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(fr) France, Organisation Communiste Libertarie CA #226 - La politique africaine de Hollande : un trompe l’œil.. jusqu’à quand ? (en)
Date
Wed, 23 Jan 2013 10:53:13 +0200
Cela fait plus de six mois que les socialistes et leurs alliés verts se sont installés
dans leurs fauteuils ministériels. Parmi les promesses affichées de politiques différentes
par rapport à celle menée par la droite figurait celle d’une remise à plat des relations
franco-africaines. Or, en dépit de quelques déclarations et de quelques gestes
symboliques, on ne peut que constater que rien de décisif ne semble devoir changer dans
cette politique. ---- La fin de la Françafrique, une histoire qui bégaie... Pour ceux qui
l’auraient oublié, les discours de « rupture » avec la politique françafricaine n’ont rien
d’inédit. Cela fait à peu près 30 ans que les nouveaux promus au pouvoir en France ont
tenu de tels propos. ---- Ce fut d’abord avec Jean Pierre Cot au ministère de la
Coopération et du Développement après la victoire de la gauche en mais 1981 qui avait dû
démissionner en décembre 1982 pour avoir tenté de faire de ce ministère néocolonial, autre
chose qu’un des piliers du « pré carré » de la France en Afrique ( à une époque où le
terme de Françafrique n’était pas encore utilisé).
Plus près de nous, en août 2007, peu après l’arrivée de Sarkozy qui avait affirmé sa
volonté de « rupture » avec « les réseaux d’un autre temps », on a encore en mémoire
l’épisode tragicomique de l’éjection de Bockel du secrétariat d’Etat à la Coopération
après avoir prétendu proclamer « l’acte de décès de la Françafrique ». Même le
gouvernement Jospin arrivé au pouvoir en 1997 n’a rien fait de plus que des réformes de
détail comme celle d’un système de coopération en plein déclin dans les années 1990 ou
encore la réduction de la présence militaire avec la fermeture de deux bases en
Centrafrique tandis que des socialistes comme Quilès, à la tête de la commission
d’information sur le Rwanda en 1998, n’ont eu de cesse de faire l’impasse sur les
complicités françaises dans le génocide des Tutsis.
Des promesses de rupture à géométrie variable...
Dans les mois qui ont précédé l’élection de Hollande, on a pu lire un certain nombre de
contributions de la part d’ « experts » du PS sur la question de la politique africaine à
venir. Parmi les points de rupture annoncés avec le système françafricain, on trouvait
notamment certaines questions-clés : celle de la présence militaire permanente (avec le
maintien des bases françaises en Afrique ou encore du dispositif Epervier au Tchad en
place depuis 1986), celle de la zone franc (qui implique un système de changes fixe et un
renoncement à la souveraineté monétaire pour les Etats africains) ou encore celle du
montant et du contenu de l’aide publique au développement. Durant la campagne
présidentielle, c’est Koffi Yamgnane qui était chargé de porter ce discours de rupture. Il
annonçait le programme suivant après l’election de mai 2012 : « Faire un bilan sans
complaisance des 50 ans de relations ambiguës, illustrées par la Françafrique ; lancer une
opération vérité sur la politique de l’aide publique française au développement ; refonder
les relations avec l’Afrique sur des bases saines (…) ; prendre en compte l’impératif
démocratique sur le continent ; participer au renforcement de le sécurité collective en
Afrique même si la définition de l’architecture de défense du continent revient d’abord
aux organisations régionales et sous-régionales africaines. » De son côté, le candidat du
PS avait annoncé le 11 mars devant la presse qu’il mettrait en oeuvre « une coopération
débarrassée des formes anciennes héritées de la période post-coloniale ». On peut déjà
noter que ces différentes prises de position ont surtout visé à se démarquer de la gestion
de l’héritage françafricain de Sarkozy et qu’elles restaient dans le flou quand il
s’agissait de définir les contours précis d’une autre politique.
Des gestes symboliques qui n’ont pas été jusqu’au bout...
Après l’élection de Hollande, le premier chef d’Etat africain reçu a été Yayi Boni à la
tête du Bénin qui préside aussi l’Union africaine. Contrastant avec les discours de
campagne du PS de rupture avec la Françafrique, Hollande s’est contenté de plaider pour la
« bonne gouvernance, la croissance et du développement économique et de la stabilité et la
sécurité ». Par ailleurs, si la réception de Yayi Boni est apparue conforme aux promesses
de campagne de ne plus recevoir à l’Elysée de dictateurs françafricains ou de leur rendre
visite, on a vu par la suite ce que valait cette promesse avec la réception d’Ali Bongo à
l’Elysée le 5 juillet. Ensuite, au mois d’octobre, le premier voyage africain de Hollande
semble avoir été conçu pour redonner une certaine crédibilité à ce souci de se démarquer
de la gestion françafricaine de ses prédecesseurs. Il a choisi de s’arrêter à Dakar avant
de se rendre au sommet de la francophonie à Kinshasa. Cette première escale a permis de
rendre hommage à un « pays-modèle » pour avoir réussi pour la deuxième fois une «
alternance démocratique », d’évoquer le passé colonial de la France avec la promesse
d’ouvrir les archives concernant le massacre de Thiaroye et surtout de prendre le
contrepied du fameux discours de Dakar de Sarkozy en 2007. A Kinshasa où il s’est rendu le
13 octobre pour le sommet de la francophonie, Hollande a aussi reçu le leader historique
de l’opposition Etienne Tshisekedi et a rendu hommage à la mémoire de Floribert Chebeya,
un militant des droits de l’Homme, assassiné par les sécurocrates du régime de Kabila.
Mais cette mise en scène sur l’engagement en faveur des droits de l’Homme en Afrique a
montré ses limites début décembre lorsque Hollande, après quelques tergiversations, a
finalement reçu très officiellement Idriss Deby dont le pouvoir s’est caractérisé depuis
plus de deux décennies, par des violations répétées des droits de l’Homme comme en
témoigne l’enlèvement et la disparition en 2008 de Ibni Oumar Mahatma Saleh par les hommes
de sa garde présidentielle. Cette politique du « deux poids, deux mesures », apparaît
encore plus nettement dans l’attitude du ministre des Affaires étrangères, Fabius, qui
lors de son premier voyage en Afrique à la fin du mois de juillet s’est d’abord rendu au
Sénégal où il a même rencontré le collectif "Y’en a marre" qui a été le fer de lance de la
contestation contre l’ancien président Wade, pour ensuite aller légitimer deux dictateurs
françafricains, Blaise Compaoré du Burkina Faso et Idriss Deby du Tchad. Dans sa suite, il
a même entraîné dans ce voyage François Loncle un parlementaire socialiste « ami » du
régime Compaoré, et Pascal Canfin le ministre « vert » délégué au Développement. Ce
dernier restera-t-il plus longtemps que ces prédécesseurs, Cot et Bockel, ou
préférera-t-il démissionner plutôt que d’avaler d’autres couleuvres françafricaines. En
attendant, alors qu’il annonce une aide publique au développement « plus transparente » et
« plus efficace », on peut remarquer que le budget de son ministère est en baisse relative
et que le niveau de l’APD devrait atteindre pour 2015 seulement 0,48% du PIB soit bien en
dessous du seuil de 0,7%, le seuil fixé en 1992 au sommet de Rio (source : Oxfam-France).
UNE RELATION FONDAMENTALEMENT INCHANGÉE ET DE MOINS EN MOINS OPÉRATOIRE
Ce qui se dessine au delà de quelques gestes et propos symboliques encore contradictoires,
notamment concernant le passé colonial de la France (comme on a pu le voir avec l’épisode
récent de la visite de Hollande en Algérie), c’est encore une fois, un maintien du statu
quo, faute d’une réelle volonté de rupture qui passerait notamment pour les socialistes
par une remise en cause de la figure tutélaire de Mitterrand qui porte une lourde
responsabilité dans la perpétuation de ce système françafricain et de ses pires
conséquences comme la complicité avec les génocidaires hutus du Rwanda en 1994.
En outre, on peut voir que cette reconnaissance (relative) du passé colonial semble
toujours lié à un certain rapport de force international et aux arrières-pensées de la «
diplomatie économique » (un euphémisme pour ne pas dire « au service de grandes
entreprises françaises »). Pour le reste, les Africains qui font la queue pour un visa au
guichet des consulats français ne se font sans doute guère d’illusion sur ce changement de
personnel politique à la tête de l’Etat français. Or, ce système de relations
franco-africaines est durablement en crise. On le perçoit sur le plan économique avec la
concurrence de pays émergents qui pénétrent les marchés et investissent progressivement
dans les pays de la zone franc malgré la présence toujours essentielle de grandes firmes
françaises notamment dans le secteur des infrastructures (Bolloré, Eiffage, Orange etc.).
On le constate encore plus ouvertement avec les crises politico-militaires qui secouent le
« pré carré » francophone : en Centrafrique, en Côte d’Ivoire et surtout au Mali. La
France est intervenue directement en Côte d’Ivoire en 2010 pour imposer à coups de canon
un « vainqueur » aux élections mais on voit que deux ans plus tard, la situation est loin
de s’être normalisée. Au Mali, la reconquête du Nord par une opération militaire menée par
des forces de la CEDEAO appuyée par la France est renvoyée de plus en plus aux calendes
grecques. Une telle difficulté à intervenir s’explique par la réticence de certains Etats
voisins comme l’Algérie mais signale aussi la nature profonde du dispositif militaire
français en Afrique : servir à maintenir au pouvoir (ou à renverser) des chefs d’Etats
africains plutôt qu’à venir au secours de populations africaines tombés sous la coupe de
quelques centaines de combattants islamistes...
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