, flics,
ministres, etc.). Mais aussi par EELV (il
faudra sans cesse le rappeler, et nous ne
l’oublierons pas). Le petit 4-pages dé-
nonçant les Verts (distribué très large-
ment et bien reçu) comme les
panneaux posés le long de la manif
pour rappeler les sorties récentes de
responsables d’Europe écologie contre
zadistes et occupants furent bienvenus :
« Les squats de maisons à NDDL ne ser-
vent pas la lutte des vrais opposants au
projet d’aéroport que sont les agricul-
teurs, la population et les politiques »
(François de Rugy, député de Loire-At-
lantique) ; « C’est compliqué... On est
démunis, ces ultras sont totalement au-
tonomes, on ne sait pas comment les
virer » (Jean-Philippe Magnen, porte-pa-
role d’EELV à Presse Océan du 14/09/11).

Et, à cette occasion, on a pu constater
par nous-mêmes que de moins en
moins de gens appréciaient le parti
écolo et ses grands écarts. Nous l’avions
déjà noté à Laval, lors de la manifesta-
tion antinucléaire du 13 octobre où le
slogan plein d’humour « Les Verts sont
jaunes on n’y comprend plus rien » s’est
taillé un beau succès au côté du plus
traditionnel « Arrêt immédiat du nu-
cléaire ».

UN NOUVEAU MOUVEMENT ?

Cette manifestation de réoccupa-
tion à NDDL pourrait faire date, en ré-
vélant l’existence d’un véritable
mouvement qui se prend en charge à la
base, autonome des forces institution-
nelles et capable de mener des luttes
sur la durée, de l’emporter politique-
ment sur les partis, même pour un
temps. Cela n’était pas arrivé depuis
très longtemps en France – depuis 1995
avec les retraites du public, et avant les
coordinations et le mouvement des
cheminots. Encore ne s’agissait-il alors
que de dissidences syndicales tempo-
raires. Aujourd’hui, ici, un mouvement
affirme, avec des nuances et des diffé-
rences certes, son rejet de la société ca-
pitaliste ; et il intègre peu ou prou cette
dimension dans l’objectif spécifique
poursuivi : pas d’aéroport ! Un mouve-
ment de contestation et de lutte conti-
nue, en trouvant ses moments et
espaces d’expression et de mobilisation
de masse en marge des forces poli-
tiques instituées, et en s’articulant avec
la lutte quotidienne et déterminée sur
le terrain.

L’AG du lendemain, le dimanche 18,
a décidé d’une manifestation à Nantes
le 24 afin de rappeler à tout le monde
que rien n’est définitif et qu’il ne faut
pas se laisser gagner par l’euphorie. A
également été rappelée la nécessité
d’écarter les journalistes, les partis po-
litiques et les professionnels de la récu-
pération qui ont essayé de reprendre le
flambeau de la lutte alors que, depuis le
début des expulsions, le 16 octobre, les
initiatives sont parties de la ZAD et des
soutiens (comités et personnes) autour
d’elle. Ce refus marqué de se faire récu-
pérer dans un cadre institutionnel
montre clairement qu’une expression
politique réellement collective peut
exister et contribuer à faire gagner.

APRÈS LA RÉOCCUPATION, L’ÉTAT ATTAQUE DE NOUVEAU

La semaine qui a suivi la manif à
NDDL, le redéploiement des policiers a
marqué la volonté du pouvoir de ripos-
ter. La destruction d’une nouvelle mai-
son, Les Rosiers, le vendredi, puis les
attaques sur la zone de construction
ont été marquées d’une montée de la

----------------------
1. Commission
d’experts saluée
immédiatement par
le sénateur nantais
EELV Dantec, qui
frétille d’avance de
pouvoir communi-
quer sur le sujet à
cette occasion.
------------------------

violence (samedi 24, jour de la manif
sur Nantes, on comptait une dizaine de
manifestant-e-s blessé-e-s par éclats de
grenades assourdissantes ou tirs de
flash-ball – dont plusieurs grièvement
atteints : œil, côtes, bas-ventre, jambes).
Le faux parallèle avec la lutte du Larzac,
répété en boucle plusieurs jours par les
médias, cède le pas à celui avec Malville,
de sinistre mémoire ; ou avec Montabot,
le 24 juin dernier, dans la lutte contre la
ligne THT et le futur réacteur nucléaire
EPR.

Mais cette offensive policière contre
la ZAD a de nouveau provoqué une re-
marquable réaction de solidarité et
d’indignation, cette fois dans le Grand
Ouest et sur l’ensemble de l’Hexagone –
en un temps très court, et non plus en
trois semaines.. : de nombreuses mani-
festations, rassemblements, occupa-
tions de mairie ou de locaux PS ont
démontré que, partout, les opposant-
e-s à l’aéroport ne désarment pas. La
ZAD voit un nouvel afflux de résistant-
e-s déterminé-e-s à céder de moins en
moins de terrain ; les gens viennent de
tout le Grand Ouest, Bretagne, Pays de
la Loire, Poitou... Même à Nantes, le 24
novembre, la manifestation mensuelle
du collectif nantais contre l’aéroport,
« bonne enfant » au départ, tourne en
mini-siège improvisé de la préfecture
par plusieurs milliers de personnes –
contenues par les flics à la lance à eau
et aux lacrymos. A chaque escalade de
la répression, le pouvoir semble étonné
par la capacité et l’intensité croissantes
de réaction du mouvement d’opposi-
tion, qui semble s’étendre de plus en
plus hors de la ZAD et du département.

Ayrault sort de sa réserve, affirme
reprendre le dossier en main (comme
s’il l’avait lâché !), et on assiste à un cu-
rieux ballet entre trois ministres et la
porte-parole du gouvernement : les uns
évoquent un délai de six mois avant
tout défrichement de la forêt, avec la
nomination par « souci d’apaisement »
d’une commission d’experts nommés
pour réévaluer les atteintes à l’environ-
nement (1) ; l’autre réaffirme l’inélucta-
bilité de l’aéroport. Quant au préfet, il
annonce qu’il combattra toute installa-
tion de camp retranché... Les paysans
ne s’y sont pas trompés : une quaran-
taine de tracteurs se sont enchaînés en
protection autour des constructions col-
lectives de la Châtaigneraie, sur la ZAD,
devant une assemblée de 500 personnes
qui avait salué l’arrivée de ces engins
avec enthousiasme, alors que les pi-
quets des gendarmes mobiles se tien-
nent à quelques encablures de là.

L’appel à la résistance et à la mobili-
sation est donc relancé pour toute la se-
maine. Le rythme ne devrait pas baisser
à court terme ; fin décembre, ce seront
les paysans et les habitant-e-s de
longue date de la ZAD qui seront expul-
sables. La division tant souhaitée par le
préfet n’est donc pas pour demain, mal-
gré les divergences politiques qui per-
durent.

L’avenir nous dira s’il s’agit d’un feu
de paille ponctuel et sans lendemain à
la veille de l’hiver ou si cela correspond-
il à quelque chose de plus profond dans
une partie de la société française, mar-
quant un tournant et peut-être le début
d’une nouvelle période à partir de la
manifestation d’une conflictualité nou-
velle, sur une sensibilité diffuse antica-
pitaliste et anti-développementiste
s’inscrivant dans la durée...

Evidemment, l’émergence d’un tel
mouvement est insupportable pour
tous les partis institutionnels, les Etats,
les syndicats et tous ceux qui nous
combattent. C’est bien pourquoi il ne
faut jamais perdre de vue que ces gens-
là ne sont pas seulement des traîtres et
des méchants : ce sont nos ennemis.
Mais, surtout, garder à l’esprit qu’ils ne
peuvent exercer leur malfaisance que
dans la mesure où nous-mêmes avons
de grosses difficultés à nous autonomi-
ser jusqu’au bout... en faisant « nous-
mêmes » de la politique (la vraie, pas la
politicarde) et en nous assumant
comme force antagonique à la bour-
geoisie.

Des militants OCL investis dans la lutte
contre l’aéroportde Notre-Dame-des-Landes
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